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tielles à noter. Si rame est prise pour la force absolue» qui agit et qui meut, il est vrai de dire, comme nous le montrerons bientôt, que la conscience étan^ inséparable du premier exercice de cette force et de son premier déploiement sur un terme qui résiste, cette aperception est le signe caractéristique et unique de sa présence, ou de Taction réelle de Tâme. Mais il importe bien d'observer ici que nous ne partons point de cette notion de force absolue comme d'un principe ; qu'au contraire, nous ne pouvons que remonter du fait de la conscience actuelle de son exercice, à la notion d'une force qui sert de fondement caché à l'action ou au mouvement que le moi s'attribue commejcause. L'erreur de Locke et de Leibnitz est d'avoir voulu intervertir cet ordre. Que si l'âme était prise pour une substance passive qui sent ou qui est capable de sentir, en vertu de certaines impressions reçues, il n'est plus aussi vrai de dire que l'aperception interne soit la caractéristique essentielle de tous les modes ou impressions que cette substance peut être dite sentir ; car plusieurs modifications affectives qui peuvent être attribuées à l'âme sensitive, sont tout à fait étrangères au mai. S'il est bien évident en effet que le moi est le sujet réel de tous les modes, même passifs, auxquels il s'unit ou qu'il aperçoit, il n'est pas moins évident qu'il ne s'unit pas essentiellement à une multitude d'affections ou de perceptions obscures qui peuvent être sans lui, comme il peut être sans elles.
Demander en quel temps l'homme commence k avoir des idées, dit Locke, c'est demander en .quel
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temps il commence à apercevoir; et, sans s'occuper sérieusement de cette question, il suppose qu'aussitôt que l'âme est unie avec le corps organique et qu'elle reçoit des impressions ou qu'elle sent, elle aperçoit par cela même ; c'est-à-dire qu'il y a une personnalité individuelle constituée dans la première sensation. Et pourquoi le suppose-t-il ainsi? C'est qu'il part de la notion de substance sentante et peûsstfite ; qu'il confond cette notion avec le fait même de la conscience ou du moi, qui est ainsi réputé inné où sans origine; que, par suite, il renonce à analyser le fait primitif pour y constater tout ce qui y est et itt'y rien admettre de ce qui n'y est pas,
Locke prend son point de départ dans l'absolu, mais il ne s'y arrête pas, et il passe immédiatement dans le champ de l'expérience extérieure. Descartes et Leibnitz s'arrêtent au contraire à cet absolu, où ils croient trouver les principes de la science et les éléments d'un monde qu'ils se proposent de construire. Ces trois pliilosophcs admettent également une expérience intérieure et des faits de sens intime ; mais ils ne reconnaissent pas les titres réels de leur primauté. Descartes et Leibnitz ont trop abstrait. Locke n'a pas assez abstrait, et s'il eût poussé l'analyse jusqu'à ses dernières limites, peut-être aurait-il vu les deux origines qu'il donne à la connaissance réunies dans une seule source, dans un seul et même fait primitif dont il s'agissait de recoj maître les éléments pour expliquer la formation de toutes nos idées, et donner à la réflexion môme la base qui lui manque dans sa doctrine.
SYSTÈMES DIVERS DE Pim,OSOPHIE. — CH. IL 183
Gondillac
On vient de voir comment la doctrine de Locke tient à la fois à la méthode de Bacon, par Tinfluence première qu'elle donne aux idées de sensation, considérées comme faits primitifs simples et indécomposables, et à celle de Descartes, par les idées réflexiyes qu'elle admet ultérieurement comme éléments simples d'une autre espèce de connaissance tout intérieure. Mais Thétérogénéité de cette doctrine prouve sans doute que les deux méthodes sont inconciliables, ou du moins qu'il faut analyser davai>tage le fait qui sert de principe pour pouvoir les associer ou les appliquer simultanément sans confondre leurs limites.
Disciple de Locke, mais destiné à devenir maître, Condillac vient se placer comme à son tour entre Descartes et Bacon. Il emprunte, peut-être sans le vou^ loir, les principes synthétiques du premier, qu'il croit pouvoir concilier avec la méthode^ de l'autre. De cette alliance résulte la doctrine nouvelle renfermée dans le Traité des sensations.
