ISA
OnMIONS DIS IL DS BONAIA.
dans Te^plication des dogmes religieux dune la théo"
logie de Calvin ou de Luther que dans oeHe du cathblicitiuie le plus orlhodoxe. Si la réforme introduisit les langues vulgaires jusqu'au sein de la philosopUiià uous convenons que cet usage fut malheureux pour les progrès de la science; et le talent propre à 1 auteur des Recherches phiUmphiifuee^ dotit le style hiillaiit s'allie si rarement avec la solidilé et la pré* cision des idées, nous fournirait Jui-méme le meilleur exemple du danger qu'il y a 4t à faire un stijet « vulgaire de conversation, » ou d'écrits, « de ces 4( doctrines élevées, destinées à faire Tobjet des mè- « dilations et de rentretleu des vrais savantes » Si» comme autrefois, les métaphysiciens et les moraliste avâient une sorte de langue universelle^ appropriée à tous lës sujets de haute philosophie dont les gens du monde sont aussi peu curieux que mauvais juges, M. d(} Bonald n'aurait pas fait ses ouvrages de |iliUo^ Sophie, ou il les aurait faits d'Une aulre miimèr#) et la philosophie eût pu y gagner ce que la littérature y àurait pu perdre.
Il est tout simple que le « divorce de la philostHpbie et de la théologie, » considéré coiume un bon^ heur par ThistOrien des systèdies^ ait paru un grand mal aux yeux do M de Donald, et nous en venons bientôt la raison. Ce divorce ne suilisait pas, il est vrai, pour empêcher la philosophie de divàgner dans la rouii dii peripatctisnie, où elle se trouvait engagée, sur ces grandes questions de la cauae premièra) msis Tesprii humaih affranchi pouvait lh>iivlif H meilleures méthodes, et ne pas porter le jMg 4es
DÉFENSE Dl LA PHILOSOPaiC. 1^
croyances dans les reciierches d'aoalyse qui deman* deal tottle i'iadôpMdatioe de la peaièê et exigent q ne l'esprit de bonne loi avec lui-méoie entende toutes les idées et n'adopte pour mi que ee qu'il peilt etiteiidre.
Kn marquant Tépoque où la piiilosopUe commen- ^ à se séparer de la théologie^ après le mo^en-ège, Tautear de VHtêMreèomparée systèmes observe que ce l'ut un bonheur pour la philosophie de rede-, venir, en vertu du divorce, une étude profline; et les vrais philosophes* ceux qui savent re( ou naître les Ifanites respectives de la raison et de la foi ne pelivenl qu'être dd niéme avié sur cè poitiL M: de Bô* nald a, pou^ penser autrement, dos raisons de système que nous apprécierons plus tahi ; maiâ nouÀ pouvons dès à présent lui faire obsetrer qu'en admettant, même eomme fait historique, que la religion ni la philosophie n'eussent d'abord rien gagné à la sépâratioD qu'il condamnei il n'en serait pss moins vrai que le divorce était de droit, comme fondé sur la nature méœe des ohosesi ou sur celle dti facultés dont les domaines ne doivent îamais être confotidus.
La vraie phiIo.4ophie, ou la raison même qui sait se tracer ses propres limites, apprend à eonrtâître et à respecter cëlles de la foi, qui sont hors d elle et au-dessus d'elle. Pour elle les croyances nécessalree compdsent un domaine à part de celui de la connâi^sanee. Bans rénier l'autorité de l'évidence, dans les objets soutliis à ses recherches, elle ne reponsse point révidenee de rautorité qui Toblige k eMH sans exaninér. ConfondeK ces limites : et l'homme, tàtitôt
OPDIIONS AL DE BONALa
porUot la i'oi dans la science, croira aveuglément ce qu'il est appelé à étudier et à connaître, ne saura
rien ni de Dieu, ni de la nature, ni de lui-même; tantôt portant la raison dans la foi, ne croira plus rien que ce qu'il pourra toucher, percevoir ou sentir.
Que la philosophie, redevenue profane, ait été rejetée dans ces grandes questions qui « avaient oo- <( cupé et divisé les philosophes de Tantiquilé, sur « la cause première de T univers, Torigine des cho- 4{ ses, la distinction de Tesprit et des sens, les fou- ^ déments de la morale et de la socielé, » où est le malheur ? Le mal ne serait-il pas au contraire de croire aveuglément, sur la seule évidence de l'autorité, ce qu'il est possible à la raison de démontrer, et de soutenir de tout ce que Tautorité de Févidence a de force, de consibiaace et de durée?
