‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 15 sur 66 · OPINIONS DE H. DE BONAUX · texte numérisé non relu

OPINIONS DE H. DE BONAUX

second des philosophas proprement dits» qui compare si bien et si profondément les premières vérités morales, ces notions universelles et nécessaires» à des réminiscences de ràme» qui les saisit la première fois non comme nouvelles^ mais comme les aj^anl euo9 auparavant et toujours en sa possession; caractère bien émiflemment distinctif de ces notioo0^ que Pla<» ton proclama le premier comme iMes inné$s, et qui ont été après lui sigualécs sous le même titre etsoui des titres équivalents tels que : virtualités* tomm^ lois innées. A cet égard du moins il faut reconnaître, malgré ïgs temps et les lieux, une parlaite uniformité de vues entre des doctrines philosophiques qu'on pro* mier coup d'œil lait ju^er difl'érentes ou même opposées dans leur principe. L'autorité évidente, la §»rantie, qui appartient non à Thorome^ mais au oaric* tère ou à l'essence même des vérités qu'il met au jour, passe tout entière de Socrate à Platon qui y mêla d'autres éléments tirés d'une source diflftr«Ble« Platon, le premier disciple de Socrate, et le second des philosophes (dans le sens propre du mot) puisa aussi au fend de son ftme plutôt que dans les lima âm Juifs, les lumières qu'il répandit sur la nature morale et sur ses rapports nécessaires avec Dieu mème,av«^ la source suprême d'où elle émane. En proclama»! cespremières vérités inlellectuellesetmurales, comme en les apercevant et en les sentant immédiaiensMDti il ne croyait pas les enseigner ailic hommes comme des choses ou des idées nouvelles, mais les réveiller, les reproduire dans leur pensée comme des réronisK' cences d'idées qui y étaient auparavant; et en effet.

DÉFENSE DE LA PHILOSOPHU. M

ifai croit oe pas avoir sa toujourB ces notions dont révidenee (hippe notre esprit pour la première fois? Que les expressions sensibles ou inatérielles« néoes^ saires à la manifestation, à la communication de

toute vérité d'intuUion, soient apprises connue nou- Telles, ou si Ton veut, révélées par le ciel» la vérité SB eHeMmème n'est pas nouvelle k Tesprit, le matériel des signes appris ou révélés Texcite et la réveille et ne la produit pas. La révélation par le signe n'est donc pas la révélation de la vérité même ou de Tidée qui s y lie, mais seuleuieut ie moyen de manifester OB de produire au dehors ce qui préexistait déjà au fond de ràme, et sans cette préexistence des idées aux signes qui les expriment, ceux-ci seraient sans n«Ue vnlenri fussent'^ils révélés par Dieu même.

Une autre autorité que celle du ^énie de Plalon a maintenu la doctrine des idées innccs, et l a reprodatte dans divers systèmes de philosophie qui se sont succédé depuis cet homme de j^énie jusqu'à nous soiAsdes titres diûerents qui la dé^^uiseiit aux esprits «iperfieiels. Ainsi les virtuaiitét de Leibnitz, les /br- Vi€s i't les cait-'fjories de KaiU, les lois inhérentes à fesprit humain des philosophes écossais, ne diffèrent presque pas au fond de ces réminiscences pla- Lonicienues ou des idées innées que Descartes et Malebuiaeiie n'ont pas renouvelées de Platon, mais qui seot lel produits indigènes de leur proj)i e génie mé^ ditatiC

i^&vriOe peint du moins, comme sur quelques aii« 1res, il y a lieu d'admirer la constance et l'uniformité

des opinions et des doctrines de ce^ philosophes, qui,

omiONS DE M. DB VmàUk

séparées par le temps et les lieux, iadépendantes comme le génie, tournent spontanément dès l'origine dans des orbes semblables, réductibles à un oertain nombre d'équations fondamentales.

Soiemque suum sua sidera norunt (1).

Comment se iaiL il que les premières révélations divines aient été s altérant et se transformant sans cesse dans leur passage au travers des siècles, que la parole ni rÉcriture divines n'aient pu leur conser- Yer la moindre trace connaissable de leur sens primitif, tandis que certaines opinions philosophiques, certaines vérités sur la morale, une fois constatées, ont conservé, dans tous les temps et les lieux, un ascendant universel, une évidence égale pour tous les esprits qui n'ont pas même eu besoin de se les communiquer pour les conserver ou les reproduire toujours les mêmes? Ne serait-ce pas celles-ci surtout qu'il faudrait attribuer à qne révélation intime, immédiate, laite à toutes les âmes par celui qui les créa, plutôt qu'à une parole qui ne se fit entendre qu'a quelques hommes dans un point déterminé de l'espace ou du temps?

Je saisis. Monsieur, comme vous le voyez, chaque occasion qui su présente pour préparer de loin la solution d'un grand problème qui est comme le gant jeté par vous à la philosophie et aux philosophes, et je prends votre tableau historique pour ce qu'il parait avoir été dans votre esprit, savoir, un arsenal

(i) Virgile, Btiéide^ vi, 641*

DÉPENSE DE LA PBIL060PI11E. 100

OÙ VOUS allez choisir les armes les plus propres k la

grande aUaque que vous préparez. Il est naturel que j j cherche aussi des moyens de défense pour la vraie philosophie.

Je De sais si i on peut dire exactement et sans expUettion qtt'Aristote fit descendre les esprits « de la haotew^ à laquelle Platon les avait élevés. » Il serait plus exact de dire que le chet du Lycée attira les esprits du dedans au dehors ; qu'à la place de ce monde idéal de réminiscences platoniciennes , il développa à leiNi^ yeux un monde visible qui devait avoir pour ent-l'tfUrait de la nouveauté. De tous les talents que possédait cet homme étoiinaut, créateur de la diale^tîflie OU de Tart logique, naturaliste, physicien, grammairien , métaphysicien, celui qu^îl eut au plus iaib^4egré, quoique il ait été considéré longtemps fia|>ine-l6 premier des philosophes, c'est ce talent philosophique qui s'attache au fond même des idées et |ii)9tt>ji!!avoir presque rien de commun avec les formes spMibifls: Ces formes sont tout en eflet pour Artstote. C*est avec elles qu'il a lutté sur uu autre terrain que nitM^iLeofs doctrines sont tellement séparées, telleinent hétérogènes qu'on ne sa mail dire que Tune soit en opposiûon ou en contradiction avec l'autre ; car il Mtiqu'il y ait quelque parité ou analogie entre des sujets de méditation ou d'étude qui occupent deux ;il|i|ÉiTVlH|r qo'on puisse reconnaître les différences qui les^ emparent ou les analogies qui les rappro- ^ent. ' ;«

^#|||pi, par exemple, les idées ou images qu'Aristote

ikii venir des sens à l'eutendeiuent u'oul aucun rap-

iiê ÛFIMONS DE IL J>E fiOMAUX

port avec celles que riatou ctiosidère comme innées; un platonicien pourrait adopter la maxime d' Aristote

dans son vrai sens et en conserver tous les avantages. L'intellect de celui-ci n a rien de commun avec rentendement de oelui*là. Aristote ne poumt pas chtcudre Icj» iciLCô de Platon tant qu ii ^ occupait du dehors et qu'il n'étudiait la pensée humaine que dans ses formes logiques et ses instruments ori^aniquea. C'est absolument de la même manière que ie^ objections de Gassendi et de Hobbes, sur la phileso*-

phie (le i)c6c;.irLeb u effleurent moiiie le sujet des méditations de ce philosophe, (juand on sait bien se placer successivement dans le point de vue de me oiijcciion^ toutes uiai* neiies et dans celui dos réponses vraiment psychologiques de Desearles» on

s'étonne de ce com])at à traits perdus ou lancés eu i'air comme par des hommes qui se tournent le dos. La thèse contestée roulant sur un sujet donné oti cuneu ue leile manière, croit-on 1 attaquer ou la cotttredire en parlant d'un tout autre sujet? C'est pourtant là le tableau que nous présente cette histoire des diverses opinions siystématiques qu on réunit si mal k propos sous le titre vague de philosophie, le» quel euiparle pourlaul une valeur propre et déterminée par son étymologie.

Ces opinions, dit-on, ont été diverses on même contradictoires r!rpîn< des siècles; les plrilosophes n'ont jamais été d'accord sur rien ; donc la philOM^

pliie n'est (jn'nno cliijnt'ic. Conclusioti analo^tieauv prémisses : il laut bien que les opinions difilvent quand elles foulent sur des sujets réellement dhrèri«

CONSIOÉtATlOKS SUR L*HlSTOIBS PB Là PHIL080PHII.

