AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR
Les travaux relatifs aox opinîoDS de M. de Bonald furent entrepris dans le courant de l'année 181S, coiiime cela s€ trouve clairenient établi par les^ iodicalions suivao. tes extraites du Joamal intime :
23 n&ût i848. — « J*ai pris pour sujet de travail la « critique du d rnier ouvrage philosophique de M. de Bo- « uald sur l'origine des laogues. »
6 septen^0. — « Je contioue mon travail sur M. de € Bonald, auquel j*ai donné la forme de lettres. »
28 septembre. — * Je fais et. défais un mémoire que « je me propose de publier, sur le dernier ouvrage de « M. de Bonald, et (pii m'occupe depuis plus de deux mots € et demi, tandis que je croyais, en commençant, ne faire « qu'un article de peu de jours de travail. Mais je trouve € à ralUicber là beaucoup d*idées, et autant vaudrait ce c cadre qu*un autre s'il était bien rempli. »
15 novembre. — On li ouve sous cette date diverses réflexions qui montrent que ie travail au sujet des Recherehes de M. de Bonald se continue et a pris une direction plus particulièrement relative à la manière dont cet écrivain envisage l'iiistoire de la pliilnsnpliie.
47 novembre. — « J'ai écrit ce malin quelques pages « sur la eroyanee et la raison, en réponse à M. de « Bonald. »
Octobre 4819. — « Je me suis occupé, dans les mon- « tagnes, de Torigine ou du don du langage, d'après les
OPDIIOlfS DB M. OS BOMALDl
«( idées do M. de Bonald, que j'ai élé conduit encore à « combatlre. »
On voit par ces citations qne M. de Bîran n*aYalt d'abord ^ongé qu'à un article de peu d'éleiidue ; frappé de certaines assenions contenues dans les Reckerehet philiH tophiques 9ur lté premiers objets de nos eonnaissan' ces morales^ il se mît à les réfuter sans se rendre bien compte de l'importance du îiavail qu'il allait entroprendre. Mai$ bientôt, entraîpé par la dfscussion même dont le champ allait s'élargissant chaque jour davantage, il conçut îo projet de réunir en un seul corps d'ouvrage les difr f^rentes noies il avait composées sur le mppie sujet*
Cet opvrage ne parait pas avoir élé termiii^ par il n'en
reste dans les manuscrits qu'un certain nombre de notes et ffagmenU plps ou moins importants qui soqt bien hxsi de
préseniejr ui) enieqribl^ complet, i^Ples ^tcei fttgmciiia, formant une masse de six à sept cents pages enviros, se
trouvaient dans le plqs grand désordre, et ce n'est pas sans peine que l'on est parvenu à rapprocher P^ux d'^ntrç pux qui présentent d'évideptes analogies pouf rélablir autant que possible Tunité réelle sinon apparente de rouvragt. Nnii> avons pri{> pi»ur dl directeur dans ce travail de reconstruction l'ordre d|4 (p^te de M. de ^o^aM • celui qui nous a p^ Ip plus naturel. On coiqpr^nd qna «lans ce yplumlneux amas de notes, de fragments, de brouillons et de variantes, il devait se trouver bien des répéiilip^^ ; ilQHs ^yon§ élagué la p|us gran4e part^p, 1^ peli^ bre de celles qui n^ont pq être écartées se trapeiit à des pensées nouvelles qui ne devaient pas ôlre mutilées.
L0S rel4fifs au^ pp^ni^n^^ d« U. i^ta j^qnald ont,
malgré leur état fragmentaire, une valeur i|icaiity^M>le; jpints £ip traité de philosophie morale qui datp de 1^ «lime é^gpe, i|s copif ibueui a iàdi i^^er un fi)opien( décisif dans
ATAHT-MOm DE L*ÈDlTBinU
le déveioppement philosophique de M. de Biran. Sod esprit jusqu'alors exclusivement plongé dans les méditations psychologiques et dans les profondeurs de l'obserration ÎDtcrne, commence à s'ajierccvoir que cviic élude >ii grave qu^olla soii, n'épuise pourtant pas toute la philosophie. Pèiir U première fois on le voit accorder une attention
marquée aux nip|)orts que l'individu f.outieni, d'une ])art &¥ôc la sociélé au s<>in de laquelle il vil, de l'autre avec Diatt qui l'a créé. C'est aussi la première fois que Thîsloire ésf s^fslèmes de philosophie entre dans le champ jusque-là si reslreint de ses réHexifins.
