OPINIONS DE M. DE BONALD
est donc pas l'objet. Dans des recherches philosophiques, et quand on prétend énoncer des vérités premières, la première condition devrait être, ce semble, d'altacliei- quelques idéesaux mois employés et. avant tout, de bien s'entendre avec soi-même-
Comment entendre de plus que les vérités particulières, individuelles, soient coiuuies par des faiu physiques, objets de nos images? Toute vérité paiticuUère est un fait, à la bonne heure ; mais que ce fait soit nécessairement un fait physique ou extérieur, je le me absolument. Car. à partir du fait de conscience ou du sens intune qui est le vrai primitif, il y a ™e ^^^^^ entière de vérités particulières et éminemment iiullviduelles puisées k la même source et qui sont entièreiueut séparées du monde physique. Au contraire, ce monde physique a ses faits généraux qui ne peuvent être conçus que comme tels; ses lois générales, constantes, universelles, qui, au regard de notre esprit, n'étant bornées ni par les temps ni par les lieux, sont le fondement et la raison de Tordre de l'univers.
Ainsi, tandis que, d'une part, la physique, la mécanique ont leurs lois générales auxquelles corres* pondent nécessairement des vérités ou des croyances générales universelles, la science morale ou sociale se compose presque tout entière de vérités ou de croyances essentiellement individuelles, propres à chaque être intelligent et inhérentes à sa nature. Tels sont les faits de sens intime qui attestent immédiatement à chaque homme sou existence individuelle, sa libre activité constitutive, sa causalité dans les
DÉFENSE DE LA PUILOSOPHU
actions volontaires, sa dépendance d'une cause dans les impressions passives, le Lien et le mal, le juste et Tinjusto, la loi du devoir, le mérite et TexisteDce réelle d'une cause suprême intelligente» celle .dçs aobelMicee» de la matière.
Ainsi, loin que toute vérité morale ou sociale se difttiagae par un caractère propre et inhérent de généralbé qui la constitue en dépendance des causes étrangères d'impressions reçues et d'enseigaeiueiils tnuDBmis par la société à l'aide du langage* tout au
couUaire cet ordre de vérités se distingue par son caractère singulier d'appropriation à chaque nature individuelle, caractère en vertu duquel toute personne iuoraie, lutelligeiile, trouve eu elle et en elle seule, tm premières vérités identifiées presque avec l'in-stinct; et elle ne les choisit que par sa pi opi e iumièit/tor rautorité seule de la conscience» et non sur aucune autre. Ainsi, je ne dirai pas que « la con- « naissance des premières vérités intellectuelles mo- « rths ou sociales, objet des idées générales, nous « est donnée par la socielé, » tandis que les con- BMesUices particulières individuelles, objets des ima* Ik'os comme les faits physi(|ues, « se trouvent dans «i|MMis*mèmes, individus, et nous est transmise par fflt mpport de nos sens, » ce qui est vraiment inintsjliflihlr ; mais je dirai tout au coiUraire que la eon- HilMMe des premières vérités intellectuelles et morales, identique dans sa source avec leseiUiDienlpri- 9iti£de Teiistence de notre activité individuelle, en reçoit un caractère individuel et simple, et se trouve d abord en nous-mêmes indîvidust ou est inhérente
Sif: CiMMiOm DB 11, DE fiOMALa
auMosiotime; taudis que la connaissaoee des vérités physiques ou relatives au inonde extérieur ayant comme étrangère un caractère de généralité objective, ne peut nou» être donnée que du dehors par
rexpériciice répétée ou renseignement de la «ocîélé. Je crois k la réalité d'une analogie prise aiUt^ut » que danft^led mots, entre les vérités morales intérleoret qui tiennent par essence au senLiiicul iiidividuel de ràme> et l'individu ou la personne qui ne peut épfoi»* ver ce sientiment qu'en elle-même puisque c^esl elk^ même ^tnou pas un autre ({iii l'éprouve; coiiiaieje reconnais une pareille analogie entre lee yéritée evp*
tcrieures générales de la physique, et la société qui oonserve le dépôt des faits et des observations, pro* duits de l'expérience et du travail des siècles, pour les livrer aux ludividus euneux de connaître, et jaloux de grossir ce riche trésor* Une preuve de cette double analogie se trouverait peut-êlre dans les progrès toujours croissants des sciences physiques et Té* tatstationnaire de la science qui a pour objet llioaiaie mèuit* uilcUcctuel et mural.
