‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 19 sur 66 · OPINIONS DE II. DR BONALD · texte numérisé non relu

OPINIONS DE II. DR BONALD

lD8opliie« les points de raliiement et de convergence des systèmes divers en apparence par les formes, et parfaitement identiques quant à la base ou au fond même des idées* Ma(s quand même ces feeboffehes n'auraient eu que le succès le plus incomplet^ elles auraient toujours eu plus d*utilité pour nous tfi» fM déclamations vagues contre la philosophie qui enve* loppent toutes les doctrines dans la même proMPip»

tion et flétrissent également tous les eflorLs que IW prit de Thomme a faits ou pourra faire à l'aveDir pour connaître ses propres opérations et satiifldfa complètement au précepte de i oracle de la sagesM : nùêce u ipsum.

De ces ubjeclions contre la philosophie, considé^ réeen général sans distinction de doctrine» obfêo* tions tirées de la nature de son ohjet, de Timpaissance de ses moyens, et de 1 impossiinhté où elle est de donner la loi comme de la recetotr, rauteurpiulM brusquement à un tout autre genre d'attaque, et prétend juger les doctrines philosophiques par leurs ef* fets. « Quels ont été, demande-t-il, les résultats de « cette philosophie tant vantée sur la stabilité el la 4t force des sociétés qui l'ont cuItlvéeT car c*est uni* K quement dans leur rapport à la société qu il faut « considérer Phomme et ses opinions. » Nous nV YODS pas besoin de suivre Tauleur dans cette digression où il donne trop beau jeu à la critiquai et où«

en voulant faire le procès à la raison humaine, il ne tait que celui de la sienne propre. Quand on parle des résultats de la philosophie, il faudrait s^entendre d'abord. Vouloir que Ton considère uniquement

DtnNSB DIS LA poiiiosoran. iM

lliommê et ses opinions spéculatÎTes dans lenr rap*

port à la société, c est prétendre tracer le cercle où doit se renfermer le raison humaine ; c*est lui interdtfMMfte spécnUtton sur les choses et lés êtres qui 86trouvcnt par leur nature hors de la société; car MlfÉrilét spéculatives n'ont par elles-mêmes aucun rapport avec les individus ou les sociétés et en sont indépendantes. Que signifie de plus cette assertion édflMIiqëei quand on dit que : le critérium de tou^ tesles.doctrines est l'état de la société où elles sont pWfeaiAeg? Ne pretodnm pas Teffet pour la cause ott la cause pour reflet? Pourquoi la philosophie, comme li littérature qui en est la fille, ne serait-elle pas ftil)ri%iélèti de la sociéfé, plutôt que Fétat de la société ne sera Texpression ou le critérium des doc- Mi^^bilosophiques. Est-il bien vrai d*abord què « l'homme et ses opinions spéculatives ne doivent € être considérés que dans leurrapport à la société » là ll^t^liuiÂèé qu'elles y exercent, comme s'il n*;^ avait pas d'autres connaissances ou d'autres études ifli^èéHéi qui peuvent s'appliquer aux affiiires de monde? Est-il permis, est-il possible de limiter, ou plutôt de fermer entièrement le champ des véri<* HM^pSéffëtivès? N'y a-t-il pas des vérités abstraites qui peuvent et qui doivent être considérées uniqueinenidaQv le rapport qu'elles ont entre elles ou à

ftsprit qui les perçoit, avant même de l'être dans leuiL application aux objets? Est-ce que la géométrie wHIm ifte^tl^ i^îmêre si elle ne servait pas ii la mesure des champs ou à la détermination des orbes phnétaireaf Combien de vérités mathématiques et

omms 0£ M. D£ JBONALa

métaphysiques qui soDt et seront peut-être toujours sans application au monde extérieur I £d sont-elles 111 oins des vérités évidentes?

