‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 71 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CCI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CCI

n'auraient d'autre tort que de ‘rapporter à un acte particulier de la puissance infinie, un fait dont les causes naturelles ne sauraient rendre raison à leurs yeux. En un mot, fl y a dans l’histoire une voie ouverte à la science poùr arriver à l'étude de la religion révélée (1).

Il y en a d’autres.

Voici le point essentiel, le vif de la controverse. La philosophie, depuis Pythagore jusqu’à Leibnitz, a pris le modèle de sa méthode dans les mathématiques. Elle se donne donc à l'ordinaire, et on l’accepte, pour une science qui s'appuie sur l'évidence intellectuelle seule et se construit par déduction pure. S'il en était ainsi, il n’y aurait nul passage possible de la philosophie à la religion, car la religion n’est pas évidente pour l'intelligence. Le plus qu'on püt admettre, en ce cas, serait une philosophie et une

(4) «Le philosophe devient chrétien sans abdiquer lorsqu'au « lieu de tergiverser, il a regardé le christianisme en face, comme « un fait historique dont la philosophie de l’histoire est tenue de « rendre compte, et qu'il s'est convaineu qu’une intervention di- « recte de Dieu dans l’histoire est la seule raison suffisante de ce « phénomène. » (Charles Secréitan, Recherches de la méthode qui conduit à la vérité, etc. 1857.)

Je dois beaucoup à M. Charles Secrétan, et je me sentirais coupable d’une sorte d’ingratitude, si son nom ne se trouvait au bas de ces pages, dont le contenu est bien propre à me rappeler, soit les utiles entretiens dans lesquels il m'a fait jouir de ses lumières et de son amilié, soit l'instruction que j'ai puisée dans ses écrits, et très-particulièrement dans la Philosophie de la liberté, 1849. 1] y a, dans cet ouvrage, des difficultés qui m'arrêtent, des hardiesses qui m'’étonnent, des tendances auxquelles je résiste ; mais peu décrits ont plus de saveur morale, plus d’élévation, et une puissance plus grande pour’exciter la pensée et lui ouvrir des horizons nouveaux.

GCll ŒUVRES DE M. DE BIRAN.

religion parallèles en quelque degré, mais toujours séparées par l’abime infranchissable de la méthode philosophique en elle-même. Ainsi l’entendait Descartes, et il ne faut pas perdre de vue que sa conception de la science excluait au même titre que la religion, l’histoire tout entière, et tous les résultats de la science expérimentale de la nature. Depuis Descartes, deux siècles ont passé; des écoles célèbres sont nées et ont fini: nous avons pour déterminer l'idée de la philosophie une base nouvelle et très-large. Or, je le demande à la lumière qui procède des faits : Qu'est-ce qu’un système métaphysique? Un système métaphysique est un essai d’explication rationnelle des données de l'expérience. — Quelles sont les conditions qui rendent un tel système sérieux et digne d'examen ? Ces conditions sont au nombre de deux : La première est que ce système s'appuie sur des faits réels, observés dans la nature humaine; la seconde, qu'il fournisse une solution satisfaisante aux grands problèmes que l'intelligence se pose. Mais, entre l'observation des faits et la solution des problèmes, se place nécessairement une hypothèse, qui est le principe des déductions.

Lorsqu'on est à bout d'observation et d'analyse, et qu'on veut construire une doctrine, il faut nécessairement adopter un principe, qui, sous sa forme première, ne peut être qu’une hypothèse, et dont le déploiement logique prouvera la fécondité. Quant à la logique pure, elle est incapable de produire autre chose qu'elle-même, et jamais on n’amènera l'es-

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