Cet heureux élarf?issenieu( dan^ les vues de notre philosophe doit sans doute être attribué en grande partie au pr.igrè* oatorel de sa yn opic pensée, en partie aussi à Tinfluence de la >nciélé pliilo>nphique de Paris (1); mais il mmi iiijusle de méconnaître que sa controverse avec M. de Braald B-ait été pour beaucoup sinon dans ta création, du moins dans la Péeondalion dt^ ee i^tM iiie (W u devaient sorlir ciaq ans plus tai-d yourraur Essais d antrho/tnlogte. Apièa avoir réfuté M. de Bonald sans quitter le domaine qui M est si fiimilier de la i Imlop^ie, Tauteur se trouve entraîné nroi^cpie à son insu sni' un (ct iain (»nc(uv ('irani^er pour iiiu Son adversaire avait attaqué la philosophie par I^lûil0il8 en traçant le triste tableau de ses variations : ç'fîrt^m^^i par rhistoirequ il dutla défend re en chercharU à établir son unil<'' et la permanence di' ses vérités luiiilauieulaks en la séparant des sciences vulgaires, en refusant iPu lp hai^Vt nom de philosopha aux sophistes (|ui le dés-
honorent, ^lais Cft n'est pas tnul : secplique i-eli^icux et ca^if^m^ zélé, M. de BmjMid aUa juail l>uiorilé de la rai- «OMft U religion révélée, ici encore, M. de Biran
tH 'fHlt Vîntrùductian générale à j^^ p.r^spjitr fiuhIi<\|iio|j, ^ je Mollit de Biran, ta vié et ses pensées^ paj^e 85.
n OPINIONS DK M. m ^MALD.
dot sortir du champ habituel de ses recherches poor aborder une queslioo d'une importaDce première pour l'homme, en Caisant la part de ce grand fait historique qui a si pro* fondément modifié la marche de la pensée humaine et dont
ceux-Ki mêmes qui le dcilaip^nent ou le renient ont sul>i malgré eux la salutaire influence. C'est à partir de ce moment que le rôle du Christianisme commence à lui apparaître sous une face toute nouYeUe; et dès lors aussi, l'examen de la religion révélée, les rapports de la croyance et de la raison, l'influence de la grâce» et toutes les questions que soulève la présence d'une parole divine surnaturelle, en regard des facullés naturelles de l'esprit humain, occupent une large place dans ses méditations.
M* deBonald (i) que nous rencontrons ici en opposition décidée avec M. de Btran, semble au premier abord avoir eu des droits non-seulement à l'indulirence maïs encore à U sympathie de notre philosophe. Tous deux en effet soutiennent la cause du spiritualisme ; et quoique le premier cherche dans la religion 1epoîntd*appui que le second demande à la philosophie, il ne semble pas y avoir dans cette différence de points de vue, rien qui soit de nature à motiver une division sérieuse. En 1802, au moment ou M. de Bî-
(l) Le vicomte &(* Ronald naquit en 1753 a Monna, dans I" partemont de l'Aveyruu. H émigra en 1791, servit quelque tenij'^ dans l'armée de Condo, cl finit par se retiier à n« i* llirrg, et pins tard à Constance. liOrsquc l^empire de Napohoii lui (janil établi sur des liases solides, il rentra en France et lui nommé conseiller titulaire de TUniversité.Mais la Restauration ne tarda pas à le mettre en évidence ; il Ait d'abord élu député de i815àl822, puis pair lie France jusqu'à la révolution de 1830. Ayant alors refiiaé de reconnaître le gouvernement de Louis^Philippe, il se retiras Ifoona, ob il mourut en 1860. Ses principaux ouvrages sont aivec les HeeHerekeê phUascpbUpies sur (et premiers objets 4e nos ammaiS' sances morates qui nous occupent en ce moment, VEssaî analy^ tique sur les (ois naturelles de Vordre sociai^ la Li0isiatiom pHmUive^ le Trailé du divorce*
noy pleio de foi encore dans la doctrine de Gondillac et ne soupçonnant pas qu'il put en douter jamais, y adhérait
pleinement dans son Mémoire sur Vhabihtde, M. de Bonaklr^ publianl la Législaiion primitive, son second onnage, avait déjà pris rang parmi cette élite d'écrivains qui commencèrent d'une manière moins solide, il est vrai, que brillante, mais enfin qui commencèrent la première léactioo contre le sensualisme. Gomme Chateaubriand, comnie de Maîstre, ses collègues dans cet affranchissement (le rniLelligence, M. de B*'ii.iUl mnssail d'une ni.iiiH re étroite ses principes religieux à ses principes poliiiijuos ; le souvenir récent encore d'une époque funeste, lui faisait Toîr dftos rhérédité du trône, dans le principe d'autorité appliqué dans toute son étendue, aux matières civiles comme aux matières religieuses, la seule sauvegarde possible pour la société. En un mot, et ceci encore aurait du lui concilier M. de Biran, il était un des plus fervents dé> fenseurs de la légitiniité. Mais