‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 27 sur 66 · K1GL\£ DU LANGAGE · texte numérisé non relu

K1GL\£ DU LANGAGE

00 lear appropriation soit k tels objets sensibles, soit à leMes idées ioleilectueiles ou morales déterminées. Quels que soient les rapports des signes parlés ou ' écrits à ces idées, que les unes puissent être conçues avant les autres, ou qu'au contraire ii n'y ait point de véritables idées dans Fesprit, sans qu*il y ait pour chacune un signe propre dont Tidée même ne se distingue pas, ces questions de logique ou de niétapbvsitjue, étrangères à celle de Torigine ou du don du langage (quoique M. de Bonald ait cru vainement pouvoir en tirer parti en faveur de sou hypothèse) supposent toutes également qu'il faut un travail de Tesprit pour fixer la valeur idéale du son articulé. Si ee signe ne sert le plus souvent qu'à résumer des opératiomi de l'esprit ou à en conserver les résultats, il est évident que ce sont ces opérations seules qui constituent tout le fond réel de ce qu'on appelle langage humain; autrement il n'y aurait que des sons tels que ceux qu'on apprend à répéter aux oiseaux.

Ceit posé» qu'entend-on par le don du langage Wttu genre humain? S agit-il d'une langue primitive que ilieu aurait donnée à Thomme en le créant, «iwrtonte la science possible? Alors il ne faut pas se borner à dire que le langage est un don de Dieu; il ftttt dire encore que toutes les sciences, tons les Mis, toutes les conceptions de l'esprit humain sont dto^Ds primitifs; ce qui nous dispensera de che^ Awauctme autre origine naturelle. Prétcnd-in que Thomme n'ayant apporté en naissant que des idées et des facultés. Dieu lui a fait entendre ou lui a appris ultérieurement une langue ou un système com*

m QFiraOifS BB H. I» B09CAUX

plet de mots articulés ou écrits? Mais celte langue

primitive, descendue du ciel toule faite, il a fallu que l'homme rétudiàt ou qu'il apprit la signification de chaque mot, comme nous faisons nou»mèmes, qu'il fépelâl de iui-aieme toutes les opératious de l'esprit que supposent les termes généraux, abstraits.

Or, ce tjav;al iiUclicclULl u'clail ^uère moins difficile AUX premiers hommes que Tinveniion même, à moins qu'on ne suppose que cette langue primitive éuit teiiemeiupai laiie, que chaque nidi avait U vertu de suggérer de lui-même ou de réveiller dans l'esprit ridée qu'il sigiilliait. Dans ce cas, celte langue divine ou surnaturelle se trouverait hors de toute analogie avec nos si^es de convention, arbitraires, variables et acquis. iNous ne pourrions donc, nous eu faire aucune idée, et comme il s'agirait de miracles et de matières de loi, pouiqiiui eliuiciicr a raisouuer,

& expliquer, ii démontrer? C'est le tortqu*oo peut

re|)rocher à M. de Bonald. Le don des langues, tel qu il i entend et croit pouvoir le démonti*er, ne peut être (j (l'un objet de révélation, pourquoi donc le Sftè-

Iti avec la pialy^uphie cl le profaner pai' ce uielaQ-

ge ? C'est n'entendre ni la philosophie, ni la religiOD.

« Si l'expression est nécessaire, non-seulement à a la production de Tidée ou à sa révélation extérieure^ « mais encore à sa conception dans notre propre e»- « prit; c'est-à-dire, si l'idée ne poul utre présente à « notre esprit, ni présente à l'esprit des aatret f|ae

« pal la parole orale ou écrite, le langage est nécesa âaire^ ou tel que la société n'a pu, dans auoun « temps, exister sans le langage, pas plus que

< rbomiM n'a pu exister hors de la aociété (1). » Il y a sur cet article bien des observations k faire. DV bord c est compliquer fort mal à propos la question wm^iti^ê dea bogues, que de la lier avee eelle de Torigine des sociétés humaines; c'est confondre un problème rationnel avec un problème historique ou tndiiiomeK et répandre à dessein sur eelui-là les mystérieux nuages qui couvrent celui-ci. C'est ce qw iûi aana cesse M. de Booald qui tantôt oppose aux recherches de la philosophie spéculative les traditions aacrées quii uiterprète à sa manière, tantôt fceaemmode ces traditions elles-mêmes à un système ioiagiuaire qu'il appelle philosophie. C'est là confonduaiesf anres, et montrer qu'on ignore les premières laie>4ii imiaDonement apéculatir.