Otez les recherches sur Torigine des choses ou les cosmogonies, qui ne peuvent sortir du domaine de la foi ou des croyances religieuses, saus passer sous celui d'une imagination poétique, — est-ceque Tunité de la cause hupiciiic des existences, la distinction de l'esprit et des sens, les fondements de la morale, ne sont pas les premiers objets de la raison naturelle et de cette philosophie qui mène néeessairement à Dieu par divers chemins tous les esprits qui pensent comme il faut? Est-ce qu'il n'y a pas sur les points fondamentaux la plus admirable uniformité entre tous les philosophes anciens et modernes qui ont justifié le titre de sages [)ar 1 emploi légitime de ces facultés qu'ils tiennent de l'auteur même de toute raison? Et si ces vérités premières, universelles et
DÉFENSE DE LA PBIL060PIIIB. 1«7
nécessaires, avaient Jamais pu s obscurcir et se perdre parmi les hommes, n'e6t-ee pas été en passant
du domaine de la raison à qui elles appartiennent, sous l'empire exclusif de la foi qui repousse Texa^ men, et sous rantorité des traditions? Certainement les modernes n avaient ni plus de moyens, ni d'autres données que les anciens pour résoudre ces questions capitales, mais il suffisait pour rétablir la vraie philosophie d'avoir les moyens et les données deSoerate, d^entrer dans la voie de ce premier sage, et de faire un aussi bon emploi que lui des moyens don- Dés à l'homme pour connaître sa nature morale en suivant sa vraie distinction.
Comment la philosophie n'aurait-elle pas gagné à se séparer de la religion, et à redevenir de cette manière une étude profane? Croit-on que les doctrines mystiques, théologico-philosophiques du moyen-âge n'eussent pas été également funestes à la vraie religion et à la vraie philosophie, et qu'il,ne valait pas mieux renouveler des Grecs des doctrines telles que celles de Socrate, de Plaïuii et des sloïciens, que de renouveler des juifs les doctrines cabalistiques des Alexandrins et des Théosophes, le système des émanations, les visions extatiques, la denionologie, la magie et la divination? Certes les promoteurs de ces systèmes mystiques étauînt intéressés aussi à prévenir le divorce dont il s'agit ou à empêcher que la philosophie ne redevînt une élude profane. II est si commode de couvrir ses idées systématiques de Tautmté de la religion comme d*une égide sacrée; et quel est Thomme d'imagination qui ne voudrait éti e
le mattre d*iiliposer à tans tes espriU sts hypotkèsts
. 96$ orqyances qû|nM)e auUat d'articles de iui, de-
Tmt l#iqu»U ta raison n'a qu -à se ooiu>her. et ^'U
s'ggit de croire sans examiner?
Si la |ilulQi>Qpliie profane, en livrant ies £iculiéi de Tespri^ à toute leur indépendance, laissail ouvert tes avec elle toutes les cii.tiiees d'erreur comme de ^^ritét n'^^irp^ pas la condition na^ureUe d'un ètm aetîf et libr^, dont fout le mérita consiste à diseemev
4 1^' viai i^oiniiinti avec ie laux, in bian lurfé
avw la pial 1 Ils ne pensaient pas aussi mal de ia
philosophie considéiée couain* étude profane» ces Pères de i Eglise, et tous ces saints personnages qui ^iin^iei^t à reconnaître tout ce qu'ils lai devaient, tQ^i| les secours iju ils avairnl trouves eu eiie poui 9tteip4l^e le^ut plus élevé qu'ils se proposaient; lé» moin un saint Clément d'Alexandrie, déjà cité» qui s ^jèv^ avec tant de chaleur contre ceux qui préteurr d^qt qu^ Tintroduction de la ph^osophie a été fu; neste à l liuiiiiiie et à la société; un saïul Justin» qui consi()^r^ (a philosophie comnie très-agréahle à Dieu, % puisqu'elle seule nous conduit à lui ; » un Hiaueioa i'élix, qui U4et au r^ug dtis i^hrétic ii:!» anticipés ces ptiilosopbos qui ont reconnu un seul Dieu soue di& lérenls noms, et veut (|ue les ciucticnsnc soient au*' tP^ qup de vrais philosophes (1).'
Bassons avec Vauteur des Rechircàes aux réfo»* H^est qu (^prouva la piiitusophie dans ucs leiups piius rappropbés.
(1) De^cranclti, Histoire comparée des ^ffst^p 'jç Tomé I, page 307^ 1'* édition.
DiPBNSB DB LA PRtLOflOraiE. 15»
PIlialonen des systèmes de philosophie désigne et
far^ctérise les liois hommes de génie qui tentèrent piiifmeM »èiBe temps d'exécuter cette graode œaiPt dSHÉ« réforme philosophique: Bacon, en Angle-
Ui v^, Debciii itô, tià l t ance, LeibuiU, eij Aileiiuigne. foQS'lPoiSt dit cet historien, «viennent chercher éga- « bmei'it dans le principe de nos connaissnncos, It* « ài qui va les diriger, mais se divisant entre eux au € peint' éê départ, ils s'eni:n^n>nt dans des routes « diverses (1K » Cen est assrz! b'ecrie M. de Bonald fui pe piak tantau speetade des guerres philosophi- (|MS, i|u'ii voit partout, même ot'i elles ne sont pas. « Les iiuÉ» leloi'inuieurs, dil-iL qui se divisent au • paiot de ^port, ne se rejoindront plus. »
Ces réforma teui'S, néccssînrcinriit divis<'*s (antqu'ilé iîittaekeMnl chacun à un sujet d étude différent par sa iMtttM, pourront se rejoindre ou se reneontrer dans des points de doctrine honiocrèni^s. I/auleurdes Êlêêàmàn pàH&sapM^â, qui fait quelquefois de la vraie et bonne pliilosophie sans le vouloir, et comme pmasé par un démoo, fait des observations dont je slrivpttrsiNroellement intéressé k faire ressortir fa justesse, puisque j'ai fu le bonheur de les faire de mon eèté diftis «ne autre occasion.