Ce n'est pas qu'on exprimât une vérité bien hmi^ neuse et bien neuve en disant que les vérités ^cné-* raies des sciences pliysiques sont données par le moyen de la société, tandis que les vérités momleiM peuvent être étudiées que dans l iadividu qui s'applique k se connaître ou k se chercher luinnéme due ee qu'il a de plus intime ; du moins on ti*iuiiiil fêê avancé une erreur manirosie, et i ou ne tomburaii pas dans le plus grossier paralogisme, en prttendnit
déi'ivt^r du la bucàtjlc aux. uiùividub lu ^ybùaie euùi^r
des aoliouB ou croyaDoes iatelleciaellaB et morale», par celte seule raiaoo tout à fait puérile qu'il doit y I^YQIf jmalugie tuiUti leâ vçntu^ ^oçjiulett et la société; eonVHi H 1% ioeiété était un être myatérieux, exia^
tant par lui-même indépcuJaiiinicnt des individus, ftdiffireiil de lour réuaioa; oomoie si la société» ma lea individus, possédait un système de yéritéa (|tM lui aui'aiciJi èità doducub piiiiiiliveuicut, et que tel 4iidKvîdus reoeyraicDt passivement sans avoir même le droit d'exauiiiier, ni par suite les moyens deutâo^re c^a vérités extérieures; comme si Ten^ migiMUnent quelconque donné par la société & cha* (it; membres u eUiit pas toujours t^l iieees^
aMfment une transmission orale d'individus à d'au*
très individus; coriwiie si les notions ou les sentimeutfi communs k toute Tespèce pouvaient avoir kvr eauae et leur raison ailleurs que dans la nature LiiLiiic dci» individus, ou dans les facultés également dméaai cliacun par l'auteur de leur existence; en^ flo^comme ai ce n*était pas rouler dans un cercle ri* difi^l^.que d expliquer la nature huuiaïue ei h s lois Hiinordiales de son intelligence par la société; car lasotit Li: a elle-même évidemment besoin d ttreex-
par Tbomme doué, soit primitivement» k lépoque de sa eréation, soit postérieurement par une
sorte de tiaiisi i eaiioii miraculeuse, doué, diâ-jô, dt
Aqi^lia, 40 notions, de sentiments ou d'instinetSi re*
Igtifs à l'état social uu il di vait vivre.
V^fii lea pliUoâopbea, les uns distinguant les lé^ lîNtmJai notions généralea, uniTersellea, nécessai-i IWbMWWMU^rd^ n&mUûiiA ou image» aca-
OnNIONS DE M» M BQNAIDl
dentelles, variables, contingentes, les considèrent comme Inhérentes à Fâme, nées avec elle, et étrangères ou supérieures aux sens qui ne donnent que des impressions ou des images accidentelles, contingentes, variables. Mais ils avaient cru jusqu'à présent que les premières n'étaient point adventices k l'âme ou ne lui venaient pas du dehors ; qu'il ne fiillait eu chercher la source que dans l'essence même ou dans l'intimité de cette âme k laquelle elles somt inhérentes; tandis que d'autres philosophes niant la distinction, entendaient que tout vient à Tenteiidement par le canal des sens, sans excepter l'cnteiidement lui-même. D'autres enfin plaçaient avec Phe ton ces notions universelles dans l'entendement éinù où notre esprit les voit, les contemple comme objets extérieurs à lui.