Philoaophiqueinent pariant (puisqu'il s'agit de recherches philosophiques) nous sommes autorisés à dialÎQguer deux sories de révélations : 1 une, qui est oniquement du ressort de la foi ou de Tautorité de la rciigioii, est extérieure à i'iioujuie ci luudée sur des moyens extérieurs, des signes parlés ou écrits ; l'autre, qui est du ressort de la raison ou de l'autorité seule de révidciice, qui, loin d'exclure la religion, se eonciite si heureusement avec elle, est tout intérieure, et peut se fetre entendre sans inlennédiaire à l'esprit et au cœur de i homme.

Montrons par des exemples comment cette distinction peut être justifiée.

Après le meurtre d'Ahel, Cam entend ia voix du Toul-Poissant qui lui crie : Qv^M-tufait de km frère? k eeix de son^ang s'eet élenée de ia terre ver$ moi; et ces paroles terribles révèlent au premier des coupables humains, et Thorreur du crime et sa condamnation écrite dans le ciel même. Nous croyons, sur Tautorite des livres sacrés cette révélation extérieure ; mais Dieu n'eùt-il parlé à Gain que comme il parle aujourd'hui à ses coupahles descendants par cette voix intime de la conscience (}ue tout violateur de la loi dtt devoir entend au fond de lai-»mèaie,

OPLMONS DE DE BO.NALD.

sans qu'aucun son articulé frappe son oreille, sans mêaie qu'une loi écrite retrace à ses yeux et à sa pensée les caractères dîstipctifs du bien et du mal, cette révélation, pour être intérieure, en serait-elle moins divine, moins uuiverselle^ moins immuable?-^ Que, selon la révélation extérieure, tout raf)pareil sensible de la puissaine et de la majesté divine soit employé pour apprendre au peuple choisi qu*il doit adorer et aimer Dieu, honorer père et mère, s'abstenir du meurtre, du vol, du faux témoignage, ces commandements, sans avoir été gravés sur des tables dont Dieu inspira les termes, eusseni* ils été gravés seulement, comme ils le sont, dam ia conscience de Umt homme venmt au mande ^ la source en serait-elle moms divine?

£n général, (]uc dans un ordre surnaturel nous croyions que Dieu ait employé primitivement le lasgage humain pour parler à l'homme, ou que, dans Tordre naturel, qu'il nous est donné de concevoir et de connaître. Dieu parle uniquement aux esprits par des lumières innées ou infuses en eux dès la création, et aux cœurs par des inspirations qui n'ont pMi> besoin de Tintermédiaire de la parole pour se roanî^ fester; que l'esprit seul et toutes ses puissances ou facultés ressortant ainsi innucdiatcinenl de Dieu qui l'a donné, la lettre parlée ou écrite ait été donnée ea même tem[)s ou livrée aux conventions des hommes; que dans l'ordre même des miracles, le plus surnaturel pour l'homme, Dieu ait agi d'une manière mi* racoleuse iinniédiale, en cli;in^eant ou suspendant les lois de ia nature soit physique, soit morale, fai*

DÊFEIlâË D£ L PHILOâOPUifi.

saut paraître dans le ciel ou sur la terre des prodiges doai il avait révélé ie secret à ses prophètes, ou que le Graod Être ayant tout prévu, tout préordonné dès l'origine duus l'acte unique de la création ait dépoté: en même temps soit dans la nature, soit dans eertaÎMS âmes privilégiées, les germes des idées propres à les représenter, comme dans un tableau profkéàqm^ ces deux révélations dont Tune est fondée sur Tautorité de la parole extérieure» l'autre sur Tau- Uiàità de 1 évidence intérieure, devront s'oiFrir à tous hft^prita éclairés de vraies lumières, comme ayant même source et même objet, ou un même but essenUei, et ne pouvant différer entre elles que par le qu'il a plu à Dieu de choisir pour se révéler à rbomnie et réelairer de ses lumières.

:EA.. eOet, si, comme nous l'ensei^'ne la vraie philoaopiiie, Dieo est Tobjet immédiat de la raison, si la notion d'une cause suprême de qui nous dépendrons vieoi presque s'identifier avec le lait f)rimitif de nolis^exîatence personnelle, si c est une vérité première et dont il est impossible de douter que toutes les facilités de Tàme humaine viennent de cette cause sup^ime r^ne Dieu ait agi dans le temps sur Thomme ou sur tels lidmmes pour leur communiquer imnié-

éimfunrmt rrrtiinrn idées avec certains signes, ou qu'ayant donné à Thomme les facultés appropriées, il les ait livrées soit à leur activité propre, soit à rinfvwee des causes secondes qui devaient les déult^iper ; dans le premier cas, la révélation extérieure, dans le second, la révélation intérieure, 4i|l4prMeiAment la même source, et l'objet et le but

de ces deux révélations se irouveut encore les mêmes ; car Dieut son eusienoe, sa loi ou k loi da devoir, unmrselle et immuable comme lui, la liberté

ou ractivité de rânie humaine identifiée avec le fait primitif de son existence personnelle, par suite ta respensabilîté devant le juge suprême, son immdrtalité, ses espérances, seront des vérités premières communes aux deux révélations qui auront ainsi même ohjci, me but essentiel.

Reste donc la ditlerence dans les moyens des deux révélations, dont Tune emploierait les signes matériels ou sensibles, tandis (fue l'autre se fond< rait sur le ûiit des idées, du sens iuné primitif, de prénotions ou de germes déposés dans Tàme par celui qui Fa créée, et développés en elle, soit par le concours des causes secondes préparées dans Tordre immuable de la nature eu de la Providence, soit par l'aelivité libre de l'âme dans l'ordre de la nature intellectuelle et morale, soit enfin par d*heurettses et ineffables inspirations dans Tordre de la grâce.

Le philosophe et le théologien considèrent, chacun sous le point de vue qui lui est propi>6 ces deux sortes de révélations, et sHIs sont d*accord» comme ils doivent 1 être, sur leur objet et leur fin commune, ils n'auront point à disputer sur la nature des moyens que Hieu a pu choisir pour révéler à r homme et son existence et sa loi. '

En eflbt (et ceci doit être soigneusement noté è Favancc pour écîaircir ce qui nofis reste à montrer par la suite), admettez que Dieu ait parlé à Thomme non dans un laii^agc déjà connu ou inventé par

riionime (I), maU dans me laugue toute nouvelle, de fannatioo divine ; il faut biea admettre ausei de ces deux choses Tune : ou que les idées et les sentilo^^ exprimés,, prée^^istaiu d'avance dans l'àme bimuMoa» n'étaient que réveillés et excités par ces signes» divers , écrits ou parlés, avec lesquels ils aviM«nt quelque analogie naturelle ou surnaturoller OU ^9 Tâme, toile rase^ comme dit Locke, avant les signes, a reçu avec eux et par eux seuls priniitiveinciiil les idées ou les senlimenU qu'ils expriment eiiirerta des mêmes analogies.

Ûan$ le preuiier cai» la révélation extérieure part éêB données mêmes de la philosophie et ne les explique pas davantage. Dans le second cas on admet la conleiuptuaueitc ou siniullanéité pa r laite des prenéèfes idéea conçues ou de Tesprit même, et des signes parlés ou écrits appropriés à ces idées, ou de la lettre matériciie de ces choses révélées. Mais toujours feulai reconnaître que les signes ne sont pas les idées, que la lettre n'est pas l'esprit, et qu'il n'aurait aefvi à rien par exemple que Dieu pariât une certnim hngne aux premiers hommes, qu'il frappât l'ouïe de tels sons articulés ou la vue de tels caractèreSf ail n'avait en même temps suggéré ou inspiré k^aeii» de ces signes, sens précis, univoque, immuable couune il devait l'être, ce semble, venant de itim* XHi miJù mielkcium ut 9ciam teUinumia tua (2) .

(1) « Si le philosophe ne conteste point au Uiéologien révidcnce de Tautorité dont il a rf»nslalé les signf5 , fp tlv^<ilftgien peiil encoi'e moins contt^ster )';niifMité do )'( vidence OU le pliUosojplie UoQve nit nies vcriics. » it.liaries Bonnet.) • P«a«m^ GXix, verset 125.

