SYSTÈMES DIVERS DE PHILOSOPHIE. — CH. U
Locke.
Les successeurs de Bacon, ou les disciples de sa méthode, qui, de leur propre mouvement, ou en cédant peut-être à l'influence encore exercée par Descartes, furent conduits à jeter un regard en arrière, ou à revenir sur Torigine des idées, ne purent que s'attacher d'abord à prouver ou h confirmer en théorie cet ancien principe de l'école : Nihil est in intellectu quod non priùs fuerit in sensu, principe dont la vérité devait leur paraître clairement démontrée par les beaux résultats pratiques et par les succès nouveaux d'une philosophie à laquelle il servait de fondement.
Le monde extérieur se présente d'abord à Locke comme une donnée primitive dont il ne s'agit pas d'expliquer ni même de constater la réalité. C'est de ce monde que nos premières idées de sensation sont réputées découler de toutes pièces, par le canal des sens exteiîies. La sensation est simple ou indécomposable : elle est le premier fait, et s'identifie ainsi avec un premier jugement. Or, tout jugement, ou rapport perçu, suppose bien nécessairement deux termes ; mais ces deux termes n'étant vraiment constitués tels que dans le rapport commun qui les unit, et ne pouvant être connus isolément l'un de l'autre, nous sommes fondés à appeler et réputer simple cette idée première de sensation, comme étant par le fait indécomposée, si elle n'est point indécompo- I. il
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sable. Tel est le point de vue de Locke, qui par là tend à faire rentrer la métaphysique entière dans le domaine de Texperienee, en considérant cette science première comme une sorte de physique expérimeotaie de Tàme, soumise à la méthode et aux principes du restaurateur des sciences naturelles.
L'auteur de VEssai sur tEnundement humain ne ^'arrête pas à ces limites de la sensation ou de l'objet qui s'y trouve représenté; il reconnaît jusque dajia ces premières idées sensibles, auxquelles il attribue ^le caractère de simplicité, une aperception interne qui est même, selon lui, le seul signe de la présence de Tàme, ou la seule caractéristique des modes ou opérations qui lui appartiennent en propre- En effet, dit'il [ce point de doctrine est très-remarquable), Tâme ne peut être dite sentir ou agir qu'autant qu'elle aperçoit actuellement que c'est elle qui sent ou agit, et tout ce qui est hors des bornes de cette aperception actuelle ou possible ne peut être réellement attribué à l'âme. Ici commence un point de vue purement réflexif, qui rentre dans celui de Descartes et n'appartient plus en aucune pianière à 1^ doctrine expérimentale de Bacon. Arrêtons-nous g ce premier pas dans le champ de l'expérience intérieure, et analysons tout ce qui se trouve dans l'énoncé de Locke sur le fait d'aperception interne, donné comme le caractère esseatiel des attributions dç l'âme.
Jd demande d'abord si l'idée exprimée par le mot âmee^i restreinte à celle du moi, sujet de l'aperception ipterne actuelle, ou si ce signe emporte de plus