OPINIONS DB M. DB BONALD
immédiatenieut coiDine la morale; il iaudraiipovh
voir montrer (le plus que tel signe, institué par Dieu pmuiiiveiueat pour exprimer telle idée, est resté aussi invariable qu*elle, aussi universel que Texpres* aioQ naturelle des affections ou des passions du cœur humain par tels cris interjeclifs, attitudes oa gestes, altération de la couleur ou des traits du visage, etc. : voilà bien ce que Thomme n'a pas inventé et qu*on trouve aussi en tous lieux. Il faut reconnaître, ou que tes idées morales ont été primitivement données avec la parole qui les exprime, oa que les unes sont arbitraires coujine 1 autre. Ce qui est arbitraire* ce n'est ni Tidée morale, ni la parole en général qui Texprime, mais telle parole, tel son particulier ou telle combinaison déteniunée de ces sons articulés et inarticulés. En équivoquant da général au particulier on prouvera que la parole est un don, comme on prouvera qu'elle est une invention.
Le langage étant supposé ou donné comme un fait
extérieur ou public, couiiiie le dit M. de Boiiald, si l'on demandait comment il est appris ou entendu par chaque individu, la question ne serait ni plus ni moins difficile que celle de savoir couiuient il a été inventé par Thomme. Il en est absolument de cette origine comme de celle des idées. Soit qu'on prenne en effet les idées pour des entités réelles qui sont en Dieu ; soit qu'on dise que ce sont des modalités
unies à l'ime m moment de m créatioD, il est cei^ tftin que si 1 ou deitiaude, non ce que ces idées «ont en elles-mêmes, si elles sont éternelles en Dieu, on ertéè» svre Tftme, mai» ce qu'elles sont pour le moi qui ies aperçoit ou les coonaîl, et quand ou com* ment s lieu cette a perception originelle, cette der* n.cie <jiieiUuij a lui srns viai, puiiHneiii psycliologi-
fuéf, et ce sens est tout à fait différent et indépendant
l# question ontologique qui a rapport à i essence réeiie des idées ou à la manière dont eiies sont en Dieu ou dans Fâme, indépendamment de son aper*
cepiioii ou avuul la cuuuaibbauce qu'elle en acquiert
dm» «a temps*
La question de Toriginc du langage a de iiaine ua côté ps^xiioiogique, lequel consiste à déterminer qimnd et comment, selon quelle loi, diaprés rioelle faculté, rbuuiaïc cuuuiicuce à rattacher quelques idées k des signes auditifs, oraux, voix ou articula*
lions. Or il n'importe pas que les signes niiilt l iels lui aient été donnés, ou révélés du dehors par une influence, une action surnaturelle, ou qu'ils vien* nent de lui-même, comme des produits naturels et spoQtaués de son organisation, qui naissent ou s'exé^ cutent sans aucune participation d'activité ou de conscience du moi; car tout ce qui est, ou arrive ainsi hors du mai ou sans lui, et qui ne le touche puiut ou ne peut tomber sous l'œil interne de la conseience, n*est pas un fait psychologique, et ne peut être conçu que par le raisonnement ou l'induction, à titre do notion ou d'hypothèse. Prenons pour exemple les premiers cris de la douleur ou des be f
soins que la nature suggère à un enfant qui vient de naître. Uémission de ces voix se fende déjà sur un
mécanisme très-compliqué, le jeu de plusieurs mus^ oies et divers mouvements organiques qui seront
vulunLaires dans la ^mle. Que ce soit Dieu, le moteur suprême» unique» qui exécute lui-iueiiie ces mouvements à roccasion de certaines affection» ou des impressions conlux s de Tâme, que ce soit l'âme elle-même en vertu d'une faculté motrice aveugle, qui lui n étédoiiiire par Dieu, quand il l'a créée ou unie à un corps organisé : celaue fait rien à ia c|uestion psychologique du langage primitif inarticnié. Les cris iustiactife, appelés vagissements, sont une sorte de langage pour la nourrice qui les entend, et qui démêle déjà les signes de chaque espèce d'tffeetion dans les cris de 1 enfant. .Hais ce ne sont pas des signes pour lui^ tant qu'il n'en a pas la percep*
