‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 40 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

i-dire en considérant successivement tous ses sens

externes, toutes ses facultés réceptives et actives dans le rapport aux eiVets inverses que produit sur leurs opérations la répétition des mêmes actes, je me trouvai conduit par les pliénomènes uièoies à tracer one ligne de démarcation assez exacte entre ce quHl y a de passif et ce qu il y a de vraiment actif ou de libre dans notre nature* entre ce qu'il dépend de nous de faire pour notre éducaliou iulellectuelle et morale dans cette vie qui en prépare une autre, et ce que nous subissons malgré nous, ce qu'il n^est nullement en notre pouvoir <le changer, ce qui passe, change incessamment et doit seul mourir tout entier coimue il meurt à chaque iastaut. Considéranl ainsi que la conscience, ou le sentiment identique que nous avons invariahlenient de notre existence particulière, ou de notre nioi^ devrait s'altérer plus que toutes les autres modifications sensibles, s*il n'avait pas un caractère essentiellement diiiérent de celui des sensations transformées, j'en concluais déjà assez naturellement que le fiwi^ la personne, avait son fondement, ou sa condition première, dans l'activité essentielle à Fàme humaine; j'établissais que le mût n!ètait autre que le sentiment de la force agissante, actoellement en exercice pour imprimer au corps des mouvemen(d quelconques de translation tendant i le déplacer, à le transporter dans l'espace, à mettre ses diverses parties à portée des objets ou causes de sensations, et servir enfin, dans plusieurs cas, d'instruments nécessaires à ces sensations mêmes. C'est ainsi que je trouvai dans cette première ébau-

346 ANTHROPOLOGIE

cbe assez mlorme la base et le germe d'idées qui avaient besoin d*ètre élaborées et mieux éclairées

dans mon esprit pour mériter 1 ulleutioa plus sérieuse des pbiiosophes.

La même Âcatleuiie me fournil bientôt après Too easion de développer le principe fondamental de mou ouvrage sur ïhaùiludc, en me doiHiaiU un plus vaste champ à son application. La nouvelle question proposée au concours de ranxni (4805) était conçue en ces termes : a Comment peut-on décomposer la « faculté de penser et quelles sont les facultés été- <L menlaires qu'il faut y reconnaître ? »

Cette question a fait une sorte de scandale parmi certains hommes d'esprit, mauvais juges dans le^ matières philosophiques qui demandent autre chose que de l'esprit. Ces hommes, en possession de donner le ton dans le monde qu'ils habitent, crièrent contre TAcadémie qui avait pu mettre en question, selon eux, la décomposition de i àuje, comme si ell^ était matérielle. Hais quand on discute sérieusement et de bonne foi, il faut prendre les mois, non dans le sens arbitraire qu'on se croit fondé à leur attri* buer d apies telle opinion, mais dans l acception déterminée où les ont pris les doctrines que Ton veut combattre. Il est bien vrai que dans le point de yW systématique où Descartes a employé le mot pensée pour exprimer Tattribut essentiel et Tessence même de TàmCt par opposition au corps qui a l'étendue pour essence, on ne pourrait chercher h décomposer cette pensée ou faculté de penser, ainsi abstraite et simploi sans se contredire dans les termeSi sans être

DITBODUGTION. dd»

infidèle au principe qui a servi de point de départ, ou aux coDventioDs de sou propre langage. Mais To-

pinion de Dcscarles, n'est pas plus ua ailicle de foi que le hufgàge qui la consacrée.

Ou peut bien certainement comprendre sous le màaie mol pensée uno multiplicité ou vai icié queleouqae de modes, d'idées ou facultés élémentaires, et se proposer de deooiiiposer la pensée ainsi entendue ou de la résoudre dans ses éléments, sans cesser de croire ou peut-être même eu établissant plus fermement la certitude d'une pariaite simplicité de rime ou du sujet pensant, mot.

Le pi uLienie était posé clans le point de vue de la doctrine de Condillac qui réduit, comme on sait,

Vàme humaine à une simple capaeilé réecptive de sensations ou d'impressions produites par des causas, ou objets quelconques, dont il suppose Teii»- Wncti eklciue, en aièuie temps <ju li pose la substauliilité de l'être qui reçoit leur action. Descartes demande au moins le mou^Liiii^nL avci ia matière ^oiu* Ibrmer un monde physique pareil au notre* U semble que dans la doctrine des sensations, la ma- Ue^-e âUjUi&e cl qu il ne isoit pas besoiu de xuouvcmcut pour former le monde des idées dont se compose ' iiiLrlligence ou lu pensée humaine. C'est un uiunde loiit logique où ne se trouvent que des formes vides Mftréalité. Analyser, décomposer la pensée en ce ficu£^, c'est éuumèrer les diverses lormcs, les divei-s cmetèM que prend la sensation et que le terme générique pemée exprime d api t^s les conventions d'an laligage exprèsi Uon voit bien qu'il ne s'a^l

m ANTHROPOLOGIE.

que d'une décomposition ou analyse logique de la même espèce que celle du mathématicien qui ajoute ou soustrait, iioiiibre ou dénombre des quantités homogènes ou des parties similaires d'une seule et même étendue abstraite. EnefFet, dans le système de Condillac, la sensation est tout aussi simple et indécomposable que la pensée dans le système de Descartes. Quoique, dans un sens différent, le tout artiiictel formé de plusieurs sensations de même nature puisse se rcsoudic dans ses parties, il n esl jamais dissous ou décomposé dans ses éléments primitifs et simples, comme pourrait l'être un tout naturel qu'il s'agirait de conaaitre dans ses véritables éléments consliiutifs. £t Ton peut voir par là combien était importante et orthodoxe la question posée par Tlnstitut, qui marchait alors sous les bannières de la philosophie de Condillac; combien était peu sérieuse et de bonne foi Taccusation de maléralisme intentée d'avance contre ceux qui chercheraient à la résoudre.