ces analogies apparentes étaient amplement compensées par de profondes différences, et Ton pent dire que rarement deux adversaires ont été aussi complètement dissemblables sous presque tous les rapports que l'illustre cf cloquent pair de France et le pbilMQphe de Bergerac. £q effet, tandis que ce dernier comaere ses patientes recherches à réhabiliter les facultés humaines trop longtemps avilies pai' le sensiialisnie, en rendant à la puissance motrice, à l'arlivi?»' libre e( volontiîiBdv moi le rôle qui lui appartient dans la génération 4b IHNI idées, celui-là, confondant dans une même réprobatlôn les bonnes comme les mauvaises duetrines, proscrit également tous les systî^mes, réduit l'intelligence à un rôle pmment passif et asservit la raison à Tautorité. L*un, en réfutant Locke et Condillac au nom de la conscience et du sans intime, se propose de relever sur les ruines de ces
systèmé^ une philosophie tionvelle, miéox toifâéé dtos H réàïitê des choses; l'antre ne veut rien téé^^ti Hët eeil^
slrtiire, mais rayer de la liste de» science? humaines jusqu'au nom de la philosophie; te point de vue que M. de Bîran eut Poecasion de retrouTer plus tard danâ fla toAiu^ verse avec Latriennats devait rencontrer chef llil Uliè oppo^ sillon décidée. Le grave et profond psychologue qui avait la conscience de sa force» ne pouvait voir sans une vé^ita-^ ble indignation, proscrire avectaiit d« légèreté Uile sdenoé oii lui-niciiic avait puisé des connaissances si solides et précieuses. Aussi, trouvons-nous dans sa réponse une vivacité, une irritation et même une aigreur qui donné parfois à cette discussion scientifique le caractère d'ditè dié^ pute personnelle. Mais on dehors niênie de ces divergencéf? • de fond, je ne sais si la forme seule n'aurait pas sufll à séparer déjà les deux antagonistes. Écrivain brillant pltitdl que penseur profond, excellent ûéûé l'art dé p6\W hHè phrase, doué de tous les avantages que procure une imàgination vive, et ne reculant pas au besoin devant un sophisme agréablement déguisé sous les formes dd làngagé^ M. de Bonald se présente paré dé toutes les grâces ettérieurcs qui manquciil à son méditatif adversaire. Âutaiit le premier s'étend en surfdce, dutént lé secdtid Crëuse eû profondeur; chez Tun, la parole est focile, légère, eltè dë plie aisouiLiit à tous les caprices de la pensée; chez Tautre, la forme est toujours en lutte avec le fond, Texpression que l'austère penseur ne trouve jamais assez juste, est laborieusement travaillée; tout est sacrifié à la réflexion, et la recherche de la précision qui donne au stvle sa fchirté réelle, nuit trop souvent chez Itli à la clarté apparenté. Autant la forme attire chez M. de fiHUElld, ddtahtëllë ëloU gnechezM.de Unan, qui ne sj-mlile pas du reste s'être beaucoup préoccupé de celte inlériorité jusqu'à un certain
point Yoloiilaire. Comitient deux espnts aussi opposés aunieDl*il8 pu se mcootrêr, ou même éprouver l*un pour l'anM la meiodre sjldpathie, lorsque leurs qtialilés aussi bien que leurs défauta tendaient à les diviser d'une ma* DÎère si proioude? La lutte mémo qu ils soutenaient eu eoiiiman contre le sebsùalisme Ae pouvait les rapprocher» 9àf ils Dé combattaient pas sous le même drapeau^ et lea intérêls qu'ils défondaieni ctaieiU éloignés de toute la distance qui sépare le principe d'autorité de la liberté de penser*
Après avoir ainsi eéractérisé la position récipro que des deux adversaires, il nous reste à dire quelques mots du fond même de leur controverse. Les divers fragments que nous «fons i^nnis sous le titre à'Bxomm triH^ dêê apimon» i» M. de Bonàid peuvent être classés sous trois ehef^ principaux qui nous seiiiiilent résumer assez exactement les points fondamentaux de la discussion : DéfMtùm de rkommé ; Otigimè du kmgugé ; DéftmB d$ h |»Aî(beepkiê. Tels ëoBt en effet les différents points de doctrine sur lesquels M. de Biran se trouvait par le progrès individuel de sa pensée en opposition complète atee Ise idées de H. de Bonald. De ces trois parties^ la dinrnièrè qui ren-* férnie des considérations générales stir la philosophie, envisagée suit en cilc-mème dans le développement historique des systèmes, soit dans ses iupports avec l'autorité supérieure de la religion révélée, ayant été directement étddiée dmsV Introdurfion générale, ne noUs occupera pas dans cet avatii-propos. 11 nous reste donc à exaoïiner sommai-^ renitfiit les deux premières questions dent rimportanœ est eaîyltale en psychologie.
