OPINIONS DE M. D£ BONALD
Tiennent toujoon infoillibleinent, dira-t-on que cm
animaux reçoivent de rassociaiion aeuie le principe de leurs appétits, de leurs affections sympathiques
et de leurs actes instinctifs? Ne faut-il pas au contraire qu'il y ait dans l'instinct sensitif propre i chaque individu et commun à tous ceux de respèce, le principe de la sov'x'^i*' nièaie, véritable raison de cette sorte de sociabilité, et de Tuniformité de leurs actes? S'ils sentent et se meuvent de la niônie ma» nière; s'ils exécutent partout les mêmes ouvrages, peut-on dire raisonnablement que c'est en vertu de i'mslruction transmise par les mères aux petits, au moyen d'une sorte de langage, ou enfin par Tinfluenee de l'exemple ou d'un principe d'imitation? Non sans doute; si les animaux font tous la même chosot c'est qu'ils agissent d'après une sorte de modèle intérieur primitii donné à tous également et uni à cLâCun d'eux, ou indivisiblement lié au principe de sa vie propre; et par suite c'est qu'ils no se copient pas ou ne s imitetit pas les uns les autres. Car s'ils se ce* piaientou s'ils agissaient d'après un modèle extérieur, en vertu de [)rcmit'res lialûludcs accjuiscs ou d uu enseignement donné, ils feraient tous des choses différenfes plus ou moins analoiiues, et jamais les mêmes, parce qu'ils mêleraient toujours plus eu moins de leur propre à ce qui leur vient du dehors.
S'il est permis d'appliquer ces exem[)les, ces lois de la nature animale, à une nature supérieure întetlectuelle et morale, nous sommes aulnrisé à affirmer de mêuie que si i universalité du genre humain ' 9 certaines notions ou cro^ ances identiques et com<»
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munes, cW que nul homme ne les e reçues d*ttn
autre homme ou de la société ; mais il lésa apportées avec lui en naissant» da moins à Tétat de germes, et pour les apereevoir avec Avideuee, à leur titre de vérités universelles, nécessaires, éternelles, il lui suffit de i^DSUlter à Taide de la réflexion le modèle intérieur qu*il ne peut tenir que de Dieu seul, cette vraie lumière qui luit sur tous les esprits, même alors qu'ils en ignorent ou méconnaissent la source^ Kûus voyons maintenant jusqu'à quel point il est néeessaire, utile et permis, ou nuisible et défendu d'examiner Tun ou l'autre ordre de vérités premières, soit individuelles ou relatives à Tindividu comme k Teq^èce, soit générales et sociales, c'est-à-dire reçues de la société et transmises h chaque hoiame tvee le langage. Et d'abord les notions ou croyances pnmiëres individuelles et nécessaires sont comme rinstinct des êtres intelligents ou moraux. Que cet Insfinet deriœne l'objet propre de la réflexion de riiomme appliqué à se connaître dans ce qu'il a de pins intime, ou qu'il échappe par lui-même à tout d*aperception, il n'en sera pas moins le principe de déterminations morales, autant qu'un être pMif qui siiit les lois de sa nature sans les connattreou s'en rendre coinpte, peut être considéré comme on agent moral. Interdire à l'homme la recherche des Mè premières de sa nature, se serait lui interdire précisément ce qui constitue la faculté morale la ifiÉÊ éminente. Hais quand cet examen réfléchi amènerait des discussions ou des doutes spéculatiiis sur des&its primitifs qu'il s'agit uniquement de consts-
m OPINIONS DE IL l>£ WîiALSk
ter et non point d expliquer, ces abus ou ces écarts de spéculation n'influeraient en rien sur les croyan^*
ces ouïes vérités pratiques, et Thomme n'en serait pas moins nécessité à conformer ses croyances ou ses dclenninations pratiques aux lois de sa natuiu; ïor^ dre essentiel et naturel de la société ou de la grande famille humaine ne saurait en être altéré ni dévié de ses lois, car la raison pratique est par sa nature même, hors de toutes les atteintes de la spéculation, dont elle se rit, et du scepticisme, contre lequel elle livrerait toujours combat dans le secret de la couscience du pyrrhonien même le plus décidé. Il n*est donc pas vrai que luuL pei ibse dans la société, lois et mœurs, pendant que Thomme examine ou se rend compte en lui-même des lois premières de sa nature, de son activité libre, du devoir qui lui commande la justice et la bonté envers ses semblables, et par suite de la cause de son existence, etc. ; car pendant cju il fait cet examen, ou quil délibère spéculativemeut sur ces croyances premières, universelles, établies dans la généralité des sociétés, la raison pratique ne doute pas et les actes extérieurs suivent ses décisions; à inuius qu'il n'y 'm\ dans les passions aveugles des obstacles d'une autre nalure, ou des principes d*action opposés qui n*en auraient pas moins, ou plutôt qui n en auraient que plus sûrement leur effet lorsqu'on mettrait à Técart toute raison spéculative et que Ton interdirait tout exanicu des croyances nécessaires. Certainement un philosophe s*égare et s'évan&utt dans ses pensées, lorsque, cherchant les preuves des principes ou des faits pri-
DÉFEJ^SE DE LA PHILOSOPHIE. 217
mitifs, il essaie d'appliquer les formes du raisonnement aux lois premières fondamentaies, et aux conditions mêmes de toute raison; mais si c*est \k véritatlement unécueil dangereux pour Tesprit humain, une source trop déplorable d^arguties et de subtilités qui déshonorent la philosophie, il est une autre source d erreurs bien plus communes et plus funestes, surtout aux progrès de la raison, de la morale et de la vraie religion; c esl d'adopter sans examen toutes les croyances reçues et transmises par la société comme des vérités générales dont Texaroen même est interdit.
