D8 U CROYANCE £T DE LA BAISON
Il y a dans l'esprit huniaia deux tendaDces diûéreates, mais non opposées, el qu^on chercherait vai-
nemeiU à délruh e ou îi saci ilier ruiiL' à Tau li e. C'est le besoin de croire les vérités premières et nécessaires, indépendamment de tout examen, de toute preuve, et le besoin d'examiner ou de cliercber des preuTes à tout ce qu'on croit ou quon affirme. N'admettez qu'une de ces tendances et vous n'aurez, ou qu'un scepticisme absolu, ou qu'une crédulité aveugle et superstitieuse. Tout croire sans examen lorsqu il s'agit d'un certain ordre de vérités placées hors de la sphère du raisonnement et non de la raison, repousser toute croyance qui ne peut être prouvée, sont deux extrêmes également opposés aux iois de l'esprit humain. Entre ces deux extrêmes vient se placer la vraie philosophie qui prend l'esprit humain tel qu'il est, intégralement et sans mutilation. La philosophie, ou la science de la sagesse, fixe les limites de la raison el fait la part des croyances.
Il se peut que le meilleur temps pour les sociétés haiiiaiucs ait été celui où dos vérités d un certain ordre n'étaient jamais contestées ni mises à l'épreuve du doute et de Texamen ; où les hommes pouvaient bien être entrainés par les passions à violer les lois
ÛPl.NiONS DE M. D£ BONALD.
de la morale, mais ne cherchaient pas du moins à justifier leurs écarts et leurs vices par des arguments sceptiques, opposés aux premières yérités de la religion et de la morale, desti uclifs de cette noble fermeté de croyance, à laquelle se rattachent comme à leur source tous les sacrifices, toutes les vertus publiques et particulières, Mais lorsque la raison bu* inainc a éteiulu et dépassé ses bornes légitimes, lorsqu'une philosophie sophistique , ou une méta« physique audacieuse, ont tout mis en discussion, jusqu'aux bases mêmes de la science comme de la sagesse, ce ne sera point en proscrivant tout exa* meu qu'on ramènera les humines aux croyances nécessaires; ce sera au contraire par un examen sérieux et approfondi de la nature intellectuelle et morale, ou par la vraie philosophie, par la raison même se rendant compte de ses moyens, de ses procédés, de ses lois, et cherchant elle-même à déterminer ses propres limites. Et Ton conviendra que ces points d'arrêt, que la raison s'impose à elle-même , en employant toutes les forces de Tabsiraction et du rai* soimement à reconnaître les limites où ses facaltéè u'outplus d'autorité ni d'application légitime, 00 conviendra, dis^je, que ces bornes sont autrement fixes quand la l aison les a posées, que si une autorité extérieure quelconque tendait à les élever. Ici comme ailleurs, la maturité d^examen, la liberté du consentement ou du choix servent à fonder robéissancc et le respect pour la loi. Que les antagonistes de la métaphysique, <juels qu'ils soient, apprennent donc à honorer le philosophe qui a le premier élevé une
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iurrière iafraachifisabld entre la scienee, dont il flonda ei avanl les profondeiirSf et le Baocttiaire dea
premières vérités religieusea et uioi aies dont il montra la saoetioD dao3 la conscience et le sentiment (i).
C'est bien vainement au surplus qu'on chei ihc à mutiler Tesprit humain en lui interdisant l exereiae d'une fiiculté d'examen qui« étant dans sa nature» n'est susceptible d'aucune limitation prescrite êprkriw avant Texpérience, car rexpérience seule peut en manifester les abus ou rinutilité, (juand elle est appliquée hors de sa sphère. Ceux qui prétendent Boustraire ainsi es abrupto à la juridiction de la raison huiiiuioe certains dugaics qu'ils ordouueiU de eroire et qu'ils défendent d'examiner, ne sont pas fliieux fondés que ceux qui s'obstinent à méconnaître ]m bornes nécessaires de la raison en rejetant tous les principes de croyances qui ne sont pas susceptl«bles de preuve ou de démonstration.
Entre ces deux extrêmes vient heureusement se placer la vraie philosophie qui, faissnt valoir la raison selon toute i exlensiuu de son droit, se sert de la Piiioo même pour faire la part de la croyance et de la science; lummenee par tout examiner, tout mettre en discussion; distingue par là même les vérités premières des objets qu'il est également impossible de démoutrer dans la spéculation, et de ne pas croire dans la pratique. D'où cette conclusion éminemment philosophique quou n'est en droit de tirer qu'apiès un examen critique et très-approfondi de
(i) XADt.