OPINIONS DE H. DE BONAUX
maintenir Tunité de doctrine religieuse; que les deux *
sortes de pouvoirs teiideiit réellement au inème but, par des moyens qui sont distincts sans être séparée, même aux yeux de l'homme, et qui s identifient peut* ètie ou se coatoudent aux yeux de Dieu.
Le parallèle que nous avons en vue d'établir entre les deux sortes de moyens, interne ou externe, naturel ou surnaturel, dont Dieu a pu se servir pour révéler à Tâme humaine les premières vérités de la morale et de la religion, se trouve ressortir de Taccord même, historiquement vérifié entre les premiers dogmes des nations éclairées par Dieu, et ceux des premiers sages qui avaient trouvé dans les inspirations de la conscience et de la raison les mêmes vérités que Dieu avait fait entendre à sou peuple choisi, en lui parlant de sa propre voix ou par celle de ses prophètes.
Nous concevons maintenant comment Dieu a pu permettre le mélange de la doctrine sacrée qu'il avait donnée immédiatement, avec une philosophie qui pour être dite profane, n*en venait pas moins de la même source, seulement par une autre voie et par une autre inspiration. Nous concevons euiin comment il a pu arriver dans Tordre de la Providence que la « philosophie platonicienne ait dominé presse que exclusivement dans la première «coie chrétien- « ne jusqu^au temps de Tinondation des Barbares, M et du Louleveisemeiit général qui la suivit,
Dans Textinction de toutes les lumières, la religion qui ne nieurt point dut jjréserver sans doute d'une destruction complète la philosophie avec qui
DÉPENSE DB LA PHILOSOPHIE. W
elle avait contracté une si étroite alliance dans la première école chrétienne. Hais quand tout aurait péri,
quauci les iiionuments, les langues, les écritures et toutes les traditions auraient été anéantis, tant qu'il serait resté des hommes sur la terre, les germes des premières vérités morales et religieuses subsisiant au fond des âmes, pouvjiient être encore fécondés par le concours naturel de nouvelles circonstances sociales, sous rintluence du ^énie d'un nouveau 5ucratc» d'un autre Platon. C était par là que la philosophie pouvait encore se relever par sos propres moyens, c'eat-ànlire par ceux que Dieu a donnés à Tliomuie eu le créant, tout aussi bien que par de nouveaux miracles, par une autre révélation, ou par le don répété des IfiUigues et des écritures. La lumière une fois créée ne s'éteint plus, quoiqu'elle soit sujette à s*écîipser ct à disparaître aux rogauls des hoiiunes; il suâit d'ôter les obstacles qui interceptent ses rayons,' et les ténèbres disparaissent, sans que Dieu ait besoin de repéter sa parole créatrice : fiai lux. Les esprits déchus, ou tombés d'une certaine hauteur de connaissance, ont encore la tendance k remonter; ils ne sont pas table rase, ou comme s ils partaient de l'ignorance absolue; de même que les aveugles par accident ne sont pas comme les aveugles-nés qui verraient pour la première ibis et sans la chercher, une lumière inconnue.
Cela seul nous explique pourquoi la première restauration des études en Occident suivit un ordre inverse de celui des progrès naturels de Tesprit humain, et commença par où la science humaine a cou-
150 OPimONS DE M, DK BONALD.
tume de finir, par Férudition et les subtilités de la dialectique, pourquoi aussi des <i esprits incultes « (ou plutôt déchus d'un état avancé de culture) t « n'avaiit pas même dans leur langue à deuii-for- « mée d'instruments suffisants de la pensée, devina rent subtils avec Aristote, plutôt qu'ils n'auraient <( été éloquents avec Platon. >r
Certainement ce n'était pas des vaines disputes du péripatétisme, de ses questions abstraites et oiseuses, si propres à détourner ou à dissiper l'homme intérieur, à l'aveugler sur Jtti-mème, que la vraie philosophie pouvait se relever; et nous aboutloiis entièrement dans le sens de l'auteur des Recherches^ lorsqu^I déplore cette époque d'égarement de resprit* où les règles mécaniques de l'art de raisonner tenaient lieu de raison, où l'on croyait trouver dans les universaux et les catégories, T universalité des connaissances humaines, et l'omniscience toute formée. Mais au lieu de blâmer cette fausse direction des esprits, il faudrait la regarder, au contraire, comme la seule bonne, si le don des langues, (ou ce qui est la même chose, celui des formes appelées les uuiversaux, les catégories) emportait celui des idées ou notions toutes faites; que celles-ci se trouvassent nécessairement et matériellement exprimées dans les signes parlés ou écrits révélés de Dieu ; enfin que le langage (Ht Thomme tout entier, et que la parole renfermât tous les secrets de la pensée.
