‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 39 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

RÉFLEXIONS PHÉLIMINAfRES.

Tous les êtres de la nature bruts et inertes, ou doués de mouvement et de vie, sont régis par des lois générales, constantes et nécessaires qui les entraînent chacun dans une sphère invariable dont lamplitude et tous les éléments peuvent être donnés par l'observation et l'expérience, ou précisément déterminés par un calcul qui ne trompe point. Les corps célestes suivent dans l'immensité de l'espace les lois de Fattraction qui règlent les formes de leurs orbiles; les molécules chimiques obéissent toujours aux mêmes affinités; les êtres organisés, depuis le plus haut jusqu'au plus bas degré de l'échelle de l'organisation, germent, naissent, croissent et périssent ou changent de formes, suivant des lois constantes et dans des périodes régulières; l'instinct même des animaux les plus élevés, dont les lois sont plus compliquées et moins fixes ou plus flexibles en apparence, n'en est pas moins renfermé pour chaque espèce dans des limites que rien ne saurait leur faire franchir. Placés dans les mêmes circonstances, les animaux font toujours les mômes choses, tous

ANTHROPOLOGIE

suivent âveuglément et avec une égale nécessité le cercle que leur a tracé la nature, quelque agrandi, changé ou modifié qu'il puisse être dans certaines espèces par l'éducation et la société de rbomme.

Sans doute, Tactivité et rinlelligence sont partout répandues dans tous les règnes et uianiitslées même par l'uniformité et la sagesse admirables des lois qui président aux mouveuïcnts nécessaires et aveugles de la matière morte ou vivante; mais cette activité, cette intelligence, cette sagesse n'appartiennent pas aux êtres qui sont dirigés ou entraînés par des lois nécessaires qu'ils suivent sans le savoir; ce sont les attributions d'une force suprême créatrice et motrice présente partout. La force, l'activité, la pensée capable de se connaître en se donnant l'impulsion elle-même, n'appartient pas plus à la combinaison vivante organisée qu'à la molécule chimique; elle n'est pas plus dans le singe que dans Thuitic pas plus dans l'éléphant que dans le ciron.

L'bomme réunit en lui deux, natures et participe à deux sortes de lois. Comme être physique organisé, comme animal sentant, il vit sans couaaitro sa vie;

Vivit et est v itae nescius ipse sum.

Cette existence purement sensitive , ces appétits entraînants, ces penchants aveugles antérieurs à toute expérience, enlin tout cet ensemble de déterminations et de mouvements automatiques qui se manifestent à Torigine de Texistence et antérieurement même à la naissance de l'individu, peuvent être compris sous le nom d'instinct ou de principe

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seositif; titre vague saos doute comme expnmaut ia foroe qui agite l'organisme au dediaiB« force aveugle

qui s'iguoie elle-iuume daos son exercice le plus éaergique, et ne se manifeste intérieurement k l'être

pensant que par ses oppositions ou son contraste perpétuel avec uue autre force qui e^l lui>mème« ou qui constitue son égoîté, sa personnalité identique, &i iibru acUviic. C csl eu ciTet au liti'c d'agcut liLic et proprement moteur et non pas mobile seulement, que rhomme se trouve orij^^iuairement doué de la ileaucmo vie de conscieuce ou de relaiiou qui le constitue mot, personne^ ayant une existence propre» (iidUucLc ou i>c parée de celle de tout autre sujet, de tout ee qui peut être senti ou représenté comme objet. Avec cette deuxième vie naît la lumière de conscience qui vient luire dans les téuèbres de 1 organisme. Dès lors commence à exister Tbomme sous aou vrai litre, et cette existence un lut n est pas iicubmeni la vie animale : non-seulement il a des sensations ou il seul, mais il sait qu'il sent; non-seuk^ ment il reçoit des impressions de ce qui Tentoure et en est affecté, mais il agit sur les objets de ces impieaaiuus, ii se met eu rapport avec eux, les i eeherche, les appelle ou les éloigne, et devient ainsi, en quehjue sorte, le moteur et i li^^aii des modes (l<^ son existence propre, de ceux à 1 égard desquels il se constitue moi, de toutes les perceptions qui reçoivent 1 empreinte de boii activité.

quoi consiste celte vie de Thommot et qu'est-ce

<|ui l»! distingue picci.^ciiicut d'une vie animale? Om-i

esice a^uiiment de moi qui est distinct de toutes les

33A AMiiiiOiOLOGIE.

sensations reçues du dehors, de toutes les modiftci* tions adveaûces* qui reste le méaie quand elles pss^ sent ? Est-ee une abstraction de notre esprit oo est-ce, au contraire, le lait primitif de Texistence, la première et la seule des réalités qu'il nous soit donné de connaître ou de saisir iiiiniédiatement ou sans sor* tir de nous-mêmes?

