P1NI0>S DE M, D£ BONALD
phie une, qu'il affecte de chercher et qu'il défie
chaque pa)S de uioiUrer? Quelle idée a-t-il d'un système complet encyclopédique, capable de réunir tous les esprits dans une doctrine commune de philosophie 1 El comment conçoit-il cette doctrine 1 Est-ce celle <}ui se bornerait à la science des irérités premières, uticllectueiles et murales, coitiniuiies à tous les systèmes, quoique plus ou moins déguisées dans quehjues-uns? Cetle doctrine existe, et Ton a près de soi ce qu ou cherche. Est-ce celle qui embrasserait sous un seul système la prétendue philosophie des aiiiuiaiix, des plantes, des minéraux, qui réunirait étroitement sous un commun point de vue, la science de la nature physique et celle de fa nature morale, du -ii|et et de Tohjel? Nous coiivtiiuns de rimpossibiiité d'un tel système; la vraie philosophie elle-même nous a|)prend qiiMI faut h jamais y renoncer, elle en donne la raison prise, non pas seule^ ment dans Thistoire , mais dans la nature même de Fesprit luiuiaïn ou d(î ses facultés, et ee service seul» en inspirant de la reconnaissance aun sages, devrait imposer silence k ceux qui ne le sont pas. Ainsi, comme dans le premier cas on demande ce qu^ou sait, dans celui-ci , on ne sait ce qu*on demande :
ce qui arrive (pielquelois ;iu\ disciples connue auv
ennemis de la philosophie, ii'ailleurâ, si l'on a si abusivement généralisé le mot philosophie en le détournant tout à l'ail de sa si^nilicalion pieujierc, faut-il s*en prendre à la science même , à laquelle
ce nom appartient en propre ? Quand il y aurait une philosophie a dca pierres uu des métaux, quaad
DÈF£hSE DS Lk PUlLOfiOPHifi.
on verrait certains liommes appeler aiusi « Tart de 86 passer de religion, » la doctrioe de Socrate , de naton ou même de Deseartes, de Boaaoet, de Féne>
Ion, eu serait-elle moins vraimeul la philosophie [1)7 Us âioflfls changent-elles comme leurs noms , et
peut un (le bonne foi proscrire les bonnes sous le ûKe aiUiîuei et liouapeur des mauvaises ?
Enfin sii sons tel nom qu^on voudra, on exprime uae viaie science des ciiu&fs iiilclli i Uu lU el inuiabSt il sfagit de savoir s'il existe ou s'il peut exister un système vrai, qui ait réuni et réunisse encore tous les lions esprits dans une doctrmo corn la une. lei li qaestion est précise, c^est oui ou non. Consultons riiistoitc ou iiuus niciiic.^, uuus saurons ce que mus devons répondre; nous n'aurons pointa nous embamaser des variations perpétuelles ou des écarts, réels ou supposes des (>liiiu^(*|dH»s : nous n aurons point h tenir compte de la philosophie des animaux, des plantes, des êtres inanimés, ou de relie des atkées» tn restreignant même un peu plus le sens du mot philosophie, nous nous inquiéterons peu poui* le sort de la piulusuplae, « que les opi-
(t) Voici le passo^'e des Redwrciies philosophiques auquel Taiiteui fait alhisinii :
« La phifnsophif.' (1 ce n'd il l'o [ i;- lani (riiicdusislances, peH î î u « à peu liaitii I opinion son atcephoi» |*rimili\f, Klk* ne signifie plus « la sagesse el la ^cien('e des diose.s morales et ^cnrj.ilcs, niais « toute manière gruéralistc (!«' eonsidi'rei' \os ol»j«'ts. (lurlsqn ils
• ïioienl. Nous avinis la pliilot;ojiliie des aiiiiiianx on la pliilo.'«oplne
• xoologiqiie, la pliilusophie des plantes ou botanique : iiousiMniri tiSM'de même avoir la philosophie des pierres et des métaux ; « 'Wttrlqif enfin ou cherclie à celte expression un sens un peu moins
• DH^érlel, on est tout étonné de voit qu'elle ne signifie, pour le ^HÊi f^Mi noudMre, que Fait de se passer de religion. »