116 OPIMONS D£ M. DË iiOMALa

Mais pour que Tintelligence de i homme pût saisir le sens des paroles inspirées, il fallait bien que l'entendement fût constitué tel, ou, comme dit Leibnltz, que 1 entendement fut du moms inné à lui-même. Voilà donc le théologien ramené, quoi qu*il fasse, à la source où I(i philosophe puise les premières données, les premiers moyens de l'inlelligence humaine, et voilà Tautorité de la parole même, telle qu*elle a été originellement ( iiU îi(lu(* par l'homme, reconnue indivisible de Tautorité de celte laculté de concevoir ou d'entendre spirituellement les idées, dont Dieu dut au moins déposer les germes dans raïuo de l'homme, avant de frapper les sens externes des signes matériels quil voulait révéler k Thomme* Tl ne saurait doue v avoir ici de coiitiatiic-

tion entre le théologien et le philosophe ou entre les deux points de vue sous lesquels chacun d*eux

considère rr>pcclivenjent la révélation des premières vérités religieuses et morales, dans la iêtire ou dans Vetprit, dans les faits miraculeux des si^ gnes divins et dans la paroK de Dieu riNuke k Thomme extérieur, ou dans des faits naturels et primitifs de sens intime, des signes humains, produits iuimediali» de cette activité volontaire qui cousUtue la personne morale elle-même, et crée avec les mouvements les signes pi emiers par lesquels la pensée se compieie et &e manifeste, eniiu dans la voix de la conscience ou la loi de Jiieu même révélée par elle à l'honmie intérieur. T<'lie est cette loi spirituelle si bien connue, <>ara( téi-isée par saint Paul, et rapportée par ce vrai philosophe à sa source propre^ savoir

DÉFENSE DE tA PHILOSOPHIE. * U7

à .rhomme iiuérieur^ opposé au charnel ou à Texté-

fieur ; Condcleciur legi Dci accuiiduui inlcriorem liominem (Ij. C'est ta, cesià l'bomme iotérieur que la religion et la philosophie viennent se rallier et puiser, comme a une même source, un fond de vérités communes.

Encore une fois donc il ne peut y avoir aucune

oppositioQ essentielle entre les deux sortes de révélations ou de moyens que Dieu a choisis pour faire connaître k l'homme son existence, sa loi ou la vraie science, la vraie sagesse qui vient de lui^ qui est luimême {egosum via et veriuu) (SI). Ces deux révélations n'ayant qu'un seul objet, qu'un seul butessen* tiel, les moyens ne peuvent différer entre eux que comme Thomme extérieur difi'ère de Thomme intérieur, ou comme le sens et Timagination anthropomorphite diiiereut de l'intellect pur. La contradiction n'est que pour ceux qui mettent la lettre qui tue avant l'esprit (jui vivitîe, qui transfonnent une question de philosophie première, telle que l'origine des idées et celle du langage, en un article de foi, qui paraissent adopter ( xnine philosophes 1 opinion des idées ou des sentiments innés à lame ou ne venant que de son propre fonds, et prétendent, comme théologiens, faire venir les signes du dehors ou de Dieu à Tàme comme par une sorte de transcréation miraculeuse.

La contradiction est inverse, mais parfaiteniont égale à celle des idéologues qui, après avoir fait nai-

(1) Saint Paul aux nomnins. Chap. vrr, vprs. 22.

(2) Evangile selon saint Jean. Cbap. xiv, vera. S.

opnnoRs De h. de bonâld.

tre toutes les idées des sensations passives du dehors* font naître les langues de ractivité de l'esprit humain, comme si d'une part les facultés qui forment les idées ou en développent les premiers germes ca^

chés au fond de l'âme ne suffisaient pas pour instituer les premiers signes ; et d autre part, comme si la même activité qui suffit à créer les signes pouvait être étrangère à la formation des idées ou même des premières sensations.

Hais n'anticipons pas davantage sur ce qui doit suivre au sujet de l'oi i^iiie du l;iii-ai;t , qui est comme le point central de tout le système auquel tiotreauteut* rapporte de loin toutes les données qu'il a voulu emprunter à la philosophie ou à son histoire, en les accommodant le mieux possibleà ses vues systématiques. Quant à nous, en entrant dans son dessein, il nous sulFit d'avoir commencé a établir par ces considérations préliminaires, prises dans le fond même du sujet, que si la dissidence des sVstè^ mes est une des graves plaies de Tesprit humain, qu'il ne s'agit plus de sonder mais bien de fermer s'il est possible, on pcut en trouver les moyens 4atts la vraie philosophie comme dans la vraie religion. La raison comme la foi, l'autorité de i'évIdeiHM comme l'évidence de l'autorité, la révélation intérieure des premières vérités comme la révélation des mêmes vérités par la parole de Dieu ou par des Si** gnes donnes à l'honinie, pruvrnt concourir avec une égale efficacité à fermer cette plaie. Loin qu'il y ait opposition ou différence essentielle entre ces deux sortes de moyens, ils s'accordent parfaitement au

coQlraire quaut à la source commune dont ila éma<* aent, l'objet ou le bat de yraie science, de mie «agesse auquel ils tendeiil. Ces sortes de nioveiis mêmee révélation extérieure que la foi nous ensei* gne» •ont ineéparables de là révélation intérieure ou des taiu primitifs de conscience tels que la vraie philoaapbie les constate et les prend pour base.

On peut voir d'ici les différences capitales qui nous séparent. M. de BoiiaUi ne trouvaiii <jue dissià^oû^ et contradictions dans ces systèmes qu'il ne ;i|«*cntrevoir au travers d'une lunette un peu trouble, parait cruireet prétend déiiiuulrer qu'il n'y a jèt terme aux. disputes que dans l'autorité de la ki^i^ comme il dit, dans révidence de l'autorité, eiudusivemeat à Tautorilé de l'évidence. Vous n êtes d!aÉcohl ior rien, dit-il aux philosophes, donc vous êtes incapables de jamais vous entendre entre vous, il fiui4 donc vous en rapporter à une auturilé exté*lÎMM^âiipérieure à celle de tous vos raisonnements. Nous verrons bientôt si la dissidence est aussi $çénéral« j^ue le dit M. de Bonaid, mais quanta la conséfBÉBasiAécessaire qu'il en déduit, comment nVtnl pas appris de l'histoire même que ce fut précisément lamiRlwon des sages, des vrais philosophes de tous ler^taiips contre les fauteurs d'hypothèses de tout genre, contre ces élernel> sopiiistes, ces habiles dialMli0iettaégalement disposés à soutenir et à nier toutes teShèaes, prétendant soumettre au raisonnement jusqu'aux premières données de la raison, et dissidents etittifcvMÉtiqiieineiit parce qu*ils n'avaientpu, ou ne aarflpAMpu s'entendre ou s'aooorder sur rimi f

120 OPLMONS û£ M. D£ BONALD.

Si l'aateur des Recherches philosophiques eût été

moins préoccupe d'un système qu'il tend à établir sur les ruines de tous les autres, ou sur celles de la raison inème immolée à raiitorité exclusive de la foi, il aurait su distioguer d après l'histoire même des opinions, telle qu*il la présente ou qu'il Ta faite, une philosophie vraie, entre tant d'autres fausses ou bussement nommées, philosophie qui, toujours constante h elle-même et fidèle à son titre primitif, a pris pour base depuis sou origine 1 autorité de l'évidence, les lumières de la conscience ou de la raison même, appliquée à constater les vérités immédiates du fait primitif et non moins immuable sous ce rapport que Févidence de Tautorité ou la parole de Dieu même, qui a voulu aussis'expiiquer par cet organe commun à tous les hommes. Donc, avec H. de Bo* nald, pour faire ressortir l'analogie de ces deux sources de lumières, nous pouvons à notre tour invoquer le témoignage de Thistoire, non telle qu*il semble se piaiie à Tembrouiiler, en confondant sous un titre vraiment trompeur tous les produits du délire de l'imagination des premiers poètes, tous les artifices de» sophibtes, des raisouueurs de mauvaise foi de tous les siècles et de tous les pays ; mais celle qui, prenant la vraie philosophie à sa naissance et dans Tacceptiou propre de son tilre primitif, la suit dans sa constante direction, au sein des méditations et des travaux divers des sages, qui tous, à partir du premier <c voulurent s'élever à la connaissance d'eux- M. mêmes et de Ut nature morale et cherchèrent dans la raison de 1 Uoiuine ce qu ils ne pouvaient plus

DtFEN^ DR LA PBIU^SOPHIB.

€ reeonnaf tro dans les croyances de la société. »

C'est M. de Bonald lui-même qui caractérise ainsi la philosophie première, et nous aimons à reconnais tré 1É fidélité et la précision de ce caractère, mais il ne faudra pas oublier sa détiuiûon quand nous parlerons des dissidences et des contradictions de la pbllosophie.

Socrateest le premier des sages qui « voulurent € s^éliever à la connaissance d'eux-mêmes et de la « BéUire morale » pour chercher an fond de la con science et de la raison ce qu'ils ne trouvaient ni dans IcÉ croyances puériles de la société, ni dans les ?ains systèmes des savants du siècle. Socrate sépara la science de l'homme intellectuel et moral de toutes les ^ «QtftÉ ayant des objets extérieurs ou étrangers à l*6dmiiie. Le premier il assigna à la philosophie son sujet propre; le premier il lui donna le titre qu'elle ptnMé'enèore aujourd'hui, titre tant diversifié et si malheureusement profané depuis son origine.