Il ne faudrait peut-être pas non plus sacrifier la vérité des faits historiques au désir de faire triompher line ôpinioD, en affirmant envers et contre tous, que
DÉPENSÉ Dî LA PlIÎLOSCniîP. !51
êouê h domination exclusive du péripatétismc, lorsque la dialectique offrait un arsenal toujours ouvert aux combattants de tous les genres, et sous les étendards les plus opposés, « il y avait uniformité de doctrines, a sur les points importants, et unité de scntiuients, » que les combats que se livraient les docteurs, de différentes universités, de diverses nations, n'étaient que simulés; et ^ qu'ils faisaient assaut d'arguments a plutôt qu'ils ne luttaient d'opinions. » On conçoit aisément ce dernier point, si les docteurs n'avaient pas d'opinion ou d'idée sur ce dont ils disputaient, ce qu'il est naturel de présumer, comme il an'ivc entre gens a qui les règles mécaniques de l'art de raisonner tiennent lieu de raison. Mais en quoi pouvait consister l'uniformité de doctrines, et surtout l'unité de sentiments? Dans un temps où la philosophie entièrement confondue avec la théologie, n'était pas encore devenue ce qu'elle fut plus tard, pour son malheur, selon M. de Ronald, une étude profane, par quel miracle des philosophes théologiens, sans cesse armés pour le combat, et ayant sous les yeux une arène toujours ouverte, avaient-ils si bien tracé cette ligne de démarcation toujours si délicate, toujours si difficile k observer, entre les points de doctrine livrés aux disputes des hoiiinies, et ceux que l'autorité rérélèe décidait sans interprétation? .Vinsi, une fois du moins, la paix et le bon accord auraient régné entre les philosophes et les théologiens! Dieu sans doute put faire ce miracle, mais moins l'époque paraît en être digne, plus le miracle est extraordinaire, plus aussi il a besoin d'être attesté par une autorité
152 OPINION D£ M. DE fiO.NALa
impartiale, puisqu'il n*est pas lui-inéme un artide de foi.
Quoi qu'il en soit, le mira(;le avait bien au moins cessé eotièrement à l époque de la réformatioû, époque si remarquahle de l'histoire de Tesprit humain aspirant à rintlepeudance, à raûrancliisscaient de toute autorité, lorsque le champ des disputes sérieuses passa de la métaphysique à la relijîion, et envahit le domaine de la foi qui se trouva ainsi ouvert de toutes parts. Peut-être eût-il dû être fermé plutôt par un mur de séparalloa qui ie distinguât de celui de la philosophie, au risque de faire de celle-ci une étude profane? Peut-être que malgré la prétendue uniformité de doctrines et 1 unité de sentiments, il y avait déjà plus que de petites guerres et des combats simules, entre les doi teurs tles diflérentes universités qui faisaient assaut d'arguments sur les points où ils n'osaient pas encore avoir ou manifester des opiuiuns destructives; peut-être euliu la réforme était-elle déjà en état de germe dans les esprits longtemps avant d'éclater, comme il arrive de toutes les grandes révolutions qui doivent laisser après elles de longues traces.
11 en fut de la rélbrme religieuse curmue de toutes les révolutions politiques; il s'en faut de beaucoup que Fépoque de l'événement soit celle de l'origine. Les novateurs du xvr siècle ne purent pas laire un peuple nouveau se croyant, sur leur parole seule, arbitre de ses constitutions politiques et juge de ses croyances religieuses, mais ces novateurs appartenaient au peuple nouveau, ils sortaient de
DÉFENSE DE LA PUILOSOPHIB. 15S
ses rangs, et déclaraient des opinions préexistantes.
Les points sur lesquels les rélormaleurs foodaieat lears dissidences auraient bien pu échapper à des esprits moins exercés aux subtilités du péripatétisme, et on conçoit que la séparation des doctrines une fois déclarée dut fortifier le sentiment d'indépendance et multiplier les disputes, mais non pas donner uaei autre direction à renseignement pureuieut philosophique.
A entendre M. de Buii;Wd : « Il était naturel 41 quj^ine doctrine religieuse ou ihéologique qui, € >daDS l'explication des dogmes de la religion chré* 4i tienne, se tenait au rapport des sens et ne voyait 4L rien au delà, fit incliner la philosophie au péripa- « létisme qui n'admet d'idées que celles qui vien- « nenf par les sens, et c'est aussi ce qui arriva, 4L tandis que par la raison contraire, les écoles ca- « tholiques, et même les luthériennes, penchaient 4L davantage vers les idées de Platon. »
Cette assertion est inconcevable et démentie par les faits les plus modernes, puisque les doctrines les plus enthousiastes, les plus mystiques, les plus éloignées des sens sont nées et professées, surtout aujourd'hui, dans ces mêmes lieux où la réforme eut son berceau et a conservé ses prosélytes les plus ardents. D'ailleurs comment des différences si légères aux yeux de la raison, qui ne peut pas même en concevoir l'objet, auraient-elles pu entraîner les esprits dans des directions aussi opposées que le sont la philosophie des sensations et celle des idées innées? Certainement les sens ne jouent pas un plus giand rôle
lit» il