M. de Donald qui semble vouloir adopter la dis* tinctton, l'obscurcit et Tefface presque par la ma* nière ambiguë dont il la pose, pour la plier à ses vues systématiques. 11 nie que les notions universelles aient leur foyer dans l'âme ou qu'elles soient l'objet d'une révélation intérieure par laquelle le moi humain aperçoit son existence individuelle, connaît Dieu et lui-même, et tout en accordant aux empiriques que ces notions doivent venir du dehors à Tâme, il nie qu'elles viennent par la sensation. Resterait, ce semble, la vision mystique et immédiate des idées universelles dans l'entendement divin, ob elles seraient. Mais ce n'est pas cela encore, et voici bien un autre mystère. Ce n'est point Tesprit humain, ce n'est aucun entendement individuel qui est le siège,
DÉFENSE DE LA FBILOSOPHIE. 2W
le véritable sujet d'ialiéreoce des noiions ou des vérités dont il s*agit; mats c'est la société qui, douée
(i uue sorte d'enteodemeiit collectif différent de celui des individus, en a été imbue dès rorigine par le don du langage et en vertu d'une influciue miraculeuse exercée sur la masse seule iodépeudamment des parties: Tindivida, Tbomme n'est rien; la société seule existe, c'est l'âme du monde moral, elle seule reste, tandis que les personnes individuelles ne sont que des phénomènes.
Entende qui pourra celle métaphysique sociale. Si l'auteur la comprend lui-même nettement, c'est que nous avons tort, il iaut alors ne plus parler de [diilosophie, et reconnaître le néant de la science de l'homme intellectuel et moral, il Faut avouer que toute psychologie qui prend sa base dans le fait pri« mitifde la conscience n'est que mensonge, etconsi* dère la science elle-même comme une illusion qui nous trompe et nous égare sans cesse, en nous présentant tout, jusqu'à notre propre existence, sous une image fausse et fantastique.
^ Ne nous laissons pas encore décourager, et pour^r suivons notre examen coinnic si nous étions quehjue chose d'existant et de distinct de la société. Ecartons d'abord toute discussion oiseuse sur un état de nature de l homme individuel, liors de toule société. Quand on considère l'homme intellectuel et moral, 011 suppose tacitement que les conditions premières delà vie extérieure sont satisfaites. Il QO s'agit ici que des conditions ou des lois universelles et nécessaires de la pensée ou de l'iuteiiigence humaine. Or, ces
' lois absolues ne sont des vérités primordiales et nécessaires qu'autant que rhomme les constate k leur
titre, par la réflexion dont il est doué ; cette faculté distingue éminemment la nature humaine de la nature animale, qui a Lien aussi ses lois primitives et nécessaires, mais qui les suit sans les connaître» sans pouvoir s'en rendre compte. II y a donc bien lieu à examiner les lois universelles et nécessaires de la nature humaine» puisque c'est par cet examen réflexif seul qu'elles sont des vérités pour nous, puis* que c'est Temploi de la plus belle et de la plus noble des faculfés que Dieu ait donnée à l'hommet pour le counaitre et se connaître soi-même. U faut examiner les premières vérités ou croyances indivt* duelles relatives à l'existence du moi^ de la personne individuelle, de sa libre activité, de sa dépendance d'une cause suprôme; car c'est ainsi seulement (]ue nous pourrons trouver les éléments et les vrais prin* cipes de la science spéculative ou de la connaissance de l'homme et des choses, du sujet et de Tobjett du monde des réalités et de celui des phénomènes ou apparences. Il faut examiner ces principes et les scruter dans toute leur profondeur interne pour sW surer qu'ils ont la valeur réelle de principes, qu'ils sont les bases, les conditions premières et les données nécessaires de la raison, et par suite, qu'ils ne saturaient être ni établis, ni constatés, ni prouvés par aucune forme de raisonnement ; il faut les metr tre ainsi hors de toute discussion métaphysique, ei à l'abri des arguments sceptiques.
Les notions individuelles dont nous parlons n'en
soai pas moins uaiverselies et nécessaire»* ou n'ea 8ont que plus aptes k prendre ce caractère par le premier exercice de la raison; et il faut bien remarquer iei que toutes les vérités qui ont leur source médiate ou imiiiédiatc dans la conscience du inoi, ne 800t. ou ne deviennent universelles et nécessaires qa*iutftnt qu'elles sont individuelles et personnelles. Écartez ce caractère personnel et simple des notions, et oonfoodez-les avec les idées générales collectives, et vous ne trouverez que des abstractions, des col* lectioos artiliciclles ou leurs signes. A la place des élrn réeb exprimés sous leur vrai nom, vous aurea par exemple le grand tout collectif, Dieu, cause suprême et une de tout ce qui est; Tàme sera la colleotien des sensations ou des parties vivantes et sentantes. Il n'y aura plus de personue, de mot.
