‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 13 sur 66 · OPINIONS DE M. DE BONAUX · texte numérisé non relu

OPINIONS DE M. DE BONAUX

draient conclure de ces diflercnces seules, ainsi jugées en masse et à vue d'oiseau sans autre e]Lamen, qu*il faut désespérer de toute philosophie, c*e8t-kdire de la raison Imoiaiiie, vu riinpossibilité d'arriver jamais à la vérité, pour peu qu'on s'attache à suivre quelqu'une de ces routes si multipliées et si divei'ses, praliquées pendant le long espace de trois mille ans, comme si toutes ces routes avaient toujours également conduit à Terreur ; comme si Ton pouvait, sans être pyrrhonien absolu, iiièconnaitre un système de vérités précieuses qui, mises dans leur jour par des chefs d*école, sont devenues le patriluuiiie de tous ; comme si, enûn, une seule vérité trouvée parla philosophie ne prouvait pas pluft pnut' elle (|UL' toutes les oppositions de systèmes ne prouvent contre la plulosophie en général? L'inconséquence serait du oété de ceuxqui* ne trouvant qu'eiN reur et mensonge dnns toute philosophie, s'occupe^ raient encore de recJurcàes piiUatopàique$ (4) et tenteraient de faire adopter un nouveau aystètUéi. tout en prétendant démontrer qu'il faut désespérer de la philosophie.

Je Tavoue, Monsieur, plus je relis avec MêhAm les quatre premières pages de votre ouvrage, plus je ma persuade que vous avee enveloppé le sens et le but de votre thèse principale dans ledessmn préffié^ dité d'assurer d'avance à votre doctrine du jour un privilège exclusif sur toutes les doctrines de philosophie connues depuis trois mille ans, et de sauter

(I) Tltro do ronvrago de M* de Bomild.

DÉFENSE DE LA PIIILOSOPIIIE. 91

cette philosophie privilégiée du déluge où vous voulez noyer tous les philosophes sans exception. <ï J'ose 4( sonder, dites-vous, une des grandes plaies de la * société, la diversité, Tincertitude, la contradiction « même des doctrines philosophiques (1). » Certes il serait à souhaiter que la société n'eût pas d'autres plaies que les dissidences des métaphysiciens sur certaines questions abstraites qui ne font pas grand' chose aux affaires de ce monde. Mais si c'est là vraiment une plaie ou une aflliction que Dieu a donnée à l'homme en châtiment [hanc occupationem pessimam dédit Detis filiis hominum ut occuparentur in eà] (2) , il ne s agit pas seulement fie sonder la plaie, assez d'autres avant M. de Ronald se sont chargés de ce soin; mais il faudrait enfin chercher les moyens de la fermer, et nous verrons si l'auteur, qui semble se plaire k exagérer le mal, a irriter la plaie, s'occupe bien efficacement des moyens de la guérir. Nous voyons que vous n'avez pris pour modèle ni Pascal ni Montaigne, et que toute philosophie peut encore ne pas désespérer de trouver grâce devïmt vous, pourvu quelle se soumette à votre direction et vous reconnaisse pour chef : sur ce point les exemples et les modèles ne sont pas si rares. — Mais entrons en matière :

(1) Toulrs les citations de M. de Bonald renfermées dans la Défense de la philosophie sont lîrc^cs des Recherrhff.% philosophie nues sur les premiers ohjcts des connaissances moralrs. — Chap. I. De la philosopliie. — La lecture pnHiminairo de ce chapitre est ginon nécessaire, au moins fort utile pour bien entendre M. de Biran.

(2) Ecclésiaste, chap. i, verset 13,

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