178 OPlNlOm DE M. DE BONALD.
« nions de Huine« de Berkeley^ dé Héid^ de Htrtteyi
« se partagent les esprits de nus voisins les Anglais, > aaseE peu souoieilx d'ailieura de ces epéenlations regardées comme oreuses par eeux qui ne eberehent que la vie exlérieure; qu'en Allemagne les divers 8|tstème8 métaphysiques qui ont pullulé à ta siièttida ce grand ifiouVement excité par le Kantisme, se satu cèdent rapidement et tombent les uns sur les autres, quoique Lelbnitz et Kant dont les doetrinn éïSk» rent sans se contredire, restent debout; nous nous rassurerons même au lieu de nous inquiéter, en vojrani le plus sage éclectisme former aii|oaftt'M le caractère de la philosophie en France, comme il est depuis longtemps celui d'uue illustre Académie (oe4lede Berlin). Au lieu de ti^uvet* daas le jugement (le notre aréopa-^e de l'instruction, une preuve de la nullité des systèmes, nous y verrons la posat^ bilité reconnue de fonder sut* leur accord Ffenilé même de la philosopliie de l'esprit humain. En effets si « les traités de Bacon comme ceux de Dèscarlaa^ « de Ijoeke comme de Malebranthev de Cdodillae « comme de Leibnilz » et de tant sont également recommandés par le conseil supérieur qui surveilla et dili^^e ritiëtHictioh puh\\<\ué èii fmèe (1), cW sans doute que les sages qui le composent, entendent la pbilosophièi cottiitié rëûtefcidait le sage d^AléMit^
(1) Allusion à un pa<îsâgc dôs naheMes philo.wphif9e$.fÀ
l'aulour, clK'irh.iiit i\ établir le di faut d'unili' ('niiiêiiie temps que 1"' (Iffaul ircvidf'urc la j)liilovoj,||i*>, allf-uc à l'appui de cette llifbc 1rs pm{.'iaiiiiii('> d"riist'igariinMil dr 1*1 nivorsitr. Ces programnm , dil-il » au lieu de recummaoder une docU'iae ooûUMê
hÈÊEHSB DE LA PHILOSm>BIB, 171
drie; c'est qu ils ont proloudéineut jugé que la vraie doctrine philosophiquei sâhs ibitaer an système à ellt seule, ttrlfontè dânà !«« pHnetpu^ systèmes qiûiiiécitttit latièredûfihilesoplile; qu'eUe trouvai il €Bt fitiii .iisie II dWèrses opiDÎbns eu nètiotié d'es-^ |)i'LTs ùi il t' rentes ; uiais (jue rcs nolioiis inèinos veai éift ttliiement àonipsrées, réunies, et qu il est enivîM fiioiie mli ëspriis etercés d*^h eiitraife eee ei^^îuilile véiiièâ iuleilticluelles ei nanules qui
csDèlitiié la vrftië philosophie de l'esttrit huitiaih.
C'est liï ce ([ui rendijlit si émiiifUiliiotU utile iww jpro|ràs de k seience et de ia sa^e^se un cours d'iiisléi^ i» h philosbpbie prophëmènt dité fait détls r^iit (|U^ uoui» iivoiis VU, nou en tiiut qu'il ne préseattvéité eomroe « i'hisloirè des étâts pbptilàih>ls « ijue gtitl^fes el fétolUfions, » injns, îiil eotitfëhr, eii iNiM^4i yielu.iit eu évidcucu toutes ces grandes TéiMI toil|ttelle6 les saines de tous les siëetes, dé irms les pavs ont du eonslauiuient se rallier: ^rt etj qu'il aèuft oifriroit dans cet accofd cbdstant le cti^rhm \v plos fcùf de h térité philosophique;
(ju importent enfin à ectte philosophie une, la divanifté èl rdèitie l'inutilité des tehtsitites faites dllns t<ins les temps pour résdudfc des ([ucstinns qui ne
defttiviktpas être posées, ou pour prouver dés vérités pmiièrds, hmfédiales{ qui n'avaient paâ besoiti de
tètèâa l^àtitetlbtt philo. ^l'iii lue H se contentent d'in- •'#||liiaB4 'Miras les meilîettrs ouvrages de touifes lësécoleê^ « Indiff&reniiiient , prouvant ainsi, qull n'y a aujourd1iui| au- • flff^fiEfiK âssëi liiïïvérsêlleiiiëat accrédité pour être adoplé t àriJiBhiiiMi4f toai iMitrt. »
180 OPJlXlilO^S D£ M. BOMALa