Quant à moi, j'entrai sérieusement dans le fond de la question, en prenant les termes de l'énoncé, non dans le sens métaphysique des Cartésiens, ni dans le sens tout à fait logique de l'école de Condillac, mais dans une aceepUon vraiment psychologique, fondée sur Texpérience intérieure ou le fait même du sens intime ; fait primitif dont il s'agissait à mon avis d'examiner ou d'étudier la nature, pour savoir s'il y avait lieu à une analyse de la faculté de penser, ou à quelle espèce d'auaijsc il était permis de soumettre la pensée humaine.

IMmODUCTlON. 34i

Or» en se concentrant d'abord dans les limites de robsenratioD iiitérieur6« ou des ftits du sens intime»

la pensée primitive n*est autre chose que la conscieuce de Hodividuaiité personnelle exprimée par le mot je. Elle admet deux éléments distincts qui ne se laissent ramener à l'unité absolue qu en tant qu'on sort du point de vue de l'expérience intérieure pour entrer dans le clianip des abstractions ou des systèmes a priori^ c'est-à-dire qu*on part de croyances néces* saires ou de notions intellectuelles toutes faites, comme des principes générateurs de la science humaine. Hais penser» c'est connaître; connaître, c^eèi voir par Tesprit, et voir est autre ciiose que croire. Nous croyons nécessairement Tétre ou la cause que nous ne pouvons voir; mais il faut avoir Tidée ou la connaissance du visible pour concevoir l'invisible, et SI Tinyisible est avant le visible dans l'ordre ab* soiu ou outolcgique des existeuces nécei^saires, il est certainement après, dans Tordre naturel de nos coiHiaissances relatives, ou dans celui dii développement des facultés de connaître et de croire*

Considérant la pensée, la connaissance humaine dans sou origiue, pour Tembrasser ensuite dans reoaemble de ses moyens et de ses objets, il s'agit

duiic de pai ùi', uou pas d une noliuii toute faite, de U croyance de quelque chose d'inconnu, d'inaccesâble à toute vue externe ou interne, dont on ne peut dire euiîu ce qu'il est, ni couiuieut ou à quel utre nous croyons qu'il est, mais d'une connaissance la plus simple, la plus cerlaine de toutes celles qu'il est donné i notre esprit d'acquérir, dans le dévelop-

362 AirrHROPOLOGI£.

pement complet de toutes les facultés ou moyens de connaître* il s'agit de partir d*une connaissance |Mre-

mière sans laquelle nulle autre ne soit possible et avec laquelle toutes les autres le deviennent, c'est-àdire d'un fait primitif renfermant, sous l'unité de conscience, un sujet pensant ou connaissant et un mode quelconque pensé ou connu.

En tâchant de saisir ainsi la pensée humaine dans ses premiers linéaments, et suivant ses progrès les plus élevés, j y trouvais toujours matière à une véritable décomposition, ou à Tanaljfse de deux sortes d'éléments qui s y combinent toujours, de la manière la plus intime, à partir de l'idée de sensation réputée parfaitement simple, jusqu^aiix idées les plus compliquées, les plus élaborées de rintelligence et de l'activité humaine. Partant de ces principes et suivant le développement de leurs conséquences, j'arrivai à une solution psychologique du problème proposé qui dut paraître, sinon pleinement satisfaisante, du moins assez neuve pour mériter Tattention des penseurs et faire espérer quelques progrès de plus dans l'analyse de Tesprit humain. Ce furent sans doute ces considérations qui firent adjuger le prix à mou travail.

L'impression de ce Mémoire étant déjà avancée, des circonstances accidentelles qu'il serait trop long et inutile de rapporter, la firent suspendre. De nouvelles méditations m'avaient porté k reprendre sous œuvre tout ce grand tiavail. J'en étais occupé, lorsque l'Académie de Berlin proposa pour sujet du prix qu'elle devait distribuer en IbUT, une question

IRTilODUGTlON, SAS

qui Tint ébranler la chaine entière de mee idées

psychologiques.