Descartes avait exprimé le principe générateur dé la science sous cette formule : Je pense^ doncfeanste. Condillac substitue cet énoncé plus simple en apparence : Je sens. Mais qu'importe ici la différence des formules, si le même fait primitif se trouve énoncé dans le dernier verbe comme dans le premier? Or, l'emploi des deux verbes à la première personne, je
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pense, je sens, énonce bien vraiment le même fait de conscience, mais en est-il de même des deux substantifs abstraits : Pensée, Sensation [i) ?
(1) Le terme Sensation^ dans la langue de Gondillac, comme celui de Pensée tdans celle de Descartes, sont du genre appelé par les grammaires substantifs abstraits. Quoique la grammaire ne reconnaisse point différentes espèces de ces substantifs abstraits, je crois qu'il est nécessaire d'établir une distinction philosophique entre ceux qui sont dérivés des adjectifs, et ceux qui dérivent des ver^ bes actifs ou des participes de ces verbes.
Lorsque Fesprit considère une qualité comme a ttachée actuellement à tel objet, ou conmie faisant partie de tel groupe où Tattention la distingue entre toutes les autres, sans Ten séparer tout à fait, nous employons la forme de Tadjectif; mais lorsque la séparation complète s'effectue dans le point de vue de l'esprit qui s'attache exclusivement au mode dont il s'agit, la forme adjective passe à la substantive, et le signe de la qualité complètement abstraite , devient le sujet artificiel ou logique de plusieurs propositions verbales, dont la vérité est plus souvent conventionnelle ou logique qu'absolue ou réelle.
Mais lorsque la vue des phénomènes de la nature suggère à l'esprit l'application de l'idée réflexive de cause ou de force productive, celte force, ou la participation nécessaire de cette force à l'effet qu'elle produit sans en faire partie, est exprimée par ce terme particulier appelé Verbe qui comprend Texistence et Taction, et qui se substantifie assez naturellement dans le langage. C'est ainsi que tous les noms substantifs, tels que pensée, perception, sensation ou plutôt sentiment, qui expriment les facultés de râme,viennent des verbes penser ou être pensant, percevoir ou être percevant, etc. Plusieurs langues expriment même encore ces substantifs par rinfinitif du verbe, en mettant l'article devant, comme lorsqu'on dit; le penser, le sentir, le juger. Ces dernières formes expriment encore mieux la dérivation naturelle; elles sont aussi plus significatives et sujettes à moins d'amphibologies, pourvu toutefois qu'on , n'en abuse pas autant que le font ordinairement les philosophes allemands.
Montaigne dit très-bien : « Je ne crains pas la mort, mais le mourir, » car le premier exprime l'action terminée , le second l'action pendant qu'elle se fait.
Leibnitz observe dans ses Nouveaux Essais (livre ii, chapitre xxiii, § i), au sujet dos substantifs abstraits de la première classe, que les qualités qu'on saisit aisémoiil m loncreto dans les objets substantiels, sont plus difficiles à comprendre in abstracto, séparées de ces objets. « Etceux qui sont informés, dit-il^ des subtilités sclio-
SYSTÈVJES DIYEKS DE PHILOSOPHIE. — CU. H, 135
La pensée fondamentale que Descartes prend pour principe peut bien être identifiée avec ce que nous appelons le sentiment qui emporte avec lui une par-
« lastiqueSfSavent aussi que ce qu'elles offrent de plus épineux tombe « tout d'un coup si Ton veut bannir les êtres abstraits et se résoudre « à ne parler que par concrets, en n'admettant les substantifs abs- « traits, dans les démonstrations des sciences, qu'en tant qu'ils « représentent des sujets vraiment substantiels (c'est-à-dire des « agents doués de force). » Leibnitz établit dans le même ouvrage (livre III, chapitre viii, § i) une distinction à peu près semblable à la nôtre entre les substantifs abstraits qu'il appelle logiques et ceux qu'il appelle réels, a Les abstraits réels, dit-il, ou du moins conçus « conune réels, sont ou essenceset parties de l'essence, ou accidents, « c'est-à-dire êtres ajoutés à la substance. Les termes abstraits /a- « giques sont les prédications réduites en terme, comme si je disais « être homme, être animal ; et en ce sens on les peut énoncer l'un « de l'autre en disant: « être homme, c'est être animal » Mais dans « les réalités, cela n'a point de lieu, car on ne peut pas dire que « l'humanité ou l'homméité (si vous voulez] qui est l'essence de « l'homme entière, est l'animalité qui n'est qu'une partie de cette « essence. »