Avant Socrate et de son vivant, il y avait des politises, deà orateurs, des mathématiciens, des musiciens, des physiciens; il n'y avait point de philosophes. Anaxagoras lui-même, le disciple le plus hoâtfrablè de Pythagore, quoiqu'il fût le plus rap* proché de l'idée d im Dieu unique, par la manière même dont il s était élevé à la notion d'une cause prdbiitvé, en cherchant à expliquer par des hypothèses la manière dont elle a^il, AnaxaLroras était plutôt Qtt^ptt^icien systématique qu'un philosophe. Avant OèftMte, lès nombres et les mouvements, d'où l'on faisait naître et mourir les choses sensibles; la gran-

tn.

132 OPINIONS 0Ë M. DE BONÂIA

deup des astres, leur distance, leur cours; tels étaient les grands objets qui occupaient toutes les pensées des premières écoles gie( que8< Socrate l# preuiit i i ap|)ela la raison humaine, sous le nom de philosophie, des choses du ciel à celles de rhomme lui-même; il la fixa, comme dît Cîcéroo, dans les villes, les iiiaii>un.s, les familles, il on fit la science de la vie, des mœurs, celle du bien et du mal, des vertus et des vices. Refusant absolument le titre de philosophes à tous ceux qui ne tenaient qu'à pénétrer les secrets d*une nature étrangère, il voulut que ses discipless'appliquassentexclnsivement à se connaître et à perfectionner la nature en eux et dans les autres; et ceux qui se laissaient distraire de ce grand objet pour arracher à la nature étrangère des seci cls qu elle refuse à notre vaine curiosité, et dont la connaissance ne servirait pas à rendre Thomme plus sage, meilleur ou plus heureux, Socrate leur reluse expressément le titre de philosophes dans la propriété de Texpression qu*il avait lui-même consacrée. A plus forte raison rcliisait-il ce titre honorable aux sophistes auxquels il arracha le masque et qu'il combattit jusqu'au dernier moment de cette belle vie dévouée tout entière aux intérêts de la morale et de la * vraie science.

Hais il y avait une classe supérieure de savants qui entreprenaient de recueillir luules les cunuaissances diverses de leur temps, ce qui leur était d'aulant plus facile que chaque branche se trouvant encore assez limitée et n'ayant re<;u qu'une faible partiç de son développement, des esprits ordinaires pou-

DÉFENSE DE U PHILOfiOPlUE.

yaient les embrasser toutes et offrir au vulgaire le pbépf>fp<^njD <)*ui)6 epcyclopédie vivante. Aussi Tbistoire nous appreud-elle qu*il y en avait plusieurs de cette espèce avant Socrate.

Il ialtait un nom qui caractérisât ces hommes universels toujours prêts k disserter et à répondre comme à attaquer sur les iiiaticres les plus relevées. Quand le mot philosophe aurait été connu, il eût été trop modeste pour ces savants universels qui ne faisaient pas seulement profession d aimer et de chercher la sagesse ou la vraie science, mais qui prétendaient la posséder et s'ériger en professeurs publics de sagesse et de science. Âuasi se donnèrent-ils à eux-mêmes le nom de Sages par excellence, titre qui s'appliquait plus spécialement à ceux qui s'occupaient des choses du ciel, d'où ils planaient avec orgueil sur celles du monde, où la plupart ne cherchaient pas moins toutefois à occuper, la meilleure place. Aussi a-t-on pu dire* dans le sens le plus vrai et le plus étendu, que Socrate fit descendre la sagesse du ciel sur la terre, parce qu'il rabaissa l'orgueil des sophistes ou des prétendus sages, de toute la distance qui sépare le ciel et la terre, et qu'il rappela la pensée du dehors où elle s'égarait, à l'étude des choses qui sont le plus près de l'homme et avant tout de sa nature morale, de son priucipe, de ses moyens de sagesse ou de bonbetift de sa destination présente et future^ de ses es* pérances immortelles.

Socrate iixa donc à la vraie science de l'homme son objet propre* son but, ses instruments et ses

OnmONS DE IL DE BONAU).

moyens tous concentrés dans notre nature morale*

tous implicitement renfermés dans cette admirable parole de l'oracle de ia sagesse : nosce te ipsum. U employa sa vie entière k montrer la vanité de toutes les sciences qui, détournant Thomme de ce ^rand objet, enflent son esprit et son cœur plutôt qu elles ne le nourrissent, et servent à une sorte d'apparat théâtral plutôt qu au bon usage et à la fin même de la vie humaine.

Les sophistes se disaient les plus sages entre les hommes* et Socrate leur montre qu'ils en sont les plus insensés par Temploide leurs facultés, de leurs talents les plus supérieurs, par tous les efforts, toutes les peines qu'ils se donnent pour être réputés savantset sages, car toute b sagesse humaine consiste dans l'amour de la vérité, dans une recherche faite de bonne foi des moyens qui y conduisent* dans un désintéressement coiiipleL de la gloire ou de la vanité et des avantages matériels du savoir même. Or les sophistes* inspirés par le démon de Tor^eil, s*occupaient uniquemeut de i eOct plutôt que de la vérité de leurs opinions, et leur mauvaise foi était en proportion de l'habileté ou de l'adresse de leurs muvens déloyaux* ou des subtilités dialectiques qu'ils savaient employer pour soutenir des paradoxes. Ces prétendus sages professaient et pratiquaient une morale fondée sur ilntérét personnel. Pour eux la religion n'était qu'une invention humaine appropriée à la politique. La politique ou la science sociale ne se fondait que sur le droit du plus fort ou du plus adroit. Le beau, dans la nature physique, comme le

DÉFENSE DE LA PHILOSOPHIE. 125

bou et le vrai, daus la nature morale et intellectuelle, n'étaient que les qualités relatives aux sens et à l'ima' ginalion, et variaient comme les climats ou les dispositions de la sensibilité. De là le scepticisme^ le nihilisme môme, et tous les systèmes résultats né ressaires d'une sorte de doctrine funeste assez connue par rhistoire de ses destructions quV'lle appelle ses conquêtes. Les premiers sophistes laissèrent sans doute beaucoup à faire dans ce genre de conquêtes aux derniers venus : mais ils connaissaient déjà tous les principes de théorie. Quant aux moyens, les modernes sophistes auraient eu peu à apprendre aux premiers, la perfectibilité universelle paraît s'être appliquée aussi peu à la fiiusse qu'à la vraie philosophie ; si Ton en doute on n'a qu'à lire les dialogues de Platon, surtout le Théétlte et le Protagoras. .

Socrate, puisant à la vraie source des lumières, chercha la vérité en lui-même, de bonne foi et avec un cœur pur, et au fond de sa conscience il trouva, dans cette raison naturelle qui n'est pas le raisonnement, les vérités premières de la morale et de la religion; à la frivole incrédulité des sophistes il opposa l'unité du Dieu créateur, à la morale de l'intérêt, la morale du devoir, au droit du plus fort, les droits de la justice, à l'arbitraitre du législateur, les lois éternelles de la raison, à une doctrine fondée sur des passions variables ou des intérêts qui meurent, le dogme de l'immortalité dans toute son évidence et sa sublimité. Aussi Socrate arrache complètement le masque aux sophistes, les livre au ridicule et à la

IM

OfINIOKS DE M. DE BONALD.

risée du peuple qu'ils séduisaient avant lui, plaide contre eux jusqu'à la flu de sa vie la cause de la yérité et meurt victime de son dévouement à la philosophie qu'il avait instituée. Qui eût dit alors que le nom même de philosophie, inséparable dé céltti de son inventeur, et destiné à rappeler la gloire de Socrate et rkumiliation des sophistes» passerait à la sophistique elle-même, et offrant après tant de siècles l'exemple le plus frappant de cet abus des mots si Êimilier et si favorable aux sophistes» ne aérait plus qu*iin signe de réprul)aLion sous lequel de.s sophistes d'une autre espèce se plairaient à envelopper et à confondre les doctrines filles de Socrate et dignes de lui, avec celles de ses ennemis les plus acharnés, afin de discréditer et de flétrir sOus un mot commun la vraie philosophie confondue avec la sophistique, avec tout ce qui n'est pas elle, afin qu'elle portât les péchés du monde et devint l'objet des préventions et des haines des lionimes accoutumés à juger sur la parole ou d'après l'étiquette, les choses qu'ils ne peuvent comprendre et quit Seriît trop long d'examiner I Puisque du temps de Socrate ce nom de philosophe exprimait justement lè contraire du sophiste, du sceptique, de celui qui professe des opinions contraires à la morale» à la rehgion, à l'ordre essentiel des sociétés, pourquoi, prenant ce mot à contre sens, l'appliquer spécialement aux sophistes et outrager sous leur nom Técote entière de Socrate ? Puisque le même titre était rêfbsé aux poètes, aux physiciens» aux astronomes, aut naturalistes tf« professa, comme aux politiques» tut