la première c'est que la direction que donne Baoea à tes rocherch(^s jtrincipalcs, à sa grande réfornartèn qu'il appelle lui-même instauration {instauratio maçuç]i aurait dû le lai;e placer plutôt pai tni
(1) H ifesl pas vrai ([u ils parl*>[il du iiifiiH^ p'tiiil, luais ils oui cliacun leur point de (lM|juri. o[ inmchi^Qi dfku^ (les roulef dii^er-
ies pères de la philosophie naturelle on de la physique, que parmi les réformaieurs de la philosophie prppfeoieDt dite ou de la science de i'bonime>îiilit<' lectuel et moial. Cela est évident par la lecture des principaux ouvrages du philosophe anglais, doot l'objet est de constater ou d^enseigner les vétilaUes moyens qui sont donnés à l'homme pour étudier et connaître exactement les laits de la nature extérieure et les lois qui la dirigent, savoir la seasatiOBi la comparaison et le raisonnement; les sens j)uui observer et recueillir les tiaiits ; la comparaison pour les classer; le raisonnement pour poser les lois. Voila en eilet toute la philosophie naturelle et la seule bonne. Bacon a réformé la physique, ma^ h ph}^ique n*est pas la psychologie ni la morale; elle n'a même que des rapports très-éioigués avec la philosophie proprement dite qui forme une étiide:â part. Toutes les erreurs de nos modernes natnvalîs* tes viennent précisément d'avoir voulu soumsUM cette étude spéciale à la méthode de Bacon, ott>f»iiger rhomme intérieur, le sujet actif et libre au nom* bre des objets de la nature, passible de ses lois,, de ses formes, susceptible d'être observé et jètii4ii'<Ml dehors comme les phénomènes, et aussi variable qu eux. En entraînant les esprits dans une direiclion tout à fait contraire à la philosophie proprement dite. Baron ne doit donc pas être mis au rang de ses réformateurs. Mais si I on veut envelopper sous^ le nom vague de la philosophie la science de la natoipe extérieure et étrangère à 1 iiomme intellectuel et moral, il sera tout à tait injuste de dire épigrammiatî-
DteNâS DE LA PfULOSOPfiOi
queioent que ceUe philosophie « qu*on réforme sans « cesse, el qui ne se forme jamais, n'y gagné 4L que d'élargir son champ de l)alaille, » car la philosophe naturelle, restaurée par Bacon, n a iait qi^tvideer depuis et toujours heureusement dans la même direction et se fui mer de pkrs en plus, sans fue^riia nous autorise à croire qu'elle aura ultérieunmniiiesoui d'être réformée.
La première observation que nous venons de rapporlOMieiprouvedonc point du tout ce que l'auteur ptfMend en induire de contraire à la philosophie; eUettend seuieuient à mettre eu évidence un défaut d*enetitude de la part de l'historien des systèmes, 4|«Mid il met Bacon sur la ligne des "vrais réformateurs, et quand il dit que ce philosophe cherche daiÉSile pnncipe de nos connaissances le fil qui de» vait le diriger dans sa grande iniiaurattm de la philœcipiùe naiureile. Lu effet, ce père de la physique sv|ipMefJfes premières connaissances formées par la
ualure même; il ne cherche point à en étudier les wtyirn^. ai à en justiiicr la reuiiiu ; en un mot, le piiaeipe de ce» connaissances objectives est pour lui une donnée (ju il est non -seulement siipet llu. mais ttèi^Q dangereux et vaiu de scruter et d explorer «iiilt^dtt'6'ftttacher aux résultats pratiques de Texpérience extérieure.
i^'JfaniMl suppose hien comme vraie la maxime d'AiTiilite qui pkce dans le sens Torigine des idées, iiiaii^ il ne l'énonce même pas; ce n'est pas la qu'il iittl«leiiesoin de rattacher sa théorie, car pour vé^ wêA\<e principe, on même pour en saisir la valeur.
lit OMNMMft M ML DB BONALa
il faudrait rétléchir, réaftir aur goi-mèine, s'èludiar ou a'obaarver inUriauremeiit , «t e^eat catte étada,
eatie observation inlérieurp que le père de ia physique moderne proscrit oxpraaaénnent dans oes parolaa
remarquables, dont nous trouverons I)ient6t le commentaire ^aûë un passage du livre de M. de Bonald lui-même : Ueiu hu^fuma si affût in matâriem, mI#ram rerum et opcra Dei contemplando, pro moUo maferim operaiur aiq^e êoéêm éetmnniaêur : H ipm ifi Si veriatur, tsm^uam aranm têsumê imji^ tutw (kmum màcterminala e^i^ et paru itioi çMidam doetrma tenultate fiii operuque métaèiks,
sed qnoad usnm frivolas et inanes.
