‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 3)Chapitre 27 sur 37 · IV. Venons maintenant aux jugements de sithplè modalité · texte numérisé non relu

IV. Venons maintenant aux jugements de sithplè modalité

Ces jugements consistent à associer des modes sensibles quelconques, externes ou internes, avec l'un ou Tautre des termes du rapport fondamental, donnés comme distincts par le fait du sens intime, et comme séparés de tout attribut, par le langage. Ces jugements se trouvent énoncés sous la forme subjective quand on dit \jè souffre, je jouis, j'ai faim ou soif, mal à la tête; ou sous la forme objective quand on dit : tel corps êêt chaud, froid, cùhré, so-nore^ etc.

Il est évident que les modes ainsi affirmés du sujet ou de l'objet ne font que d'ajouter aux attributs qui constituent son essence, ou qui dérivent de Teâsence, sans en constituer ni en faire eux-mêmes partie, puisqu'ils varient incessamment, se succèdent, se remplacent pour se reproduire de nouveau, le sujet ou l'objet restant identiquement le même. En n'ayant égard ici qu'à l'objet, nous concevons que ces modes ou qualités secondaires n'ont aucune liaison générale et nécessaire avec l'essence du corps, ni par suite entre eux ; ils ne peuvent être dérivés d'aucune manière médiate ni immédiate de cette essence, ni les uns des autres.

En appliquant successivemetit chacun de mes sens à un objet extérieur, je perçois ou je sens, outre les qualités premières qui me le font juger comme ayant une existence fixe ou |)ermanente hors de moi, cer-

taines qualités tactiles, couleurs, sons, odeurs, saveurs. De là autant de jugements ou d'attributions de modes, qui grossissent mon idée fondamentale de corps d'une multitude d'éléments hétérogènes que mes sens en font ressortir. Quand je dis d'un corps tel que l'or, par exemple, qu'il est jaune, inodore, ductile, malléable, etc., je porte une suite de jugements qui n'ont aucune liaison les uns avec les autres ni avec un premier ; chacun d'eux se fonde sur une expérience particulière, sans laquelle il ne pourrait avoir lieu ; car nous ne voyons point quelle espèce de liaison la couleur jaune a avec la pesanteur, ni celle-ci avec la propriété d'être ductile ou malléable, etc. Tout ce que nous savons, c'est que toutes ces qualités ou apparences co-existent actuellement dans un même objet composé que nous appelons or^ sans pouvoir nous assurer qu'elles lui sont essentielles.

Les jugements ne se liant pas les uns aux autres ne constituçnt point un raisonnement ; chacun d'eux est particulier et contingent. Lorsque nous le portons, nous avons l'idée d'une possibilité opposée et nous savons que notre énoncé ne s'étend pas au delà du lieu ou du moment présent.

Chacun des jugements par lesquels j'associe l'idée d'un mode, ou d'une qualité élémentaire, au groupe exprimé par le mot or peut être appelé analytique en tant qu'il décompose l'idée ou la perception totale. Les jugements analytiques ne se lient pas entre eux ni à un sujet dont ils sont le développement, mais ils ajoutent au sujet divers éléments, ou gros-

sissent son idée de plusieurs éléments hétérogènes. Une telle suite de jugements analytiques sans liaison, sans dépendance réciproque, forme une description et non point un raisonnement. 1} n'y a dans cette description rien d'universel ni de nécessaire, rien qui dépasse les limites de l'expérience , du lieu et du temps où elle se fait. Cette expérience répétée détermine une confiance d'habitude, ou une sorte de certitude fondée sur l'induction et l'analogie, mais qui n'emporte avec elle aucun sentiment de nécessité, et laisse toujours à l'esprit la faculté de supposer un contraire possible.

La série des jugements qui forment la description d'un objet quelconque se termine aux qualités premières qui ne s'adressent plus directement aux sens externes ni à l'imagination, et là commence le raisonnement, qui s'appuie sur les notions abstraites réflexives, ou les signes qui les expriment , et établit entre elles des relations nécessaires, universelles.

Dans l'analyse descriptive, l'attention qui s'attache successivement à chaque qualité sensible, la fait ressortir un instant du groupe dont elle fait partie, pour l'y associer de nouveau par le jugement dont le mot est devient le signe déterminatif. Tant que le mode est perçu ainsi en concret avec la substance à laquelle il est inhérent, il participe à toute la réalité de cette substance ; mais lorsqu'il en est tout à fait séparé, abstrait par le signe qui prend la forme substantive, il devient un sujet artificiel ou purement logique, qui n'a alors aucune valeur hors

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de son signe, et toutes les propositions dans lesquelles il entre comme antécédent tiennent dû aa nature, et sont comme lui factices et de plus contingentes.