M. deBohald reproduit dans les Recherches plnlosophygues célte définition déjà donnée dans la Législation primUk^ bt à laquelle il attache une extrême valeur:
7« OPINIONS D£ M. D£ BONALU
«L'homme est une iDtelligence servie par des orgaaes. » Remarquons que cette maxime est à peu près la contrepartie de celle que Ton trouve formulée dans le catéchisme
de Snini-Lanibert, ce dogmatique et superbe résumé des dûctriDes sensualistes. « L'homme est une masse organisée € recevant l'inteHigence de ce qui l'entoure et de ses be- « soins. » On le voit, l'opposition est complète. Autant la première définition fait prcJuminer l'esprit sur la matière, autant la seconde asservit rintelligence aux lois de Torgar nisme; autant le disciple de Condillac dégrade l'homme en lui refusant toute distinction originelle avec la nature purement animale, autant M. de Boiiald le relève en établissant entre lui et le reste de la création une dillérence absolue et native, en faisant de lut seul une intelligence au milieu d'un monde matériel créé pour lui obéir. Il n'est pas possible de rompre d une manière plus formelle avec le sensualisme. Mais peut-être aussi, la réaction va-t^le trop loin, peut-être en voulant venger la nature humaine des outrages qu'elle a subis dans l'école de Condillac, M. de Bonaki lui attribue-l- il une dignité qu'elle ne peut soutenir. Sa définition convient à un être idéal plutôt qu'à rhomme réel ; elle exprime ce qui devrait être bien plus que ce qui est. Aussi l'auteur ne cherche-t-il nullement pour l'établir à s'appuyer sur des considérations puisées dans l'observation interne et dans la réflexion appliquée aux faits de la natnre humaine. Son point de vue est beau' coup plus extérieur. Après avoir tracé un éloquent tableau de la grandeur qui se trouve assurée à l'homme dansée nouveau point de vue, preuve de poésie plus que de philosophie, c'est à un système d'organisation politique qu'il va demander la confirmation de son hypothèse. Car l'individu n 'étant, suivant lui, créé que pour la société, et la so* ciabilité éuint, pour ainsi dire, contemporaine de l'huma-
AVANT-PftOPOS D£ L'ÉDITEUR.
Dite, il en résulte qn^n cherchant ce qui convient à la société, Ton trouvera par analogie ce qui convient à l'indi- ▼idu. Or, la société (toujoors suivant M. de Bonald) n'est jamais si bien organisée que lorsque ses membres obéis-
!>enl a uii clief uni i ne cxeiuuii sur tous une auLuritc sans iKNCuetiei.traiLânit iianiâa puimncc d u ne extrémité à Tau- Ue. du corps social au moyen de ministres, agents aveuglas de sa wlonté. C'est sur ce système politi({ue ({iie M. de BonalJ ^tii iàik pioceilc de duuuciion (ju'il tst permis de irowar étrange, prétend établir son système psychologîifoe. L'analogie qu'il croit reconnaître d'une part entre le monarque absolu et l'intelligence, entre les iniiiislres et icjk^gdiiiej», de lautre, lui païaît une detuuuiili*aUua i»uiiisammept concluante. Aussi, les rares observations dont il cbMhâ à s'appuyer semblent-elles être dans son esprit une concession généreuse aux préjugés ralii>iiàli^M's de ses idw^res plutôt qu'une partie essentielle de son argu- Mtftfîon.
M* de Bîran, dans sa réponse, se place d'emblée dans le point de vuc purement ps)cliulogique trop négligé par son adimiire, et sans s'arrêter plus qu'il n'est strictement ntaiMÎro à relever l'insuffisance de ses preuves poétiques
et analogiques, il lui oppose cinq ubjeclions principales dont vtici le résume succinct :
,4llp4é6nition pèche d'abord par Tordre des termes, car l^hMM ^t avant de penser ; l'existence organ i | | précède
l'existence intellectuelle et la prtu.me a[u'rceplioii du moi dim i'efiort voulu qui est le faiiprimiiil dans l'ordre <le la fffljjUlityanff, ne l'est pas et ne peut pas l'être dans celui de laaMité. La définition vulgaire à^animai raisonnable serail^us ce rapport préfcral)le à celle de M. de Bonald ; car cqfilip^t Tordre naturel des termes, elle convient à tous ka:tHqia al à toutes les circonstances de la nature humaine.
(H»IKI0N6 DE M. DE fiOMÂLD.
Lu (Icfinition pèche au point de vue de la vérité, en ce qu'elle attribue à rioteUigence uoe puissance efiicace peiv nanente sor les organes, tandis qqe l'aipérienee naos apprend tout le eontpaire. Que de fols en effet, l'orgaoism^ prévaut sur l'intelligenœ, que de fois l'esprit esi olluaqué par ces sens dont toutes les fonctions, à en croire M. de Bonaid, doivent être de le servir f On pourrait, en suivant l'a* nalogie déjà indiquée, comparer l'esprit à un monarque capLil aux mainsde ses ministres qui lui imposeraient leurs bis et n'obéiraient h ses oidrea qu'après les )iii avoir eoxmêmes dictés.
Bien loin que les organes servent à l'intelligence, c'est au contraire en repoussant leur secours, en rompant aveo eax tout commerce, que eertaines natures privil^ëea se sont levées jusqu'à la eonsidération de ces vérités sublimes qu'il est si rarement donné à l'homme de contempler. Les 9tù$ Mtérienrs (i) abusent l'esprit, ^absorbent par des impressions et des images, et nuisent ainsi à l'exerclee de la réOexion qui est la plus noble et la plus piikieuse de nos facultés.