La seconde observation, sur laquelle je tombe parbitement d^aeeord avec M. de Bonald. c'est ifue Des* cartes le véritable rétunnatcur de la philo^upUie, le seul sans contredit (je ne dis pas peut<étre) qui ail jnslitié ce titre \nv\m les modernes. Là on Bacon commence* Descartes linit; la pbilosupbie prouiièfie, réformée, ou plutôt formée pour la première foisfMMT ce graiid liuiÉimo, Si; in)uve en aviuit de la pliilusophie naturelle placée hors de son champ. a«iit deux réformes, deux grandes restaurations , et non pus une seule. Le principe, l'objet, 1rs moyen» umtbodiques, le but, tout est diûërent de part et d%u- Ire ; les deux eliefs n*' par tent pas (iu liièuie point, ne suivent pas la même route. La marche de ïvm est intérieure et souterraine, celle de l'autre est ntérieprc et au grand jour. Comment donc y aurati«ié des points de rencontre ?
Descartes sera à jan^ais le père de la vr^ie piulo-
DÉFENSE DE LA PHnX)SOPHlE. i6S
Sophie, de la science de Thomme intelleclud et moral, fondée sur ia réflexion ou l'expérience inténemé^ comme Bacon sera à jamais le père, et non pas seulement lo restaurateur de la véritable physique, ou d'une science de la nature fondée sur Vohrwnratioh et l'expérience extérieure. Pour mettre dans tout son jour la difréronce essentielle des deux sojets d^étude, et l'extrême danger quW y a à les confondre dans Tunité artiflcielle de doctrine, il suflit d'observer (^ue la méthode philosopiu(iue de Descartes, appliquée à la nature, n'a produit que des erreurs 00 des illusions systématiques, de même que la méthode de Bacon, appliquée à la philosophie, a amené tous les écarts funestes des doctrines modernes. Aussi, n'est-il pas difficile de faire dans ces doctrines la part exacte du Carlésiaiiisuie et du iiacunisme.
Descartes a fourni tout le fond des idées psyrlioiugiques de Locke et de toudiliac ; c'est lui qui a le prtmier soulevé ces questions vraiment premières et fondamentales (|uc Bacon ne paraît pas même avoir soupçonnées. C'est Descartes, en eH'et, qui a le premier eberché, dans le bit primitif de conscience, le principe de la coiiiinissance huniaiiie, et créé ainsi la vraie psycliologie. Aussi, est-ce sous l'intluence unique dé ce père de ia métaphysique qu'ont été con- Çtiset nettement posés tous ces problèmes de philosophie, dont les anciennes écoles ne s'étaient pas eniterrilssées, sup Torigine et la réalité de nos conuaissauces qui ont tant occupé nos modernes, et autour desqueb Loclte, Condillac et leurs disciples ont
m OPINIONS 0£ AL û£ BOMALD.
tûuraé laborieusement. Tout ce qu'il y a de bon et devrai dans leurs doctnaes mutes et hétérogènes, appartient à Descartes, et se trouve en germe dans sa philosopliie ; tout ce iju'il y a d'erroné et de contraire à la vraie philosophie^ à la morale et à ia religion, tieot au mélange d*une doctrine hétérogène, ou à l'application qu'on a faite si mal a propos et si malheureusement des principes de la méthode, et des classifications des physiciens à la philosophie morale dont on a ainsi dénaturé et dissimulé Fobjet.
Il n'est donc pas vrai que Bacon et Descartes aient réformé la philosophie sur un plan particulier ; mais chacun réi'orme sa science sur le pian qui convient à elle seule et non pas à l'autre. Les esprits qui se rangeront sous chacun de ces deux étendards se trouveront partagés entre deux objets d'études, .ot non pas divisés sur un seul et même objet.
