OPINIONS DE M. DE BONALD
sensations auxquelles sont liées les perceptions ou les images qull se fait des choses hors de lui. Hais, iïïsis cette hypothèse même, il ne serait pas vrai de dire que le langage articulé fût la cause prodiaine, essentielle, ou exclusive de la formation oa de li première manifestation des idées dans Fesprit de Tbomme; car quoique Dieu eût jugé à proj^ dam un temps de réveiller ou de su^'gérer à rftmede^telks idées au moyen de tels signes qu il aurait établis, on ne voit pas pourquoi la puissance de Dieu aoraitéli restrtiiiie à l'emploi de tels moyens ou Je sons, pourquoi il n'aurait pu parier à d'autres sens q«'i celui de Vouîe, ou même pourquoi il aurait eu bepin de inoNens matériels queicoii ['i pour parler à Tflme et lui faire entendre ses lois. L'institutioa de la pieuiit'ie lani^uo même divine aurait donc ele encore arbitraire dans son principe; et on nepoumil y trouver une cause efficiente nécessaire de la mani» festation interne ou externe des idées de Tesprik Que sera-ce donc lorsqu'il s'agit du langage qitf est uu résultat évident des convtjtiiious huimiiiies, qui varie dans chaque société, et dont les signe! ont si peu de rapport avec les idées ou choses siiTUilifis, que la même idée se trouve exprmiée par une foule de mots divers sans aucune analogie entre eux; ifm cliacun de ces niuis est entièrement vide de sens pour tout homme qui n*en a pas appris la sigmllc»tion, qu'il faut enfin un long apprentissage et plusieurs leçons directes pour parler ou entttidre wie langue quelconque ? Certainement toutes les traees d uu prctuier langage naturellement m^atue ou, c€
qai refient au même» donné par Dieu, ont complé^ tement disparu de nos langues arbitraires et de con»
vention. Cen*est que par hypothèse, ou par des conjectum dont les fondements ne sont rien moins que alalrs* iqu'on peut admettre Texistence d'une seule langue primitive complète, doot toutes autres seiliaal dérivées malgré les altérations ou transformations à l'infini qui nous cacheut cette origine. Cer- Uioameot les langues que nous connaissons et pntiquonssont Touvrage de l'homme. Lesdifficultés, le temps, la réflexion et tout le concours des opénAm^é» Tesprit nécessaires pour bien entendre les idées que leurs divers mots expriment et auprès despeUes.le matériel même de ces mots est si peu de «M»» prouvent assex la part active que l'esprit de l'homme a prise à leur foniialion successive ; elles flQttivent le travail des générations dont chaque in* diiiiNi aBl appelé à profiter en travaillant lui-même autant que les premiers inventeurs. Le langage, dans l'élii^ttttl où il est parvenu dans nos sociétés avan* cées, n'est pas plus un don immédiat de Dieu que ne iûtiSdatilAs mathématiques* la géométrie, tous les aiii, JoôteBles sciences qui ont chacune leur langue^ . Lss.£lcuUés seules, propres à iaire toutes ces cbosssv viennent de Dieu, auteur de Thomme.
4t Un aoQt dit M. de Bonald, n'a pu devenir ex-
« presâion et parole que chez des hommes qui
OPINIONS DE M. DE BONALa
4( avâieiitiléjàuu iaiigâge articulé (1). » Cette maxime 6ftl démentie par TeipérieDee journalière des enfants et jusqu'à un certain point même des animaux poar qui les sons inarticulés deviennent expressious de flentîments avant ou sans le langage articalé. Tout au cuiiU ail e, il faut que les simples sons de la voix soient déjà des expressions et commenoeoients de parole pour que le lan^'age articulé puisse être inventé* C est une chose étrange que de voir M* de Bonald s'appuyer de Tautorité des philosophes qui ont cherché à réduire toutes les opérations de Tintelligence au pur mécanisme des sensations matérielles et des signes du lan^ge, en dissimulant à dessein* ou dans des vues de système, une classe entière de notions ou d'opérations intermédiaires qui n'ont pas plus de rapport nécessaire avec les sensations qu*avec les signes matériels dont elles sont indépendantes et qu on ne peut même concevoir sans elles. C'est pour avoir confondu les notions uuivarselles et nécessaires de l'esprit humain avee lesiMei générales, artiiicielles, arbitraires, coiimie celles dts classes, genres ou espèces, que Uobbes à réduit toute vérité ou fàus^et»'» des jugements à 1 <«|)plication liicu ou mal faite des termes ; que Condillac et sei pies disent que nous ne pensons qu'avec des Quand on remonte à Forigine de la connaissance au mot primitif, à la personne active et libre, trouve autre chose que des sensations et des signes^ Si les premières idées ou connaissances mondes m
(i) Bgekercheê pkUoiopkUiiÊes^ diêp, u
ÙKQSM DU tH
gioelles sont absolament dépendantes du' malériel