DÉFENSE DE LA PUILOSOPIIIE. 121

orateurs, aux R)usiciens, etc., qui avaient cliacua leur dénomination propre, étrangère à ce que Socrate appela philosopliie, pourquoi transformer la valeur propre de ce mot en celle d'un terme universel qui embrasse tous ceux qui ont exploité à leur manière une portion du vaste champ des connaissances ? Demandez-le à l'auteur des Recherches phiiosophigues et il vous répondra, s'il est franc, que dans son projet de ruiner tous les produits de la raison de l'homme (cet homme fût-il Socrate), en montrant qu'elle ne fait que se contredire ou s'opposer sans cesse à elle-mcme, il lui importe de n'avoir qu'un mot pour exprimer tous ces produits les plus divers, les plus opposés réellement par leur nature ou leur objet ; que s'il y a eu et s'il y a encore de mauvais raisonneurs en morale , en politique, en physique même, s'il y a eu des hommes pleins de talents mais tout extérieurs, n'ayantjamais réfléchi, jamais senti Dieu et l'âme, qui s'appellent philosophes, parce qu'ils ont l'art de se passer de religion, il sera convenable et utile aux vues de l'auteur de pouvoir se servir du titre de mépris qu'il leur applique pour insulter et discréditer par le nom qu'il leur décerne, tous les hommes qui se servent de leur raison pour soutenir des opinions opposées à sa doctrine, afin d'être dispensé de les examiner au fond, dans l'espoir d'en dégoûter les autres. " , En se plaçant dans le point de vue du père de la philosophie pour apprécier le caractère, l'objet et le but de la science à laquelle ce nom fut d'abord spécialement dévolu, on trouve en effet si peu de rap-

OPINIONS DE Jl. DE fiONALa

port et tant tl'oppositioo entre cette philosophie et la sophistique, que de sages historiens n^ont pas hésité à exclure entièremeut les sophistes grecs antérieurs à Socrate« ou ses contemporains du tableau de Fhistoire des philosophes proprement dits. On peut voir à ce sujet les raisons du savant Brucker soutenant cette thèse contre Struvius qui en avait jugé aulrenit'ut (1).

Mais si les sophistes se trouvent justement exclus de l'histoire comme de la classe des philosophes* ou s lis ue sont appelés à y figurer que pour faire en quelque sorte Tombre du vrai tableau, que penser d'un auteur qui, affectant de prendre sans cesse Tombre pour le coi ps, se fonderait sur Tidentité de nom par lequel il lui plaît de les désigner pour charger la philosophie de toutes les taches, défauts et écarts de la sophistique? Ne serait-ce pas le comble de Tinjustice? Quelle raison peut-il y avoir de don«ner la plus gi ande plac^ dans la même histoire de la philosophie à ces personnages qui consacraient leurs talents ou leurs connaissances à exciter la curiosité, réveiller les passions ou satisiiaire l'imagination superstitieuse des premiers peuples encore enfhnts, qui prétendirent enseigner tout ce que Thonime doit ignorer à jamais, en le détournant de la seule science qui le touche de près, surtout des vertus de cette sn Liesse qui est seule la voie du bonheur, la véritable vie des peuples et des individus? En quoi tous ces poètes, orateurs, politiques, physiciens, natura-

(i) HiaarkÊ critîea phUos^hUê appendix, tome i, page 17.

1)ÊFCNS£ DE LA PiULOSOi>UiB. 129

listes, musiciens, etc.» qui avaient toute la vogue avant Socrate» avanl que le nom même de philosophie existât, appartiennent-ils à Thistoire de la philosophie? Si nous étions fidèles à la première définition de 4a philosophie, son histoire devrait être uniquement celle des sages.

On veut nous prouver d'après l'histoire la filiation exacte des idées de ces sages qui, à partir du premier de tous, ont « cherché à h Ylcvcr à la cuniiaissance d'eux-mêmes et de la nature morale^» en demandant h la raison, k la conscience intime de Thomme ce qui ne peut être trouvé que dans cette source, et voilà qu*on commence par nous initier à toutes les rêveries des Grecs sur les premiers principes des choses : lo feu, Tenu, la manière dont les dieux se sont engendrés, celle dont le monde a été formé ; plus tard on mêlera riiistoire des découvertes ou des progrès des sciences mathématiques et physiques ou naturelles, qui vont sans cesse en se perfectionnant, avec celle de l'homme et de la nature morale qui n*a jamais changé depuis Socrate jusqu a Descartes et Kant. Et quand on a ainsi tout lii uuillé, tout cou Ion du dans ce chaos qu'il plaît d'appeler histoire de la philosophie, on osera invoquer Vexpé" rience de cette prétendue histoire à l'appui des dissidences et des contradictions perpétuelles dont on prétend faire un signe universel de réprobation contre la philosophie et les philosophes^ cuuuae si la différence d'objets ou d'études pouvait être confondue avec l'opposition des doctrines siii un même sujet, coumie si 1 on pouvait s'autoriser de cette con>

opnaoïis DE M. DR BONAia

fusion d'idées ou de rsppUcatioD arbitraire d*uQ

terme géuéi al pour proscrire le genre en vue d'une telle espèce, comme si enfin on pouvait faire retomber sur la vraie philosophie l'anathème lancé contre toutes les fausses par le premier des philosophes.

Nous venons d indiquer le sophisme sur lequel roule presque uniquement le nouveau plaidoyer que M. de Bonald a donné contre la philosophie. Nous nous CIO vous dispensé de le suivre dans ses recherches historiques, étrangères, diaprés ce que Doos venons de dire, k une véritable histoire de la philo^ Sophie, en tant qu elle a pour objet la connaissauce de l'homme ou de la nature intellectuelle et morale. ISous nous bornerons à relever les points où sou exposition historique rentre dans le sujet en question. Nous avons à examiner ces points de fait : 1* si les dissideuces et les coutradictious des philosophes sont aussi réelles, aussi nombreuses qu'il le prétend; 2° si cette diversité des doctrines ou dc^s opinions, entendue comme elle doit Tètre, sans rien exagàer ni brouiller, est une plaie sociale aussi profonde que semble le croire l'auteur des Recherches philosophiçueê; 3* enûn si la vraie philosophie ne porte pas en elle-même et en elle seule le préservatil' ou le remède contre le mal.

Suivons : « Les systèmes les plus anciens de phU « losophie furent des genèses et des cosmogonies. La philosophie n*a fait ni genèses ni cosmogonies, ni théogonies. Elle nVxistatt pas même de nom, Iors> que des esprits aussi audacieux qu'aveuglés sur eux-

DÉFENSE DE LA. PUJLLOâOPIliE. 18i

mêmes et sur la portée de nos facultés naturelles, prétendirent expliquer ce qu'il nesi pas donné à la niëon de coâiprendre et que la foi seule peut enseigner. Quelque grande que fût la pénétration et la profondeur de son génie dans Tinvestigatiou et lexpiicatiofi dès faits de la nature physique, Anaxagore est repris par Socrate coninu; un so[)luste ordinaire, lor^u'il cherche à expliquer la formation de Tuni* ver», en reculant autant qu'il le peut l'action de la cause créatrice, dont son esprit philosophique lui faisait pressentir la nécessité, et dont il indiquait pliitôt qu'il ne démontrait l'existence (1) : vérité première qu'il était réservé au père de la philosophie de mettre dans tout son jour, après Tavoir puisse k sa véritable source*

<i Socrale trouva dans he^ inéditalions, ou peut- € éire dans les livres des Hébreux déjà répandus é eù Orient, les notions des vérités importantes dont « la philosophie cherche depuis si longtemps les € preuves, Le doute sur la vraie source ofa le père de là philosophie puisa les notions des premières vérités religieuses et morales dont il s'agit, est beaumoins important qu'on ne le croirait d'abord. Sf '^ratene trouva ces notions qu*en lui-même, et par celte sorte de révélation intérieure que nous âtOlià distmguée, il faut bien reconnaître que c'est la une Véritable source de lumière placée par Dieu au fond de Tàme même, ahn qu elle éclairât sur les pffttlièired vérités de la religion et de la morale, tous

(l) Staplèr. De Socrate^ page 60.

i32 OPINIONS D£ II. D£ fiONALD.

les houilues qui n'oot pas pu entendre ou recueillir sa parole même. M. de Bonald reconnaît donc ici que l'autorité de révideoce qui éclaire tous les hommes, supplée heureusement et peut entièrement remplacer révidence de rautorité qui ne parle ou ne comniande qu'à quelques-uns; et il nous fournît lui-même un exemple de Taccord que nous avons remarqué entre les deux révélations, Texterne et Tinterne. Que si Socrate trouva dans les livres des Hébreux les vérités premières dont il s*agit, cetté découverte ne fut encore pour lui qu'une occasion pour en reconnaître et en constater révidence en lui*mème, dans des faits de sens intime ou dans des idées dont le germe était dans son àme. Ainsi, pour les reconnaître et les proclamer k titre de vérités, et avec le sentimeiii d une entière et profonde conviction, il n'eut besoin que des lumières d'une révélation intérieure, sans laquelle les lettres révélées de rÉci iiure eussent été mortes et sans valeur pour son esprit