■^^^Quand en raisonne sur I homme intellectuel et Mfiri^OD suppose bien toutes les conditions néces* saires k son existence et à rexercicc actuel des facullàtsu|iécieunes que l'on considère; ainsi comme on «Hpiie «né m physique ei une organisation sans laquelle Thomme dont il s'agit ne saurait exister, ni fSMit^daM JOB étal d'homme, on suppose de même qnfilioal plaeédansdes cireoostanees propres à main- • tenir cette duuhie vie, c'est-à-dire que cet homme Mîpiiiel vît dans une société ou une famille kora

de laquelle on est fondé à croiie qu il ne saurait cooila^ncer ni continuer à exister; et comme tout système |É|lwlefîqie sur la manière dont peut eocamencar

CiùlNitreteiûr la vie phobique de l'animal est étran*

OPINIOKS DE M. DE BOMUk

ger, jusqu'à un certain point, aux considérations qui ont poar objet les idées ou opérations intellectuelles de Tètre pensant, ces considérations spéciales sont encore plus éloignées de toutes les recherches ou de toutes les hypothèses sur l'origine et Tétablisseuieut des sociétés.

En supposant une première famille humainequi au* rait donne naissance à toutes les autres» on ne voit pas d*abord pourquoi la société de famille n'aurait pas pu s*établirsan$le langage, tel que nous TavoiiSt ou sans une parole orale ou écrite, comme dit M. de Bonald. Il y aurait bien une sorte de langage naturel forme par !a inanifeslation instinctive des picniières aifectionst des premiers besoins ou appétits de ta nature animale; c'est ce langage naturel, qui pourrait être considéré comme aussi nécessaire à la société primitive que cette société elle-même estoécessaiie a 1 exisleiice et à la conservalion de l'homme individuel. Mais ce n est pas ainsi que l'entend l'aur teur. Dans sa pensée (sHI en a quelqu*une de bien nette ou bien arrêtée sur ce point de philosophie spéculative), il s*agit d'une langue d'idéee, c'est-à* dire d un système régulier de signes oraux ou écrits qui rendent les idées présentes à l'esprit qui pense* en même temps qu'ils produisent ou manifestent au dehors ces idées. Dans ce sens, il n'est certainement pas exact de dire que le langage oral ou écrit soit une condition nécessaire à l'existence d'une société quelconque, ni par suite à celle de l'homme individuel; car nous avons la preuve que des familles ou de petites peuplades sauvages vivent dans un état de

ORIGIIIB BU LANOAGE.

flociété imparfaite, et se commiuiiquent leurs affections, leurs besoins par des sons inarticulés accompagnés de gestes, sans avoir de langage régulier. Noos avons sous les yeux une multitude d'hommes

grossiers, absorbés par les besoins et les sonsntions, pour qui la langue des idées intellectuelles paraît sans objet, sans signification, parce qu'ils vivent

sans peuser.

Hais il y a un sens dans lequel on peut dire véritablement que le langage articulé, ou plus généralement volontaire, est nécessaire à l'élre pensant ou à Thomme individuellement considéré sous ce rapport ; et le sens dans lequel cette nécessité des signes volontaires doit être entendue est loin de la pensée de M. de Bonald, car il n'a pas analysé jusque>là et il se l'interdit même» puisqu'il fnit abstraction de Thomme intérieur pour n'avoir égard qu'à Thomme extérieur ou social. C'est vraiment un (ait psychologique, et que nous pouvons constater par l'expérience intérieure^ que nulle sensation, affection, image ou, en général, aucune impression de la nature purement sentante ou animale ne s'approprie à l'homme moral proprement dit, ou ne devient objet de Tcsprit qu'au moyend'un acte volontaire, d'un mouvement quelconque qui est au pouvoir naturel de cette volonté, force agissante, constitutive de la personne ou du iiioi lîiiméme, Kn appelant langage ces actes ou mouvements quelconques internes ou externes, signes des sensalious, des images (de tout ce qui est passif en nous et qui par là même n'emporte point avec soi le earactère d'idée), en appelant aussi langage la série ou

m opuatm olu^m ionald.

le systàoie eDtîer de ces sign^ coordonnés et tendant plus ou moins régulièrement au double bul de h présence ou représentation intérieure des images ou des sentiments d'une part» et de la manifestatien

extérieure de l'autre, il sera très-vrai de dire avoc M. de Bonaid qu'un langage quelconque (en prenant ce terme dans un sens étendu, bien au delh de ee qu'il appelle la parole orale ou écrite) est nécessaire à la conception comme k la production de toute idée« nécessaire à la production ou à la manifestation même intérieure du moi'» du sujet pensant oa se pensant lui-même.