pi caves? comnie si la rtalilé des existences à partir du mot» en remontant à Dieu, pouvait être 1 objet -du raisonnement et demandait i être proovée.Ou'im* porte la mulLiplicité des preuves ? Peut-on eu induire la nullité de toutes? Qu'importe par exemple que Condillac attaque la preuve de Descartes sur rexislence de Dieu pour lui eu substUuer une autre priisc dans un point de vue tout différent? Qu'importe que Hcid, qui sait très-bien sur tjuoi ii s'appuie, eu ;ippelle au sens eonnnuu comme à la ba^ la plus sûre et au meilleur critérium de toute vérité 1 j ? Supposez que cei veilles [u rinuMPs. Ulauâk^lces a la raxsou
humaine, eussent de plus besoin d'être prouvées ou démontrées par le raisonnement. Est-ce qu^elles ne pourraient pas Tèlre de diverses mamei • > ^ Est-ce qu*une démonstration a priori^ comme celle de Descartes, excluiail nécessairement les preuves u posteriari^ comme celles de Locke et de Condillac ^ Fouri,uoi la même vérité ne gagnerait-elle pas plutôt à être démontrée de plusieurs inaaieres : ii^Lquei avantage le scepticisme religieux pourrait-il tirer contre la philosophie de la seule diversité des preuves? De ce que, par exemple, la notion de Tètre nécessaire ou de la cause première, emporte avec elle la réalité de son objet, s'eu suit-il que eette reaiité ne puisse pas être prouvée aussi par les merveilles de h nature? et en sens inverse, hi preuve cosmologique e\clul-elle la preuve niélijpli\ ique? Pour que le scepticisme triomphe il ne sultit donc pas qu'il y ait dtf>
(i) AUmlon au texte de» Beckercim plùi^fophiqmêt
D6F£N6E de UL philosophie. M
férence de preuves, il ne suliil pas même qu'il y ait opposition ou contradiction entre elles et exclusion de l'une par Tautre, il faut de plus qu'elles soient ou
également nulles ou également concluantes. La couelosîoii' sceptique qn'on fonderait sur l'opposition même de ces preuves n'impliquerait donc que Timpuissance du raisonnement ou son manque d'approprifÉioD aux vérités premières ; mais elle concourrait par là même à établir l'autorité de l'évidente» immédiate de la révélation mtéricure; aussi pècUeifôIreUe dans le fond comme dans la forme, en prétendant établir la nécessité absolue d'un recours à réyideuce de i autorité d'une révélation extérieure «■me moyen unique et exclusif de tout autre. Car c'est là que tendi iiL tous les arguments que M. de Sflt^ld (comme tous les sceptiques religieux) prétend tirer >de Thistoire des oppositions ou divergences de la phiiûsopbie.
C^|M>int étant fondamental, il ne sera pas inutile de s'y arrêter encore quelques instants (1 ) .
One veut dire M. de Bonald en affirmant ^ que non- « seulement la philosophie manque d'évidence pour « convaincre les esprits, mais que les philosophes « manquent bien plus d'autorité pour les soumet-
(1) n 7 a ici une lacune et les pages suivantes, bien qu^ayanl, jusqu'à un cerlsin point, leur place natorelie après celles, «ppartienoent très-prohablemenl à une autre rédaetion.
m OPIlilONS BE AL DE BOMALD.
« tfe? » Certainemepl la pliiiosophie première ne peut manquer d'évidence, si elle est la scienee des pre* mières vérités; et si ces premières vérités étaient inoertêines, si elles avaient besoin de preuves et fne ees preuves pussent être eontpeditos, il faudrait reuoacer à toute (-oiHiai.s iii* e,} compris celle de Uteu et du m&i, les deux pôles de la science bumaine. Et
corlaiiicment si les fiiils exléiioiirs, commp le dit Tailleur un peu auparavant, sont évidents pour taus les hommes <( au nioym de certaines conditions, » les faits iuléricurs !<• sont pour tous Uommvs sans aucune condition, tant pour ceux qui fondent leurs systèiiK^s (lo pliil')Sf)jiir!e sur cette base, que pour teêux qui, en les recevant, aperçoivent l< s mémos faits au dedans d'eux-mêmes; et, comme dit Leibnitz, si les expériences iulernes» immédiates, pouvaient nous tromper, il n*y aurait point de vérités certaines.