C'est ainsi que tout peut s'éclaircir quand on dis* tingue les idées vraiment diverses, arbitrairemeul renfermées sous un mot vague et générai ; de même que tout se confond pour celui qui fait servir à dessein le vague de ce mot pour brouiller et neutraliser les véritables idées des choses. Gardons-nous donc de prendre la division uatiirelle qui existe entre les deux sciences respectives, si iieureusemeut réformées par Bacon et Descartes, pour une division d'opiuion entre les réfonualcurs travaillant sur un seul et même sujet, et n'abusons pas du vague de ce mot philosophie, indistinctement appliqué k la science de la nature et à celle de l'homme moral, pour confondre les idées et trouver des contradictions de doctn-
DÉFENSE DE LA PHILOSOPUIE. 165
Des la où il n*y a que diversité d*objet8 ; car ainsi
nous montrerions ou le défaut de bonne foi, ou le diftHU de^ lainières sur les objets que nous préteni&àé iismiter. Bacon ne reconstruisit pas, mais il construisit pour la première ibis le vi ai système des 8cl0licéaiiatiireiieâ qui n'avait jamais été ainsi conçu avsât flOn exemple. Ceux qui l'ont appelé l'Aristote des temps modernes, uniqueinent parce qu'il a ap- . pfiqféé dans sa sphère et ses justes limites, le principe des idées originaires des sens, n*ont saisi qu'un rapport supertioiel et même tout k fait inexact entre eeÉ ^déox doctrines, qui n*ont au fond aucune 'analogie. Ouand Bai'on , en efl'et, enseigne que toute science naturelle commence à Tobservation directe déÉliëns» il n'a en vue ni la valeur philosophique du principe en lui-même, ni ses ( onséquences psycholo- ^qttes ; il marche droit à Tapplication ou à la vraie méthode d'étudier et de connaître la nature extérieure, sans s'occuper du sujet qui connaît, ni des éfkéfttlons qui forment la connaissance, liien ne res* Sidtbh là à la métaphysique d'Aristote; rien de plus opposé aussi que la méthoded'observaiion et d'inducém Meignée par Bacon, et la dialectique ou le syllogisme de l'école péripatéticienne dont notre restaurateur de la philosophie naturelle parle si souiM|ilM(8c mépris.
-Tk'A^aoûS ne confondons pas lesf^enres, nous ne dirons donc pas, comme M. de Hoiiald, que Descartes,
-ëfiM^trônant Aristote, a réformé Bacon. » Ce que Descartes a vraiment détrôné, c'est la philosophie
^m4a métaphysique péripatéticienne, en affranchis-
IM millOIIS mi H. DB BONAUk
sant l'esprit humain, en substituant la voi& immuable de la coDscience à lâ piirole incerlaine, loeale
et changeante du maître. Ce que Bacon a détrôné dd son côté et pour toujoursi c'est cette physiqœ toute d*hypotlièses« n'ayant pour objet que dee êtres de raison dunl l'imagination seule faisait les frais eu les créant ou les multipliant sans nécessité. La méthode qui consiste à étudier ou observer la nature pour la connaître, au lieu de la deviner, établie, enseignée et prouvée par Bacon, lui a valu le titre de père de la physique. En cela, il n'a pas été réformé par Descartes, et ne le sera jamais par personne. Il y a donc quelques réformes qui durent, quelques systèmes de vérités qui restent ; et eUes constituent coninie un trésor de richesses intellecluelles, couiuie un capital fixe que l'esprit humain peut grossir» transformer en espèces diverses, mais qui ne périra point pour lui.
Quant à Leibnitz, il n'a pu être ni réformateur* tû
réformé. On ne peut établir entre Descartes et lui cette opposition de genres qui sépare fiaconet Dei»> caries. Leibnitz a donné un grand mouvement «m esprits; il a répandu de grandes lumières dans tout le monde philosophique; l'école allemande Ta reconnu et doit le reconnaître encore pour son ebef, mais il n'a rien r éloriné. Le génie éniineininenl systématique de Leibnitz conduit à la métaphysique par la géométrie et la physique, conserve toujours le caractère de cette double origine : les faits de sens intime, la pensée intérieure qui, dans le point de wtt de bescarteSf ne supposent rien avant eux, s etonneut
UÊmm OK Là HDmOPBA 167
de M trouver liés aux inouades comuie des eilets à leurs causes» des conséquences à leurs principes. La
psychologie et la morale ne se voient pas sans crainte enchaînées à un autumatibitie spirituel. Cependant^ rhypetilèèli de rbarnionie préétablie« qui ne difierfe pas au fond de celle des causes occasionnelles, porte av€ie eilejio^ ULrede ûliaiioii avec la phdoâophie de fiMirlesi Que sbdt ces virlualitéSj ces dispositions ou tendances inhérentes à I àiue huinaiiiL, aiitérieulee à re&périence qu elles règlent, et qui ne saurait lei déterminer en principe? N'est-ce pas en d^autres ti^i Éfies, les idtjcs innées de Doscarlcs, telles qu un a ftffé^ dé les méconnaître i quoiqu'il s'en explique lot^Mèmë si blairement dans ses réponses aux objeo* ilOJJ!^, dans btb icLli c^, etc. ?