Ces questions ne tendent à rien moins qn'k établir ou à constater les fondements de la psychologie, et, par elle, de toute la science humaine , qui cherche à s appuyer sur quelque base réelle et solide, hors des atteintes du scepticisme qui , de tout temps, les a contestées. Mais d abord quel est le sujet propre et spécial des recherches ou des idées ou des faits que nous comprenons sous le titre de Psychologie? Ayant de procéder à ces recherches, à Texamen réfléchi des qualités ou attributs d'une chose ou d'un être , il faudrait bien savoir de quelle chose ou de quel être il s*agit

nUVUi 0B8 mVAUX ANTÉBIEURS iUX NOtJVBiCX

Il y a bien longtemps que je m'occupe d'études sur rhomme« ou plutêt de ma propre étude; et h la

lin d une vie déjà avancést je puis dire avec vériti

urrooDUcrriON* 33s

qu'aucun autre homme ne s'est vu ou ne s'est

gardv passer comme moi, alors même que j ai eu le plus de ces ai&uires qui entraînent ordinairement les hommes hors d'eux-mêmes. Dès l'enfance, je me souviens que je m'étonnais de me sentir exister ; j'étais déjà porté» comme par instinct, à me regarder en dedans pour savoir comment je pouvais vivre et être moi.

L ue attention soutenue et persévérante li\ée pendant un assez long temps sur les phénomènes intérieurs, a dû produire un ensemhie d'idées psychologiques, d'observations et de mémoires, dont iesnoteti auraient formé de gros volumes, si j'avais pensé que leur pubiicaliuu put oilnr aux autres le même intérêt on l'importance que j'y attachais pour moi-même.

En 1 802, la classe des sciences morales et politiques proposa pour sujet de prix de déterminer Vin* puncB de tkabititde sur les idées, ou opérations de l'esprit humain. Je sentis alors, pour la première fois, le besoin de me produire au dehors. Je réunis les matériaux que j'avais par devers moi sur cette question, et j'apportai au concours un Mémoire» plutôt comme essai que comme pièce académique digue du prix, qui lui fut adjugé contre mon attente.

Il y avait dans ce travail une idée dominante, un fait d'observation principal autour duquel venaient se grouper tous les autres :

C'est que l'habitude, ou la répétition des mêujes Impressions reçues du dehors, émousse, altère, flétrit peu h peu, et finit par effacer entièrement tout ce qu'il y a de sensible, à proprement parler,

AMTHROPOiOGIE.

dans ces impressions, c'est-à-dire tout ce qui a d*aliord dfTecté Tâme de plaisir ou de douleur;

pendant que, d'un autre côté, tout ce qui tieui à la connaissance ou à l*enipIoi des moyens de représenta un claire ou distiiicle des idées, en nous ou hors de nous, acquiert plus de netteté, de promptitude et d'assurance par la répétition des mêmes impressions ou des mêmes actes, il y a donc, disais-je, dans la représentation ou dans la perception objectiYC, quelque chose ou quelque condilion qui n'entre pas dans la sensation subjective bornée à affecter l'àme de plaisir et de douleur. Or, cette chose, cette eonditiou, d oii vient-elle? La comparaison des faits de notre nature et une nouvelle analyse des sens moiiUcnt qu'elle ne vient ni du dehors, ni de 1 ame, bornée à une simple activité passive, dépendante des stimo* laots externes ou organiques, conlundue par suite, et comme identifiée sous ce rapport avec Torganisa* tion vivante, ou le principe de la vie auiuiule* Elle vient de l'âme, douée par sa nature d'une libre activité, qui affranchit jusqu'à un certain point les modes ou actes dont elle dispose des liens de la sensation, de la nécessité des choses de la nature extérieure; qui la fait vivre d une vie nouvelle, imprime à ses produits un caractère de force, de constance, de iieilcciiijiliié qui manque entièrement à la sensibilité passive. Celle-ci sujette à l'influence délétère de tous les objets qui j'excitent, se détruit elle-même par la répétition de son propre exercice*

En distinguant les deux modes opposés d'influence que rhabitude exerce sur Tbomuie tout entier, c'est-

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