Ooire les notions ou croyances individuelles qui reposent sur le lait primitif du moi ou sont collatérales avec lui, il faut encore reconnaître des vérités eu tietionB également primitives et sociales, sociales en tant qu elles sont relatives à la société ou qu elles le fendent sur le sentiment des rapports d'espèce, et Déanmoins encore individuelles en tant qu'elles sont propres à chaque individu et nées avec lui ou créées avec k sentiment delà personnalité. Que si par no* liûiis, vérités ou croyances universelles sociales, on ittlÉndailfion plus les croyances qui sont relatives à la société, mais ks notions transmises aux individus par la société seulement, avec le langage donné par Diso^ et qu'elle livre successivement, comme elle Ta reçu, aux individus capables de Tentendre et ioipui»^
m oponoRS de il de bonald.
sants à le eréer, nous reconnaîtrons qu'il y a de telles
croyances ou vérités sociales; mais elles ne sont pas universellest communes à tout iDdividu,comme faisant partie de la grande société du genre humain, mais générales ou spécifiques, et rcialive^ 5uuîeiiiuiil a leiic position, telle circonstance des sociétés particoliëres. Sous ce rapport nous nous croyons fondé a dUii aicr précisément une proposition contraire à celle del'aa-* teur. Les croyances, dirons-nous, ou vérités générales et sociales qui ont i>esoin d'être successiveineul transmises par la société au moyen de traditions orales ou écrites, parce que riudiviuu ne pourrait jaiUtiiS entrer en possession de ces vérités par lui*mèmeiit sans des secours ou moyens extérieurs ; ces vérités, dis-je, générales pour la société où elles sont établies ne sont point universelles, éternelles^ communes i iuut ce qui est humnie, et hien loin que Texamen doive en être interdit, ce sont celles-là précisément qui ont besoin de passer au creuset de la raison individuelle pour être adoptées comme croyances légitimes et principes d'actions vraiment morales.
Je dis d abord (|ue les vérités générales iluni d s agit, en tant qu'elles sont transmises par lasociélé beuleinent et apprises par chafjue ladjudu, soit au moyen de renseignement direct ou langage artificiel, soit par Tinfluence de l'exemple et de Tautorité, ne peuvent avoir un caractère universel, commun à tout ce qui est homme, quelle que soit la société où il est né; et recq)roqueuieut je dis (pie louic n 'iiuii u.: croyance qui a ce caractère d'universalité n'a point été transmise par la société ni apprise au uioyciidu
dIferse db la VBOUOÊÙSTBB» HZ
langage ou par la force de Texeinple, mais qu'au
contraire elle est portée dans la société coniuie une lomière propre inhérente k ïime^ qui éclaire tout homme venant au monde « lux quœ illuminât om- « nem iiomimm venientem in hune mundum [l]. » Gelt» vérité me semble si évidente (p h je me bornerais à 1 eiiuiicer si M. de Donald u avait pas lubiate si dogmatiquement sur la proposition contraire dont il fi»t Ist base de toute sa doctrine.
. Ainsi par cela seul que cei laines croyances généraies ne sont que les produits des leçons transmises
avec Iti l;iii^;t^c aililiciel jiaà la société aux nitiividus, et n'ont leur raison d'être que dans des habitudes aaeiales, dansFinfluence de rexemple ou le principe ilimitatioa» ne pourrait--oa pas affirmer harduueul que ees notions ne sont pas universelles et nécessaires? Et ici nous no j)()uvons nous euipcLlier de remarquer une analogie frappante entre la nature intslleetuelle ou morale et la nature organique ou anittiale, leaiiuelles entrent l une et Tautre dans la «OBpoeition de l'être mixte appelé homme. Quand on voit tous les individus d'une même espèce anunale JMaifester tes mêmes appétits, les mêmes désirs, les mémon aversions ou les mêmes craintes à la présence dacei'Laia^ yl>ie(s; ({uaud ou les voit exécuter couiÉMsment et en tous lieux les mêmes ouvrages parfaitement scmhlaliles, traréssur un plan absolument uniforme, combiner leurs ibrceset leurs mouvements de manière à atteindre le but général auquel ils par-
Ci) EmgUe selon saint Jean, chap» i, vers» 9*