Un programme publié parle Moniteur français du 5 octobre 4806, au nom de la classe de philosophie spéculative de l'Académie de Berlia, s énonçait en ces termes : « L'Académie de Berlin a remarqué « que dans la recherche de Torigine et de la réalité « des connaissances humaines, on négligeait les faits f primitifs do sens intime sur lesquels repose la « science des principes et qui peuvent seuls servir « de base au travail de la raison; ou que du moins « on ne les avait pas observés , distingués, appro* M fondis avec soin et qu'autant on se montrait diffi-^ H cile sur les objets de rexpérience, autaiU on était € facile à admettre la certitude de certaines formes a de nos connaissances. En conséquence, TAcadémie a a cru que plus de précision dans l'examen et Téa noncé des faits primitifs, contribuerait aux pro- « grès de la science. La classe de philosophie spécule latÎTC propose donc à la discussion de TEurope sa- « vante la questions ui vante :

« ï a-tril des aperceptions internes immédiates?

n En quoi Taperception interne diff%re-t-elle de « 1 intuition 7

< Quelle différence y a-t-il entre Tintuitton, la a sensation et le sentiment?

t Quels sont les rapports de ces actes ou états de 4( lame avec les notions et les idées? »

Cette question semblait être un appel à l'auteur des deux Mémoires sur V habitude et la décanipositim dê te fûcuiié de pmaer^ récemment couronnés par

344 ANTHUOPOLOGIE.

riostitat de France. Je me sentis prêt pour y répondre plus qu* aucun autre ne pouvait Fétre. J'aurais pu même me borner à adresser mon dernier Mémoire

à l'Académie étrangère, et elle aurait cru qu il était composé d'après son programme* J'employai en effet pour traiter la nouvelle queslioii les uiènies piiucipes* la même espèce d'analyse et le même fond d'idées que dans lues pi écédeiUs Mémoiiu^. Je sentis seulement le besoin de transformer mon langage et de modifier le plan de ma dernière composîtioD. Ayant reçu fort tard le programme de iieriin, je u st vais pour ce travail qu'un petit nombre de jours qui me suffirent. Bientôt après j'eus le bonheur de recevoir avec un prix, une lettre (1} que je coosidéru comme ma récompense la plusilouee, la plus honorable d'un travail entrepris sans autre intérêt que celui de la vérité et condamné par sa nature k mourir ssns gloire, ignore ou uieconuutlu moude qui la dispense.

4"* Y a-t-il une aperception interne immédiate?-- Oui, s il y a uu moi qui ail le sens iiiliuie de son existence individuellot une, identique , restant toujours le même, quand toutes les modifications adventices varient sans cesse, quand tous les phénomènes internes et externes, sensations, représentations, images, passent et se succèdent dans un il ux perpétuel.

Par l'aperception interne immédiate, le sujet md se distingue non-seulemeiil de robjcL senti ou pense, c'est-à-dire de la cause des affections qu'il éprouve

(1) CTest la tettre de M. AnAiUon, i|a^on peut lire dans Vinirû' éuciUm géttéraie de i*édileor, en lète du premier volnine.

INTIiODUCTiON. W

ao dedans, ou des objets qui se repiéseutenl au dehm; mais de plus il se distiagae lui« au fond de 80D existence personnelle» des idées et lios sensations comme des représentations qui lut arrivent et passent

incessamment. Tout le nionde s'accorde à rcconnaîti o en fait la conscience ou raperceplion interne, sous telle modification déterminée que le mai éprouve. Mais ce u est pas là la solution du problème. Eu écartant toute impression accidentelle externe ou interne, en faisant table raae de seiisatiouà ou de ro' présentations, y aurait-il encore une aperception immédiate interne du fitni, immédiate on simple, car elle ne peut être immédiate si elle n'est simple ou dégagée de toutecomposition? Je réponds encore : Oui. Posez une iurce agissante ou qui a i action en potssaace,quî commence le mouvement, en déployant son action motrice sur une organisation inerte, iinmobile, insensible et iermée à toute impression extérieure; posez de plus que cette force soit douée du sens de sa propre tendance: ce sens de Tetfort imina- Dent, qui est le fond même de la vie de relation consliluera rexistence personnelle, à laquelle viennent s'ajouter et se combiner toutes les sensations venues du dehors ou de lorganisme, et qui ne se confond avec aucun mode passii ou adventice.

L'aperception interne est donc ce qui reste de toutes les sensations ou idées, opérations intellectuelles, quand on a ôté tout ce qui est passif, tout ce qui n'est pas inhérent au moi, ou ne naît pas de son activité constitutive, lls'aj^it ici connue dans les deux questions précitées de ïàaàitude et de la déeampon*

m ANTHROPOUXiif;.

iùm de la pensée^ de iaire la part de ee qui eai actii et de ce qui est passif daBS rhomme, deea qaieeli PQUS, OU aous-ipêmcâ, et de ce qui eat extérieur» ou même le plus près de nous, en y étant uni de la

nianîère la plus iiilimc, sans pourt^int être nous.

2"" L*apereeption est esseatiellemeut subjective, quoiquelle prenne UD caractère d'objectivité dès ii premier pas de la connaissance, comme il sera dit LHntuition est objective par sa nature; c'est la for me de toute extériorité. L animal, ou l'Iiomme dans rétat de passivité, a des intuitions : l'être pensant a seul des aperceptions internes.

3*" L intuition diffère de la seosatiou immédiate de plaisir ou de douleur ; aussi elle se projette dans Tss* pace hors de Forgane uù tout est senti. La sensation se localise dans quelque organe; le sentiment n'ap* pai llent qu'à Tâme qui ne se localise pas: Tune se* compagne ou précède Texercice de Tactivité, l autrs suit cet exercice ou en est une dépendance.