Les attributs essentiels, séparés de ce que nous appelons la substance, et substantifiés eux-mêmes dans le langage, peuvent bien être aussi considérés comme des sujets logiiques; mais parce qu'ils font nécessairement partie de l'essence du sujet, ou qu'ils la renferment encore, même dans leur état d'abstraction, les jugements dont ils sont les antécédents conservent le caractère de nécessité et d'universalité qui appartient à cette essence ou à ses dérivés immédiats. Ainsi tout ce que nous jugeons ou affirmons de l'étendue abstraite s'applique à l'étendue concrète, ou au sujet réel à qui appartient cet attribut, et les relations aperçues entre les diverses formes de cet abstrait sont généralement et universellement vraies. Au contraire, ce que nous pouvons affirmer d'un mode abstrait de sa substance n'a aucune réalité hors de nous, et est toujours particulier et contingent comme mode variable de notre sensibilité.

Tout mode, abstrait d'un objet individuel et revêtu d'un signe permanent, se transforme immédiatement en uUe idée générale, par suite de comparaisons faites entre les divers objets qui renferment le même mode. Son signe s'étend à tous les objets qui sont censés avoir entre eux ce rapport commun d'analogie ou de ressemblance. Ainsi le rouge devient le nom commua de tous les objets qui présentent les

nuapces (je cptte couleur, quoiqu'elle soit susceptible de varier en intensité dans chacun d'eux. Il est tien évident ici que le rapport de ressemblance a tout son fondement dans les dispositions de nofre sensibilité et peut varier avec elles; qu'il n'a donc rien de constant, de nécessaire ou qui soit foudé sur l'existence de l'objet.

Ce que nous disons d'un seul mode abstrait s'applique de même à toutes ces collections artificielles qui constituent nos idées de genres, de classes et d'espèces, sous lesquelles viennent se ranger les phénomènes, ou les objets de nos connaissances expérimentales. Les caractères de ces idées générales ne peuvent être autres que ceux de leurs éléments. Elles sont donc artificielles comme eux. Tout ce qui est affirmé de ces idées ne l'est que d'une manière hypothétique, et sous la condition que les ressemblances aperçues entre les individus du genre existent réellement; mais ces rapports de ressemblance, qui dépendent de la nature des modifications sensibles comparées, peuvent bien n'avoir pas plus de fixité que ces modifications ; et si l'organisation ou simplement les dispositions venaient à changer, ces ressemblances apparentes qui ont déterminé la formation d'un genre ou d'une espèce n'auraient plus lieu et l'idée générale s'évanouirait.

Les termes qui expriment des idées de genre sput des sujets logiques de nos propositions généralfîs, comme les objets de nos idées individuelles sont les sujets réels de propositions particulières. Ici, toutesles attributions se font à une essence ogi ^ UPP force con-

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çue comme réelle et seule permanente ; là, tous les jugements ne portent que sur un signe, qui fait tout le lien des éléments unis dans le même groupe artificiel. Ce signe fait toute la permanence de l'idée qu*il exprime, et, en le prenant pour sujet des affirmations successives, nous supposons, dans sa signification, une sorte de réalité permanente, qui correspond à celle de l'essence du sujet commun des attributs. De plus on doit altérer plus ou moins les qualités que l'on considère pour les unir à d'autres modes abstraits de sujets différents, et les revêtir d'un même signe. On suppose qu'il y a non-seulement ressemblance mais identité parfaite entre ces modes aperçus dans les objets comparés, ou que c'est le même mode qui se retrouve dans tous. C'est là une supposition gratuite, précipitée, irréfléchie, établie pour la commodité du langage, mais que la nature n'avoue pas.

On forme par exemple, l'idée générale abstraite exprimée par le mot animal, en abstrayant des divers êtres organisés, vivants, que l'on compare, un certain nombre de propriétés ou de qualités, qui sont censées leur être communes, telles que celles de sentir ou de se mouvoir par une force propre, de se nourrir, de croître, etc. Pour cela, il faut supposer que les facultés sensitives et motrices (je ne parle que de celles-là comme étant les principales) sont les mêmes au fond dans toutes les espèces et les individus du genre. En vertu de cette supposition, la même idée générale ou le même signe, animal, s'applique à l'homme et au lion par exemple, en tant

que ces deux êtres réunissent toutes les qualités communes qui ont été artificiellement groupées sous un tel signe, et en faisant abstraction de toutes les particularités qui les distinguent.