Maist en supposant mémo qne l'intdligmu» pût prendre sor les organes de la vie de relation directement soumis a
la Yolunté un empire suilisant pour les maîtriser et les gouverner à son gré, il est toute une classe d'organes dont les iNkctions resteront toujours nécessairement en dehors
de son influence. Jamais les baltemonts du cœur, les sécrétions du foie ou ks contractions de l'estomac ne seront
(1) I! faut bien remarqnpr qu'il ne. s'agit ici que des î?ens extérieurs et non des sens en général, considérés comme moyens de OQpQaissaoce, cur alors M. de Qjran se trouversitea cootriMlictiQo avec 8| propre docUrine, fondée tout entière sor Teiercioe de ce sens particoUer et d*uoe nature supnMVgsnlqoe qu*il appelle le asBS faitimsu
iaisâéj» à t'^rbitra^re d'une volonté dont les distinctions ou Lb$ ca^ce» ooiiiprooiettmeat à chaque instant l'exiscaace du corps humain. Or ces organss sont précisément ceux <|iii, h nature de leurs impressions, influent le plus directment sur rinielUgence : ce sont eux dont les dispositions peniumentes concourent, sans que nous nous en apercevions, à former notre physionomie morale, comme leuio ^oJUicaliuus accidentelles déterminent les pbéoomè-
Enfin, la déGnilion pèche une dernière fois, parce que,
en ijejitifiaiiirhuiiiaiiité avec rintelligence dans la plénitude de son [)oiivuir sur Torganisnie, elle retranche par cola mime de t'esf^ humaine tous les individus qui, soit acddenleUepnent, soit d'une manière durable, sont sujets à des abseopes, à ralicjjuiiuD meiiUih), à ces phénomènes qtiif tout , en altérant lesrapporti» réciproques de Tintelligenee et des organes, ne peuvent cependant faire descendre unêtne humain au niveau de la brute.
Laâecoode question sur laquelle M. de Biran réiute M., de BmM toat ceii^ de Vorigine du iangagt^ question inCeiwaole assurément, mus dont l'importance se trouve ici
bien exagérée par les vues particulières de M. de Donald qui eaiait la bnse de tout son système, car il n*y voit pas m^îw 4«ie ie fait primitif extérieur qui sert de hase à nos eoMiaisianoes et de mlsnteMs à la vérité. Il serait trop long d'entrer dans le détail des considérations plus sociales (jue philosophiques au moyen desquelles l'auteur cherdie àéta- Uir ee principe, d'une sdidité pour le moins douteuse, mais dont les conséquences pratiques apparaissent assez daÛQQmeai dès que Too connaît le fond de sa pensée. 'Le langage a-t-il été donné à l'homme par une révélation divine spéciale? a-4-'il été progressivement formé par i àudividu lui-même et Q'est-4l que le produit naturel de
80 OPiMlONS DE M. DE fiONAUX
certaines faciiîlcs? C'est aia.-i ijUf l'un pose l'allernalive, mais il est permis d'en contester la rigueur. £ntre cette hypothèse où rhomme, muet dans l'origine, aorait inventé Itti-même son langage, hypothèse qiti soulève'des difficultés à peu près insolubles, et celle où la parole aurait été l'objet d'un miracle partictîlier, il y a une supposition intermédiaire, et c'est là, selon nou^t, que se trouve la vérité. Le lan'^age a été compris dans le fait géDéral de la création : rtiomme a été créé capable de parler comme de penser et ce don merveilleux, il est vrai, n'est qu'un détail de l'état surnaturel dans lequel a dû nécessairement se trouver le ' premier individu de notre espèce (1).
Ce point de vue dans lequel, comme nous le verrons bientôt, viennent se fondre en se modifiant les théories des deux adversaires a été méconnu par eux : l'un et l'autre ont préféré à cette doctrine mo\'enne des opinions exclusives qui tranchent la dilliculté au lieu de la résoudre.
H. de Bonald se prononce sans hésiter pour la première hypothèse, celle qui fiait do langage l'objet d'un miracle spécial et l'adopte dans toute son étendue. Non-seulement riioninie n'a pas créé lui-même son langage, mais il était dans l'impossibilité absolue de le créer jamais; bien loin que ses facultés pussent s'élever d'elles-mêmes à une invention aussi eompli([uée, elles n'étaient pas mêmesusceptibles de rien produire ; c elait un champ aride et stérile 011 les germes les plus précieux auraient dormi étemeliement, si le souffle vivifiant de la parole ne fût venu les féconder. L'homme n'est doue pour rieu dans cette iuvcu-
(1) En vain la pensée se plongerait dans la méditation du problème de la première origine de Tespèce humaine; l'homme est si étroilonipnt lit^ à snii «'spèce et au temps» qun Ton ne saurait concevoir uu ëtit; hiiinam, venant an niondo, sans une famille déjà eiii^tante et saos un passé, (G. de Uumbolt, dosmos^ 1, 426.)
ATANT-HIOPOS DB VtSmBUÊU M
tioo; Dieu seul a tout fait : c'est lui qui a communiqué à sa créature 11D système complet de signesarticulés, et, avec les signes, les idées qu'ils repiésentent. Car jusqu'alors l'esprit était moi t pour lui-même, incapable de rien concevoir, de rien déduire, incapable eu un mot do penser, l^our le liier du néant, pour lui communiquer à la fois la pavois» lit pensée et la vie, il ne fallait pas moins qu'un don divin, une seconde création surajoutée à la prt;iaière. Ainsi, au lieu d'admettre, comme le veut le bon sens, que l^kfiinaie créé homme et non pas enfant, ait reçu dès TorigÎBt et par la même volonté qui lui a donné la vie, tout un ensemble d'idées associées à un sysième de signes, on suppose que l'iiomme a été d'abord créé, puis après lui, Im ptkole, et que, la parole étant communiquée à Tbomme, m lut naître en lui par un nouveau miracle toutes les idées dont elle se tiuuvaii être le véhicule ou, pour ainsi dire, le miroir. Mais voyons par quelle série de déductions l'auteur mmm à établir cette singulière théorie.