4" Uaperception immédiate du moi est l'origine et la base unique de toutes les notions universelles et néeessan es ù'êire, de substance et de cause; elle entre seulement comme condition ou partio intégrante des idées, produits successifs et éventuels de i'expé* rience extérieure.

Tels sont les éléments psychologiques distingués dans mes premiers Mémoires, < i (jue la question de VAcadémie de Berlin me ibnrnit seutenieni roeeasioD de développer, jiour la troisième fois, et de circonscrire avec une précision nouvelle dans le Mémoire qu'elle honora de ses suffrages,

INTROIMDGTiOll. 5^7

£ûiia,rA€adémie royale das sciences de Copenha^* gae proposa, en 4844, un sujet de prix qui rentrait eucoi e si coniplélement dans le sens de mes compo* sitioiui précédentes, que malgré des occupations gra- ?e»^ m'entraînaient au dehors, bien loni do toute spècuiaûon psychologique, je ne pus résister au désir de rffwndfe «ux questions proposées par cette so- €iclé bavctiiU;. Le Mémoire (]uc jecoinposai k cette ooeaiiaiia'étaitqu'unrésumé de toutes mes méditations et recherches antérieures sur les facultés de l'esprit lïumain,sur les deuxsortes de principes qui coucou* icnt à leur exercice et, par suite, à leur division en facultés passives, organiques ou animales, et iacuités aetim, iotellectueUes ou humaines.

L'Académie demandait : l'si les expériences ou cuusidémians physiologiques ayant pour objet ie corps orf^aiiîséTÎvant, pouvateotjeter quelque lumière sur les yjit^rauoiis aluibuéesà lame iuimaims ainsi que sur le fiût du sens intime qui fait la hase de ces epéralions, et sert de critérium à ce qui appartient proprement a 1 ame, distinguée ou séparée de Torga* nisme.

Âiusi, TAcadémie de Copenhague entrait tout à fait dans Tinteotion précédemment énoncée par celle de iierlin; elle au.-^M vtuilail faire ressortir, sous un nouveau point de vue, toute l'importance des faits primitifs, pour avoir le fondement de toute théorie rationnelle, tant sur les lois de la vitalité que sur celles de la pensée, et sur les liens qui les unissent* On voit parce qui précède combien ctail directe lapplication de mes recherches précédentes à ce nou*-

ANTHROPOLOGIE

▼eau point de vue de la science complète de rbomme.

L'Acîidémie demandait : 2* si les recherches ou considérations psychologiques sur les faits de ràine humaine, ou du sens intime, peuvent avoir une véritable utiiiie dans la science de Thonime physique, ou si cette utilité n*est pas bornée k l'observation des phénomènes et au traitement d'une espèce particulière de maladies, comme l'aliénation mentale et les différenls désordres nerveux qui se lient à la perversion correspondante des facultés intellectuelles et morales.

C'était demander une théorie complète des rapports du physique et du moral de Thomme ; sujet le |ilus curieux, mais en même temps le plus diWicile et le plus vaste qui puisse occuper des penseurs. Pour être traité de la manière la moins imparfaite quil soit possible, avec des lacuUés aussi IninUrs que celles de l'homme du génie même le plas élevé, il est iiidispensaliie de réunir et de fondre, s il est possible, dans un corps de science, mais en mainlenaiii leur diversité, deux ordres de faits qui tendcnl toujours à se confondre et s'identifier au reg;ird de l'observateur. L'observateur ne s'aperçoit pas en ce cas que c'est sa propre vue qui le trompe; que It» faits qu'il considère tour à tour appartiennent réellementà deux natures essentiellement diverses; à deux genres que l'on ne saurait réduire k un sans faire disparaître le sujet même de l'observation, ou sans anéantir une pai tie essentielle de sou existence par laquelle il est ce qu'il est : sujet pensant et non pas «seulement organisé; sujet, être actif et lii»re. eluoii

INTRODUCTION. 3/id

pas sentant p/issiverneiU les impressions qu'il revoit par ses organes; homme et non pas animal.

Qoand Fesprit considère, en effet, dans un point de vue extérieur les conditions premières de toute TÎtalité organique, les instruments nécessaires de toute sensibilité et niolililé appropries d chaque espèce de sensations» euiiu les fonctions de ces orga* nés, on les lois expérimentales d'après lesquelles se succèdent, se combinent, se propagent ou se transmettent les mouvements organiques constitutifs de ces fonctions, on se sent entraîné par une pente insensible & prendre les fonctions organiques pour les causes des phénomènes, ou pour les phénomènes eux-mêmes, bien qu'ils soient d'un ordre essentiel* lement différent de ceux que Tobservateur peut se représenter par les sens externes ou l'imagination.

