OPINIONS DE M. DE BOMALD
ces idôes saps les signes; aussi reconnaitHl (Ij que si « ridée est innée, son expression est acquise. »
Cet auteur convient que dans certains états de débilité corporelle ou d'aliénation mentale, l'inlelK* gence ne peut gouverner les organes, ou les organes ne peaveot servir l'inteUigence, qu'il pMl a^ river que les organes, loin de servir rentraîneut elle-mèuie et la lassent servir a i irrégu* larité de leurs mouvements. D'où il suit évidenmMBt que la déiiiiiuou prupuace ne vaut rien. Car, puur qu'elle fût bonne, il faudr-ait qu'elle exprinUt imi^ tribut essentiel à l'homme, ou propre à le caractériser dans quelque élal, ou sous quelque niodiiieatîoD qu'on le considérât. Or, si l'on reconnaît quériiitel*> ligeiice, loin d'èlre toujours servie par les organes, leur est entièrement soumise dans certains isaff extrêmes, et peut en êire aussi plus ou moins aveuglée ou entraînée par eux dans des dérangements ttans notables; s'il est très-rare que i'intellif^eiice ê^m effet servie par les organes; si, pour ses opécalioQS les plus élevées, elle a besoin que ses orgamHTiéiiM en iLpi>», tt comme dans un état de s( mnieil plutôt que disposés à agir à la moindre velléité de Tteie»^^ Vn\< les auteurs sacrés ou profanes qui ont pénétfé le plus avant dans la nature bumaine depui^^^Platon (2; jusqu'h Descartes, depuis saint PmI jui^rfl
(1) llccherrhf:^ phîlosophitjuru, cliap. vjii. - ('J) Sdcratc ne peiisail [»a> qao l'hoimno fiil une inf^^lli^ence servie par des orgatips, ou que 1rs organes matériels f'v— ■ ht < Tn»>!'^T^ à 8f rvir rinlelligoncc dans ses fonctions ou 0|K'raiioità pit/pK^a, — (1 La raison nous domonln\ dit cet lionmie divin, dans le PhédoD, « quti idiit tiout» avons un corps, et que ootie &sprU e&t mêlé
liobsuel et Féiielon, s'accordent à considérer Tàme ieofliûve, ou l'orgaaisalioD matérielle comme ayaat ie» lois propres opposées à celles de reeprit, comme étaiU do nature à Tenapècher et à lui nuire, plutôt 4iCàJe lerfir* el comnie ne pouvant être réprimée
sinon par une grâce particulière, que Dieu seul peut «ficordei* à Tàme pour Télever jusqu à lui, et faire <|tt!«U# fieoae e'idoDtiâer on s'absorber en lot ; si
1 iatelligence n'est ainsi vrniabitjnieiit telle, qu'en
iMl ipi'oUe ne se sert pas des organes sensitifs oa
qu'elle s'«i sépare, et en fait pour ainsi dire abstraotU^* ai toul ceia est vrai et reconnu par l'auteur luimtÊÊB, que devient la définition dont il est si fier?
w ;iv.''c rrtfK» source de tant de maux, nous ne saurions att'^Minli'ô et ' uijijiii II ni' nt ce que nous désir'>n«;. Le corps nous cause des
• f TïiiM'riH inniN pr*^'jf|uc Innombiablt;» p'»r l'i s^'mIp n^ressilé de « Un loiii iiii 1'"^ aiiiiuTîlH Ttéccssairos ; les mal- ili- tjui nous nsu. i>;iilluit iic îyulc^î puiU luiiiècheiit rinvcst^uLuu de la vérilé.
* C'est par le corps que nous sommes arceîjsibles à lunt do cupic dités, de passions, de vaines imagos, de misérables bagatelles m md ptm préoccupent et nous aveuglent Csit luiiiisfi qui s'op-
fM'l es ipn nmm mardiions dans les droites voies de la sa* épiM. QaM^ SDéIfet 4ui i jiiaM niomme à la guerre, soi € srtftktesj an combats, sinon des passions Umtes physiques I ë iKii-ee pas la soif de for qui cause tant de guerres? et à quoi mwtHiit k osn'esk à satlsAiire aux commodités et omemenls dn j|LSiini î • — Voyez la suite du passai dans le Pbédon ; ot diteS SlUe'si le corps ne nuit pas plus qu'il no sert à l'Ctre intelligent el tnMft^esl Têtre inteUigent qui s'emploie à servir ^^rps et à lui procurer tousses besoins. Le lervice dure presque toute la vie de la plupart dos bomme?, el contribue le plus h Ioh dislraire des études intellectuelles, si la mort n'est autre que la s«'pir.i!ion de Tâme et du corps, puisque tout exercice de la m**'lilation consiste précisément à se soustraire autant que possible a toute influence diî rf)Tj\s pour vaquer aux op(^ralions intelleclnolles, i! est donc h\>'i\ Vf ai que méditer, c'est mourir au cori>s, qn*' pbilosoijlier, c'est ajftM n Jrea mourir* (iïagmeut lue dn Joui nui intime do M. de
qPlMONS DL M. DE BOiSALD.
