‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 44 sur 63 · INTRODUCTION. W · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. W

ture dont il fait partie, mais encore il aperçoit ces rapports; il s'en rend compte : bien plus» il les modifie, les étend sans cesse, ou s'en crée de nouveaux, par l'exercice de cette force agissante et pensante qui constitue sa nature, son existence et sa personnalité tout entière.

L'homme ne perçoit ou ne connaît rien , à proprement parler, qu'en tant qu'il a conscience de son individualité personnelle, ou que sa propre existence est un fait pour lui-même, enfin qu'il est moi. Le sentiment du mot est donc le fait primitif de la connaissance; et, comme nous prouvons ultérieurement qu'il ne dépend essentiellement d'aucune impression reçue par les sens externes, qu'il n'est essentiellement attaché à aucune modification variable, accidentelle , quoiqu'il s'associe avec toutes, mais qu'il est exclusivement inhérent à l'exercice d'un sens interne particulier, nous disons que c'est un fait primitif de sens intime.

Il ne s'agit point ici de prouver ce fait, qui sert luimême de fondement à toutes les preuves, à toutes les vérités de fait (1), mais de le constater dans sa source propre, en employant le sens qui y est spécialement et exclusivement approprié, et le séparant de tous les éléments hétérogènes qui Taltèrent par leur mélange. Il s'agit enfin de trouver l'expression la plus simple et la plus vraie de ce fait primitif, et d'y ramener par

(1) a Si les expériences internes immédiates n'étaient pas cerlai- « nés (dit très-bien Leibnitz dans ses Nouveaux Essais) ,i[ ne u saurait y avoir de vérités de fait dont on pût être assuré. Il n'en « est pas de môme pour les perceptions externes médiates, qui sont « sujettes aux illusions des sens ou de l'imagination. »

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Tanalyse tous les (iliénoinèutiâ de la psychologie, tous les modes les plus intimes de la pensée, tous les principes de la connaissance Iminaine.

Dans les sciences dérivées ou secondaires que r homme fait, soit en observant ce qui est hors de lui, soit en combinant ses propres idées, eu composant des notions avec les matériaux abstraits de ses représentations sensibles, cfi sont ordinairement les principes qui sont les plus simples et les plus faciles à saisir, soit que Ton parte d'axiomes ou de définitions convenues» soit qu'on parte de faits ou de phénomènes élémentaires donnés à T imagina lion ou aux sens. Mais le véritable principe sur lequel repose la science de resprlL humain est sujet à des dillîcultés particulières. Ce n'est point une ahslraction, car le sentiment de notre être est, au contraire, celui d'une individualité très-précise. Ce n'est point un phénomène ni un objet qui se représente; car le moi se distingue très-nettement de tout objet représenté ou senti au dehors; c'est un fait intérieur sut generts, très-évident sans doute pour tout être réfléchi, mais qui demande à être aperçu à Taide de son sens propre et spécial. Si, faute d'appliquer le sens approprié, on manque le^vrai point de vue, ou si l'on se fait illusion sur la nature du vrai principe, il n'y a plus, au lieu d'une science réelle, que des hypothèses et des systèmes artistement établis et liés par l'expression, sans l'être par les faits, semblables à ces édifices sans fondement, beaux et réguliers quand on les voit à distance, mais qu'on ne saurait habiter avec la moindre sécurité,

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