Réciproquement, quand l'esprit se considère ou sobserve lui-même par une sorte de vue intérieure, concentrée dans ses propres actes ou opérations ac* lives, il s'abstrait et se sépare par là même de tout ce qui peut être représenté extérieurement; il se sépare par suite de toutes les conditions ou instruments organiques indispensables pour qu'il vive d'à* bord et peut-être pour qu'il agisse, ou commence le lijuuveuient, pour qu'il réfléchisse conuiie il le fait présentement, et même pour qu'il doute, ainsi qu'il peut le faire, de l'existence réelle de ces organes, de * ce corps vivant qui est une condition, ou une partie intégrante de son existence comme homme.

biins les deux puuiLs de vue, Thomme total disparaît donc» et le sujet d'observation auquel ou s'at*

ANTHBOPOIOQIK.

tacfae n'est qu'une portion de l'homme. On serait tenté de dire qiiecen*estqu*unè abstraction deThu* manité ou du fait total de 1 exii^tence humaine. Uais on aurait tort de le dire, si Ton entendait par là que la vie organique, sensitive ou animale, considérée dans ses instruments ou ses conditions et ses loisolh jectives, ne peut exister ou n'existe pas réellemait dans le sujet que nous appelons homme extérieur, abstraction faite de cette vie morale de la conscience ou de la pensée qui constitue le moi^ Vhonnm intérieur. Les deux ordres de faits sont complets , chacun dans son genre, sans que Tun paraisse rien ajouter à Tautre. La physioiogie et la psychologie sont comme deux cercles qui se touchent au mmns par un point et pcul-êlre par des points multiples, suivant Texpression géométrique; les conrbee se pénètrent et rentrent l'une dans rnuire.

Quel est le point de vue où l'observateur pourra saisir, dans une sorte d*nnité, le phénomène on les phénomènes communs à deux existences, deux vies réunies dans une seule vie composée, qui ne resaein-

h\c ai à Tune ni à l'aulre des composantes? Qnei est le point de vue où ce même observateur parviendra à déterminer le rapport de la cause active à TefTet passif; à saisir le passage inappréciable pour la pensée réfléobie autant que pour tout sens spécial externe (quoi* qu'il ne le buit peut-être pas pour un seub interne), qui sépare encore la force virtuelle qui n'agit pas, mais est prête à agir ou a^it pent-4tre sans conscience, de la même force eu plein exercice et sachant qu elle agit OU commence l'action 7 Voilà le proUèM

INTAODliCrnON* 351

du 1 uiilut'iice ou des lajiporls du ijiiysique eldu iijoral, GOQsidéré en son fond et dans l'ordre le plus éleré deTéquation qu'il faudrait résoudre pour déterminer ce rapport, non a priori^ comme l'ont tenté im néCa physiciens tels que Matebranche et Leibnitz, qui ne sont aiiivrs (jifà une solution négative, Boa «oeore a pattmoriy à Taide d'une expérience q^cotique, prise séparément dans Vun ou l'antre pMini dû Yue de riiunianilé externe ou interne (car

maù le problème même disparaît, et, k la place du

rappui i deuiaiide, un ne trouve plus ([ue l uuiLé, soit

Mlémile qui anéantit ou corporiu Tàme ou le moi Phomme, soit spirituelle qui anéantit ou idéalise al phéuoméniâe le corpa organique vivant) mais par re^péfUmce d'un fait suigeneris^ unique dans son

geijic, qui embrasse lt*s deux élcu)cnts de riiuma-

nité dans un seul et même rapport indiviaible» dont

lês deux termes sont toujours distincts et ne peUTent cependant être conçus séparés^ sans que le fait prîflUfd^l'etistence ou le sujet même, constitué par lerappoii, se U'ouve détruit.

'•CSi^ p^^iiit de Yue, il &ut en conyenir, ne peut se

concilier avec ia uianière ordinaire d'entendre et de déiair le moral de Thomme, considéré dans ses rappMs^afec le physique. Le moral, selon nous, réside tout eiUiei' dans la partie active et libre- de riiomnie. Ital'eiÉ qui est passif en lui, tout ce qui tient immé* diatement à rui'^aaisme, luul en qui s'y rapporte eoni^ à son siège local, ou vient de sa ibrce aveu-' gle, fatale, nécessaire, appartient an plivsiqae de 1 bommoé Des affections immédiates de plaisir ou de

m ANTBBOPQLOGUS.

douleur; des atlraits aympalhiqoes ou des répii-

gnniKos iiihérentês \\w tempérament priniilif, ou confondus avec lui et devenus irréaîâtibles par Thabiiude, des images qui se produisent spontanément dans 1 organisme cérébral, et qui, tantôt persistent opiniâtrément, tantôt se réveillent avee les paro*xisines de telles maladies ou désordres nerveux, les mouvements violents, brusques et précipités que ees passions entraînent, soit que le nu» de Thomine étant absorbé n'y prenne aucune part, soit qu'il jf assiste comme témoin , les appétits, les penchants, ces déterminalioiis, ces idées qui suivent nécessairement la direction du physique : tout cela est hors du domaine moral. Il ne faut pas même dire qoeoe prétendu moral n'est que le physique retourné; e est tout simplement du pur physique ou physiologique; le moral est ailleurs.

