‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 11 sur 66 · FONDEMENTS DE LA MOAALE · texte numérisé non relu

FONDEMENTS DE LA MOAALE

OU les jugements qu'il poi Le d après lui-même, sont iocertains et variables de leur naturel il leur doaoera toujours pour règle, une de ees vérités nécessaires et que nous ap^eious en ce sens l'autorilé de la raison dans les choses morales, qui n*est pas autre que rautorité même de Dieu, en qui seul est la raison du bien et du mal absolu de nos actions (1). Otez la cause suprême des existences, réternel auteur de ces rapports immuables que nous appelons loi de la nature, ordre moral comme physique, et vous ôtez toute base réelle, solide, à la morale comme à la législation : car point d'obligation cci taine san6 lui, et point de loi sans législateur.

A m^ure que la raison s^ élève vers Tabsolu en le séparant de tout ce qui n'est pas lui, le sentiment religieux, moral, s élève avec elle et s'unit dans l'absolu à la véritable cause des existences, comme it s' unissait dans le relatif à chaque cause moditian te. Les attributs de force, de bonté, de sagesse prennent

un louL autre caractère de ^laniK ur et de majesté, et deviennent absolus comme leur sujet. Peudant que la raison les conten4)]e et y cherche toutes ses lumières, tous SCS mobiles d'activité, Tâme, absorbée dans cette sublime contemplation, se perd de vue elle-même et tout ce qui constitue sa personnalité,

son ludividuaiile propre disparait comme un point > ■ ■ ■ ■ ■ —f^^^ I ■ I I. Il

(1) Quand les pliilosophes de Técole de lleid parlent de l'aulorité de DOS facultés et les mettent sur la même ligne, ils abaissent

la raison qui est une faculté vraiment supérieure qui juge ou contrôle toutes les aulrrs, mais cette supériorité m»^me n*» tient qu'à ce que cVbt la facttilô dûTabaolu, celld fui caaoail Di«tt et as lé* SiLiise par luL

£T D£ LA amoiim, 9»

dans i'iiniiieiisité, et va se conluiuht! et comme s'al>imer dans k &euûmeat de i iaiÎQi.Altôol'bée d abord par lea premières impresaions affeclÎTea de riastiaett et, lors ïiiênie (jue la liberté est en exercice, se laia-

par dea paasieûa eÉifcraiiiaiHea« l'àme pavd'èiefeMaftàaa peraoïmalité avéc la liberté même, et se perd ou s identifie avec la seusatiou. Mais daos yi»iittaii€in;dtt aernimatit ditia, qui auit oe flocofti-» pa^e le pliis baét degré de ractÏTité intellectuelle, Ittpluâ digue emploi de la raison, riiomme s eleve eiha|ietlBBlidime» tandis que daoa Teialtatidn d'une sensibilité pbysi(juo ou aninialu exclusive de toute aelMdtéf Tbonime aabaisae ou se dégrade jusqu'à la iNnate. Dans Tun et l'autre cas rhommet qui partie eipe à deux uatureë, parait se réduire à une seule; aoM^rioâ» e'«Bi la simplicilé de la nature tout ani- WÊÊlêt lài e'-èSi la èiibpUcité d'une nature toute spt« rituelle et comme divine. Au milieu des deux extrè- MlMRtrenve^ le poinl de défiett cdmmuti de deœt tearfliÉiiië opposéés : f une du sèhsiUe k rintellee*' tuel, du relatif à Tabsolu, d'uue morale et d'une re- MgiBB Aumèinet à olie morale et k uné religkijki trai"^ ment divines; l'autre, au contraire, d'une seusibilité eipail^ye^ relative à l'espèce, à une sensibiUtè eoiH «ÉÉMMitë rebtite à riodividn ; d'une morale fon^ <lée sur des sentiments et des devoirs relatil's à Tespieeriàittnft législation fondée siir des droits raiattls ^EÉÉvAMtn^ e^ è des intérêts (Personnels, p^i, en eilei, les mstitutiens morales et religieuse i^Miasrt m i Campées, penr^ftiés ou sêpaféBs ik leur source pour n'être plus que des institutions po<*

9k FONDEMENTS DE LA MORALE

Hliques et des conventions humaines relative» à la civilisation de la société i à la nature du gouvernement, ao 8ol« au climat, etc. : variables sous ces rap* poi ts dans la foi uie cuiuaie dans le foiitl. La, uu dans la teodance opposée, les iustitutious politiques de tous les lieux, de tous les temps, iront toujours en se rapprocliaiit de l'absolu, d une morale ou d une religion toute divine; et la destination des sociétés comme des individus, ne sera parfaitement remplie qu alors que ces lois de Tabsolu, planant sur tout le monde politique, lui imprimeront toutes les directions, en régleront tous les mouvements et détermineront la forme constante et désormais invariable de son orbite.

