AVERTISSEMENT
Les deux appendices qui suivent, sont composés, ainsi qu'il a été dit dans TAvant-Propos de Touvrage, de séries de feuilles qui n'ont pu entrer dans la reconstitution du texte, et trop importantes pour être laissées de côté. Ils se rapportent Vun et l'autre aux matières traitées dans Tarlicle intitulé : ùéfimtion du raiseimemewti (Pwtie II, section IV,chafAtro iVj irkàei^.}
ÂPÏ»ENtotCË t.
DES DIVERSES ESPÈCES DE JUGEMENTS Et DÉ ti V&ÀlE
le raisonnement consiste dans une suite de jugements liés entre eux; tout le inonde me paraît d'accord sur cette définition; mais il ti^'én esl paS de mènle de la notion première attachée à ce mot jugement. Nous en avons déjà parlé et il est nécessaire à'y revenir.
A partir du fait primitif de conscience, toutes nos perceptions ou idées sont des rapports ou des jugements. Le premier et le plus simple de tous ces rapports, celui qui sert de fondement à loûs les autres, est celui qui s'établit, à l'origine de la connaissahfce et delà personnalité, entre le ^jet de l^effori et un terme qui résiste, ou entre une ïbrce vivante qui agit, et une force de même nature qui réagit contre elle ou agit en sens inverse.
Ces deux forces simples, qui i?e manîtestent dans leur action réciproque, isont les sujets dfe toutes les attributions ultérieures, ou àe tous les rapports composés par l'expérience, puisque hoirs ae ce i^pport simjile et ïbndamental, le hioi n'existerait pas pour lui-même aatls son opposition avecle non mou
Le premier jugement qui nous manifeste une force opposée à notre action, ne la saisit, pour aÎDsi dire, que par ce côté parfaitement simple qui est celui d'être hors du moi, ou autre que lui ; mais ce rapport se complique de toutes les attributions faites à la force étrangère :
1» Des modifications passives dont cette force est jugée cause (rapport de causalité).
%"" Des modes non affectifs dont elle est le sujet d'inhérence (rapport d'mA^r^iMr^).
S*" Des qualités premières ou attributs qui dérivent immédiatement de sa manifestation et en sont inséparables (rapports substantiels).
Ces trois espèces de jugements jouissent de propriétés tout à fait différentes. J'examinerai chacun de ces jugements dans leur rapport au sujet que j'ai particulièrement en vue.
I. En revenant sur le jugement primitif et sa condition fondamentale, nous concevons d'abord ce qu'est le sujet, ou l'antécédent nécessaire de tout rapport d'attribution subjective ou objective, distinct ou séparé de la qualité ou du mode quelconque attribués. Cette distinction a lieu par le seul fait du sens intime, mais les idées séparées du sujet, du mode, comme du rapport d'attribution, exigent nécessairement l'emploi des signes du langage au moyen desquels seuls la séparation est effectuée, et ridée abstraite conçue.
Qu'est-ce que la substance nue ou dépouillée de tous les modes, ou qu'est-ce en lui-même que le sujet de toutes les attributions? La philosophie n'a ja-
mais répondu nettement à cette question, et a cru se tirer d'embarras dans ces derniers temps en disant que toute notion de substance séparée étant abstraite, se réduit à un pur signe, hors duquel elle n'a aucune valeur. La philosophie a ainsi confondu les sujets réels de nos jugements primitifs et simples, avec les sujets logiques et artificiels de nos jugements secondaires et composés. Elle a confondu les notions abstraites ou réflexives, que les signes nous aident seulement à séparer et à fixer, avec les idées générales que ces signes servent à construire ou à faire composer.
Le moi, antécédent de tout rapport d'attribution subjective, s'aperçoit d'abord immédiatement et intérieurement, comme distinct de tous les modes attribués. Par l'emploi du signe je, il acquiert l'idée de lui-même ou de sa propre personnalité séparée. Cette idée est bien absiractive, mais son signe, loin d'emporter avec lui quelque généralité, exprime l'individualité la plus précise, l'unité la plus parfaite.