tàits que cite l'auteur à Tappui de son assertion font voir qu^il prend parti eontre tonte philosophie de la même manière que J.-J. itousseau se déclare contre les sciences et les lettres dans son fameux discours. Mais, de ce qu'il y aurait eu dégradation de mœurs et de force sociale chez certains peuples en même temps que la philosophie y aurait gerroé« que certains systèmes s y seraient développés, la simultanéité de deux effets suffirait-elle, aux yeux de la raison, pour les considérer comme cause Tuo de Fautre, lorsqu'il peut y avoir d'ailleurs une ou plusicuis il u 1res causes éloignées qui ont concouru à produire simultanément les deux sortes d'eliéts dont il s'agit : pastAoc ou cum hoe, ergopr opter AoeFCeiie manière de raisoniier est assez familière à des iiommes qui ne sont pas philosophes. Il est difficile de croire, quoi qu'en ait dit Montesquieu, que ce soit la philosophie d'Épicure qui ait gâté Tesprit et le cœur des Romains; mais on conçoit très-bien que des esprits et des cœurs déjà gâtés par des circonstances sociales que la politique peut assigner, aient mis en vogue la doctrine dXpicure» modifiée et défigurée par les passions, qui ont, comme on sait, une logique

et une iiiétapliysique appiopiiée. Si la doctrine d'Ér picure avait pu avoir la primauté d'inliuence pour amollir et gâter les coeurs, celle de Zénon n'auraitelle pas eu aussi son influence pour ibrtifier et élever les ftmes en épurant les mœurs?

l3iÈFBSi9& D£ LA PiiLU)SOi'Ui& 193

Certes, M. deBou..l(l devrait être aussi intéressé qa'aucuD philosophe à ce que les opinions purement spéculatives ne soient pas irappées d une [ii uscn|)tioQ Mieî générale, aussi absolue, et jugées sous le rapport unique de leur application à la société. Comine^,{MfUtroa croire d'ailleurs que le vrai critérium de tottles les doctrines philosophiques (y compris cei^^ d'une métaphysique transcendante qui est le dimiitfiiliif il*un si petit nombre de penseurs) soit uni* quemeut l'état de la société où ces doctrines nais-

seatt

L*auteur a dit ailleurs, dans son langage aphoristîque, que la iiitérature est rexpression de la société ; pourquoi n*en pas dire autant de la philosophie, dont la littérature n est qu'une branche? Certainement on risquerait beaucoup de se tromper en jugeant de l'état de la société d'après certaines opinions spéculatives qui y sont adoptées par telle école de philosophie. Mais s'il y a une influence quelconque, ou un rapport entre deux termes si éloignés l'un de l'autre, c'est bien plutôt l'état de la société ou le concours de toutes les causes morales, politiques, physiques, auxquelles cet état est dû, ({ui aura imprimé aux opinions philosophiques telle direction particulière, plutôt, dis-je, que ces opinions n'auront produit l'état de la société. Si donc le critérium dont pairie M. do Bonald avait quelque vérité, ce serait dans uu sens précisément inverse de celui qu'il lui donne en confondant la cause avec l'eflet, ï expression avec la chose exprimée,

l'^s doctrines les plus diverses se trouvant con-

m OPINIONS DE M. DE BONALD.

fondues sous le nom général et vague de philosophie^ ranathème qui frappe le genre tend k flétrir toutes les espèces également ; et les Stoïciens sublimes, dont Montesquieu a dit qu'ils n'exagéraienl eft iMorie

comme en pratique que ce qu'il y .1 de plus grand dans la nature humaine, ne doivent pas plus trouver grAce aux yem des détracteurs de toute pbiloê(^hi« que la doctrine toute sensuelle et le matérialisuic systématique de Lucrèce. Et cependant, si Ton «ôH^ vient que TEpit uici»aic lil plus de mal à iioiae que tous ses ennemis ensemble, il faudrait bien convemr aussi que le Stoïcisme professe par les Anlonîns^lol fit plus de bien que ne pouvait lui en laire i'igno* rance ou le mépris de toute philosophie pvoitaié par les premiers liomaius. Si 1 état puiilique et moial où U société était parvenue au temps de Hân^ith

rèle avail p» 1 mis que la philosophie de Zéiion se popularisât autant que celle d'Épicure» les derniers Romains auraient valu un peu mieux que 1ès ']|^ra-

miers sous le rapport de la force et de l elcvatioa de» âmes, de l'amour de Tordre et de la stabilité iociate