La direction de cette marche des institutions sociales vers l'absolu n'est sans doute qu'un idéal, mais c'est certainement l'idéal de la perfection. Sans doute les sociétés ne âe perfcctiouueat pas coiimie les individus, et nous pourrons ailleurs en dire les causes qu'on peut déjà pressentir. Hais en admettant une perfectibilité sociale indéfinie, il serait évidemmeai absurde de croire qu'elle fût opposée, dans ses moyens comme dans son but, à ce qui constitue le véritable perfectionnement des individus. Or, qu'estce qui constitue la perfection relative et l'idéal même d'une perfection absolue de Thomme? nous le saurons certainement en nous interrogeant nous-mêmes. Toutes les fois que des sensations ou des passions enchaînent notre liberté et absorbent la conscience de notre personnalité même, nous nous éloignons de notre nature vraiment supérieure, et nous entend<ms

ET DE Ul REUGION.

au fond de notre àme une voix secrète qui reclame, et nous avertit, par le sentiment immédiat et pénible de notre imperfection. Au contraire, quand nous suivons la loi du devoir, quand nous tendons de toute Dotre force vers la source même de tout ordre, de toute* Yérité, quand notre âme s'est absorbée en elle, et que, nous jugeant comme du point de vue de cette misoQ éternelle, nous voyons clairement que nous avons mérité son approbation , accompli sa volonté et suivi la loi absolue, éternelle du devoir qu'elle nous dicte, lors même qu'il ne résulterait de nos actions aucun avantage sensible, mais plutôt qu'elles nous exposeraient à la haine, à la condamnation, au mépris des hommes, à toutes les peines, et & la privation même de la vie, nous avons la conscience ou le sentiment de perfection qui nous dédommage de tous les plaisirs sensibles et suffit de récompense à la vertu, quand même nous n'en espérerions pas une autre, puisque l'âme ne peut espérer rien de plus que d'être comme elle est ou d'accomplir la loi, quoi qu'il arrive.

Maintenant, comment une société tellement constituée que chaque individu ne soit occupé que de ses intérêts ou de ses droits, soit sans cesse en garde pour les défendre, voie dans chaque homme un rival, et no se nourrisse que de sentiments irascibles, pourrait-elle être dite se perfectionner, lorsque chaque individu s'y trouve en opposition avec les lois de la liature intellectuelle ou morale, s'éloigne di hi [lerlection et la perd de vue, lorsque la société elle-même marche en sens inverse de son véritable but, qui est

U FOKD£M£NTS P£ LA MO&ALE ET D£ Ul R£UGI0M.

le repos, la hcciu ité» le loisir, nécessaires à chaque iodividu pour développer librement les facultés de sa nature et consulter cette raison suprême qui lui trace sa véritable destination en apprenant à connaître Dieu et à aimer Dieu et les bommes?

Toutes les nations ont été et seront toujours .dans le relatif, quels que soient les progrès des individus; mais les principes des gouvernements qui dirigent ces sociétés peuvent tendre plus ou moins vers le but d'un perfecliouncment absolu. Je n'ai pa6 besoin d'examiner ici jusqu'à quel point la tendance actuelle de notre gouvernement et de la société s'approche ou s'éloigne de ce but. Je me bornerai à observer que la philosophie du xvin* siècle lui a été et lui est encore plus coiilraire que rignoraucc luute barbare, les préjugés et les superstitions des premiers âges de la civilisation. L'auteur de Y Esprit des lois a élevé un monument éternel à Tesprit de son siècle ; il a porté la science du gouvernement, la politique relative, au plus haut degré où puisse Téléver une théorie qui part du relatif et s'y termine. £n effet, la conséquence rigotireuse qu'on peut tirer naturellement après avoir lu ce i;iand livre, c'est (ju'il n'y a rien d'absolu ni dans la religion, ni dans la morale, ni, à plus forte raison, dans la politique; que les lois étant toutes des rapports, et cela sans aucune exception, il faut consulter le climat, le sol, le degré de latitude, puis les principes du gouvernement qui ne sont que des résultats de ces rapports, pour savoir si une institution ou une loi est bonne ou mauvaise, favorable ou nuisible à la société ou aux individus.

£XAM£N CRITIQUE

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