ORIGINE DU LANGAGE
« toute expression et avoir ainsi une idée claire et € distincte de Texpressiou avant d*avoir lexpression « de leur idée? Aussi J.-J. Rousseau, après s*ètr8 « étendu sur les difficultés insurmontables que pré- € sente ropioioa du langage inventé par l'homme, « finit \)^v avouer que la parole lui paraît avoir été <k(ort néccsuiire pour inventer la parois (1). » La solution de cette difficulté qui parait si insoluble à M. de Bûuald se trouve dans les analyses qui précédent.
Comment un mouvement, un acte quelconque du Mot peut-il commencer à être volontaire et par cela même intérieurement réfléchi? Le langage primitif est celui des affections, des sensations pures ou des besoins. Ces instincts de la nature sentante ont leurs signes naturels que riiomme n'a pu inventer; mais l'homme qui commence à apercevoir ces signes, les transforme en signes volontaires, il les institue on les invente en quelque sorte à leur titre d'expressions significatives pour lui et ceux qui l'entourent. 1a traiislurniation des signes naturels instinctifs en signes volontaires^ loin d'être hors de la portée de l'homme, est précisément l'attribut caractéristique de sa nature intelligente et active. Donc celte transformation est toute de son fait; elle n'est point adventice mais nécessaire à Tètre intelligent. De la langue des sensations, des images ou des premiers besoins, transformés en idées au moyen des signes Yolouiaires, u ^ a-t-il pas uu progrès naturel et né-
(1) Becherches phUosophiques^ chap. viu.
OmiQllB OB M. nt BORAUX
eeflftire (proportioimé à ceint des société^ à la lin»
gue lies idées intellectuelles, des notions les plus abstraites* eu de ces opératicos compliquées de i'iih leliigeneê dont les signes généraux et abstvails«o* tentât couâerveut les résultats ; opérations au^ueiies par conséquent le langage, considéré dans hiot
degré de perfection, ne sainait cire antérieur. Ce second passage doit paraître impossible à ceux qui ne veulent pas commencer par le commenoettoifc Telle est aussi la source des didicultés prétendues insolubles que M, de Bonaid s'est plu à accumuler en 66 fortifiant derautoritéde J.-J. Rousseau, qui n*a pas mieux conçu le problème, comme il serait iacik de le prouver par ses propres paroles. Un langage naturel ou spontané est nécessaire pour inventer ou créér le langage artificiel ou volontaire* cKmmSMtL tout homme, rintelligence consiste k faire, àfépétéK ou commencer volontairement, avec inteiuioii et le sachant, ce que la nature sensible ou animal» fût déjà à rinsu ou en rahseucc de b p ci sonne intelligente. JNous devons attribuer a Dieu ce qui s# lût régulièrement sans nous* mais non pas ce qoe faisons nous-mêmes.
Descartes s'élève contre une opinion de Regius tendant à établir que les communes notions qui se trouvent actuellement empreintes dans notre esprit tirent toutes ieur oh^mc ou de l'observation des
OaiGlNB DU JLANÛAOB. Ma
ehofles ou de li tradition. Les irgoments de Deseaiv.
les me paraissent également s'appliquer d^une manière victorieuse à la réfutation de l*opinion de M. de Bonald qui préleaJ aussi dériver toutes les notions gépéi^ee de la tradition» ou, ce qui revient au sème, :d'ttB langage primitif, donné à Thomme par Dieu et transmis aux générations successives.