Examiner les croyances données par la société ob
Ton vit, c'est réfléchir rhabitudc dans cv. qu'elle a de plus intime ; et c'est assurément pour les hommes une recommandation assez inutile que de leur dire qu'ils ne doivent pas réflécliir Thabitude, car il n'y a rien au monde à quoi ils soient moins disposés. Craignez les fausses croyances ou la foi aveugle de l'habitude; craignez [ ignorance, les préjugés et les passions qui obscurcissent les lumières naturelles. Vous n'avez d'autre contre-poids à leur opposer que l'examen approfondi de la raison, et cette voix intérieure qui ramène Tbomme aux premières vérités de la morale et de la religion, et, par suite, à celle de la révélation divine qu'elles confirment et qui les confirme par l'accord le plus parAiit et le plus heureux.
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DÉFINITION DË L'HOMME.
L expression d'animai raisonnable est plus exacte que eelle à'mUiiigenee servie par des organes. Lft
première signifie que l'homme ayant, en commun avec les animaux, la vie» la sensibilité et la spontanéité des mouvements, en est distingué par Tattribiit de raison qui le caractérise, et fait tout le titre de sa prééminence.
Pour avoir rintelligence ou la raison, il faut d'abord que la créature humaine existe en tant que telle, c'est-à-dire qu'elle ait la vie sensîtive, le mouvement spontané; et ce sont là les condiUons nécessaires de cette Tie supérieure que nous appelons rintelligence* Quoique nous concevions, par abstraction, que lame raisonnable peut être séparée de toute oi^nisalion matérielle, nous ne pouvons savoir ce qu'elle serait en soi, ni surtout quelle sorte de fonctions propres llle pourrait exercer, sans le corps organisé à qui elle est unie. Il est donc nalurt-1 dans la dciiiiition de rhomme d'exprimer d'abord ce qui constitue le fond de son existence actuelle, telle que nous la concevons immédiatement, ou les conditions nécessaires de cette existence, avant d'exprimer l'attribut dislioctif dç i'espéce humaine. Ajoutez que l'hommç
OriMONS DE II. D£ BONALa
commence par la vie animale, que cette vie est eo jeu avant rintclligence ou la raison : la définition expriaie cette pi iuiiié de temps. Au contraire la iléfinition que M. de Bonaid a empruntée et non point inventée, pèche sons plusieurs rapports.
Il faudrait d'abord, pour qu'elle fût vraie, que la vie intellectuelle fût première en temps et toujours prédominante; que les vies organique et animale lui lassent subordonnées naturellement : ce qui n'est pas, du moins dans l'état actuel. Il faudrait, en second lieu, que tous les organes fussent également dépendants de Tintelligence, ou soumis à Taetivité du moi. Mais il s'en faut bien que Thomme ne soit qu'une intelligence servie par des organes; car, m contraire, la partie de son organisation, seule essentielle à la vie, est entièrement soustraite à Taction de la volonté, excitée, développée ou altérée par des causes qui n'ont rien de commun avec Tintelligence, elle lui donne des lois bien plus qu'elle ne reçoit les siennes, et contribue le plus souvent à Tobscurcir, à l'aveugler, à paralyser toutes ses opérations.
Quand on considère, en résultat, que, pour le coni* mun des hommes, c'est le besoin de maintenir la vie animale, qui met en jeu les fiicullés de l'esprit et toute l'industrie humaine, on pourrait se croire fondé n dire plutôt que l'homme est une arganUation vivante servie par une intelligence. Mais la définition serait encore inexacte et fausse sous un point de vue essentiel; car rintellii^oncc peut s opposer à Forganisation, ou la contrarier et lui nuire loin de la
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servir, de môme que les organes s'opposent souvent par une force propre aux opérations de l'intelligence. Il faudrait dire, pour plus d'exactitude, que Thomnie est une intelligence qui se sert non des organes en général, mais de certains organes appropriés, et que l'activité du moi, la force intelligenle, met en jeu suivant certaines conditions naturelles de l'organisalion humaine. Ainsi on n'exagérerait pas l'empire de l'âme, qui n'est point absolu comme le suppose la (létînition; et on laisserait indéterminé le rapport des deux forces qui constituent l'humanité tout entière, rapport dont la détermination exacte pourrait seule résoudre le grand problème de l'homme que M. de Donald tranche, sans se douter de sa difficulté. - . .i M. de Bonald n'ayant jamais rien analysé, et se laissant toujours aller à un certain mouvement d'iiiiagiuation, qui s'attache uniquement aux ligures de mots, est toujours au delà ou en deçà du vrai. Tantôt il exagère les pouvoirs de l'âme, tantôt il les circonscrit dans d'étroites bornes; ici il semble que l'empire de l'âme sur l'organisation est illimité; là, dans un autre sens, il paraîtra que l'âme ne peut rien sans l'organisation, et que le maitre n'est rien par lui-même sans ses ministres. Il en est de même pour le langage : on peut induire de l'opinion de M. de Bonald à ce sujet, qu'il n'y a pas de pensée sans expression ou sans signe, ce qui rentre dans le point de vue de l'école de Coudillac ; et pourtant il dit, en d'autres occasions, que les expressions ne font que nous révéler nos propres idées. .\ous avions donc