Remarquons bien que ce n'est pas l;i vraie philosophie, celle de Socrate, première de nom et de fait, « qui cherche depuis si longtemps les preuves des premières vérités, » des premiers faits, car la lumière intérieure ne se prouve pas plus que Textérieure. Les sophistes, les sceptiques seuls demandaient que le raisonnement prouvât les données premières ou les conditions mêmes de toute raison. Malheur à ceux qui ont besoin qu'on leur démontre autrement que par les faits de sens intime, lactivité de Tâme et Texistence de la cause première I Dès

DÉFENSE DE LA miLOSOPUIE.

qu'ils repoussenl, aulaut qa*il est en eux» Tautorité ioiérieure qui leur fait la loi , aucune autorité plus

certaine, plus évidenle ne parlera du dehors à leur àiBe et ne pourra s'en faire entendre. C'est ainsi que fentendait le père de la philosophie, lorsqu'il recommandait si expressément à ses diseiples de s'attacher à reconnaître les faits de la Providence , au liuu de rechercher curieusement et hieii vainement la manière dont elle agit, de s'attaclier aux effets de la cause bien évidente par elle-même, au lieu de chercher à pénétrer daus son essence, aux résultats des premiers principes, au lieu de faire de -vains efforts pour prouver ce qui n*a pas besoin de preuves.

Cette philosophie ne s'est pas perdue, ni même altérée dans la succession des âges, à travers toutes les distances de tenips et de lieux. Nous la retrouvons pure et perfectionnée encore en théorie dans les écoles modernes, dont la morale sublime nous offre tous les traits d'une honorable filiation, avec la preuve vivante d'une constante et heureuse ynifcirmité dans les principes de cette vraie philosophie qu'on accuse de tant de dissidences el de mobilité.

€ Socrate qui fit descendre la morale du ciel , € Taurait sans doute anermie sur la terre, si le gé- € nie d'un homme quel qu'il soit pouvait être une 4( autorité pour l'homme et une garantie pour la « société. » Non, sans doute, le génie d'un homme quai qu'il soit n'a pas sur l'homme une autorité propre et durable. L esprit humain esl indépendant par

m OPINIOiNS DE M. DE BONAU).

essence : chacun suit sa lumière; mais la même lumière luil pour tous, et la raisoa n'obéit qu'à la rai- 80tt qu'elle entend » et non point à la bouche qui l'iiiiiionce ou a la jjaiultj^jui rcxju iiiic. Le génie qui . proclame les premières Térités morales, f unité d'un Dieu créateur, conservateur et rémunérateur, et Fim^ mortalité de tamc, ne fait pas lutrcr dans l'âme tits idées nouvelles ; il lui montre distinctement ce qui était en elle obscurément , il déveIo])pe ce qui était en ^ei'ine. Ce n'est pas la vv*ix, la jiarole extérieure, de quelque poids qu'elle puisse être, qui fait Tauto* rilé, mais bien la voix intérieure éveillée et répon^ iiaiit I iHiiine récho. Les signes des premières ventés entendus, transmis, n'ont qu'une fonction excitative de Tesprit qui les reçoit ; ils n'apportent point Tesprit avec eux, rii en eux. Lclairé lui-iueme par

une raison plus élevée ou plus hâtive dans sa marche, rhomme ne croit jamais véritablement qu'à sa

pru[ne raibuu.

Chose surprenante I la parole de Dieu même, révélant à l'homme les premières vérités morales, ne

larde pas à s ^ill* k r aulaiiL j ai les passions que par Téloignement des temps et la dispersion des peuples. Lorsque des traditions j^rossières Vont déguisée, traustormée ou rendue ineconiiaissable, il faut que les sages qui veulent s élever à la connaissance d'euxmêmes et de la nature morale redemandent à ia t ajsou ce qu'ils ne peuvent plus reconnaître dans les croyances de la société, consultant la voix intérieure sur ce <jue ne peut plus leur apprendrt: une révélation extérieure deiigurée. Cette raison, cette voix in-

DiFfiiSB as u paiLûsopms. m

térieure leur répond clairemeot; elle seule rétablit le te^to aacré qui n'aurait pu conserver la pureté et

révîdence primitive que par la (ontinuitôdu même mir^icle ^ui le produisit ; elle supplée même ce texte pour les sages qui n*ont jamais pu le connaître, elle pal le à tous le même langage, les éclaire luus de la même lumière; et si» comme la langue sacrée, elle est susceptible d'être momentanément ohsiurcie par les pasâiûus, il uc Tmii du moins aucun secours étranger, aucun miracle pour lui rendre son évidence.; elle ne [)eut s'altérei' ni se peidre par la dispersion des peuples, ni par toutes les diirérences de climats, de langage, de siècles, de croyances accessoires gui empêchent les sages répandus sur t ijtc la surface de la terre de communiquer ou de s'entendre. Comment ne j)as reconnaîtie là It» caractère d'uiu* autorité absolue, universelle, immuable? où le trouver si ce n^est dans cette source? Comment cette ^araatie iulaiiliijle de vérité que trouve en Iui-uk ih* chaque homme participant à la raison universelle

[roHonUparticeps] (1) ne serait-elle pas la première garantie de la coUectiua des êtres raisonnables ou de la société?

Quelque éminent que fût le génie de Socrate, ce n'est donc pas lui seul qui pouvait allérmir sur la terre le rèf^ne de la philosophie qu*il y avait fait descendre. Le liambeau excité ou ôté de dessous le boisseau, et non point allumé ou créé par ce génie, a lui et luira toujours pour les esprits qui ne voudront

(1) ÇiQ^ Dw Ofciis.

OPINIOI» DE II. DE BONAia

pas a*en détourner. Non, la philosophie de Socrate ne saurait mourir; et les âmes élevées k sa hantenr peuvent encore, en partant de la source, en suivre les traces lumineuses dans la marche des siècles, et jusque dans les ténèbres de la barbarie, pour la re* trouver encore vivante dans une école moderne où la philosophie morale de Socrate brille d*une lumière toute nouvelle, que d'autres sophistes cherchent à étouÛ'er, et que les aveugles volontaires ne peuvent voir.

La doctrine de Socrate nous a été transmise immédiatement par deux de ses disciples dont F un, Xénophon, Ta seul conservée pure, et Tautre, Platon, la systématisa, en la mélangeant avec hicn des idées hétérogènes.

L'auteur des Recherches phihsophiçues, qui con* teste toujours à Tesprit liomain son indépendance de droit, et ne reconnaît comme autorité iixe, malgré la raison et rexpérience contraire, qu'une révélation extérieure, croit trop peut-être à la nécessité des emprunts faits par les premiers philosophes à des auto* rités étrangères. Que Platon ait mêlé aux opinions de Socrate quelques-unes de celles de Pythagore, qu'il ait recouru soit aux lumières des prêtres de Memphis, soit à celles plus élevées encore des livres juifs, nous laissons aux érudits le soin d'éclaircir le fait. Ce que nous concevons bien, c'est que Platon dtil puiser abondamment à la même source que Socrate, et après lui, au fond des vérités premières, qui est comme le patrimoine commun de tous les esprits raisonnables; tandis que d'un autre côté,

DÉFENSE DE LA PHILOSOPHIE

celte imaginalioo si léconde, si riche de poésie, a pu lui ÎDspirer comme aax premiers poètes, précepteurs des peuples enfants, une foule d'idées, d'opinions étrangères à la doctrine du maître et au domaine de to philosophie proprement dite ou de Tétude de l'homme intellectuel et moral, que ce sage avait considérée comme la première et la seule vraie science.

Si la philosophie se trouvait circonscrite dans le duuiaiiie propre que lui assigne son premier auteur, la place qu'occuperait Aristote dans son histoire serait d*autant plus petite que celle qu'il remplit dans i iiibluire des sciences en général est grande. Législateur de toutes les connaissances humaines, grand observateur des choses, analyste supérieur des formes, ce qu'il observa et connut le moins, ce lurent k^loi» intérieures de l'esprit et du cœur de l'homme; il. désapprit, pour ainsi dire, la philosophie de Soccate. et l'exila de nouveau hors de riiomme et de ki.paUir0 morale pour l'attacher aux objets de la nature physique, à tout ce ({ui n'est pas Thomme. Si Sçic^ate eût été le contemporain d'Ansiote, il i aura|(i peut-être classé parmi ces sophistes, si universels par les connaissances et les talents-, si forts dans Fart de la dispute, et qui maniaient si bien l'arme déi}^ dialectique pratique, avant même qu'Anstote eu donnât la théorie et en rédigeât le code. Et ce maitjç^^g^i rayait du tableau de ses disciples les orateiM* les physiciens, tous ceux qui couraient après Téclat, la science qui enfle, en négligeant la vraie l^ijjpâÈi^e,, celui qui n'accordait pas le titre de philo* ^II^^OQ^^ de sage au maître de Périclês, pour s'être

i3i OPINIONS DE M. DK BONALa

perdu dans la recherche des causes Becoûdes et TeX^ plioatioD de leur manière d'a^ri ao lieu de a'élevef à celte Providence qui a tout réglé avec poids et meaoro» de obercher à coaoaitre aee vues et aee fil» dans la aatore tnorale surtout, ôù elles peuvent se manifester au cœur de Thomme, le père de la phiiode-* phie, dis^jet aurait bien refusé au chef du péripati-

tisnie une honorable adoption.