Certainement si un homme me parlait eh son nom et qu il voulût iuiposer à iiioa esprit ses propres pensées, mon premier mouvement serait de me
voltci" routre lui et de l'ei-mer l'orcill»» à s(^s paroles; mais si je parvenais à maîtriser ce pren)ier mouvement jusqu*à lui demander de sang-froid d'oti il tient sa mi^siou, et qu'il me répondit (jn'il la ti(MU de son génie et qu*il s*a[)[)elle Descartes, ou Leibnits, oo kant, rien ne pourrait m'empêcher d'arc^umêntêr eonlie lui; quand il m'assurerait tenli sa uiis^iou de Dieu et la prouverait par des miracles, il ne pourrait e()nrnndi'i' ma r-iiison et me faire v(tir ICvidenee là où
homme parle à mon sens intime et exprime dos vé«
I^SNSE DE LA PtilLOSOPHIE.
vités qui réveillent, des vérilés appropriées h son témoignage» ja ne lui daroanderai plus quelle est son
aulorité ni d'oii il lient sa mission : je sais que cette aiileifité ii'ast aulre que la révélaùun lulcrieure ellenènie al fient de la même source; je n'ai pas besoin iii<i suspendre mqii jugeniout, » « d'exaimuer si les oaraclèpes extérieurs » des vérités ou des commandeinentf; qui me sont signifies par une parole étraniff're ^nt tels que je lioive Itti» croire on les pralii^uer. Si je pouvais douter, examiner, et que j'eusse besoin «le hiii,jcles à ff'^ppui de l;i par'ole, je pourrais hien dotit^r de la vérité et tinir par ne pas croire à ce que fauraismis en question. Mais je crois sans miracle parce que celle parole est ininiédiate el intérieure et qa^alie vient de la source même de mon existence, de mon être inoral.
Cenduons que la véritable et Tunique întluenee des réformateurs ou des pères de la vraie philosophe dans tous les tcnips, ne puy\ait dépendre d'un nom 6« d^nne autorité même surnaturelle, propre à attribuer î» leur parole le poids et cette sorte d'infaillibilité qui n'appartient pas à l iiomnic; mais elle eotislîta, au contraire, essentiellement en ce qu'ils excluaient toule autoi ilé élra!};;èrt' pour ne clnMcher leuv appui que dans la conscience de tout homme qu*i)s prenaient à témoin delà vérité de leurs paroles*
Eu eiiet, et ici l'auleui' «les rcclieri'hes philoso|)hi- 4|Ms taferra notre plein assentiment : <( Tesprit de tout ^ héhime, iralni'ellefTienl iiulrpcndaiit de toute anto- « fîté humaine, n'obéit jamais qu'à lui-même, lors ^lÉêfllie qu'il rOQoit sa direction d'un autre. Que ce
184 OPLNiOriS DE AL DE BOiN/iLD.
« soit Baeon ou Descartes, Leibnilz oa Locke, qui a vieaae oie proposer ses opiuions, je a ea reçois « jamais que ce que je comprends ou ce que je crois
« compreiuhe. »M.de Bonald complète Tidée quand il dit: « Je ne puis même adhérer aux peuséee de « ces philosophes , qu*autant que je les retrouve « dans mon esprit ou piulùi qu'elles sont les mien- « nés, » (il faudrait dire; autant que je les faisroiennos, s'il s'agissait de toute autre science que de celle de la psychologie ou des laiis de Tàme. Mais ces vérités intérieures sont déjà miennes, lorsque Descartes, Leibnilz, Locke me donnent occasion d y penser ou les réveillent dans mon sens intime. — On ne peut pas mieux reconnaître le caractère de cette révélation intérieure dont nous parlons) ;<( comme je « ne puis obéir à un autre homme ou même à Dieu, « qifîiulaiit qu'il me fait vouloir moi-iîX'me. » Ceci est bien précieux : si un autre iiouime,si Dieu même ou sa volonté me forçait ou m'enchaînait à oertaûis actes ou mouvements nécessaires, je plierais . sous cette force ou cette autorité supérieure, mais je ne ferais pas acte d'obéissance et ma volonté serait sans exercice. Ainsi quand je me soumets volontairement à une autorité étrangère, je n'obéis en effet qu^k moimême, et c'est alors seulement que je suis libre ou que j*agis comme étant mot, personne morale. De même quand j^entends une parole extérieure, ftkt-ce celle de Dieu même, sou influence réelle sur mon intelligence tient essentiellement à ce que cette iotelli^(*nce est déjà en elle-même ou à la manière dont elle est spontanemeut disposée à agir ; et si Dieu me
DÉF£NS£ ÛE Là PHILOSOniifi.
