M * FONDEMENTS DE LA MORALE
rempli. Les rapports les plus intimes peuvent s'altéi^r ou changer avec les temps et les lieux; leur généralité, leur constaoce relativecomporte encore plu* sieurs exceptions. De plus, si le bonheur sensible fait Tintérét et tout le but de reiistenee, en quoi le méchant se trompe^-il, s'il vit heureux dans le désordre, s'il trouve sa satisfaction et son intérêt duiis le mal d*autrui? Hais s'il j a une vraie* une droite raison qui évoque k son tribunal la raison d'intérêt, qui prononce en dernier ressort sur le bien ou le mal, le vrai ou le faux, le beau ou le laid eu sot, et prescrit ainsi une règle constante, universelle aux actions humaines, malgré toute la variété des penchants, des appétits, des habitudes; qui approuve ou condamne les seiUunents humains, de quelque nature qu'ils soient, il faut bien qu'elle ait sa source ailleurs que dans le sentiment, et que son autorité immuable, absolue, vienne de plus haut.
La cause des existences^ objet propre de la raison, ne peut être conçue par elle-même que comme nécessaire, uue, absolue, éternelle et immuable, car c est cela même qui constitue l'objet de la raison : toutes les vérités nécessaires que notre esprit trouve telles, et qu'il ne fait pas, ont ce caractère essentiel d'éternité et d'immutabilité; elles étaient avant que l'esprit les conçut, elles sont les mêmes alors qu'il cesse de les apercevoir, elles seraient encore quand aucune intelligence finie, faite comme la nôtre, ne les compieiidiait. Comiuenl et où pounaienl-elles donc subsister s'il n'y avait pas un être étemel, in- 6m, immuable, dont ces vérités sont les attributs, en
£T DE LA BELIGION.
qui seul elieb subsistent comme des aliiibuLs dans leur sujet, el en qui seul elles peuvent toujours et p;ii friitement être entendues ? « C'est ainsi, dit supé- « heurement Bossuet, que nous voyons toutes les « vérités nécessaires dans une lumière supérieure à € nous (1). » C'est dans la même lumière supérieure que nous voyons si nous faisons bien ou mal, c'est-àdire, si nous agissons ou non selon les principes cuiisiitutifs de notre être.
Quand Thomme voit, entend ainsi la vérité absolue intellectuelle, il voit et entend de la même manière, et dans la même source, la vérité morale, l'absolu du devoir, la règle invariable des mœurs ; dès lors c'est par cette vérité seule, iumuiable, qu'il se ju^e lui-même, s'approuve ou se condamne, selon qu'il suit la loi étemelle ou qu'il s'en écarte ; ce n'est que du point de vue de l'éternelle et immuable raison et nou pas d'un point de vue humain, ou en suivant des opinions variables qu'il peut juger ainsi ses propres actions comme elles sont , ou plutôt c'est la loi même absolue, qui le juge, et comme dit encore supérieurement Bossuet (S), « ce n'est pas la vérité qui s'accommode au jugement de l'homme, » mais tout jugement humain, pour être vraiment morale devra s'accommoder à la vérité , à l'absolu de la loi divine. Le jugement de l'bomme ne sera droit et sain qu'autant que sachant combien ses propres opinions»
(1) De la conntîi^saiu c d»* Dieu et desol m^me, cliap. IV, 5.
(2) De (a r(mnaissanrr de Dirtf rf fie M)i-ini'in( , cliap. IV, 5. Ce qui suit jusqu'au mot aciwn est une paraphrase du texte 4» BoisueU