Il en est de même de la substance une, qui est l'antécédent commun de toute attribution objective, comme quand nous disons de tel corps, qu'il est étendu, figuré, mobile, coloré, etc. Le signe éxprelssifdu sujet, auquel se rapportent tous les attributs, est celui d'une simple force individuelle, conçue comme l'essence de tout ce que nous appelons corps, savoir la faculté de résister à notre effort, ou de réagir contre notre force propre ou constitutive. Nous avons donc l'idée de ces deux substances distinctes
Tune de l'autrç^ dans je rappof^ fondamental gui les unit,
Nqus pouvons concevoir un piode d'organisation où ce premier rapport serait directement aper(;ju çt distipgup dans ses deux termes plémentairps; où le fait de conscience se trouverait dès son opgine reposer sur sa base propre» vipe, séparée d^ tqut ce qqi n*est pas plie,
II pst vrai que, dans notre manière actuelle d'ptye organisas et de sentif^ nous ne parvenons |i cette pqnceptiofl nette de l'un ou de l'autre sujet d'attribution que par la voie de l'abstraction ,^ Jointe à |a réfjpxion, et ^idée par lei^ signes institués; pijiis j'errpur congisîe k croire que |e gqjet abstrait et simple n'a ^t^pupe réalité, pa^» cela çepl qu'il e^^ abstrait, pu qu'il qe tombe poipt naturellement sous las sens o^ rimagination. L'erreur consiste a prendre l'imaginatjop poqr juge de ce q^i pxisto réellement, ej; l^s ÇQipposés sensibles , ou jes groupes de mpdes , de qqalités, de leq^ations, que nous (ran^portpns hors de nous, pour les sujets propres de tous nos jugeiflents 4'p^péri^?ÏPp? k reléguer ainsi cqs idées première^ et régulatrices de suj)stances , de causer, de tqrcçs, au j*angdes abgtr^p^ipus yides de réalité. N^us • egpérpng ^voip ^établi ces* idées premières dans leurs véfitaj^le^ titres, e^ ayoir montré la véritable SQurce 9Ù il fau|. pui^pr po^r reponq^ître leur caractère d'uq|vpr$aU|;,é pî de prmaut^.
f J. Lp dériy^ je pllis jiflméiliqt du jjjigemeijtt j)nj[pitif €}| fm\ p'eji di(|*èrj3>inêfnie pas da^ç la^^purc^s, fi'pstle rapport. 4e causalité. J^e ^^rn'pîLJ^te pp^r
lui-même que comme fçrcç agi^sf^^^te^ Hî^*îvq ^ un tprme d'application , et par §^itç C9iflfl[>e ^W^^ ^\i ipouyement effectué d'abord ds^ns ^çpQrp§ qfgs^i^jcm^, et par lui 4ans les corps étranger^. D'un ^ut^'p c^Çé, le corps étranger n'exi^tp pour \ernoi que pompie u^p force fie résistance, mprte dans ce<[i|e no«3appelop3 ipatière, vive daps les çp.rps apîmés q\^ agjs«put sur le nôtre. Le septipient de causalité pers.ftn^^eljp est donc apcompagpé pu si^jvi iipwi^iîftep^pnt > non de l'aperçep^jpn ipferne, m^js dç l'^pe pp^ dp I^ croyance dé force^ pu de cau^p^ §ep^bm:<|p? k 1? pôtre.