^ La parole, dit Rousseau, semble avoir été bien néces* K saire à l'invention de la parole. L'homme a dû penser € «^tioleavantde parler sa pensée 1 » C'est sur ces deui iBttitties acceptées comme des axiomes, que se fonde tout le système de M. de Bonald. De T impossibilité de penser saoâ^le secours des signes il déduit aisément l'impossibilité érneiBveotion humaine du langage; et cette dernière coniégience l'amène par une pente nécessaire à reconnaître en Dieu le véritable inventeur. Remarquons maintenant que, dana cette hypothèse, la pensée ne précède pas la parole, elfp% d'antre part, la parole sans pensée n'est qu'un vain bfliitqui frappe l'oreille sans aucune valeur intellectuelle. Il en résulte de deux choses l'une : ou bien le langage di^nujé par Dieu n'était qu'un certain système de sons matéitiji^Uflif l^jbopune devait fixer ensuite la valeur par le
M amum m m. db bomald.
libre eiercke de ses facilités; ou bien le signe portail en laÎH&tine use oul^n» pnisseofie créatrice de l*idée; et par «Nisiqqcotdaaftce laDgage ilivin m Iroiivaîeiil enveloppées luuLes les vérités premières, communiquées a 1 huai me non par uun révélation interoe, imœé<iiatc, mais par une révélatîcB aëdiate, soinalyrellecCexténeQre. if, deBooaki adopte cette demière hypotl^èse, et il ea dédoit ausât^ que conséquence pratique qu'il n^e&i pas inutile d'indiquer : Si le laagage douai par Dieu est le dépôt général de louteft lea idées morales et teUgieuses, la société gardicDae de ce biigiiij;e, sera par cela uiaiic le seul arbitre de la vérité et de l'erreur, de ce que l'on doit croire, et de ce que l'on doit nsjeter. Celui qui prétend juger avec sa raison îttdivid«ei|e une cnûfause admise par la société au sein de laquelle il vil se constitue par cet acte même eu état de rébellion , noii-seuiemi^t £ootre elle, mais aussi contre Dieu de qui elle lient sea pouvoir. Lorsqu^ii s'agit d'idées, pas plusse lorsqu'il s'agît d'actions, l'iodividii n'a le droit de sejiféférer au grand nombre, et s'il le fait, il mérite d'être détesté comme perturbateur de l'ordre public. Le principe d'autorité leroplaoe ainsi la dangereuse utopie du lilire examen : tel est sur cette question le rapide exposé des opinions de M. de Booald.
PlttsieurB fois d^à, dans la suite de ses ?eohercfaes pq^ didegiques, M. de Biran avait été appelé à s'occuper de l'institution dc^ signes et de leur influence sur les idées.
Mémo ire siikr la décomposition de la pensée et V Essai Êwr Uê fondm^Hit 4e la p$yeMagie en particulier, eontiennent m ce sujet due théorie dent la réponse à M. de Bonald n'est que l'application.
li nous est impossible de faire rentrer dans le cadre nécessairement restreint d'un avant-propos le développement prugf^ssii Je cotte ibéohe. Remarquons seulement que les
besoins de la discottioD ont prodoit dans las idéss du psy-
diuluguc une légè^^IIlOlJi^icalion, et qu(B la valeur tixcessivô accordé^ j^âo» ddvai^Qêux sigoesdtt langage, Ta mi^ doit d0 600 oâta à laboieser riofliieaai plas qa'il aa la faisait daqs ses précsdsats ouyrages. Mais, à partcelta va-* lidUoD, conséquence naturelle de la controverse, nous re^ irouvoQs ipi Iss priocipau&éiéiaaatsdalathaonada
M. da Biran se place dès le principe en opposition 11agrante avec l'auteur des U^çhcrclm philosophiques, A l'bjpotlièse d'uo iaogage complatcréé iminad^ateiDaBt par DiauetcopHBttaiquâiniraepleusainaDtao premier homme, il oppose celle de la formation natureiic et progressive d uii 6>sl^iu6 (le signes foiuié sur le daveloppenicnt des i^cullés actÎTes da Tesprii him^ia. U raconaait dans les mauvaflumU volontaires associés anx idées qui an dérivant, au* tant de signes naturels qui deviennent disponibles aussitôt qalU ont été aper^s par la moi* f&s exemple, las loouvemeols de la main sont les signes naturels des divenes idées d'espaae, da solidilé, d'élandne. Hais da tous aes actes, ceux qui, par leur nature propre et leur caractère réflaxif» sont la plus imaiédiataaia&i desliJ90s à remplir las fonctions d^ signas^ ce sont ka rnoofeoMpIs de Torg^ Tocal, associés d'une manière étroite avec les sensations da l'ouie. En ellet, ïe sens audilii est le seul dans lequel les fonctions active et jpassiva s^aiaieenl simultaaéaiaat dans dsax organes distincts. La san extérieur qui, en afM^lant Tappareil de l'ouïe, proiluit dirocLement une certaine im^ pression, déterinine eu même temps dans i organe vocal une réaation correspondante qui est à son tour aperçue par la SOIS inlemede l*oa!a. L*individtt éprouve dona à la fois deux modifications, Tune passive, provenant d'une cause êtiangèro, i'attU;^ acAiva, pcacadaai ismédiiUmmi' ^ ^
sa OPINIONS DE M, D£ BONÀia