> âikiaii tnalgré la différence des traits et des formes «k^rie»res^ on reconnaît à un aîr de famille la parente dcb deux docii iites. Leul ^ i heis, indepeadauts ViUi de rântre^ toleAt chacun de leurs propres ailes) l'œil assez fort eu assez exerce, qui peut suivre au loiià le Yûl de ces gcnics ot mesurer leur courae« voit dttfi les iHTofondeurs de Tespace et du temps leurs grands orhes qui se rapproclieut, se touchent et se e.impnnt en ceriams poiuLii communs bien notables ; dteiffodmil les comparer à ces lieux géoitiétriqùes ou h ces courbes tracccs d'aprcs certaines conditions eMUttOM qui expriment » par leurs intersections^ te^mias raciaèë des équations qui ont servi à les construire, et résolvent les problèmes les plus
JE}! ^ ai éDeli une lumière réelle qui luise pont
m onMKMS 1» M. Dl BOHAIA.
tous les esprits qui peuvent ou veulent se diriger ms
elle, chacun doit en recevoir TinflueDce, en percevoir les rayons directement, et sans avoir besoin de rintermédisire d*un autre esprit de même nature. Leibuitz n'a pa^ plus enipruiilc ata YirlUcilil€:> ou ses forces inhérentes à Tàme humaine» que n*a emprunté à Platon ses idées innées; ou à saint Augusiiu le principe i'onda mental toute sa philosophie : Je pense, donc je suis. La même lumière iulérieuro a lui sur tous ers ('S[)rits, parce qu'ils ont SU la chercher et la voir iù où elle e&t ; et cette indépendance des esprits qui voient tous la même luniicre, osl precibeiueut la preuve de sa rialilé. L'autorité donnée orale ou écrite, a-t-elle le ménie avanta<^^e ? Lt rautorité de révidence que chaenn sent eu lui-u)ènie, ue peut-elle pai» équivaloir à l èvidence de Tautorité que les hommes croient sur la parole les uns des autres ? Tel est, en eHcL, le critérium fropte et spécial des vérités philosophiques nous avons besoin de De pas le perdre de vne^ pour apprécier à :$a valeur le système de M. de iiunaiUJ, c'est que chaque esprit, chaque mai constitué personne pensante, trouve en lui-ujênie ces vérités premières, et ne peut les trouver qu'eu lui, alors même qu'elles lui seraient révélées par une autorité quelcun(|iiL -Nous n'appreiiuiis pas, en ellet, les véritôi psychologiques et morales comme les vérités hiato* l'iques, plivsi(]ues ou même mathématiques : nom ne les recevons pas d uu autie toutes laites, delcUo sorte que nous n'ayons qu'à les répéier, en atlacbMl les uieuu'5 idées aux niénius si^uca , ii iaui, de plu^.
I]^£NSE DE LA PHiIX)SOraiB,
que noat les découvrions nous-mêmes dans leur
source intérieure, que nous les fassions ou que nous l^ îioiv€|iiUons de notre côté par 1 emploi de la même MtivUé intérieure, qui a révélé ces idées au premier inventeur. C'est bien là certainement la vraie cause da début d^uoiformité absolue d'idées, et de signes * <r«*on remarque dans les doctrines de philosophie proprement dite, défaut dont les î^ceptiques ou les détracteurs de la raison humaine à un titre quelconque, prétendent tirer un si grand parti.
, £q attendant rapplication de ce qui précède au qfslème fiivori de M. de Bonald « système dont les recherches historiques qui précèdent ne sont que le préiude, nous en tirerons seulement deux concluskms spécialement relatives aux réformes philoso- |dn(}in'S, qui sont Tobjct de sa critique plus maligne <jua réiléchie : — La [)r(Mui(M-e, c'est que le vrai réfiinnatettr de la philosophie* Descartes , et avec lui tous ceux qui ont su mettre en évidence quelque véifUô|iranière, quelque fait primitif de notre nature iiitallocluelle et morale, n'ont fait et ne feront que fournir aux esprits méditatifs l'occasion de constater m: vérités en eux-mêmes, en se tournant du mtae côté. Les dissidences qu'ils éprouveront de la part de ces esprits, au lieu il'argucr d'un défaut de réMÎ^'^n^i^ 1^ ^^^^^ notions que ces philosopliet ont constatés en eux-mêmes, prouveront seuiaoïent que les autres n uni pas su ou voulu se pla-' ow^idtflf l« même point de vue, le seul propre k tpèreofoir ces faits et à acquérir ces notions. L'ac-
eofd parfait de plusieurs esprits sous un cliel, toum. is
170 OPINIONS DE M. DE BONALa
chant certaines vérités foiidaniealaies, ou leur lormule, prouve toujours la réalité du point de vue de
celui qui a JuiiDC le prouiier éveil aux esprits. Ce que Ton doit reprendre dans chaque chef d'école, ce n'est pns îe défaut absolu de vérité dans le point de vue sous lequel il ( oiisidère là ualuce humaïue, rnnis ce qu*il y a d^exclusif dans ce point de vue. Car trop souvent l:i jx'nsri^ de son au leur s'v rt'nlV'rnie comme s'il était 1 unique, comme si le même principe, soit physique, soit physiologique, soit psychologique ou mural, soil ontologique, devait à lui seul, et exclusivement à tout autre, expliquer tout l'homme et toute la nature exti^rionre, tout ce qui appartient au sujet ou le constitue, el tout ce qui appartient à l'objet.
Ce point étant éclairei et l'autorit/' de l'évith nce commune sur les faits primitifs ou les premiers prin* cipes de la philosophie, une fois reconnue comme étant le partage de tous les esprits individuels, indépendants les uns des autres, il résulte de cette indépendance que chaque esprit envisa^^e, sous un point de vue partie niier, un sujet aussi compliqué que IW prit humain ; de là, la différence des systèmes qui tous ont l* iir eùté vi ai.