Mais de là aussi on tirera des conséquences tout k fait opposées au système de H. de Bonald sur ie don primitif du langage; car en partant de Tàme, force ou substance créée libre ou active par Dieu qui Ta faite k son image, on ne saurait nier que Tâme ne se crée à elle-même les signes de ses moditicaltons« en vertu de la même force active par laquelle elle crée ses divers mouvements volontaires, et se constitue par là même «mi, personne consciente de ses propres opérations. Et en allant à ce sujet plus loin que M. de Bonald, on peut dire que le langage est nécessaire à toute représentation sensible ou image dis* tinguée du moi dans la conscience et ayant le caractère propre d*idée. Et ici on peut rétorquer tous les arguments de M. de Bonald en prouvant contre lui que riiomme doit inventer ou créer les signes de ses premières idées, et qu'il ne peut les recevoir du dehors. Car il ne peut avoir la perception orale ou Tidie sensiblo d'anemi son articnlé commii^ du

ÛMOINK va LANGAOi.

dehors sans lier l'impression reçue à un signe toatin*- (érieur, ou à un mouyement volonfsire qui Is lui ap-^ proprie ou lâ fait sieone; à quoi l'organe vocal, répétiteur nature! des sons qui viennent frapper Tonie

extérieure, est merveilleusement propre.

L'homme n'entend véritablement le langage exté^ màf transmis par la société qu^au moyen d'un véritable langage intérieur, qu'il adù se créer à lui-même en devenant une personne morale, ou en s*élevant

de l'animalité à l'intelligenre. Par exemple, avant' d entendre les premiers sons articulés transmis par la nourrice, Tenfant a dû d'abord émettre volontairement quelques voix ou sons, et s'apercevoir qu'il était entendu au dehors, comme il s'entendait lui-même intérieurement ; et ce n*est qu'après s'être entendu ainsi lui-même ou après avoir voiontairement répété ks premiers cris que l'instinct seul lui arrachait à la naissance, qu il devient capable de répéter ou d'imiter aussi volontairement les premiers sons articulés qu'il reçoit du dehors, et d'y attacher une signiflca*lion , comme il a dù atucher antérieurement un sens à ses propres cris ou voix spontanées pour en fliire des signes volontaires de réclame. Nous concevons ainsi comment le langage peut commencer à naître dans une famille ou une petite société tout informe ou imparfaite qu'on la suppose. Chaque enfant qui fiait dans cette famille humaine a son langage primi* tif qu'il entend et qui est entendu, répété par le? parents dont l'enfant imite bientôt à son tour les voix ou inflexions. Entre des individus qui n'ont à te communiquer que des affections, des besoins seU-

SM OPINIONS m M. DE BOi\ALD.

flitifg et les images qui s*y rapportent, le langage on

le âjstèaie des signes doit être borué au cercle de ces sensations, besoins et objets sensibles. C'est la langue des peuplades sauvages, langue qui pour être aussi bornée n*en est pas moins expressive d'idées

propremement dites, et nécessaire à la production eomme à la concepliou des idées sensibles, autant que la langue la plus savante ou le système de signes le plus ccjuipietest uécesbuirc pour la piuducûua uu 'la conception des idées les plus intellectueUes. Celle nécessité même qui parait à .M. de Bon»ld on nrç^ument viclorieux contre Tinvention ou la création du langage par Thomme, nous parait à nous précisé* Ukcul uiii! pii u\t! lie celle creaUoa efl'ectuée par Tactivité seule de l'esprit humain, tel que Dieu Ta ùiU Car si Thomme dépendait absolument du concours des causes ou des circonstances environnantes pouf la formation même des premières idées qui le eOQstiiucntà litre de sujet iuleliigeut et moral, ii ponr> rait arriver qu'un homme abandonné au hasard de ces circonstances et privé de tout secours extérieur, a aurait aucun moyen de s élever de lui-même à IV dée la plus simple, pas même k celle de son eristeaco individuelle; et que, créé par Dieu être intelligent, il se confondrait néanmoins avec la brute ou reatiH rait au-dessous même de 1 amnial le plus impai iùii; ce qui n est ni vraisemblable ni vrai«

Mais, dit encore H. de Bonald^ n si Tidée ne peut ^ nous cire connue que par&ou expression, coininent « les hommes auraient-ils pu connaître leurs idées « et les communiquer aux autres antérieurement à

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