De là cette sorte d'équation logique : C homme est animal, le lion est animal, qui entraîne celle-ci : il y a égalité^ ou identité^ entre une partie de l'idée de f homme et une partie de F idée du lion^ exprimée par le même signe, comme il y a égalité ou identité entre les deux collections 7 -]- 2 et 5 + 4, parce qu'elles vont se résoudre Tune et l'autre dans la même idée totale exprimée par le signe 9. Mais l'équation, qui est réelle quand il ne s'agit que de comparer des éléments homogènes sous le rapport du nombre ou de l'extension de l'idée, est arbitraire, et même illusoire, quand il s'agit de rapports de ressemblance entre des qualités intensives qui varient nécessairement d'un individu à l'autre.

Pour le mieux comprendre empruntons un instant les abréviations de l'algèbre; exprimons les qualités ou les modes abstraits de l'idée d'homme, comme la sensation, le mouvement, etc., par les lettres initiales Sy m, w, p, q et réunissons leur collection sous cette forme :

En comparant l'homme au lion, nous trouvons que celui-ci réunit certaines qualités que nous jugeons ressembler à celles dont la collection est exprimée parle signe A. Quelque analogie apparente qu'il y ait entre ces qualités de nature diverse, elles ne sont sûrement pas identiques. Nous devrions donc nous

borner à représçntenter leur ressemblance par des sigpes analogues, en faisant, comme dans la collection des modes semblables abstraits de Tidée de l'homme,

Mais cette analogie ne suffit pas ; elle multiplierait infiniment les signes du langage, altérerait la symétrie de nos formules et la généralité de nos conclusions (1). Nous effaçons donc les signes caractéristiques des rapports de ressemblance pour leur substituer une identité absolue en faisant : s+m + i>+p + q=s'+m' + n' +P' + ^'

Et par suite A = A'.

Nous concluons ensuite l'identité des idées de celle des signes. Nous ne songeons plus en aucune manière aux idées, et le terme général fait tout l'objet de notre pensée, dans les jugements ou les raisonnements dont il devient le sujet. Nous érigeons en principe que tout ce qui peut être vrai universellement d'un certain terme général, Test par cela même implicitement ou explicitement de tous les individus que l'on peut désigner par ce terme. Ce principe devient un axiome dont toutes les conclusions de nos syllogismes ne sont que des cas parti-

(1) Nous pourrions déduire de ce que nous disotis ici, Timpossibinté d'une langue universelle ou spécieuse générale, telle que Leibnitz Pavait conçue, langue universelle.qui remplirait, à Tégard du Système général de nos idées mixtes de toute espèce , les fonctions que l'algèbre remplit à l'égard de nos idées de quantité. Cette langue serait vraiment spécieuse , c'est-à-dire trompeuse ; en ce qu'elle confondrait nécessairement les rapports de ressemblance plus ou moins éloignés , avec de véritables égalités m identités, qui seraient faussement conclues de l'identité du si£;ne.

cuUer^. £û QÎkU eu appliquant à l'individu ce qiii convient au genre, nous ne faisons que reproduire sous diverse^ formes et avec des signes difierepts cette équation : X (terme général) = A (attribut du genre, on Tune des idées qui y sont comprises). Or Z (terme particulier de l'espèce ou de l'individu) = X; donc Z = A.

L'application constante de cet axiome général dans les habitudes du langage, contribue à nous cacher les exceptions, tend ainsi à ramener tous les procédés de ce que l'on appelle raisonnement à ceux de l'algèbre et les transforme ainsi en un pur mécanisme. Mais si le principe du syllogisme était en effet sans exception, le raisonnement ne serait plus un procédé intellectuel > ou du moins n'aurait pas d'autre base que celui de la généralisation fondé luimême sur l'artifice des signes ; l'art de raisonner, comme l'a dit Condillac, et comme on l'a répété depuis, ne serait autre que celui de parler.