Cest aiiïM ijui 'lî>ns cette parlie des objections qu il

élève contre toute philosophie en général, l'^QMl'

est toujours dans le vague des déclamations, parce qu'il passe ou saute à chaque instant du parliculior au général, en appelle k toutes les doctrines et <nl<tfi^ par une iliusiou smguiiere, pouvoir se servir des mêmes armes pour combattre ou renverser d'ûn seul coup les sybtcuies les plus opposés; il ne songe pas que les objections particulières qu'il élève aveofii* son contre Tun servent précisément à étayertd àoM

0&FJKNSK DE lA. ^HiLOâQPIUS. iOd

qull veut pourUat envelopper daus la même pro* seriptioD*

M. de Bonald, croyant qu*il allait battre en ruine la philosophie» se jette d'abord îœprudeaunwt dans la mêlée des systèmes, et passe au travers sans avoir vu mire chose que les signaux, sans se faire même antiMée des forces réunies qu'il avait k combattre* Ce**est pas ainsi qu'ont fait les hommes véritable^ latet redoutables, les Pascal, les Montaigne et kanl Wàmêi M mal apprécié par M. de Bonald. C'est ao cœur aièiiie de la philosophie qu'ils ont visé, ces Im^m véritablement forts; c'est à la raison hu^ maineèi bien et si profondément explorée par leurs lnmil& qiiHls se sont attaqués en l'interrogeant sur Istf^lilMtiret lui contestant le pouvoir d'établir une vérité quelconque. C'est en prenant les choses de lifillHMit, en planant sur le champ entier que cou'* wentleB Systèmes les plus divers, quMIs ont oom* l>âUu toute philosophie, et ont pu , sinon se flatter ëwà Itiisnif he général et complet, du moins ébran** l^la raison humaine et la laisser indécise entre elle i|lipe|itie»me, entre la philosophie et la foi. '^KuiH M^avons pas besoin d'examiner les divers ca* mettes que l'auteur attribue à la philosophie de 4l^ùe paysi la manière dont il cherche à caractériser les écoles anglaise, allemande, française, est mispient vague et superficielle qu'on ne peut s'em«

pêcher de penser quv raiiteLii' connaît seulement sur iarfflfliijlfi. rhfttftî dont il parle. Nous doutons que la Miéléi philosophique du nord de l'Allemagne soit biîaucoup affectée de l'horoscope funeste lancé cou-

M ùmum DE M. DE BONALa

tre elle psr notre Antipbiiosopbe français : mais lorsqu'elle donne tant de certificats de vie à ceux qui savent lire sa langue, elle apprendra peut-être avec quelque surprise qu'on la proclame morte, si ce n*est de fait, au luoius de droit.

Il y a aussi par trop de témérité (je n*ose dire de légèreté quand il s'agit d'un personnage si gi avi /, à vouloir juger de tout ce qu on ne connaît pas« dont on n*a pas même la première idée, a traiter de billevesées et de pures cliinières des systèmes qui occupent tant de tètes pensantes ; il y a de la présomption k haiter aussi légèrement tant de savaiiU qui, après avoir exploré toutes les branches de la connaissance humaine, s'attachent à Tenvi à creuser jusqu'aux dernières racines de l'arbre et qui ont pénétré si avant dans ce souterrain où ils ont le courage de s'enfermer. Ces efforts fusseul-ils iauliles, toutjug8 compétent, ami de la morale et de la religioii , ne pourrait encore « se défendre d'un sentiment d'ada miration pour cette vie intérieure, celte vie de la « pensée qui forme un trait distinctif du caractère et « du génie national des Allemands. C'est là que se « trouve la vraie grandeur et la vraie dignité de

« la nalurtî luiinaine (1). »

11 y a loin de cette manière de voir à celle de notre auteur sur Tétat de la philosophie comme de la

morale et de la société eu Aiiemagne.

(1) Ancillon, ^lélançci delUtéraiure et de philosophie^ tome 9. Etta! sur rcxisteace et sur les denierB B|»tèmM de mélaphysiqae qui ont para en Allemagne.

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