SYSTÈMES DIVERS DE PHILOSOPHIE. — CH. TU
avec lui la notion d'une substance qui existe absolument par elle-même et hors du fait de sens intime- Dans ce dernier cas, je ne vois pas pourquoi on 3e re^ fijiaerait k attribuer à Tâme certains modes ou act^s qui, n'étant pas joints à Taperception internet, se trouvent réellement étrangers au moi e% hors du champ de l'e^périetice intérieure. En effet, dès qu'on part d'un principe absolu, tel que la notion d^ sulh* stance, quelle raison suffisante aurait-on de nier les attributs absolus supérieurs à toute expérience ? En disant que l'aperception interne, ou la conscience du mais est la seule caractéristique de tous les modes ou de toutes les opérations qui peuvent être attribués à l'âme, ne limite-t-on pas arbitrairement et sans motifs l'extension indéfinie sous laquelle on prend d'abord le terme qui exprime le sujet? Car si l'âme existe réellement sans aperception interne ou senti-^ ment de moi, pourquoi ne sentirait ou n'agirait-elle pas sans cette aperception? Pourquoi n'y aurait-il pas dans ce sujet, identique par hypothèse, des per-^ ceptions obscures, toujours étrangères à la conscience, ainsi que le dit Leibnitz? Pourquoi le principe de la vie qui s'ignore ne serait-il pas le même que celui de la pensée qui se connaît? De telles ques* tiens sont insolubles par leur nature, ou ne peuvent être résolues que d'une manière hypothétique : nous ne pouvons rien savoir à leur égard a priori, ni même par Texpérience, puisque ces questions sont étrangères à tous les faits.
Mais, dans la première alternative, où le mot âmê n'emporterait avec lui d'autre notion ou idée que
ISO FO!SD* DE LA PSYCHOLOGIE, — PABT, L SECX r.
celle du fnoi actuel ou phtmoménal» le principe énoncé reviendrait à celui-ci : les seules modifications ou opérations qui puissent être attribuées au mai, sont celles qu'il s'attribue actuellement dans le fait de la conscience. Ce fait se trouve donc affirmé de lui-même, commft il Test dans Ténoncé de Des* cartes: Je pense, donc j'existe. C'est Tévidence immédiate et tout intérieure, c'est l'identité à laquelle se trouvent ramenés tous les systèmes, en parcourant un cercle dont ils cherchent si vainement à sortir. Mais cette sorte d'équation identique qui se reproduit sans cesse n'annonce- t-el le pas bien le caractère d'un principe ou d*un fait primitif tel qu'il est impossible de passer outre (1) ? Arrêtons-nous donc à cette limite, ou à la base réelle de la science des principes. Employons utilement à const^ïter et éclaircir le véritable fait primitif» un temps et des forces que nous perdrions en cherchant à pénétrer plus avant.
Reprenons la formule de Locke : Tâme ne peut sentir ou agir sans apercevoir actuellement qu elle sent ou agit. Cette formule, encore un coup, n'exprime rien autre chose que le fait de conscience et se réduit à une proposition parfaitement identique, si l'âme est prise pour le moi. Mais, dans l'hypothèse contraire qui est celle de Locke comme celle de Descartes et de Leibnitz, il y a des distinctions essen-
(1) Je pense, donc j'existe. — La conscience est la seule forme de Fâme. — Le moi se pose lui-même. — A.=A. ; autant d'identités qui prouvent combien sont vains les efforts qu'on peut faire pour concevoir quelque chose d'absolu et hors du fait primitif.