Parlerons-nous de la troisième école grecque, la stoïcienne, si diffue de respect et d'admiration pouf sa partie morale, qui mérita seule, mais si parfaitement« le titre de philosophie, tandis que la partie spéculative tout entière, sophistique ou sceptique, n'ayant aucune base dans les laits de Tâme, ne se soutenait que par les vains artifices d^une dialectique

;âppliquée hors de ses limites aux principes iiif ines OU premières données de la raison humaine? Ainsi Zénon sembla vouloir justifier la dectrit^edti premier uuulre en offrant dans sa métaphysique uu exemple de plus de la vanité et des illusions des systèmes, et

dans sa philosophie pratique, la source vraie et unique où rhomme puise les lumières. Il donna la preuve la i)lus éclatante de la réalité du savoir et du pouvoir de Thouime dans les limites de sa nature, dans la sphère propre de son activité, de sa liberté lnté~> rieure et de sa conscience, où il trouve primitivement renfermées toutes les données de la science, tous les moyens de sagesse.

Nous pourrons voir iuenlôt la philuî^opliie Socratique justifiée de la- même manière dans une de noê plus modernes éeoM de philosophie sous le double

DÉFENSE DE LA PHILOSOPHIE

point de vue de métaphysique nAgntive ou sceptique, et d une morale positive, invariable dans ses dogmes, certaioe et absolument évidente dand sa pratique.

De ce coup d*œil rapide et superficiel sur les premières écoles grecques, nous pourrions tirer, si nous Vosions, une conclusion mieux mulivée peut-être que celle de Tauteur des Recherches philosophiques qui passe encore plus légèrement que nous sur ces pre* miers systèmes , quoiqu'il les regarde coin nie la source de tous les autres. « Sur Texistence de la 4i première cause et le principe des connaissances ^ humaines, » dit-il en terminant Ce qui regarde les premiers systèmes grecs, a les philosophes anciens « flottèrent toujours entre Tîntelligence suprême et 4( la matière éternelle» comme en treTesprit de riiom- <i me et ses sens, tantôt mêlant quelque chose de ma- « Icriel à la divinité, tantôt quelque chose d'intelli- « gent à la matière,

Je réponds en concluant au contraire que les phi* losophes proprement dits, à partir de Torigine jusqu*à nous, n'ont Jamais flotté entre les attributs propres de rintelligcnce et de la matière, de Tespi it et des sens, dont la distinction bien faite et bien observée est le premier objet et le vrai critérium de toute philosophie.

Les idéalistes sont ceux qui partent du moi^ ou des faits primitif de la conscience et du sens intime; et, en déduisant ou en raisonnant par analogie avec ce sujet, ils sont arrivés nécessairement à des causes àpirituetlés et ii rintelligcnce suprême qui se révèle

m OPINIONS DK IL DE BONAUX

à rhomme intérieur avec une évidence supérieure [certissima seientia) ; telle a été la marche de Platon

et de son école.

Les naturalistes ou physiciens, fabricateurs d'hypothèses cosmogônîques, partent de l'objet ou de la

matière telle i^u tUf 5 uili t* |)aeaunit'iiii|ueiiieiil à l'imagination et au sens qui ne jugent pas ; et, raisonnant par induction de ses premiers phénomènes sen. Mbles, ils adnK'ttfiit la niatièie éleruelle saus liûlLer entre elle et l'esprit qu'ils ne peuvent pas même concevoir, c'est-à-dire imaginer. Tels ont été les premiers aulciu's des s) blêmes cosiiiu^uniques ou physiques : Thalès, . Anaximène, Démocrite» Uéraclite, • et plus tard [l))icure et Lucrèce, qu'on ne saurait en aiu uuciuauière appeler piiiiosuphci>, taiitqu iis u uut fait qu'imaginer ou rêver sur la nature extérieure et les premiers principes des choses. Ceux qui ont ob^ei ve les |>héuoineiJes seusibies, (jui ont étudié profondément ou exposé les lois et expliqué les causes secondes sans monter plushant, en laissant de côlé ou reruant même la cause preniii i e iiUeiiigeiUe et les lois de notre nature morale qui s'y rapportent comme à leur principe et à leur' fin, ceux enliii qui fout « iJieu de la matière, et 1 âme de Tbomme de ses organes, n'ont jamais compté et n'auront jamais liUii; panni les pliiloso[)lH'S.

Une autre conclusion que l'histoire de ces premières écoles fournit à M. de Bonald, et que nous piciulrons aussi la liber té de eoniieilin , c t.^t l'application qir'il prétend faire à Tàge actuel de la philosophie, de rhistoire de son premier âge. Le savant

DtFEMSE D8 Lk PHILOfiOPHIE. m

historieD, sur Tautorité duquel s'appuie l'auteur des nouvelles recherches, a dit avec peu d'exactitude et par un abus du mot philosupljie, que drjh du temps de Socrate « la réforme était devenue nécessaire; » que « toutes les idées étaient confondues, » etc. Sur quoi M. de Bonald fait la remarque plus satirique que juste pour son siècle : « qu'en changeant les « dates y ce tableau nous conviendrait parfaite- « ment. »

Mais» quelle analogie peut-on établir entre une

époque où la vraie [)liiloso|)hie n'existait pas môme de nom, et celle où tous les points de vue sous lesquels la nature intellectuelle et morale peut être saisie, conçue en spéculation et étudiée dans la pratique, se sont successivement présentés aux philosophes qui, depuis Soerate, ont pris pour sujet d'étude Ihojnme, le sujet pensant lui-même, et se trouvent en quelque sorte épuisés à tel point qu'un nouveau système semble devenu impossible, comme le dit plus bas l'auteur lui-même, et sans doute avec un peu de témérité?

Non, ce ne fat pas la philosophie, mais Tesprit humain lui-aiéme que Socrate voulut réformer, en créant 4a vraie philosophie* ou en lui assignant son objet propre et séparé, pris dans Tintimité de la conscience de l'agent moral. Il fallait montrer et ouvrir la voie méconnue de la vraie sagesse, de la vraie science, en rétablissant le crédit de cet oracle oublié : nosce te ipsum. Aujourd hui toutes le^ routes^ âont ouvertes et bien frayées; toutes les vastes mers de noire monde inlérieui uut été parcourues et explo-

iA3 omum ng u, m ibovau).

ré66 dans tous les sens. Peut-être que» toucUaot au pôle, la boussole ordinaire ne bou^e plus, et qu'il faui ou revenir ^ur pasi ou en faire dtî nouveaux en avant pour trouver le vrai méridien sous lequel

il iaut se diriger pour gagner le port du repos, peulêU*e, pour parler sans métaphore, ce n'est plus sur Fesprit, mais sur le caractère, qui n'est plus en nip** port avec Tesprit, que devrait porter une réiorwei âi elle pouvait avoir lieu. Ce n'est pas la science qui manque aux iioiiimes craujourd iiui, mais plutôt les hommes qui manquent k la science.

Rien ne se ressemble entre les deux époques oom* pareei>. ^uand il s agit de 1 aueienne Grèce et de ce premier âge des sciences où un seul homme» suivant la culture de son esprit, pouvait embrasser, comme dans une encyclopédie intornic, ce ijui était connu de son temps, et s'attirer l'admiration du vulgasre« sous le titre dégage, dedcviu, d'interprète desdieux., on peut savoir à peu près ce qu'on veut dire en par* lant de la doctrine de tel siècle ou de tel pays oh se remarquait quelque lumière, vraie ou iausse, au milieu des ténèbres qui couvraient tout le reste» Le ta-

hicdu cité donne donc une idée piu^ ou moins eXticU de la philosophie en Grèce à l epoque dont il s'agit* Hais que peuUon entendre quand ou parle dans les mômes termes de ia philosophie du dernier âge? Je ne parle pas de l'abus du mot philosophie, appliqué aux systèmes les plus divers, ou ayant un tout autre objet que la nature uiteiiectuelle et morale de Vh^mme; mais en prenant notre monde actuel savant ou civUi^é comuic 1 Uisioacu det> tiybtèmes a consid^ve

la Grèce» y upe philosophie européenne à laquelle puisse s'appliquer le tableau de la philosophie grecque avant Sociale? Non sans doute; et M. de AeoeU en fera ailleurs la remarque expresse*

quand il s'a^ii a *ie prouver le désaccord constant cl UOÎJi^tifael des pUUosophesde tous les temps et de iuu& lis p^ys. Doue on ne pourrait savoir ce qu'on dit, ni de quoi l'un parle, en préicuiiaiiL que la pUilu^upliie du d#ijQier âge m est dépourvue à la fois de certi- € t9tde4ens ses maximes, d'utilité dans ses résultats,

