‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 25 sur 66 · OPINIONS OE M. DE BONALD · texte numérisé non relu

OPINIONS OE M. DE BONALD

OU par des moyens nafurels, la révélatioa laissant indéeiae la question du comment de la production

du fait, la philosophie peu( former <livcrscs hypothèses sur ce comment, sans rejeter les voies extrao^ dinaires auxquelles il faudra recourir si Thypothèse ne satisfait pas couiplétemeot aux faits dounes. Par exemple, avant de connaître la cause et les lois ma* thématiques des mouvenieiils planétaires, on j)LiiL admettre Talteruative : ou qu il y ait des forces et des lois naturelles de ces mouvements, ou qu'ils aient été produits immédiatement par une main divine, dans Torigine, pour se continuer sans fin, ou que la même main hîs produise sans cesse par des moyens extraordinaires dont Dieu seul a le secret. Mais des qu'une hypothèse telle que celle de l'attraction JXew^ touienne salifiait aux piiciiomèiies, il n'est phis permis au philosophe de recourir au miracle (Deus ew machinâ] \ quoiqu'il reconnaisse que Dieu est l'auteur du monde physique, et que les lois de tous les mouvements ont été préétablies par lui ou ressortent dé son entendement, sans qu'il ait besoin lui-même de mouvoir ou d'agir à la manière de l'homme qui exerce ses forces motrices. Quand même l'hypothèse de TaC^ traction n'expliquerait pas tous les phénomènes du ' monde planétaire, il ne faudrait pas encore en conclure l)rusquement que ces pbéiionièncs n'ont leur cause immédiate que dans la volonté et la force seule efficace d'un moteur suprême. Cette conclusion né devraitêtre admise par le philosoplie, qui alors abandonnerait toute recherche naturelle, qu'autant que Timpossibililé d'une production des mouvenients

0iU6IN£ DU LANGAGE. SM

planétaires» par des causes naturelles ou des forces dériîées, serait démontrée a primri et sans exeep-*

iiûD.

Or eect8*appUqii6 de soi-même à la formation des

lan^^uos par des moyens humains, ou par Temploi des Ëicultés naturelles que Dieu a données à T homme «1 le créant. Pour pon?oir admettre philosophique* ment que le système complet de nos langues est Tou- Trage immédiat de la divinité, qui l'a donné k 1 iiouinie ainsi complet et fait de toutes pièces, il ftudrait aToir d'abord prouvé a pr^'que, les facul* tés de l'homme étant données avec certaines idées innées virtuellement dans l'àme, le langage ne pouviiten aucune manière être créé par l'esprit humain, suivant dans ses progrès insensibles la même marche que les idées et les facultés développées par un concours de causes naturelles ou de circonstances aociales soumises à l'observation. El quand même les diverses hypothèses, conçues pour expliquer cette formation naturelle des langues à partir de l'origine. De satisferaient pas complètement au problème, il ne faudrait pas encore se presser d'en conclure le miracle ou le don du langage fait immédiatement k ITiomme par son auteur. Le philosophe, sans nier ce don merveilleux, et se réservant d'y recourir dans l'extrémité, continuera la recherche du problème par des moyens naturels ou en déduisant le langage des facultés et des idées, jusqu'à ce que l'impossibi-

fti^de ces moyens soit démontrée a priori ou a pos^ teriori.

H n*ya donc aucune contradiction à dire qu'une

m ovmom de m. de do.nald.

chose a pu être faite par des moyens extraordinaires eo cbercbant en môme lemps comment elle aurait pu être faite par des moyens naturels. La contradîe* liou el ie deiaut de phiiosopiue cou^isleraieni u uflirmer eo? abrupto et avant aucune recherche, que la chose a été faite par des moyens extraordinaires, et en même temps à vouloir expliquer comment elle a été faite aîn8i, ou quelle est Tespèce de moyens qu'il a plu à Dieu d'cmplovfr. Or c'est préciscmeat là que lait M. de Bonald dans des dissertations où il» coutrcdil sans cesse, indice qu'il ne s'cûleud jamais bien avec lui-même. Il veut que le langage (et par là il entend le système complet et Lien coordonné des sons articulés propres à exprimer toutes noâ idée^ intellectuelles et sensibles) , ayant été nécessaire pour la forniatiou de la première société huaicune, ail pi éexisté par conséquent à cette société ; d'où il sui-^ vrail »ju d n'a pu être tju uii don de Dieu, qui a créé riiomme pariant, ou qui a appris le langage au premier bomme en lui parlant, c'est-à-dire en frappant sou ouïe de:> premiers sons articulés. M. de Boiiald - parait admettre indifféremment tantôt Tune, tantôt Taulre supposition.