propre puissance motrice. Ce caractère particulier aux mouvemcût!» de l'organe vocal associé avec les impressions de Touïe, leur coromuDiqiie une dispombilité supérieure à celle des autres mouTemento voloutaires et les rend émi- •iic[iitiient suscepubles de rappel. Il e^t (Innc naturel que l'individu s^en serve pour fixer ses idées, les distinguer et les reconnaître aussitôt qu'il s'est aperçu de cette asaocîation. L*enfent crie d*abord instinctivement et sans aucune intention de faire connaître ses besoins, mais aussitôt que l'expérience lui a appris la relation qui existe entre telle espèce de sons produits et tel genre de secours» il les emploie dès lors comme signes de réclame^ et le cri naturel devenu vuloulaire prend le caractère d'un véritable langage. Une fois celte base acquise, toutes les dillicullés relatives à Tinstitution des signes par Thomme disparaissent, et, au lieu d'un fait miraculeux produit par rintervenlion spéciale de la divinité, on n'y trouvcplusquc le résultat le plus simple et le plus naturel des facultés humaines.
Passant ensuite à Texamen de l'hypothèse contraire, l'auteur établit contre M. de Bonaid la préexistence de la pensée au langage, qui sans elle n'est qu'un bruit vide de sens, et ne peut pas même porter le nom de langage, puisqu'un signe n'est signe qu'autant qu'il existe une chose signifiée. La parole ne saurait donc créer l'idée, et celte sorte de transcréation miraculeuse est aussi incompréhensible qu'elle est inutile. Tout le rôle des signes consiste en effet à réveiller dans notre esprit des idées (jui s'y trouvaient déjà et à les rendre actuelles de virtuelles qu'eltes étaient Mats quelle valeur peut avoir pour nous un son qui frappe notre oreille, vînt-il d'un être supérieur à rhomnie, vînt-il de Dieu lui-même ^'11 ne s'adresse qu'à notre organe et ne touche point à notre pensée? 14'estrce
AVAWT-PiiOPOS DE L'ÉDITEUR.
pas an brait inutile? Ponr qu'il devienne pour nous une
parole, ne laul-il pas que nous clicrcliionsàen compreiulre le seos? ei pour en comprendre le sens, ne faut-il paspenwrl Pour qa'nn système quelconque de signes transmis estérienrament, prenne le caraclère d^un langage, il faut que l'homme répèle successivement, en vertu de son activité propre, toutes les opérations exprimées par ces signes; abra seulement ils acquerront pour lui une valeur réelle, alors seulement ils auront un sens. En d'autres termes, il ii V *i> i'uui i Ijuiiiuiequ une >eule nuinière de s'appiuprier un langage, c'e^t de le refaire lui^uiême, de retrouver dans son eq>rit toutes les idées et de les associer aux signes. La difficulté que Ton prétend supprimer subsiste donc tout entière, et c'est en vanà que l'on a fait intervenir l'action miracaieuse de Dieu dans une question qui s'explique suffisamment par les procédés naturels de Fesprit humain.
M.lIç;h' l'opposition décidée qui semlde exister entre les deux doctriOGâquc nous venons d'indiquer plus encore que d'analyser, elles ne nous semblent cependant pas aussi in- Oûocttiables que l'on pourrait croire au premier abord ; et îî ne serait peut-être pas bicu .lillicile de uiuiJlrcr qucd.uis e^ discussion comme dans beaucoup d'autres, les deux advmaimnese sont pas rencontrés parce qu'ils nese trou, faîent pas sur le même terrain. En effet, M. de Bonald se plaçiiul au point de vue historique et traditionnel, pitjuccapéde nécessités sociales plus (|ue de |)rincipes pbilosophiqvaSiétablitsur des considérations dont les plus concluantes sdDt tirées de lapratiqnc, (pjel'homroeen tant que sociable n'a pu, en aucun temps, se passer du NLi;oui\> (ie la ji ni le. M. deBiran, au contraire, se plaçant au centre même de Tindividiit cberche à reconnaître les conditions psychologiques dnlaiigage, les facultés sur rexercice desquelles il se fonde. i d^ Bonald ciierche l'origioe lustoriquc du langage ou
$» OPmmS DE M. DE BdftAUk
ia prémièfv apparitloii dans te iHoâcié. M. é» tim nê
s'occupe que de son orin;ine dans l'individu ; le point de vue (le l'un est tout objectif, celui de l'autre est tout 3Ubjeetif. Bn tirani dë ees délit Mm d«conàîdéntioiii, &8il le» eofasé^tmM nMim ^Wèt ODt déduites \»m ëttlMtf ;
mais les conséquences naturelles et lo^iqties, on arrive à des conclusions différentes, il est vrai, mais non plus opposées. On pm^ eti elTélf àdmettit» atec M; de Bonald, tà i^ctifiant (DlltCifois (tdèliftlëft^tifles dë ses às^tions, qdé te
langage a été donné à l'hotiittie par Dieu non pa> antérieurement aux idées^ ni par un acte tniracuieuK spécial^
eofaime U semble le creirei mais en même témfs «lue les idées} pàr l*aeie iiiii<tiie et Itiflniment fétbtû de ta
création. Mais il faut rt-tuimaîiio iucc Bï. de Biran qu'il eiiste dans l'esprit humain certains faits et certaidËs fàeui-^ tés sans lesitileUes ee don primitif du laDgàgè ééMï féHII inutile, ear tottt fait efttérieui' f\n\ s'approprie k lliéiittne
(luit avoir dans i'homme même sa base et son pomi d'appui.