Deecartes (I) montre d'abord très-bien comment il est faux de dire que les idées mêmes des choses sensibles soient directement transmises par les sens, eonuDeai les idées découlaient de cette source dans Fime laites de toutes pièces, sans aucune coopératidtt active de l'esprit, ou comme si les objets matfr* riels pouvaient être les causes eificientes de ces idées, f IIn*y a rien dans nos idées qui ne soit naturel à f f ^prit ou à la faculté qu'il a de penser, si Ton en « excepte seulement certaines circonstances qui n'ap* f fartieonent qu'à rexpérience. Par exemple, c'est € la seule expérience qui fait que nous jugeons que « telles ou telles idées matérielles, présentes à Test^frit, ee rapportent à des choses ou des causes hors « de nous ; non pas à la vérité que ces choses les aient « transmises à notre esprit par les organes des sens « téHee que nous les sentons, mais parce qu*elles ont transmis quelque chose qui a donné occasion à « nèlre esprit, par la faculté naturelle qu'il en a, de f les former en ce temps-là plutôt que dans un au- « tre. 11 suit de là que les idées mêmes des meuve- M ments et des figures sont naturellement en nous;
(1) Uttr^ hU*^9 R^inanittes sor on pUteard^ etç. {iW),
m opmjm de u. lœ borald.
€ 6t à plas foii6 raison les idées de la douleur, des
« couleurs, dessons duivent être aalurellcs, afin que « noire esprit, à Toccasion de certains mouvements « qui n'ont aucune ressemblance ayee elles, puisse
se les représenter. Mais quoi de pius absurde que a de dire que toutes les notions communes qui sont « en notre esprit procèdent de ces mouvements oa « qu'elles ne peuvent être sans eux? »
Appliquons ceci au langage, à la liaison nécessaire des idées ou notions générales avecles sons articulés. Si Ton considère d'ai^ord les premières sensations, ou les impressions faites par les objets matériels sur chacun de nos sens externes, comme une sorte de langage que la nature extérieure parle elle-même à notre âme, en se manirestant à elle ou lui révélant les objets extérieurs, on comprendra que ce langage est entendu par Tesprit en vertu d'une faculté qui lui est projji e, et qu'il ne tient que de son auteur. Qiiuique cette sorte de langage naturel soit un don de Dieu, encore suppose*l-il quelque coopération ae<tivede Tàme qui apprend, à la vérité pronipternent» en vertu de ses facultés naturelles, à voir, à toucher, à entendre; la présence ou Taction des objets extérieurs est toujours la condition nécessaire de cet apprentissage, ou la cause accidentelle qui fait que l'âme cutiinance à s y livrer dans un certain temps plutôt que dans un autre. Supposez quil y eût un langage naturel pour les idées générales, ou un système primitif coordonné de sons articulés ou de mots écrits propres à réveiller, ou ce qui revient au même, à laiic liaiUc danb 1 àiiic telles idées ialellectueilc:» ou
OaiGINfi DU LAIIGAGE.
morales; dès que ces mots ou sons viendraient frapper l'oiiie* ou du moiùs après un apprentissage plus ou moins court dont la nature ferait presque tous les frais, le langage serait entendu, les idées seraient rendues présentes à Tesprit, non que les sons fussent k& causes efficientes productives de ces idées, luais parce qu'ils donneraient oocasion à Tespritde former ou d'apercevoir ces idées, dans ce temps plutôt tjue dans un autre, eu vertu de la faculté naturelle qu'il a de les former ou apercevoir en lui.
£d pi euant à la lettre les passages de rÉcriture où Ueetditque Dieuaparlé aux premiers hommes, et en supposant que ces hommes ne connussent pas encore UQ langage, il faudrait, pour que la langue venue de Dieu eût été entendue d'abord par l'homme, qu'il y eût entre les signes ou sons articulés et les idées ou ekoses rignifiées, des rapports naturels semblables à ceux qui existent entre les premières impressions faites par les objets matériels sur nos sens eiLtcrnes et les perceptions ou idées sensibles qui représentent ces objets hors de nous; ou bien encore entre les premiers cris que la nature elle-même parait
avuir attachés aux aflectioiis de peine et de phùsir et cesaffeciions elles-mêmes, lin ce cas, il serait vrai de dire que la langue des idées, comme celle des sensa* tions et des besoins de la vie animale, est d'institution naturelle et par ]k même un don de Dieu ; car rhomme ne serait pas plus l'auteur ou l'invcntenr des langues qu'il ne Test des premières voix ou des cris instinctifs liés h ses premières affections, ses premiers besoins, pas plus encore qu'il ne Test des