liuii uu la cuhiiai^^aiicc iiilei iiLS taul qu il n est pas
une personne, un moi constitué. 11 arrive un moment oii Texistence de Tenfant, cessant d'être purement sensuive, celle de ia |)eiboaae buiuaiuu va commencer; et ce moment coïncide avec celui ùk Tenfaiit qm a ci ié, comme il a excité tous les autres mouvements sans intention, s'aperçoit de ces ccis, de ces mouvements opérés en lui sans lui par me force, soit naturelle ou vitalt, »oit surnaturelle et divine^ et les répète volontairement par sa forée pr»* pre, en y attachant pour la premi^îre fois une hilBii^ tion ou un sens. Or, il est bien évident que ces mm inarticulés, comme ces mouvements quelconques ipie reniant, en commençant à devenir homme» s*appro*
ORIGINE DU LANGAÛI. S7i
prie k titre de personne egissente et instilae par Ik
même signes, il ne jes a pas inventés ou créés arbi* Cnironent, mais qu'il les a trouTés toot raitoi don*
nés par la nature ou par Dieu, et qu'il les tourne seuteoieDl è son usage, comme des choses dontii dispow quoiqull ne les ait pas faites.
Cette â|>|>ro|Miatiun des premiers suus de la voix
eoopae de tous les mouvements spontanés à Tactih vité du^mi on k la volonté qui s'en empare, est la vraiô'o^giue psychologique du langage; origine qui liisw entièrement de côté toutes les questions mé-^ taphysiquc.^ ou tlicologiques sur la créaùun absolue diifmmier langage, révélé immédiatement par DieUt euifirfbs à Tftme humaine comme les idées ou notiona premières, uuiverseiies et nécessaires. Eu effet, que oelangage, comme ces idées, soient faits parThomme avec des liialcnaux dounés, ou qu'ils soient appi is, reffua^dtt, dehors par communication, toujours &ut« it##e0Bpattre les fiicultés intérieures eitclusivement propres a 1 homme, en vertu desquelles il apprend M émyni le sens du langage. Et ces facultés ont un oommencenient d'exercice ; elles naissent ou se dévaloppeot amvant telle loi qu'il s'agit précisément de déHiÉiiiier par des recherches oti par la comparai-
soii dtïi, faits p&yclioiogiques. Cai le btiis, l'intelli-
gMMa^l^eat pas dans le matériel et la lettre du lan*
gage, niais Lien et uniquement dans l'esprit qui entend et conçoit ce langage. Il pourrait^ avoir entre des ililBlligenà^s stipérieures des langues dont nous nVn* tendrions pas un tcul mot; ces langues sciaient pour iWÉIftBmtofe elieé Ji>xistaient pas ; et» en suppo»
OPUliONS DE AL DE BOîiALD.
saiU que ces esprits supérieurs voulussent nous suggérer leurs signes matériels, et nous apprissent à les répéter mécaniquement, ils entendraient quand nous viendrions à les émettre, sans que nous pu^ sions nous entendre nous-mêmes, comme k nourrice entend les cris ioslinctifs de l*enfant qui ne s'entend pas. 11 faudrait donc un nouvel ordre de lacuités ajoutées à celles que nous avons vues développées par des moyens quelconques, externes ou internes, pour que nous pussions commencer à répéter les signes donnés, autrement que d'une manière mécanique* c'est-à-dire avec rintelligenceoula science de ce qu'ils expriment. Alors seulement nous commeace* lious k apprendre la langue de ces esprits supérieurs et nous nous entendrions nous-mêmes; nous poumons dire aussi que nous inventerions la langue qu'ils seraient censés nous apprendre ou nous apporter du ciel toute faite; car Tinvenlion consiste à approprier
à soi ou à son espiiL, en vertu de ses lacullcs naturelles, des faits ou des vérités qui existaient de toute éternité avant Tinvention ; car si elles n'existaient pas, elles n'auraient pu être découvertes. C'est ainsi que Newton n'a découvert les lois de Tattraetioa ou le sysLèiuc du monde que parce que ces lois étaient de toute éternité, avant qu'aucun homniey eût jpepKà, ' et ainsi de tout ce qui est, soit dans le monde extérieur ou physique, soit dans le monde intérieur qu intellectueL i».