Cptte idée, de fof pe ^trapgèf e s.e joint fi tpute q^or diQçatîop passive, eÇ §p m.pUipUpoti ^p ^•ppètpà Tipr fini avec chacupp de ces mQdificfitiflns, ^^s va^ipr comme elles, mais plutôt ep deïpeuVan^ i^entjqv|ft. Ssjps {loute U cqppeptiop puQ 4e fopce séparée de l'plfet n\ lipu dan? potre esprit que par ^ p»pyep d^ SigPe qqj Vjsolçî,^ ipais elle p> pa^ p^Q^p? tput $q|i fppî^ppipnt daps je prppiier e^^pfcicp de nptrp fac^lt^ d'agir et de perpeyoir , pt cette fel^tiop pr^mièrç p3fr p^^ipiép f|2|p§ le Iftng^gp §ûy§ pp^^e fprme ?xipm^tiquei; Tçin^fc^ qu} arrm a une cç{\ise^ e.^t Vpxpre^^ion (j'pp jpgement ap^§i ^ncjen qqp pptre exi^tenpe. IHpp^ dipqns que ce jugpïnepf epippfte ^viic |ui unp i^pp 4e pécessitépp 4'jmpo5^il>ilité d'êtrp m^trpmpof, psif pe]a inême que npu§ ne pouYPns pen^pt ou pxi^ ter pour nous-mêmps, s/àxks l'admpt^rq çqpamp 4ô»r flée, p| qu'il est 1? pondi^ion 4p ^i}^ pq^ jugstBflOtP jj'pbsepy^tjon ou d'p^fpéfieppe qiii pepeHvent »yqir lieu ^afl§ltti. . .
III. Un troisième dérivé immédiat du jugement primitif, c'est celui de l'attribution proprement dite des qualités premières au sujet, ou à la force simple qui agit, comme à celle qui résiste hors de nous. Je dis attribution proprement dite, parce que je distingue soigneusement les attributs qui sont des dérivés immédiats de l'essence du sujet, ou par lesquels seuls cette essence se manifeste, des simples modes ou accidents qui ne font que s'ajouter à cette essence, sans avoir de liaison nécessaire avec elle, mais plutôt en la compliquant d'éléments hétérogènes.
Nous avons déjà vu comment toutes les idées simples réflexives de subtance, de cause, sont des attributs inséparables de l'existence du moi. Je m'attacherai maintenant à constater les caractères des premiers jugements d'attribution objective.
La force qui résiste étant conçue comme l'essence du corps étranger, l'étendue, la solidité , l'impénétrabilité, l'inertie, la mobilité, peuvent être conçues comme des attributs de cette essence : ce sont comme les signes sensibles qui nous la manifestent, ou qui font passer l'idée que nous en avons du domaine de la réflexion dans celui de l'imagination. Quand on dit : le corps est résistant , c'est comme si nous disions la résistance résiste. L'essence réelle est affirmée d'elle-même sous la forme logique d'attribut : c'est l'identité absolue. Mais si nous disons le corps est étendu , solide, impénétrable, mobile, divisible, nous développons l'idée première que nous avons de l'essence du corps , dans une suite d'attributs, sous chacun desquels se trouve comprise son essence tout
entière, qui tous la supposent , quoique l'entendement puisse la concevoir sans eux. En faisant une sorte d'effort de réflexion qui contrarie toutes les habitudes les plus intimes de l'imagination et des sens, nous avons conçu en effet qu'une force de résistance pourrait s'opposer directement à notre effort par un point mathématique , sans être jointe à aucune perception d'étendue. Cette étendue n'est que la résistance même continuée , le mode de coordination des points qui résistent continuement ou successivement. Ainsi nous formons l'idée de l'étendue avec celle de la résistance primitive qui se répète ou se multiplie en restant identique à elle-même.
C'est de la même manière qu'en ayant l'idée de la hgne, nous pourrions former celle de la surface, et enfin du solide ou de. l'étendue à trois dimensions, quand même nous n'aurions pas ces idées par l'expérience actuelle de nos sens, ou que nous serions organisés de manière à ne pouvoir les acquérir par cette voie.
Je ne m'arrêterai point à faire voir comment tous les autres attributs du corps, ou qualités premières, pourraient être dérivés [a priori) de l'essence même du corps , à peu près comme les lois de l'équilibre et du choc des corps pourraient être déduites par des considérations purement rationnelles de l'existence de la matière et du mouvement. Ce qu'il m'importe d'établir ici dès à présent, c'est :
1® Que les idées des attributs peuvent ressortir de l'idée qui constitue pour nous l'essence réelle du su-