‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 54 sur 63 · CONCLUSION DE LA PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE LA PREMIÈRE SECTION

Nous venons de confirmer par assez d'exemples ce qui avait été annoncé dès le commencement de cet ouvrage, savoir : que les divergences ou les écarts des divers systèmes de métaphysique viennent de ce que les uns dépassent toutes les limites des faits vraiment primitifs en abstrayant trop, pendant que les autres restent en dehors des mêmes limites en n'abstrayant ou n'analysant pas assez. Ceux-là prennent pour principes des abstractions sans réalité, ceux-ci prennent des composés sensibles pour de véritables éléments, ou, comme dans le dernier exemple, ils substituent aux faits vraiment primitifs d'une nature intelligente et pensante, ceux d'une nature simplement vivante ou animale.

Pour atteindre ces faits primitifs sur lesquels peut reposer solidement la science des principes, il s'agirait maintenant de déterminer quel est celui auquel se lie expressément la personnalité originelle ou le premier sentiment du mot ; quels sont les signes caractéristiques de ce fait vraiment primitif ou fondamental de la connaissance ; quelle en est la condition nécessaire, enfin comment il ressort de tous les faits d'une nature animale avec lesquels il se combine, et qui peuvent le précéder ou Tamener dans l'ordre des

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temps, dans rexislence absolue» sans pouvoir être avant lui dans Tordre relatif de la connaissance. Mais ayant d'entrer dans cette discussion, qui doit faire l'objet de la section suivante, jo terminerai celte-ci par quelques réflexions qui s'appliquent également à toutes les doctrines que nous venons d'examiner.

Les systèmes qui partent du possible, de Tabsolu QU du simple abstrait, comme ceux qui se fondent sur une expérience déjà composée, sont générale^ ment sujets à prendre pour type de tous les modes intellectuels ou sensible^ qu'iU prétendent rattacher à un principe commun, soit formel ou subjectif, soit matériel ou objectif, tel mode particulier produit de Texpérience interne ou externe; ils le généralisent immédiatement sous un signe quelconque : tel que petk- $ikj perception ou sensation, etc. Ce sif^ne devient dès lors un terme général ou abstrait, dont on pourra affirmer tout ce qu on voudra, d'aprcsles conventions du langage, mais sans que ces affirmations logiques doivent s'étendre plus loin que le mode particulier qui a servi de type à la notion générée, ou ceux qui sout liés avec lui par des rapports de ressemblance bien et dûment constatés. L'extension indéfinie qu'on donne au ternie général, en lui faisant ernl^rasser tpptes les jmodificatious at);ribuées au mêine sujet, quelle que soit d'ailleurs Jei^r hétérogénéité ^e source ovj de caractère, résulte ainsi uniquement d'une |)yp.othèse ou d'une couvepjtion arbitraire qui va même souvent contre la nature des choses. Ici es|: le viQe le plus commun à toutes les nomencl^turiss

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96 tienaçnt le plus en garde contre cet abus de gêné* ralisations arbitraires sont souvent entraînés malgré eux par la force des habitudes du langage établi.

Sans doute, on ne saurait avoir autant de mots propres qu'il y a de modes ou d'opérations intellec-* tualles spécifiquement distinctes ; mais comment pouvoir justifier la nomenclature ou le système qui tend à comprendre sous un terme appellatif commun des modes aussi opposés que le sont des impressions toutes passives de la sensibilité et des actes de la volonté ou de rintelligence? C'est pourtant sur une telle généralisation plus ou moins arbitraire, établie souvent sans consulter l'observation ni l'expérience intérieure, que se fondent certains principes que chaque doctrine emploie de la manière la plus illimitée. Il peut y avoir, par exemple, des impressions qui se bornent à affecter simplement l'être sensitif qui les reçoit ou les devient, sans être accompagnées d'aucune représentation ; il peut y avoir aussi des intuitions externes sans aucun mélange d'affection agréable ou douloureuse. Tels modes sont les pro* duits exclusifs de la libre activité du sujet identique qui meut et pense ; tels autres constituent l'être sentant en dépendance exclusive et nécessaire de tout ce qui l'environne. Ceux-là admettent essentiellement l'individualité ou le moi et en sont indivisibles. Ceux-ci l'excluent ou ne s'y associent qu'accidentellement et sont toujours prêts à s'en séparer. Les uns admettent la forme de l'espace comme l'élément commun, ou le véritable titre d'un genre ou d'une claâfiâ de représentations ou d'intuitions externes* La

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