On peut donc admettre que le iogos, le verbe, la langue éminement savante, a été de toute eteinitc dans l'entendement divin» et qu'elle a été révélée
OMOmfi DULAXGAGfi.
(bas le temps à la nature huaiaiiie. Ces antécédents, pris dans un ordre sumalorel, ne touebent en rien
la vraie question psychologique de l'origine du langage, qui ne remonte ni plus ni moins haut que la faculté purement réceptive (si Ton veut) d'entendre cé premier logos, ou de le répéteren y attachant un sens, comme Tenfiintrépète les premiers cris suggérés par la Mtureen leur donnant une première signification. Les facultés unes ou multiples d'entendre ou d'apprendre un langage donné, ne changent pas de nature en se développant de manière à embrasser un système entier de verbes avec leurs temps divers* de subslànlifs abstraits de tous les ordres. La difficulté n'est que dans le premier pas que fait rinteiligenoe soit pour inventer, soit pour apprendre. Comment,
dit-on, TispriL buniain aura i il pu distinguer le temps des verbes, s'élever à ces termes si éminemflieot abstraits? Je demande comment il peut s*éle^ ver aux notions exprimées par des sigues donnés, ou attacher à ceux-ci leur véritable valeur; car la diffi* culte est de même ordre : concevoir d'abord une certaine espèce d'idées et les rattacher à des signes sensibles qu*on invente suivant certaines analogiesi ou recevoir d'aljurd un sy stème complet de ces signes matériels, écrits ou parlés, et y rattacher exactement toutes les idées ou notions qu*iis représentent. Nul homme n est capable de recevoir la vérité du dehors, ou de Tentendrest ellen*est déjà en lui. Des signes dount s ou appris ne peuvent tirer de Tenlendement que ce qui y était déjà sans eux, plus ou moins obscurément.
us OPINIOKS DE M. D£ BOKALa
Si Ton dit qu'il serait impossible d'ayoîr les idées gaos les signes, je demande s'il efit également impossible d'avoir les signes ssns les idées. L'expéi> rience dément la nécessité de cette dernière associa* tioo» et is force seule d'uae première habitude nous oblige k croire que l'autre est constante et néoessaire. Cependant on n'osera pas du moins alBrmer qu'il y ait une telle affinité entre une notion quelconque et
le signe arbiliaire qui l'exprime» qu ii ^uiiiia d avuii ce signe ou de te recevoir du dehors pour avoir au même instant la notion présente. On est forcé dV vouer que 1 mteliigcuce d'un terme itli-iiaii exiii' ie concours nécessaire de certaines opérations de l'es» piiL sans lesquelles ce si^ne serait mort et comme étranger à l'esprit. Ëh bienl pourquoi ces opérations exécutées sur le signe, ou à son occasion, ne pourraient-elles [)us avoir lieu par le seul l';ât de 1 aciivité de Tesprit, et de manière que ie signe n'intervint qu auxiUairemcnt pour en noter les résultais? C'est ainsi eneil'et que les premiers signes de réclame, employés par Tentant, résultent de ses besoins et de la vuloiil* qiâ il a ùc poilcr sa iiuarrice à les ^iulisi'aire,
opération antérieure au signe employé.
NOTES