' parle ou uie commande, il faut qu'il me fasse eiiieudre et vouloir par moi-même, en vertu d'une inapiration surnaturelle ; ou bien il faut qu'il ait déposé 4^w>a àme, eu la créaut, ie germe de ces idées •ndbitstft vouloirs qu'une occasion extérieure, une parole quelconque viendra exciter sans les produire aiiss ibrcer, de manière que, dans tous les cas, ee aoit «D moi-même que j'entende ou par moimême que je veuille. Changez cet ordre essentiel de Ja ni^QM humaine, substituez l'influence immédiate #«B9 aatorité extérieure quelconque à l'autorité ou kl^vidence de iaeunscieuce; qu'une force étiangère fifWip la place de la spontanéité du vouloir et de la IHlsité de l'action, et vous détruirez Thomme moral, TOUS anéantirez du même coup et la science et la £n effet, qu'on y pense bien: Thomme qui renoncerait à sa raison propre, individuelle, et par ^ite à sa vuiuuté constitutive pour les soumettre jentiècement à une autorité extérieure, une parole étrangère, fût-ce celle de Dieu même, cet homme abiliquerait par là même le titre de personne morale qu'il tient de son créateur, il cesserait de participer â ia raihDii suprême, il se mettrait hors de la loi de jlipi;f$t cesserait de l'entendre ou de la posséder, .llMItiftt'il cesserait de s'appartenir & lui-même.
Continuons: «cette disposition uaturelle, involouilillffa,; nécessaire, de l'esprit humain, qui engendre cadie diversité d'opinions; cette multitude de sec* ^iesgui pullulent au sein de toute réforme philoso- ^l^^iie, politique et religieuse. » Si la divergence ^op^oQs était universelle^ nécessaire et sans excep*
tiS OPIfllONS DE M. DB BOMALa
tioû, êi elle s'appliquait également et de la même manière à tous les résultats de Tactivité de l'esprit
buinain, aux faits priinitiis et mtérieurs comme aux vérités dérivées et extérieures, et si enfin cette àl^
vergence d'opinions était inhérente à l'espnl liuiuaiii OU avait sa source dans la nature même de la raison DU dans ses procédés essentiels, alors* sans doote, il ' uy aurait piu^ aou-seulameni du pliilosopUic pos^u^ ble t mais même aucun système d'idées snr In iin«> turo humaine qui pût être communiqué d'Iiomnfie à homme. Dieu aurait livré pour toujours à nos disputes le monde moral et religieux comme le monde politique, et toute tentative dcsjstt iiiti j>luiobupiii(|U0 passée, présente et à venir, serait parfaitement com*parahle k la lourde Babel; elle trouverait, en efiet, un obstacle a jamais iuviuciLid dans la confusion nécee^ saire des langues et des idées, et le mal serait sans remède; la plaie l'csleiait nnvcrle jus(ju a ia fin des siècles ; Dieu même quand il parlerait encore aux hommes ne pourrait fiûre qu'ils s'entendissent entre eux sur le seus même de &d parole, et puui luettre d'accord toutes ces pensées et ces volontés indépei^
daiiles i'i naturellemj'nt <lissidenles cuiin^e il les a faites, il faudrait qu'il les refît [1). Mais tout auooiK traire, la diversité, roj)[)09ition même des doctrines, lomil'èlre uuiverselh* v*' '•omportc-t-cile pas les ex* oeptions les plus notables? Loin d'être dans resaenee de chaque raison indépeudunte, cette divcrMtc d o-
{V l'rnsrrs dr Pasn/I. ar'. r. ^ lio ia JUtiniore de prouver la ISérilé et de i'esjioser aux lujMHUes,
pintoBâ ne tient-elle pas néeesiairemenl à la dépendance d une autorité étrangère h la raison ou à la tyrannie des préjugés, des pasaions ou des iatérèta (pA eiiieiireiàaent la lumière et font taire aa voix?