En appliquant ces distinctions essentielles entre les abstraits logiques ou dérivés des adjectifs, et les abstraits réels ou dérivés des verbes qui emportent l'action avec l'existence, je dirai pour l'éclaircissement de l'article qui a donné lieu à cette note que le terme pensée^ dérivé du verbe être pensant est Tin abstrait réel qui exprime le fait de conscience et l'essence entière du sujet individuel, moi ; et, quoiqu'on ait reproché à Descartes [Objections 3** et U**) d'avoir trop souvent substitué une pure abstraction à la réalité, en prenant la pensée pour l'être complet qui sent, qui vit, etc., il n'en est pas moins vrai que cette substitution avait un motif légitime dans le principe même de sa doctrine. Je crois qu'on peut dire la même chose du terme sentiment qui est un abstrait réel conmie dénvé inmiédiatemeiit du verbe sentir et faisant du moins partie de l'essence du moi. Mais quant au terme sensation dont la génération est équivoque, je crois qu'il n'a, dans le point de vue de Gondillac, que la valeur d'un abstrait logique et qui n'est tout au plus qu'un prédicat généralisé du moi individuel. C'est bien d'un tel terme qu'un autre abstrait de la même espèce ne peut être affirmé. On va donc contre la règle établie par Locke lui-même lorsqu'on dit: l'attention, la réflexion ou le jugement ne sont que la Sensation; car, n'e8t*ce pas comme si l'on disait: l'humanité est ^'animaUiô?etc«
m FÔTO^'DE LA PSTCHOLOGIE. --PART, t SEC
ticipation expresse du mot Ce sentiment tout intime est celui de l'individualité au de Texisteoce persoanelte. Dans Thypothèse d*u!ie statue animée quie^ primitiT^rtient odeur de rose et rien de plus par rapport à elle, cette sensation avec laquelle l'âme ou le mm se trouve coinplétenient identifié exclut positivement rindividualité personnelle, tant qu'il n'y a point , âe fondement à remploi de la formule énonciative de i'existedoe personnel le f/^^ttt>< S'il est vrai, comme le dit Locke, que Taperception interne du maê soit la lleule caractéristique des modes qui peuvent être réellement attribués à Ta me, il faudrait en conclure : ou que la sensation» telle que Condillacla prend pour principe» n'appartient en aucune manière au sujet un et identique, sentant et pensant, ou que cette sensation n'est qu'un élément abstrait, etuon un fait réel et positif de notre existence, un simple signe, un pFÎn-^ cipe de convention. Or, le principe d'une science de feitis lie peut être une abstraction. Si donc &a «p* pelle la psychologie une science de faits intérieurs, on sera fondé à croire qu'elle ne peut pas pluâ être établie sur le principe de Condillac, qui exclut le fait (M^mplet de conscience^ que sur celui de Descartes, qui est uii élément réflexif abstrait du même fait.
Descartes admet en effet de prime-abord une peasee ou nù^ égolté, une, substaiitielle, absolue, indépendante de toutes conditions autres que la nature àè l'âme dont l'essence est de penser. Condillac part à son tour de la sensation substantielle ; car, quoiqù^il veuille bien écarter, autant qu'il est en lui, l'îdie de substance^ il n'^a admiA fSiê m^isui um
SYSTÈMES DIVERS DE PHILOSOPHIE. — GH. n. 187
âme dont toute l'essence est de sentir. Si Descartes avait vii dans le mode réflexîf, qui constitue la pensée ou Tégoîtô, un premier composé naturel ou ttn rapport entre deux termes, il atlrait conçu (Jttë Ife simple qu'il prenait pour point de départ, n'étattt que l'abstrait, ne pouvait servir de principe k là science des phénomènes intérieurs, encore moins à là sciettce de la nature. De même, si Condillac était parvenu par une analyse réelle jusqu'au véritable simple sensitif, il aurait vu que, par cela même qUè la première sensation sans moi^ ou le mode purement affectif, tel que nous l'avons indiqué plus haut, était absolument simple, rien ne pouvait en être déduit par transformation. Mais, pendant que le premier de ces deux philosophes morcelle, pour ainsi dire, le fait primitif de conscience, en mettant lé simple à la place du composé, l'autre Taltère et le dénature tu mettant un élément artificiel à la place du vrai. Si Descartes abstrait là où il faudrait se borner à réfléchir, Condillac abstrait de même et fait une hypothèse quand il ne s'agît que d'observer et constater un fait. Le premier, conséquent à son principe, croit pouvoir construire le monde avec des éléments tirés du sein de sa pensée; l'autre, non moins cofiséquent, croit pouvoir reconstruire l'entendement hù^ main avec des éléments conventionnels de sa création, tirés de sa propre hypothèse. Je me bornerai à considérer la doctrine de Condillac sous ce dernier point de vue, c'est-à-dire comme tendant à poser la psychologie sur une base purement logique, au lieu de l'établir sur des faits simples de la nature humaine.