Suivant ces principes, j'arrivai à résoudre les deux questions proposées par l'Académie royale de Copenhague. Je résolus la première négativement, en démontrant, dans mon sens, que les considérations et les expériences physiologiques ayant, pour objet les phénomènes du corps vivant, étudiés dans les fonctions, les mouYements ou changements divers des organes qui le composent, ne peuvent jeter aucun jour sur les phénomènes de la pensée ou de la conscience, sujets d'observaiioiis ou d i \[jtiitiKes d*une nature toute dillérente. Je prouvai qu elles sout bi(.ii plutôt propres à les obscurcir, quand on prétend expliquer les l'ails intellectuels, à l'aide des faits physiologiques. C'est ce qui peut être fait de

INTflODUGTION. m

plusieurs maDières ; soit que l'on prenne les fooe* lions ou mouvements des organes pour les causes des phénomènes intellectuels [Cabanis et les physiologistes) ; — soit qu'on emploie seulement les premiers comme des signes naturels ou des symboles propres à représenter les seconds (Ch. Bonnet) ; buii enfin (ju'oii alFecte de confoiidie les deux ordres de faits dans une même classe, en mettant la perception id^tifiée avec la sensibilité animale au rang des propriétés vitales ou organiques, en appliquant à la perceptibilité et la volonté humaine les titres tioiÉipeurs de sensibilité et conlractilité animale (Bicbat).

Ces prétendues explications étant illusoires et fausses, les expériences physiologiques étant réduites h leur valeur, il en résultera que le physique ne peut être dit agir sur le jnoral entendu dans son vrai sens, car les fonctions ou mouvements de Torganisme ne peuvent jainais être qu eflet de quelque force immatérielle et non pas cause des actes intellectuels et moraux qui n'ont avec eux aucune homogénéité de nature et ne sauraient être compris avec ces phénomènes sous un seul et même rapport de causalité.

Quant à la seconde question, ma solution était

afTii lualive. J'atlirinais (jue les recherches ou oiiservations psychologiques des faits de sens intime pouvaient et devaient éclairer en plusieurs points essentiels la scir^nco de l liomme physique. Une bonne partie du Mémoire était employée à déterminer et distinguer les points où s exerce cette influence i

AI«XaEOPOLOGi£.

comme les conciliions et les iDojetis de cet exercice. L'eiLpérieoce atteste en effet qae les fooetionêvitilei sont puissamment modifiées par des affections, des seotimeots ou des idées qui ne peuvent appartenir qii'h l'âme de rhomme qui s'aflTecte elle-mèfiié «ym* pâthiqiiement, àla suite de certains changements arrirés dans les organes» quoique ceux-ci ne puissent jamais être causer actives ou efficientes de ses propres modifications ni de ses actes. De ploi« et avant toutt la force propre de Tâme est la cause première, libre, constamment active, d'une classe entière de moDfements on d*aetes exécutés par certaine organes quelle lient sous sa dépendance; et c'est ainsi qu'elle peut changer seule et directement Tétat du corps, comme elle concourt à le changer iudirecte- OMnt et par sympathie dans les effets organiques des

passions. Le moral agit donc sur le physique jusqu'à un certain point ; la volonté, la sensibilité de i'àme, agissent et réagissent sur les fonetions litales on organiques, en tant que celles-ci sont modifiées par l'àme cause, ce qui n'empêche pas que le corps n'ait ses lois propres souvent contraires à celles de l'es* prit.

PLUI DE L*0UTIIAiGS.

J'ai cru devoir présenter d'abord l'exposé 80m-

iBaire des principes et du fond dldées communs am quttM Mémoires soceessi^ement iionorés dee ev^

INTAOI>DCTI<»l.

frages de nos plus illustres sociétés savantes. Si ces suffrages, et avant eox le témoigiiage de ce seD» intime que j'ai tant aequis Tbabitude de consulter, ne m'induiseot paa en erreur, je suis arrivé au terme aor ce aujet, après tant de modifications de celle existence dont j'ai noté tous les passages, après tant de points de voe et de faces diveraes, sous lèsiqaeHéB s*est représenté on manifesté à iuKmèiiie cet honame intérieur qui ne peut éti^e différent de t«is Isa autres «Mf, en rappport de nature* de cou* ditloa et de destinée avec lui. Je suis peut être au* tonaé plus que qui que ce soit è affirmer qu'il n'y pas m système unique de la science complète de rhomme, mais plusieurs systèmes vrais à la foist ehaeun dans son point de vue, et faux seulement en tant que ehacun aspire à être exclusif, à embras-> ser un être multiforme à l'indéfini sous une seule lace abstraite de cette nature humaine totale livrée à nos recherches.

'^"C^est vainement en effet que chaque qmième de

métaphysique prétend déduire d*un seul principe la seience yraie d'un être mixte, organisé, virant, seiH>

tant, pens^uit cl libre, qui touche à\\n côté, à la naiure animale avec laquelle il vient se confondre, en s'absorbant tout entier dans la sensetton, pendant qu il touche d'un autre côté à la nature divine d'oii^^ il émane, dont il est le reflet ou l'image, dont il re^ çoit rinfluence ou res[)i it, précisément à mesure qu'il s'éloigne de cette sensation dont on a si bisar^ tanent prétendu fetre naître toutes ses faeuhés. àt ttiesurei dls-je, qu'il s éloigne des sensations ou du

8M ANTHROPOLOGIE

monde phéocménique qu^etles oompoeent, il peut

attemdre un monde supérieur de réalités invisibles, qui ne ee manifeste qu*à un sens sublime» à celui de

la religion ou de la ioi et de 1 aniuiir. Il est temps de développer ces diû'érentes vues ou £iàcesde notre bu*manité.