Ce n est pas seulement dans les hautes régions du monde intellecruel, mais dans la sphère ordinaire de raclivité de l'esprit humain, qu on trouve ces points de rencontre, ces foyers communs de vérités où viennent se rallier des esprits tous indépendants l'un de l'autre, et semblables de nature, quoique inégaux en force ou en énergie de (facultés ; c*68t là ce
DÉFENSE DE U PBaOSOPHI& 171
4|ui caractérisa, aux yeux de lout observateur de bonne fbi, ces notions communes, ces données premières de la raison ou du sentiment, qui sont coiume l*dpaoage ou Taltribut essentiel de la nature humSiifè. liO vrai talent phtlosophique, et aussi Tinllueiice réelle qui appartient aux réformateurs et afix pères de la vraie philosophie, consiste à savoir se {ilacer de prime-abord h ce foyer commun de lumière ; il consiste à trouver les signes propres de la mtaml^station des vérités qui y sont renfermées, ou (fni sVn déduisent par des lois certaines; c'est par là, et par là seulement que Desenrtcs a méi ité le titre de réformateur de cette même philosophie dont SoeWte fut le premier père. C'est, par là aussi que les noms de Leihnitz et de Kanl, se liant aux graatfëi Vérités philosophiques qu'ils ont su constater ou rt^ttre dans un nouveau jour, sont devenus immortels comme ces vérités meioes, et ne sauraient « vieillir, l^ 'comme dnTadit jégèrement, avec les noms de tant (le faiseurs d'hypothèses et de systtMues particuliers (1).
' Duahd on a en effet une idée de Thistoire de la
philosophie, ou (|u'on veut l'étudier avee quelque sérieux, couuuent pouvoir coni'ondre ces idées sys- M&fitVques qui varient et passent, avec ce fond de
( 1 ) V()i( î îr pn^sn^o de» Bectierches philosophiques auquel M. de
Biran fait atiiision :
« La philosopliii'Je T-^ihnitz p> p^s çonsorvï', en Mlrningne, « vir\(* niiloriti' plus univ»'! solle que colle d«* I m-v, ;)! los eu i i.inee, V ou (le Bar4)n en Angli'k'ire, et ces li-ois sysl»'i(u*s, «^-v iicnt «I rpwouveler |a phjlçsqpbje, Yi,Qj(ji8 leg ftV^ifl^§<i»lfeitfs
« que des époques de son histoire. »
m OPimOllS DE U. DE BONAUX
vérités vraiment philosophiques qui restent bvaria*
bles comme la religion, comme la morale, dont elles sont une partie essentielle? Comment ne pas dislin» guer la philosopliic proprement dite de ce tissu d*o-
pillions liasaitlee> ^ui IdiiL d'ohi< Is clraiigers à la
nature morale, que des esprits brillants et hardis forment dans un temps et dans un lîeu particuliers,
et que d'autres esprits détruiseut, luiil uul»lier uu remplacent par d'autres artifices pareils 1 Est-ce que la philosophie de Platon, de Descartes, de Malebraiichc, de Leibuitz, de Uossuet, de I^éuciou, a aurait eu qu'une vogue passagère et pourrait passer de mode? Est-ce que la philosophie de Socrate n'aurait remplacé qu'an même titre i aruK ^ sopiu&teâ
qui avaient avant lui toute la vogue? £t les satires
ii* Aristophane» en rétablissant Téquilibre, auraionlciics pu dii»crediter la sagesse menu! ? i^ourraieotelles lui^être opposées aujourd'hui en forme d'arguments, ou commp preuves d*«n Hét'aut d'autor ilf, de 'même que les critiques et les sarcasmes des moder* nés sophistes sont opposés à la philosophie comme sij^nes de discrédit du dogme des idée^ muées, soutenu a par les plus beaux génies qui aient honoré la « philosopliie ancienne et moderne T » Ainsi, sans (loalft les attacpies, les sophismes, les blaspin riies OU les railleries de Timpiéié discréditeraient la vraie religiont et mettraient en défaut son autorité propre. ( oiiiine les dissidences ou les disj)ules des tlieuiugiens sur certains dogmes, en accuseraient IIdooiistanqe et la mobilité. Il faut s*étonner que Tauteur des liec/ienUts pUilosophit^uen u ait pas craint ies
DÈFEN9B DE LA PHILOSOPHIE. *173
dangers de ce parallèle qu'il provoque k chaque iiis-
tauL ; son inconcevable précipitation iresprit I*a sans dou(€ eiupeclte de voir que, si les variations de ce qtt*fl appelle philosophie, les attaques et les sarcas* mes dont les plus respectaliltis systèfnes ont été l'objet, pouvaieoi servir d'argument contre ia philosophie'; l'histoire de la religiou deviendrait par la même raison un arsenal où les incrédules trouveraicâil des armes tout autrement dangereuses.