Hais si la révélation nous apprend que Dieu a parlé à I hoiume ou s est manifesté k lui en lui faisant entendre SCS coinuiandemeuts, TÊcriture ne nous fixe point du tout l'espèce de moyens surnaturels que Dieu a jugé à propos d'employer pour parler à IVsprit et au cœur de l'homme. Rien ne nous dit pa^f^tvement que Dieu ait employé Fintcrmédiaire des signes matériels de la voix ou de récriture pour fdirc

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eateodre ou suggérer à Tesprit de rhomme ses coin- SMUddemeDl». El oDusconeevoDS* nous savons même par les saintes Écritures que TEsprit-Samt a d*autres ¥oies pour ses suggestions. De plus, et en admettant que la ?oix de Dieu ail matériellemenl frappé Fouie de l'homme, rieu dans rEcritute ne nous dit si ceite parole divine a elle-même servi de type aux premières languis, ou si au contraire Dieu n*a pas daigné emprunter la langue déjà connue de Tbomme pour loi âiire entendre ou comprendre sa parole. Ainsi ron ne peut tirer de la révélation aucune donnée poailÎTe sur le grand problème de Torigine it de la ionnalion des langues, problème que Dieu même leoiUe avoir abandonné aux disputes ou aux recherches des philosophes. En dogmatisant sur le don des langues et Timpossibilité de leur formation par des moyens humains, M. de Bonald nous donne donc gratuitement comme article de fui une hypothèse arbitraire el antiphilosophique. Si le don du langage articulé, tel que nous l'avons, était vraiment un arlicie de foi, nous n aurions, en effet, rien à chercher sur le comment, ou sur la manière dont le don a été fait; car nous saurions par la révélation même que le langage a été inspiré à la première société humaine ou enseigne par Dieu, soitinunédiatement, soit par-l'ÎBtermédiaire de ses envoyés. Dans le silence de la révélation, M. de Bonald prétentl déterminer absolument les moyens extraordinaires par lesquels lé langage a été donné, et expli(]uer comment une chose surnaturelle suivant lui, a été faite par des moyens aussi surnaturels* Sur ceia, nous laissons à

lit. 16

m oponow de m. de bonald.

juger si ce n'est pas sou propre jugement plutôt que «alui éèè philosophes qui se tmufs compromis ptr

cette décision dogmatique.

« Tous les faits sont des vérités, mais toutes les

« vérités ue sont pas des iaits (1). )^ Celui qui entend» comme ii faut« celte grande et importante dislino* tion, entend toute la piiilosophie. Si l'on n'entend par l'ait que ce qui se représente actuellemeat et peut se représenter aux sens, certainement toutes les vérités ne sont pas des faits. Les rapports perçus entre nos idées» abstraction &ite des objets de ces idées, sont des vérités et non pas des faits; a moins que Ton ne soutienne* comme M. Ampère, que tous

les rapports des nombres, des figures que conçoivent les mathématiciens, existent actuellement entre les nmmênes, que nous les percevions ou non, de sorte que, lorsque nous venons à les découvrir, nous m faisons qu'apercevoir hors de nous ce qui est, o^est» à-dirc autant de faits réels, positifs, absolus qu'il y a de vérités ou de rapports abstraits : l'abstrait eeul est vrai de fait. Ces faits ne sont point essentiellement relatifs au temps et au lieu; ils ne se hgureot pas comme ce, que nous appelons proprement ftîts en physique. L'existence de la cause première et de ses attributs, celle des esprits, les lois moràles, la

(I) Bcd^(9l^ fRftlIOMpihlfM^, elMp. I,

OfilGBIB DU LANGAGE. m

justice, l'ordre, le devoir sont des vérités uni?ersellei, Déeasfltim, étemelles, iounuablee. On peut dire aussi que ce sont dee faite nécessaires dont il n*est pas permis de douter; et i'impossibiiité de se repré- •flDter ces faite, pas plus que Ton ne se repréaente celui de conscience dont ils sont dérivés, ne change en rien leur caractère de fait.

Nous ne pouvons pas davantage nous représenter ou nous iigurer Tattraciion réciproque de toutes les pàrliee de la matière, en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances, ni la £^00: d'impulsion, ni l'inertie, ni aucune force de Kwiivers. Ne dites donc pas (1) que « la matière et toutes ses propriétés sont! objet des vérités locales, » temporaires, particulières, tandis que les esprits et leurs attributs, les êtres moraux « sont seuls l'objet >de¥éntés universelles, éternelles, » car votre dis* thuriien n'aurait aucun fondement solide. Mais tous trouverez le vrai fondement de la distinctiou eu la liippelaAt à sa source, savoir : aux deux éléments 4p^t primitif, au motet au non mot.

Ne dites pas que « les vérités générales ou notions «êîpfiatteetuelles sont l'objet de nos idées, tandis que « les vérités particulières ou faits physiques sont f^44iiat de nos images. » Si vous entende^L les cho- MS> comme il &ut« yous concevres que les notions XQMâï pouvez aussi appeler idées portent en ellesmdnie la réalité objective, comme les phénomènes porteul avec eux 1 apparence sensible ou d^image qui

(1) Mtekerthêi pkttotophùiveSf cfai^ u

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