Il résulte de ce que nous avons dit ci-dessus que cette assimilation est tout à fait illusoire et qu'elle n'a d'autre fondement que cette supposition, adoptée sans examen suffisant, que toutes nos idées abstraites sont les produits d'une généralisation plus ou moins arbitraire. La généralisation n'a pour base que les signes du langage, dans lesquels nous ne ppuvons jamais voir que les résultats de nos propres conventions. Elle repose sur une hypothèse particulière, dont nous venons de montrer le vide, savoir la substitution du rapport d'identité au rapport de la ressemblance, et le transport aux qualités intensives,

du signe d'une égalité qui n'a lieu qu'entre les quantités numériques ou extensives. Si tout se réduit pour nous à généraliser sur des rapports de ressemblance, aperçus entre les choses ou les idées, il suit bien que tout se réduit aussi à l'artifice des signes. Mais alors il ne s'agit plus que des vérités conditionnelles et nullement de vérité absolue : nous devons renoncer à atteindre par le raisonnement aucune espèce de réalité ; il faut nous renfermer dans l'enceinte des rapports qu'ont entre elles nos modifications et nos idées, et ne jamais prétendre à connaître les véritables relations qui sont entre les êtres , les causes et les forces de la nature.

La question vraiment fondamentale dans le sujet qui nous occupe consiste donc toujours à savoir si les idées abstraites, telles que le moi, la substance, la cause ou la force, Vun, le même ; idées qui sont, comme l'a dit Leibnitz, les véritables objets de nos raisonnements, et sans lesquels il ne pourrait y avoir aucun raisonnement proprement dit; si ces idées abstraites, dis-je, ne sont que des produits d'une généralisation arbitraire , ou des idées artificielles comme celles des classes animal, plante^ minéral^ enfin de purs signes , ou de simples catégories , sous lesquelles nous rangeons les phénomènes sans conséquence pour leur réalité. La question est de savoir si de telles idées se trouvent placées à l'extrémité de la chaîne de la science, ou si elles ne sont pas plutôt données à l'entrée même de la connaissance.

DE l'analyse DBS IDÉES.

Quand je dis que l'analyse d'une idée générale consiste dans une suite de jugements, dont aucun n'emporte avec lui le sentiment d'une liaison nécessaire, on pourrait m'objecter la constance des lois de la nature, toujours présente à notre pensée, et qui communique un caractère si remarquable de fixité aux classifications des phénomènes. Mais il faut bien remarquer que cette idée d'une constance dans les lois de la nature est toute fondée sur la notion de causalité, et n'est qu'une application de ce principe, que dans tout ce qui arrive, dans tout ce qui se suit régulièrement, il y a une cause permanente de l'événement, ou de la succession régulière des phénomènes, cause bien distincte de chacun des phénomènes en particulier. Or, un tel principe est une de ces notions premières, qui ne comportent aucune analyse, que nous ne faisons point comme nous faisons nos idées de classes ou d'espèces, mais que nous trouvons au dedans de nous, et que nous appliquons aux phénomènes ; il est donc en dehors des idées générales dont nous parlons.

En second lieu l'expérience confirme chaque je>ur

que les classifications, ou les systèmes dont se composent les sciences naturelles, sont fondées le plus souvent sur des rapports de ressemblance variables que d'autres expériences démentant;, ou sur la supposition d'une constance ou d'une uniformité qui n'est que dans nos idées et non point dans la nature. La nature ne nous manifeste ses lois vraiment constantes que dans les relations de ces notions premières et régulatrices de l'espace, du temps, du mouvement, relations qui sont une conséquence nécessaire de l'existence des choses , et que notre esprit déduit de cette existence même, sans avoir besoin de recourir h une suite d'expériences.

J'ai comparé l'analyse des notions générales avec celle des idées individuelles ; mais on a du voir qup s'il y a une parfaite ressemblance dans l'ordre des jugements qui s'appuient sur l'essence réelle d'une part, et le signe qui en tient la place, d'autre part, il y a une différence très-réelle dans la matière même de ces jugements, dans les qualités ou modes attribués au sujet réel ou logique.

L'analyse d'une idée individuelle procède toujours du composé au simple, du sensible à l'intellectuel ; elle s'arrête là où il n'y a plus rien de sensible ou de composé et là où finit l'expérience extérieure. L'analyse d'une notion générale procède en allant du simple au composé, de l'intellectuel au sensible. Celle-ci ressemble à l'opération par laquelle on ajoute successivement des quantités les unes auxaur très pour en composer une somme; l'autre ressemble i^ l'opération inverse par laquelle on soustrait d'une

quantité donnée une autre quantité dont on veut connaître la différence.