▼otifODB-DOUS mettre un terme à tous ces argumeuls irivoleâ, a toutes ces critiques légères et sans coDsiatance , sans lien ou sans suite, sachons donc une bonne foi ce qu*i1 faut entendre par philo^npltie, ou aduploiis, M uii 1 aiiiie iiiieux, la détiultiou de ce aamt'Fère de l'Église d'Alexandrie déjà cité» Ou^ la [ihilosophie soit, non plus comme un système ou une sorte d'enc)ciupedie universelle, ou se liuuveut rapprociiées et liées, tant bien que mal, des notions hétérogènes et de genres divers, sous le nom propre d'un auteur ancien ou moderne (tel que i^iaton, Aris- • lofB^ Zénon, Ëpicure ou Descartes, Bacon, Leibnitz, Kant, Locke ou Condillaci. Qu'elle sort au contraire te vrai système des connaissauces psycbologiques ou âék téliCés premières morales et religieuses, que tous ces |diilosoplies ont éi^aleinent teconnues, cbaeun de leur côté, (jU()i(|ue chacun ait pu les expriflwr ini qu'il ait cherché peut-être vainement à les dijiiiunUcr à sa nianicin;; dès lors, on poui ia s'enlaudresur ce qu'il iaut appeler a l'expérience de la ](iiMlmOphie , » on pourra déterminer l'espèce des iioU) ou ia nature des questions, résolues ou iiou.
qu'on peut déduiié de son liisLolre ; en foruiaul une classificaiioD exacle et méthodique des systèmes de
philoso[>hi(' proprement dite, et en réduisant la variété (les luriiiultiij ou dt'S expres.sions qui iriirerment des opinions communes et des vérités identi- <]ues, on verra ressortir les vraies aiialui^ies enfre des systèmes (jifou aurait crus d'abuiil opposés lorsqu'on les jugeait sur un premier coup d'œil superfieiel ; on \rvvd aussi quelles sont les véritables différeiK i's (juî les iiepartul; oa ne poui iu plus preudre les difiérences de points de vue qui donnent, pour ainsi dire, im siijcît difï'érent ii c}i;M[ue (»bilosoplie, pour des opposi lions et des coalradiclioiis sur uu seul et même sujet.
Piii' exemple, (m eomparerii les dneli'ines (jui roulent sur les laits de sens uilime, ou d observât i ou intérieure avec les systèmes métaphysiques qui s'appiiieiiL siii' h'S nolioiis uiiivi iselles, el aspireril à la science des réalités absolues; un pourra apprécier ainsi la différence essentielle de ces points de vue» et l'uii ehereliiMa tjH's-ulllemciil comiiienl ils se rejoignenti au lieu de se laire uii jeu d uue prétendue opposition qui n*e$t point du tout dans ces systèmes, mais iïieu dans riniai;nialinii de ('<'ii\ fjiii luétiMidtMit les discréditer, sans pouvoir ou sans vouloir les comprendre. Plus ii y a différence de genre, moins il pt'iil V a\()ir d ()j)j)o>:l K'ii un de ( ontiiidirtion réell(î entre des systèmes qui ont respcctiveuicnt pour sujet, les uns une nature animale purement sensitive ou passive, Ks antres uue ualur(» intellectuelle ou morale» essenUellement active et libre, quoique ces
DÉFENSE DE LÀ PHILOSOPHIE. i7ft
systèmes s'appellent également philosophiques ; de même qu'il ne peut y avoir d'opposition ou de contradidioo entre des syslème-s chimiques et aslrouomiques, par exemple, quoiqu'ils se trouvent compris sous le non) commuu de physique ou de science de la nature. Le plus grand, et peut-être le seul reproche fondé qu'on puisse faire aux divers systèmes qui se partagent ie champ de la piiilosupiiie» agrandi comme il lest aujourd'hui, ce n'est pas de différer Tun de l'autre : il faut bien en eflet qu'ils différent, comme les poiuU de vue sous lesquels ciiacun d'eux copsiiière cette nature humaine si variée elle-même,
puisque tous les progrès de la science de l'homme tiennent eux-mêmes à celle divcrsilé, comme les progrès de l'industrie et des arts mécaniques tiennent à la divison du travail. Mais le tort réel de chaque s^&tème, c'est de ne pas se donner pour ce qu'il est, savoir pour un aspect particulier de notre nature intellectuel le et morale, ou de se prendre lui-même pour ce qu'il n'est pas, savoir comme un système imîversel, exclusif de tout autre, pour un centre unique où (lu II aboutir, cunverj^cr et se réunir la science du sujet comme celle de l'objet.
S'il y a quelque fondement solide dans cette manière d'envisager la pliilosuphie , et avant tout les divers systèmes de philosophie première, lorsque ce mot est entendu comme il faut, conformément à riincieuue déiiuiliou de saint Clément d'Alexandrie, goe deiriennent tous les arguments moitié sérieux, maillé plaisants de fauteur des Rec/iercheg phUosfhffh^iips^? £t d'abord, qu eutend-il par cette philoso-