du langage articulé, il sera vrai que les idées sont des inventions liumaines. Si l'on démontre que le matériel du langage est une invention de rhommei dépendante de telle circoiistauce, de tel progrès social Ibrittit, c'est faire dépendre le sort d'une question qui n'en est pas une pour tout homme de bonne fiù (savoir l'universalité, Tinvariabilité nécessaire des lois morales), de la solution du problème sur le langage originel, inspire ou inventé, problème sur lequel on conviendra bien du moins qu'il est permis d'hésiter beaucoup. Il paraîtra donc singulier à tous lailKUia espritSt qu'on prétende conclure de Tuni'" vénalité et de la nécessité première. des idées morale l'universalité et la nécessité du langage, et que Te» suppose celle-ci indivisible de la précédente, sans voir que cette assimilation ou identité supposée mire la parole et la pensée compromet la question de savoir si l'homme a pu se donner arbitrairement des lois morales» comme il a pu se donner un langage. <
J'entrevois que toute la théorie de M. de Bonald va reposer sur une équivoque perpétuelle. La parole est elle un don ou une iiiveuliuii de l'homme? Cela dépend de ce que Ton entend par la parole. La faculté de parler est un don ; les sons articulés, comme moyens d'exprimer les idées, de même que les autres mouvements volontaires ou disponibles, aptes à une expression pareille [quoique uioins ini médiate), et les rapports généraux de ces moyens à la fin qui est l'expression ou la maniafestation de la pensée, voilà
m OPimOllO M IL DB BOMALa
autant de dons, si Ton veut ; rhomme les a reças et
non pas inventés. Mais quant à l'application partieulière de tels moyens au but, quant au ciioix du signe matériel employé à exprimer telle idée, oonception ou notion, prétendre que c'est également m don, une réTéiation ou un enseignement immédiat de Dieu, c'est, au lieu de chercher à résoudre un problème, vouloir couper le nœud en iaisant interve* nir le miracle, en recourant à la foi là oh il ne a*agil que de raison. Que la parole soit un don comme les lois morales, j'y consens ; mais pour maintenir le parallèle, il faut dire que la facuUé d'exprimer des idées de Tesprit ou des sentiments par les sons arti« culés ou inarticulés de la voix a été donnée à rhomme comme la faculté de connaître le bien, de sentir le bon moral et deTaimer, lui a été donnée. Voilà pom^« quoi il y a un iogos^ une parole universelle, nécessaire, comme une morale, un attrait pour le bien, pour la perfection et une aversion pour le mal, pour ce qui tend à la destruction de la société, attrait el aversion qui sont communs à tous les temps ét k tous les lieux. Mais telle parole, telle forme de langage primitif n'est pas plus un don que telle organisatiDD sociale, tellr institution, telle coutume, dépendante des circonstances de localité, de l'état des peuples, et variables selon qu'ils se trouvent êCre* commerçants, guerriers, industriels, etc.
Ici, comme dans fout le reste, il s'agit de mtmw ce qui est conuiian, vraiment universel, vraiment nécessaire à l'existence de l'individu ou de la •eeiété ; et on peut affirmer que lee Iknmmb
OMSIMB DU UNOAOE. 9H
B'oot pas inventé ce8 choses. Or^ il est bien com-r mon, universel et nécessaire k toutes les sociétés d'exprimer d'abord les besoins et les seuliuiciils et pluft terd les idées, au fur et à mesure des acquisi*
tions iiiLcilectuelIos, pai signes quelconques et même par des sons articulés en général ; mais non pas idMignes, tels sons articulés, choses qui varient à rii^iii. D'où ïl suit que si i ou [Jtui «lire avec vé* rilé qae b langage est un don de Dieu, il faut entendre la idculté, les moyens i^énéraux donnés pour Vaspnession des idées et non pas telle forme détei^ flmée^dii lan^ii^e. Dieu a créé Thomme avecTinstnimmt de la parole et la faculté d'acquurir des idées* Aossl rhomme a*t-il partout et toujours ces facultés dont l'usage est général et eu ma. un. Mais Dlt u ne nous, a pas donné de langue toute faite; aussi les langiiM varient-elles en tous lieux. La question de savoit' d il y a eu une langue primiUve, universelle, dont toutes celles que nous connaissons soient dért^ vées, est tout hypolhéliciue. ('onunent une langue première» donnée et enseignée aux hommes par Dieu même, se serait-elle perdue au point de devenu métonuaib^aiiit' el introuvable : l^ourquui leb lois
MÉlaa» les notions et iessentiments vraiment corn-* iiiiin#è tout ce qui est homme, n*ont-ils pas subi les méflae&r variaiions ? Si l'on dit que ces sentnuenta, 9m Mtiotts sont indivisibles de certains signes qui les expriment, il ne sulIiL pas de dire qu'il en est iÎMÉ^ttéralement, ou qu'on ne peut pas avoir telle UKMKNRaleaans un mot» un signe articulé en généistf^poiur en conclure que le langage vient de I>iea