« de dignitc d^m^ bOii caractère. » De tjui^lle pUiloMi-

phie e'agit4l en effet? Mstrce de celle de Condillac ou 4% Rdid, qui paraissent aujourd'hui se partager nos é^les en France; celle de i ecule écossaise lullaMl eVRieut en Angleterre aveo bien de la peine eonire l'ifidiirérentisme général pour toutes les doctrines &pjuLul<iUva&« i:*si^ la pkilosopine lie i^aui ei tous 1» 4im$ systèmes qu'elle a engendrés en Allemagne, où il n'y eut jamais autant d'écoles et de doc- 4i»nes diverses? Feut-on dire égalemeui de toutes Ml^philosephies qu'elles manquent de certitude dans les |>iiacipe8, d'utilité «laiis les résultais, de dignité dans le caractère? L'anatiième laucé contre l'une 4|'atiee loue quelqu'un de ces rapports, n'estril pas il la (Jc liarge de i autre, ou ne faiL-il pas même indiieeleiiuent sou apologie / Si i on dit, par exemple, que Jft(fhiiesopbie des sensations et la morale des intérêts niauquciii a la luis de ccrtilucie, d uùiité et suriliMlide dignité, le dîra-tron également de la philosopliie morale, ou de la raison pratique de Kent, ée( iÈMù juprak sublime iouiièe sur la couscicucc

Ul OPINIONS DE M. DE BONALD.

du moi't la liberté du mai et Tabsolu du devoir?

Nous livrons ces questions à la philosophie, c'està-dire à la justice et à la boone foi du savant auteur des Recherches philasnpfiù/ nés. En attendant sa réponse, ea voici une qu'il uuus Tournit lui-même assez à propos, et qu'il aurait sagement fait de bien méditer avant de lancer son ari èt de proscription en masse contre la philosophie : c est avec d autres noms la même que fit autrefois saint Clément d'Alexandrie a cifî> bccpLiqueb ijui niant, avec toute plièlu.Mi^'iiic, lei bases mêmes de la raison, menaçaient d'entraîner dans la même ruine la vraie religion et la foi. Disons à notre tour à Và^e où nous sommes parvenus : ce qu'il faut appeler philosophie n*est pas celle de Descartes, de Lcibnilz, de lieid, de Locke, deCondillac, de Kant, a mais le choix formé de ce que chacune a de ces doctrines contient de vrai, de favorable am « mœurs, de coiilorme àla religion, ^ cai vuilà le véritable éclectisme qui nous convient aujourd'hui, le vrai moyen de reforme apprnpric à noire â^^e, la vraie philosophie appelée aujourd hui, comme du temps de Socrate, à réformer Thomme plutôt qu*à se réformer elle-uiêau*. r,(» moyen de lét'orme est n inslranchaul mais plus etïicace pour fermer la plaie de ropposition des systèmes que la dénéûfation ou la fin de nonrecrvoir opposée à tous les systèmes i\v j)iiHosophie sur la simple étiquette, sans examen du fond, et par le seul nmlif (pTon m.' peul se prévaloir <l'nne auto- - rilé autre que la raison et supérieure à la raison oo à . la conscience même.

Le Père de 1 Église dont uous souuiies mieux ibu-

nftFKNSB DE LA PHILOSOPHIE.

iie que M. deBonald à invoquer ici le témoiguage, éclairé par une double révélation, comprit admirablement qu'il y a un fond de vérité commun a toute» les doctrines qui ont Thorome et la nature morale pour objet; que c'est là la vraie philosophie; que ces vérités premières qui se trouvent plus ou moins purement contenues dans chaque système en comtitaent toute la partie philosophique, laquelle une fois séparée des éléments hétérogènes ou accessoîfes se trouve constamment identique ou égale à ell^-mèmede quelque doctrine qu'elle soit extraite, comme il y a identité dans la matière sucrée extraite de diverses plantes. La philosophie ainsi considérée, ayant sa base dans la nature humaine, ne peut différer de la religion universelle ni par la source d'où eUe émane, qui est nécessairement Dieu, auteur de la nature humaine, ni par la base sur laquelle elle se fonde : Tune et l'autre viennenl de Dieu; elles ont été révélées à l'homme par lui.

■ M. de Bonakl aj)prouve l'éclectisme de saint ClétUGtàJi^ quoiqu'il soit vraiment philosophique, fondé éar ee « qu'il ne faisait que rallier des vérités épar» 4( ses et jsai ûculièrcs, â une doctrine toute formée, «à un système général de vérités, et rapprocher « àiDStles conséquences de leurs principes. » Hais de quelle doctrine, de quel système de vérités s agit-il? dsi celles qtit se fondent sur la révélation intérieure et que lout homme trouve en lui-mèmeT Nous sommes d'accord, et la doctnne de Socrate nous a prou- «é^tt n'était pas impossible à l'homme de s'élever M^lleidoetrine, à ce système de vérités que le divin

fondu tcur du christiaûismea repn sinitù épuré, a(^ndïf ixou pQÎui détruit gu ctiaii|(é au ibad. S a^it-U d*un système de véritis donné k une eerteine elasie

d'hommes choisis ou privilégiés de Dieu? Nous somme» bieu liors de la philosophie, meie li lee vérités éparees tirées du stoïcisme, du socrattsme eldu plsr tonisme ont pu venir hu i al lier à cette doctrine révélée» il fallait hiei^ qu'il y eût analogie parfiûte avec celle qui se fonde sur la nature mémb de rhorom, et comme une harmonie préétahlie entre les doux vélations e^^térieure et intérieure. Autrement les idées ou les sentiments qui constituent celle-ti n^auraient pu i>e rattacher aux faits surnaturels ou aux signes divins qui composent celle-lài» comme les con* séquences se rattachent aux principes ou les effets aux causer, ce qui nous ramène au parallélisme outre les deux sortes de révélations et k Tidentité de sourea« d'objet et de fin que nous avons précédemment reconnue.

Gela nous explique comment les premiers docteurs

du chi iiïLianisme purent coiicilier avec leurs dogmes plusieurs points fondamentaux de la doctrine de Socrate, et le mélange qui se fit dans Técole» du platonisme avec le christianisme, ce qui fait le caractère de la philosophie du moyen*àge.

M H. de Bonald reconnaît lui-même que les idées « de Platon se rapprochaient de quelques vérités « fondamentales de la religion chrétienne* comme le « stoïcisme, de sa morale sévère. )i Or comme on ne saurait établir, quoique l'auteur cherche à Tinsinuer sous forme de doute* que ^crate et ses disciples

DÉFENSE DE hJL PHILOSOPHIE. U7

eus^ot emprunté leur docM'iue murale des livres juifs, et comme Tauteur avoui» lui-même « que Pla- ^ ton n*avait trouvé que dans son génie etZénon, dans € sou caractère, les vérités aualoj^'ues aux dogmes ou « aux pratiques €pxe\2inauveUe philosophie [I) venait « çQseigQer, prescrire ou conseiller. » Nous pourrions terminer ici nos observations sur l*histoirc de la philosophie, et conclure des propres aveux de notre auteur, au sujet des doctrines anciennes qu il passe en revue exprès pour faire ressortir leurs oppositions et leurs divergences, que ces rapprochements prouvent au contraire que toutes ces doctrines, entant qu'elles peuvent justifier leur titre, présentent un adiniraiiie accord de principe, d'objet, de moyens et de fin ; qu*à partir de Socrate il y a même plus qu'analogie entre le fond des premières vérités qui font la base de ces doctriues, et que, roinnie il n y a qu'une vraie religion, malgré toute la divei"sité des sectes, des couim unions, des dogmes et des rites propres, crus ou pratiqués en divers pays, il ny a de même qu une vraie philosophie morale et mteliectueiie malgré la diversité des systèmes philosophiques. Nous pourrons conclure enfin que Tatilorité de C évidence a pour le moins autant de pouvoir pour maintenir Tunité de doctrine fondamentale en philosophie, que l'évidence de {^autorité pour

(1) O'ik' cxprcssidn ost ln>n rrinaifiii-^îili^ (îiiantl il s'n'jif rie la religion clirrtipnnceU'Ilf rciilri' pariai Icnu'iil dans nos principes. Pourquoi ue dii ail mi [las en elVet, dans le sens le plus eniinenl du met, 1(1 -fifulosophit (Ir Ji'sus-Cfn isf ou des tvanj;ile>. comnii' on dit la I liit(i>(ijil»ip deSdctait'? Mais (|ne deviendrait aloi à i uualiieiJiti

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