Je lormerai trois divisions de la science de i homme telle que je la conçois. Cette notion de l'homme est

infiniment compliquée, puisqu'elle renferme lous les modes passifs et actifs de notre existence, tous les produits divers des forces vivantes qui la constituent. Ces forces vivantes ou ces vies que 1 expérience intétérieure apprend à distinguer et que le sens intime ne permet pas de confondre sont trois et non pas une seule, quoiqu'il n'; ait logiquement qu'un homme et psychologiquement qu'un mai unique. Je ferai en conséquence trois divisions de cet ouvrage.

La première comprendra les phénomènes de la vie animale que je ne distingue point de celle qu ou a distinguée de nos jours sous le titre de vie organique. Je dirai pourquoi cette distinction futile en ellemême est inutile à mou but.

La deuxième division renfermera les faits relatifs à ia vie propre de l'/wmme^ sujet sentant et pensant, soumis aux passions de la vie animale, et en même temps libre d*ag!r par sa propre force, et en ^ertu de cette force seule, personne morale, moi, qui se connaît et connaît les autres choses, exerce diverses opérations intellectuelles qui out leur principe commun dans la conscience du mot, on dans la force active qui le constitue»

JMTAO01CTION. d57

La Iroisiènie division, la plusimporlaule de toutes^ est celle que la philosophie a cfu jusqu'à présent devoir abandooiier aux spéculations du mysticisme, quoiqu'elle vienne aussi se résoudre en laits d'observation, puisés dans une nature élevée, il est vrai, audessus des sens, mais non puiat élrangère à IV^prit qui connaît Dieu et lui-même. Celte division comprendra donc les faits ou les inodes et actes de cette vie spirUueUe dont les caractères se trouvent si visiblement empreints, pour qui sait les voir, dans le premier, le plus beau, le plus divin, le seul divin des livres de philosophie, dans le code des chrétiens, dans toutes les paroles de Jésus-Christ telles qu'elles nous ont été conservées dans les Évangiles et dans les écrits qui nous les ont transmises avec Tesprit qui les inspira. Toutes les facultés relatives à la vie spirituelle, constituent Tesprit de Thomme en état de pure réceptivité d'une influence supérieure à lui, mais non étrangère à sa nature la plus élevée. Cette influence en se manifestant à sa vue intérieure, le manifeste en même temps à lui-même daus ce qu*il est au fond, et dans ses rapports avec un idéal de beauté, de perfection intellectuelle cL moi'ale, source de sentiments qu'il peut entrevoir momentanément éemrae le but de ses travaux, le terme de son éducation, daus ce monde passager et pliénoménique, qui n^est que la simple figure de la réalité, de Timmutabilité de vie, de rinimorlalité de honlieur réservées à l'homme vertueux quiaui*a rempli sa tache, quand tout ce qu*il y a de mortel en lui se trouvera absm ùé par la vie.

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PR£MI£R£ PAATI£.

OIIIT PBOPBB DB L4 PHTSIOLOOIB. — RAPPORTS HBS

FO.NCliUI^b OKGMigUES AVEC LA SEJiSAIION Al^i- MAUB.

La physiologie est la science qui a pour objet les

propriétés des corps organisés vivants, ou les fonctioDs qu'ils e&erceut, eu vertu d'un principe de viOf ou d'une force vivante, ayant ses lois particulières diëtinctes ou séparées de celles qui régisseut la matière brute ou inorganique.

Cette science t inbiasse donc toute cette immense chaîne d'êtres vivants, dont le plus haut ternie est rbomme considéré sous ce rapport très-partiel de son existence, et dont ie plus bas va se perdre dans les derniers atomes de la matière organisée, sans qu'on puisse dire où la chaîne commence, pas plus qu'il n'est possible d'assigner humainement l'origine de quelque chose que ce soit. Partant du degré le plus bas où la vie cuiuuience sinon à être, du moins

3«0 ANTHROPOLOGIE

à paraître ou à se manifester , et suivant les termes

iudéfmis de la progression asceiidaute, depuis le premier atome organique jusqu'à la combinaison vivante la plus élevée, le physiologiste ne change pas de iujet ou de point de vue. Les phénomènes de cette oature organisée qui s*offre à son observation, ou à ses expériences, sont tous du niêaie ordre : partout ce sont des machines dont les éléments sont plus ou moins simples et uniformes, ou variés et nombieux» dont les fonctions, par suite» sont plus ou moins compliquées, les rapports avecles autres êtres du monde physique plus ou aiuias étendus, mais dont les principes d*action, la force motrice interne ou spontanée se manifeste partout de la mè[iie manière, ou par les mêmes signes. Uniforme ou identique peut-être quant à son essence, elle ne varie que dans son intensité, ses modes ou ses caractères, qui sont proportionnés au nombre et à la qualité des ressorts qu'elle met en jeu. Les fondions et les mouvemeots des êtres organiques, en qui peut se manifester de quelque manière cette force intérieure, ce principe de Vie, eu vertu duquel ils naissent, se uourrisseut, croissent, se propagent, en exerçant une action propre sur les euips qui les entourent et ((u'ils transforment en se les assimilant; de plus, les résultats immédiats ou les produits homogènes de cette sorte d'action vitale, en tant qu'ils se manifesleut simultanément ou à la suite de fonctions ou de mouvements orgfï niques, termes dircets de l'observation ou de Texpérience extérieure ; tel est le véritable domaine de la physiologie* 11 s'étend jusque-là. je le répète;

jusqu'aux résultats immédiats des fonctions vitales

susceptibles de se représenter avec ou par les inou- Yements organiques qui les constituent. Hais cette science, en tant que fondée sur rohstTvation etTexpérience extérieure, s'arrête à ces limites et ne va pas plus loin.