Entre les esprits qui consultent cette lumière ou en* tondant cette voix intérieure, chacun de leur côté» 1^ Ikt^l paa eu et n*y aura^t^il paa toujoura un ao^ eord parfait au sujet des premières vérités pluiuso^ phiqiiea et religteusea? Lea disputes ne viennent que de i'applteation du raisonnement hors de ses limites; le critérium le plus sûr de ces vérités consiste précis fteeat dans cet accord parfait de tous lea eaprita Mépendints qui, prenant la eonsctence pour guide et leur raifioa seule pour autorité, ont su s élever de la péràonne mai à la personne Dieu, et construire entre ces deux pôles fixes une vraie science. Or, cette seîeDeet les siècles n'ont pu et ne sauraient la dèti^, puisque tout homme trouvera toujours en lui les élénieiits propres à la refaire. Enfui ce critérium de tlérlté ne repose-t-il pas sur l'indépendance, Tacti* vHillbrâ de l'esprit humain, et sur le fait que des pensées se rencontrant aux mêmes vérités ibndamentataf,'le« trouvent et les expriment chacune de leur eftté, BàtiB avoir pu se donner le mot ni se modeler les unes sur les autres, sans obéir à aucune autorité sIMiiMT Car la parole de cette autorité sujette à interprétation, demanderait elle-même un critérium^ au lieu de pouvoir eu servir. Si tout cela est vrai, canÉÉé nous le croyons, bénissons cette heureuse indépendauce sans la(|uelle il n'y aurait point de vénlaUecomn^unication entre les esprits pensants, au-
M OPUVlQNfl DB M« DB BQNALD.
euD point de ralliement aux mêmes vérités* et aueim
critérium de celles-ci ; reconnaissons que si elle engendre une certaine diversité d^opinions philosophiques sur quelque^ questions, elle est aussi le vrai principe de leur râUiement à ce ibnd de vérités éternelles qui résistent à son épreuve et demeurent les mêmes quand toutes les opinions passent ou ciiaagent, soit qu'elles se perfectionnent, soit qu'elles s'altèrent dans la succession des âges.
Ne croyons pas au surplus qu en prenant le inot philosophie dans cette extrême latitude et cette acception vague qu'on lui donne, ne croyons pas, disje« que l'indépendance de la raison humaine qui produit la variété des systèmes* soit une cause réelle des contradictions , des oppositions dont ou cherche k se prévaloir contre la philosophie; gardons-nous surtout de prendre les différences de points de vue philosophiques pour des contradictions entre les philosophes, et ne prononçons pas légèrement que tous les systèmes sont convaincus d'incertitude et d'erreur, parce qu'ils rouleraient sur des choses différentes ou enniloicralcat des formules diverses pour exprimer des vérités identiques au fond. La nature de rhomme, physique, intellectuelle et morale, est susceptible d'être considérée sous bien des points de vue différents. L'observateur qui s'attache par prédilection il Tnn de ces côtés y voit bien ce qui y est, mais non pas ce qui appartient à une autre face. Il est certain par exemple que hors de l'activité de l'intelligence et du vouloir humain, il y a des scnsationst des imnges, des appétits^ des passions qui
IMfereNiiS DE LA PIIILOSOPUIB. ASf
foot b loi, et eotrainent rsiDÎmal dans un cercle où
la sensibilité physique imprime le mouvement et réciproque meut* Le psychologue prend ces faits pour ce qu'ils sont, mais en voit d'autres d*une espèce supérieure qui se combinent avec les premiers. Le déisiMff^^ysl^aies» c*est de se donner pour exclusifs, et^^érreur commune aux philosophes comme aux tonemis de toute philosophie , c'est de prendre les dMBiioces pour des oppositions.
Si M. de Bonald eût voulu de bonne foi chercher %fi)il4r,coiQmun d'idées et de vérités morales, reconnues depuis Socrate jusqu'à Kant, et qu'il eût appelé cela philosophie, sans doute les réformes et l|ft isolations de la philosophie se seraient offertes à son esprit sous un tout autre aspect. .e^)||($)|es.^nt ces vérités universellement reconnues per liiit: les esprits, indépendamment de toute autorité, de toute iulluence médiate ou immédiate, napa miraculeuse, et par la seule autorité de l'évidence, ces vérités absolues, que tous les systèffle%^*.ç^rdent à reconnaître, et qu'ils prennent toajouii9«oinme données évidentes, alors même qu'ils cherchent à les dissimuler sous diverses expressions?
afi^ 9U contraire les résultats ou points seif6S de doctrines où les esprits se séparent pour marcheri^^cua sous son enseigne propre, sans que fé!f0fnc0 même de i^auiarité puisse tenir lieu de tautoritéde l'évidence f Voilà ee qu'il eût importé véri- ||}»lem^| ^e bien rechercher, et ce qu'il eut été utile et insiiifetif de distinguer, en notant avec plus d'exac- Tout fait quelques historiens de la phi-