‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 30 sur 63 · INTRODUCTION DE L'ÈDITKUIV. CXXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÈDITKUIV. CXXXIII

sciences inatliématiques en découlent par la seule vertu de la logique. C'est là, sans doute, l'analogie qui a conduit tant de métaphysiciens à tenter l'explication de l'univers par la seule vertu d'un concept a priori suivi dans ses conséquences. Mais l'analogie en ce cas est trompeuse, il n'y a pas de parité entre les mathématiques et la science des réalités ; et du concept abstrait de l'être infini , la logique ne saurait rien tirer légitimement que l'affirmation même de ce concept. Parménide posant l'un comme inexplicable et le multiple comme illusoire, a dit le dernier mot de cette doctrine. Pour que le monde puisse être compris comme procédant de son principe, il faut que ce principe soit déterminé de quelque manière; qu'il ne soit pas seulement l'être, l'être infini, mais l'être réalisé dans une nature donnée dont l'infini devient le caractère. C'est cette détermination de l'être divin , à laquelle la logique pourra rattacher ses déductions, que je nomme la matière de la conception tbéologique.

Cette détermination de l'être, à quelle source serat-elle puisée? Le matérialisme laissé de côté, elle sera nécessairement empruntée à quelque fait de conscience, puisque toute détermination réelle, par cela qu'elle est réelle, ne peut que se rattacher à une donnée de l'expérience, l^a matière de la notion de Dieu sera donc prise dans un des faits généraux que le sens intime nous révèle comme constituant notre existence propre et qui sont susceptibles de revêtir dans notre pensée, le caractère de l'infini. Il y a toujours, dans notre idée de Dieu, un élément an*

^cxniv QEUTRES DE M. DE BIRAN.

thropomorphique par lequel nous saisissons Texistenee absolue comme réelle, à côté de Télément si»écialement théologique de l'infini. Cette pensée n'a rien qui doive surprendre ceux qui pensent que l'homme est fait, dans un sens quelconque, à l'image et à la ressemblance de Dieu. D'ailleurs, l'esprit bumain tente de vains efforts pour sortir de cette position. S'il conçoit l'absolu comme un principe réel dont le monde puisse procéder, par un mouvement que la penisée reproduit, il faut bien que l'absolu soit déterminé par un élément d'expérience qu'il puise en lui-même. S'il aspire à dégager l'idée de Dieu de toute donnée d'expérience, il n'y trouve que l'être infini, dans son abstraction, et, encore une fois, de l'infini abstrait rien de réel ne procède pour notre pensée.

S'il en est ainsi, le premier élément delà conception de Dieu, le nécessaire ou l'infini restant identique, les variétés des systèmes théologiques dérivent du second élément, ou de la détermination de l'être par un élément emprunté à la psychologie. Voilà pourquoi la psychologie est bien, en un sens, le point de départ de la science, pourquoi la manière dont l'homme se conçoit lui-même détermine la manière dont il conçoit Dieu et l'univers.

Dans la doctrine psychologique la plus généralement reçue par les écoles spiritualistes, doctrine qui remonte au moins jusqu'à Platon, la raison est le principe fondamental de notre existence , et la volonté un agent qui produit au dehors et réaliseses conceptions. L'homme, diraient volontiers les secta-

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