« Il panit contraire, dit Tauteur, à la constitutioD
n morale de l'hoiuiuc et à la prééminence iacontesU- « ble de Tâme sur le corps, que l'àme ne puisse « exercer sur les organes tic la vie physique Tem- «pire absolu» la souveraineté immédiate qu'elle <( exerce sur les organes plus nobles de la vie amh « raie» et enipéclier, pai uu acte intérieui- de la vo- « ionté, Testomac de digérer, ou le sang deciiedeHi « coniine elle empêche l'organe cérébral de coopérer « à la pensée, ou la langue d en produii'e l'e&pres- « sion (1). » Loin que ces limites au pouvou* de b
volouLé soiciU uppu&uus à ia conalUuiiOii iiiuiale de
l'homme, elles en sont au contraire un des fonda^
menls. Par elles, l'homme consliluétel par sa nature mixte, et composé de deux vies, apprend à distinguer ce (]uî est en lui ou lui-même de ce qui ne l'est pas, quoi<|u'U en soit touché de très-près, l'ai là li complète le domaine de la liberté morale qui coneiste également à a^'ir pour obtenir le bien, ou feire le de> voir, et à soutlrir avec soumission ou résignaliuii le mal qui nous arrive par une force supérieure* indèpetidaïUe de la volonté. Si les or^janes de la vie physique étaiententièrementsoumisau pouvoir dei àmeou de la force intelligente, l'homme ne connaitrait psÉ la douleur; il n'aurait pas le mérilede la supporter avec courage ; il ne serait pas homme.
« Ce qui me confirme dans la pensée que cette dè* ^ iinition de T homme, une mteUigence servie par « des organes, renferme une profonde vérité» c'est
(1] Recherches phiiosoiJUiqucs, chap. n
« Paiiaiogie évidente qirellc présente entre la cuusli- « tution oaturelle de l'homme ei la constitution na- M turelle de la société.
a Lu effet, si Iboiume est uue iotelligence servie « par des organes, pour des fins de production et de « couservatioo, la société duuiesLique ou publique, < religieuse ou politique n*est pas autre chose qu*ua « pouvoir servi par des minisires pour des lins de
« production et de couservatiou. Cette analogie n'a f pas échappé à Cicéron : Animus corpori dieitur n imperare ut rex civibus, aui par eus Uberis (1). ^ Plaisante raison I Tel est en effet le caractère de la pbilobupliie de M. de Conald. 11 cherche des cÉiialogies partout; il en invente là où il n'en trouve pas de naturelles; et ces analogies artificielles lui tieniiiBt toujours lieu de preuves ou de laits. Une h^poibèse ou un système qu'il aura fait sur la société» lui servira de crilerann pour juger do la nature humaine, tandis que cette nature bien observée, analysée dans ses faits prioiilifs, pouvait seule confirmer i hypothèse. Adniiiez ici couiaieiit une coni[>araison, une métaphore tirée de loin, empruntée de l'orateur romain qui ne lui donnait pas plus d importance qu'elle ne devait en avoir, sert à M. defionald à justifier une définition hypothétique. Comment mw simple analogie entre des hypothèses artilicielics pourrait-elle servir à établir une vérité? M. de Bonald seiiible vouloir nous avertir lui-uième qu'il fait de la poésie, et non point de la philosophie, quand il dit
(t) Ueckerehcê jtkiUttQpkiqmei^ clitp. v.