Mais si Ton compare ce prétendu simple d*une notion générale au prétendu composé de Tidée individuelle, on verra peut-être qu'ils diffèrent moins qu'on est enclin à le penser d'abord. Les différents modes ou qualités, que nos sens externes ajoutent à l'essence d'un individu, ou aux attributs qui constituent Têtre individuel, lui sont ajoutés du dehors, par une suite de jugements qui ont pour sujet simple cette essence ou l'un de ses attributs. Dans ce qu'elle a d'essentiel ou de propre, cette idée nous est donnée dans le fait primitif àe son existence ; nous ne la faisons pas, et l'expérience ne fait que grossir ce premier fond donné, en y ajoutant des éléments de différentes espèces. De là vient que l'analyse n'a pour objet que de distinguer les uns des autres ces modes surajoutés par l'expérience, et qu'elle s'arrête aux attributs.

L'idée particulière de Paul est formée de tout l'ensemble des qualités ou propriétés qui constituent cet individu. Pour en faire l'idée de l'espèce homme^ il faut en soustraire plusieurs images accideii telles comme grand ou petit, jeune ou vieux, etc. ; pour en faire l'idée du genre animal, il faut encore en soustraire des qualités communes à l'espècei comme celle d'une certaine forme corporelle, de certaines facultés intellectuelles, pour ne retenir que celle du mouvement spontané, de la nutrition et de l'accroissement.

En procédant par retranchements successifs, on

parvient ainsi successivement aux idées de plante, corps organisé, corps inorganique, étendue, résistance, être.

Il y a plusieurs choses à considérer dans cette marche ou ce progrès de généralisation successive, depuis ridée de tel individu particulier jusqu'à celle du genre le plus élevé, comme on dit ordinairement :

1° On peut observer que plus le nombre des modes abstraits, comparés dans divers individus, est petit, plus le genre s'élève, plus est grand le nombre des espèces ou des individus compris sous ce genre auquel le même terme générique peut s'appliquer. En empruntant le langage de l'école je dirai : plus l'idée générale a d'extension, moins elle a de compréhension; celle-là est en raison inverse de celle-ci (1).

2° En prenant l'idée de substance pour celle du genre le plus élevé, et la considérant sous le rapport de compréhension, cette idée ne serait donc plus susceptible de résolution ultérieure; elle se

(1) Au lieu de dire : Tout homme est animal, il faudrait dire dans le langage d'Aristote : L'animal est compris dans C homme. La première manière de s'énoncer regarde plutôt les individus, comme dit Leibnitz ; la seconde a plus d'égard aux idées ou aux universaux. Il est bien vrai que le terme animal comprend plus d'individus que celui d'homme, mais celui d'homme comprend plus d'idées, plus de formalités; Tun a plus d'exemples, l'autre plus de réalité; l'un a plus d'extension, l'autre plus d'intension. Aussi peul-on dire vraiment que toute la doctrine syllogistique pourrait être démontrée par la théorie du contenant et du contenu, qui dift'ère de celle du tout et de la partie. Le tout excède toujours la partie, mais le contenant et le contenu sont quelquefois égaux comme il arrive dans les propositions réciproques.

trouverait au «ommet de nos connaissances comme la pointe de la pyramide. Au contraire, en la prenant sous le rapport de son extension, comme elle embrasse %t comprend tout, il n'y a pas d'idée qui soit plus susceptible d'analyse, puisqu'en nous ren-^ dant compte de la manière dont nous y sommes parvenus, nous pourrons en déduire successivement les notions ou idées individuelles, dont les ressem^ blances génériques ou spécifiques ont conduit à sa formation.

S"" Mais il faut bien remarquer qu'ici le mot ana*lyse a deux sens différents qui sont trop souvent confondus.

Celte opération de l'esprit qui consiste à rétrograder du genre aux individus peut être appelée analyse, en tant qu'on la considère comme ayant pour objet de (aire une énumération plus ou moins exacte ou détailfée de toutes les idées spécifiques ou indivi-duelles, dont la notion générale exprime les rapports de ressemblance; car sous ce point de vue, l'analyse appliquée à une notion générale est à peu près la même que celle qui s'applique à une idée particulière, pour en connaître ou énumérer les éléments. Hais ces éléments sont des idées de modes ou de qualités sensibles, quand il s'agit d'une idée indivi* duelle ; ce sont des rapports de ressemblance quand il s'agit d'une notion générale.

De même que le nombre des modes ou qualités

qui composent une idée individuelle est le plus grand

dans l'idée totale qui sert de point de départ à l'a*

nalyse, et diminue toujours jusqu'à ce qu'on arrive

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