1S8 VOm. BK LA I-SyCUOLOGlE. --PART, L SKCT. t
Je m'attache d'abord k examiner, d'après ce qui précède, quelle est Tespèce d'analyse qu'emploie Tautcur du Traité des sensations et de la Logique, quand il se propose d'auiilyser ou de décomposer la faculté de sentir, pour déduire de cette origine simple et unique toutes les facultés de rame. Quel est le caractère ou la nature propre des résultats de cette décomposition? So ut-ce des faits élémentaires que la réflexion puisse vérifier ou le sens intime reconnaître? Sout-ce de simples éléments logiques ou des définitions nominales? Voyons :
£n donnant une âme à sa statue, Gondillac est bien forcé d'admettre quelque chose d'individuel ou de permanent, d'un, d'identique, de causal, etc., comme inhérent ou inné â cette âme» car il faut bien lui donner quelques attributs, ou autrement Târae ne dlfl'érerait pas du néant pur. Cependant il veut que cette à me soit absolument table rase avant d'avoir reçu les premières impressions du dehors, et il rejette comme de raison, non-seulement toute idée positive actuellement innée, mais de plus toutes facultés innées telles que Locke les admet expressément avec Descartes et Leibnitz, dans sa théorie des idées originaires de la réflexion. « Il est inutile, » dit en commençant Tauteur du Traité des sensations, a de sup- <i poser que l'âme tient immédiatement de la nature « les facultés dont elle est douée. Toutes sont con- <i tenues dans la faculté de sentir ; et celle-ci n'a be- « soin que de se développer à l'aide de l'expérience, « du plaisir ou de la douleur, pour produire toutes « les autres facultés, telles que le jugemeat» la ré-
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<( flexion, les désirs, les passions, qui ne sont que la « sensation même transformée différemment (1). » Ainsi, ces facultés prétendues innées, ne seraient que des habitudes acquises. Mais du moins, la faculté de sentir est bien innée ou inhérente à l'âme humaine dont elle constitue par hypothèse toute l'essence. Or, la sensation première et originale ne doitelle pas avoir dans sa nature, ou dans ce qui la constitue sensation, tout ce qui est requis pour produire par son développement ultérieur toutes les facultés qui sont censées dérivées? Car il est de fait que les animaux, à qui on ne peut refuser la même faculté de sentir sans choquer toutes les analogies et les vraisemblances, n^ont pas les mêmes facultés de juge-' ment et surtout de réflexion (2). Donc, leurs sensations ne renferment pas tout ce qui est compris dans les nôtres; donc il y a quelque chose de naturel ou d'inné, propre à cette sensation ou au sujet à qui elle est primitivement attribuée. Or, d'où viennent ces éléments supérieurs? Ne faudra-t-il pas les considérer comme inhérents à la nature particulière de la substance qui sent?
Condillac a fait, je crois, une hypothèse impossible ou contradictoire, en admettant d'un côté comme inhérente à Tâme une faculté de sentir si féconde.
(i) Ces mots résument le Dessein de Oouvrage^ qui précède le Traité des sensations : ce n'est pas une citation textuelle. (Note de r éditeur.)
(2) Condillac se propose à lui-même cette question embarrassante, maison peut voir comment il Télude au lieu de la résoudre. {Traité des sensations, dans une note appartenant au Dessein de Couvrage.)