OPUflOIB DA M. DB BONALD.
que la sociétét ou que le monde iui-xuéme n'est quane intelligence servie par des organes, un pouvoir servi par des ministres. C'est pourtant là un des philosophes dont on prétend que la France s'honore, et qu*on cite comme un exemple de nos progrès dans ia cari'ieiu des sciences spécula li vos. La réputaùou de grand écrivain, d'homme d'esprit eidemoirest juôteuit ni acquise à M. deiionald. Mais celle de penseur et de métaphysicien, que cherchent k bà fiurs des lioinmes du monde qui n'atlachent aucune idée au mut métaphysique, et qui n'onteu de leur vie une pensée sérieuse, doit faire rire de pitié tous ceux qui oui la moiudre idée de Tobjet piu[>ie des huiences philosophiques, et des facultés de Tespritquiy eoiH courent. On peut assurer (juc le genre d'esprit et de talent de M. de Bonald est précisément eus aEtà|KH des de ces sciences.
L'homme n*est pas une intelligence servie par des
orgaues, mais plutôt une inlelii^ ace empêchée souvent par Torganisation. Ainsi Tentend ou le sent
sailli Paul quand il s'écrie : Infclix ego Iwmol quis
Uberabit de carpare mariis Aujus (1 ) ? Les organes servent les passions et Timagination ; ils asservissent Tin telligence et la raison, toutes les fois qu iii ne sont pas soumis à la volonté ; et il est peu d*or
(1) Êpilre aux Romains, cbap. vu, vinMl 2A*
DÉFINITION D£ JL flOMMB. Ht
ganes qui le soient. Je mange, par exemple, pour souleuir ma vie et satisiaire uq besoin aaimal» et mon iotelligeoce nette et prompte ayant le repaa* s'oiiscurcit et s'allaisse après. Les organes de la digestion qui ne sont pas à mes ordres, n*ont donc pas servi Tintelligence, ou s'il arrive qu'ils la servent, c est accidentelleiaeiu et par hasard : ils ont une autre fin.
« Es^o^ et si putem nuilam Ui>{juc adeo abstractam a « sensiàus mentU cogiiaiionem esse^ cui non aliquid « c&rporeumrespondeai; cemeotamen mentemareitui a Deo quam corporiùus connecti^ nec lantum ad res a extemainoscendaêdesUnaiamessef quam ad cognos^ « cendam se ipsam, et per hœc auctorem rcruni ( 1 ). » Comparez avec cette belle remarque les propositions ^ de M. de Bonald : « C'est dans l'homme extérieur <( et non dans Fintérieur qu'il faut chercher le fait « primitif* fondamental de la science, etc. (Si). »
Dans riiypotli( se de rharniouic préétablie, on ne saurait dire que l'homme soit ùne intelligence servie par des organes, pas plus qu'une organisation servie par une intelligeuce, car les deux parties qu on supposerait ici séparées et comme étant au service Tune de Tautre, sont naturellement unies, constituent une seule unité et s harmonisent de telle manière que si vous ôtez l'une, il n y aurait aucune raison suffisante de rexistence de l'autre. Coiiuiie tout ce qui se passe dans le corps a sa raison dans Tâme,
(1) Uibnitz, édit. Dutens, tomeii, parties*, page 137.
(2) BiethÊrehe» phUosophiquvs, cliap. u
opinions DB IL K BQNAUX
en tant que le corps s'acro: tlo avec elle, rien au contraire ne saurait être attribué à l'àme, si l*on entendait qu'elle peut cooimaiider au corps des actions et des mouvements contraires ou supérieurs à la nature ou aux dispositions propres da corps.
ORIGINE DU LANGÂGË.
« Uo philosophe De doit rien dire qu'il ne le pense
« et ne le prouve, et s'il dit qu'une chose a été faite « par des voies extraordinaires, cela doit suÛire ; et « il ne peut, sans eom promettre son jugement, eher* « cher à expliquer comment elle aurait pu être faite f par des moyens naturels, à moins de supposer
« (ju'une même chose, dans les mêmes circonstances, « peut avoir été faite de deux manières, par des voies « extraordinaires et par des moyens naturels, ee qui « n'est pas du tout philosophique »
Il y a làbeaueoup de vagueet de eonfusion d'idées, comme dans tout ce que dit Tauteur. S'agit-il d'un lait révélé qui parait hors des lois communes de la nature, comme la résurrection d'un mort, le philosophe,qui croit à la révélation, ne cherchera pas à expliquer ce fait par des moyens naturels, puisqu'il n admet le miracle même que par Fimpossibililé re- connue de cette explication. Mais quand un fait, tel que l'existence universelle du lan^a^^e, est donné, sans que 1 ou sache encore comment il a été produit, si c'est par des voies extraordinaires et miraculeuses
(i) BeehereHcêpkiiosaphiqueâ^thÊp, tu