M» deBooakiaraistfn eontrèLéaBihitt Itf^'il prouve
que la société hatnainë n^à pu en aucun temps exister sans parole, et qne le langage étant un attribut essj jitiel de l'être pensant, étant lié d'une manière intime arec le fait de la pensée, a lire dontaé ft Thomme paf la Divinité. Mais M. de Birah a raison contre M. de Bonald lorsqu'il démontre l'absurdité d'une hypothèse qui prétend dériver les phénomènes intérieurs de l'intelligence, d'uh faiipuremebt extérieur comme la ei)mmttnieation de sons matériels à l'organe de l'orne, lorsqu'il prouve que la parole n'a pu en aucun cas précéder la pensée ni par conséquent en être la oanse, lorsqu'il établit enfin l'inutilité de cette seconde création t)ui aurait eu pour but unique l'existence de l'esprit, cdinme l'autre avait eu pour objet la production du
AYAlIT-PlIOm m L^tDITCUB. 87
corps. Mais en d^ors de eesdivergences qu'il est facile de mnarqaer, les denx peints de vue ne s'excluent point l'on
l'autre; en sorte que, sans prétendre établir aucune aoaiogie entre le phénomène simple de la marche et le fait éminemment complexe du langage, on pourrait comparer la position des deux adversaires à celle de deux hommes qui discuteraient depuis longtoiiips ^uiis réussir à s'entendre, parce queTun d'entre eux prouverait par des considérations pratiques et usuelles, que la marche on la progression verticale a du être enseignée au premier homme ; tandis que l'autre, s appuyant sur l observation etrexpérience, trouverait dans les actions et réactions réciproques des muscles et des os, les conditions nécessaires et suffisantes de tonte gradation.
Terminons en observant que si les principes des deux plkîloaophes sont jusqu'à un certain point conciliables, leurs coodusioDS ne le sont pas, et que Ton peut admettre la thèse du langage créé par Dieu sans avouer les conséquences qu'en tire M. de Bonuld, sans anéantir, comme il le Cat^ devant l'autorité de la tradition, tous les droits de la raison humaine. La tradition et l'exercice personnel de la pensée sont deux éléments également nécessaires du dcveloppementdesintelligcnces. Les grands maîtres de la science chrétienne n'avoueraient point les conclusions de certains défaaears mal inspirés de leur cause. Aux théories de M. de Bonald et Lamennais, il sera toujours opportun d'opposer ces paroles de saint Thomas : « Avant de croire, il faut sa- « voir pourquoi ; car l'homme ne croirait point s^il ne voyait € iffïï doit croire, » ou celles-ci de saint Augustin : « La m raison ne se soumettrait jamais, si elle ne jugeait qu'il y « a^des occasions où elle doit se soumettre. »
Marc DëBRIT.
DÉFENSE DE U PHILOSOPHIE
FiUQlUNTS û'UMB LKTTRS SUR LA PHILOSOPHIE ET LA RÉVÉLATION (1).
: L'IiislorieD de la philosophie (2) reconnaît un systèine de vérités qu*il s'agirait seulement de compléter^ et de séparer des erreurs dont il provoque la rèfatimi il reconnaît donc que tous les efforts n'ont pMTélé inutiles, et que les philosophes ont marché quelquefois dans une bonne route, puisqu lisont été aonduits à des vérités dont le complément désirable peut seul être attendu par TEurope pensante.
,Mf< Begérando a donc toute raison de ne pas désespérer de la philosophie. L'inconséquence n'est donc certainement pas de son côté» mais ne serait-elle pas iq^.^ntière daiii» la pensée de ceux qui, parlant des d|v9iigeiioes et des oppositions réelles ou apparentes de ces systèmes si nombreux» où des vérités à compléter sont mêlées aux erreurs à réformer, préten-
(1) La lettre est adressée à M. de Boiiaid.
(2) M. D?gérando. — Toute la discussion avec M. de Bonald a pour base, en ce qui concerne les systèmes métaphysiques» IV/ixwire comparée ée$ sffstèmêi lie phiknaphiet 1** édiUon (1804).