S'il y a, hors de la portée de tout sens externe et de tocs nos moyens de représentation, des Taits de conscience exclusivement accessibles au sens in lime et à la réfiexion propre du sujet, qui en est à la fois l'auteur et le témoin; s*il y a des actes intelleciuels, inoraux ou libres, qui non-seulement dififôrent par leurs instruments, moyens ou signes extérieurs, de tous les résultats des fonctions organiques, mais encore leur sont tout à fait opposés et en eux- mêmes, et dans le point de vue sous lequel il est perniis de les concevoir, et dans la cause ou force consciente de ses actes qui les fait commencer, à part et contre toutes les lois de ia vie organique; si ces laits sont réels, comme on ne peut en douter, la physiologie ne pourra évidemment s'étendre jusqu'à celte sphère supérieure ; et, si elle prétend y pénétrer ou Tattirer à elle, ce ne sera qu'en la falsifiant jus(jue dans ses éléments primitifs.

Cette ligne de démarcation, qui s'éclaircira mieux, j'espère, par la suiU', étant ainsi établie d'une manière générale et provisoire, je dis que si les fonctions vitales, physiologiquement considérées dans le corps organisé d'un animal d'espèce quelconque, ont pour résultat immédiat, ou pour produit indivisible

de ces fonctions iuémes, des effets internes appt lés 111. ih

362 AMHftOPOLOGIE.

ëên$att(nis mUmates, modes généraux du pisirir ou

.de ia douleur qui conâliluent Texistence de l'&ûiauil, lequel pour exister ou sentir ainsi, à son titre propre d aiuuial, u'a pas besoin de savoir qu'il existe ou dV percevoir qu il sent» c'est-à-dire d'avoir la consdenee, ridée de sa sensation, d'être une personne, un mti constitué, un, simple, ideulique, restant le même quand la sensation passe el varie; si la sensation animale, et tous les modes de vie qui s y réfèrent, peut être ainsi considérée (k part la consience du mot] comme un produit immédiat et indivisible des fonctions vitales exécutées dans certains organes, dont les sensations mêmes représentent ou expriment chacune à leur manière Tétat et les cLangemeuls successifs : jusque-là, dis-je, les sensations animales rentrent dans le domaine propre de la physiologie. Un pas de plus, et là où commeuce le mai^ ou la vie propre de la force interne active et libre qui le constitue, là ûuit la science des phénomènes de la vie organique sensitive ou animale.

Tour mieux circonscrire Tobjet de la |)liysiologie dans ses limites, comme dans son étendue légitime, nous tacherons de prouver par quelques exemples de faits tout physiques, les rapports d unmédiation et non d'identité que nous croyons pouvoir établir en* tre les fonctions et leurs produiis homogènes d'une part, et les sensations dites animales, qu'on pourrait aussi appeler vitales, d'autrr part.

£n premier lieu, on ne saurait douter qu'avant toute impression excitative faite par des objets eiternés sur les organes appropriés, ia force vitale sensi-

tive c'ait dû commencer par exercer quelque action sar ces organes en y portant la première étincelle de ▼ie. En vertu de cette sorte d'action, d'une tout autre nature que celle du moi dans Ihomme, chaque organe qui commence à vivre et k fonctionner à sa manière, peut être dit sentir, ou plutôt c'est ranimai, la force vivante, le principe d'individuation du composé vi\;jiil ijiii seul iiiiiiiédiatement par le aïoyen de ses organes toutes les impressions vitales, et représente ou exprime par ces premières sensations, quelque obscures qu'elles puissent être, chaque mouvement, chaque changement opéré dans le corps ou dans le principe qui le fait vivre. Loin que ces premiers mouvements organiques vitaux^ et par là même sensitifs, puissent être considéréscommelesproduits de quelque Ibrce extérieure a i organisation, comme soDl les agents des sensations externes « tout au contraire, les propriétés de ces agents physiques, ou l'espèce de pouvoir secondaire qu'ils ont d'exciter des impressions dans les organes, se proportionnent nécessairement au ton propre de la vitalité de ces organes, ou à la manière dont ils étaient affectés ou afTectaient la sensihilittj niiiinaie, avaiiL 1 action exer. eée par ces agents extérieurs.

Ici s'applique, encore avec plus de force, ce que nous avons dit des lois et de Tindépendance du principe simple de vie dans tous les êtres qui en sont doués. L'influence des agents externes peut bien modifier puissamment la vie ou la sensibilité dans les organes; ils ne sauraient créer la force vivante où elle n'est pas, où elle n'a pas déjà agi ou seuti. Les idées mécaniques

264 ANTHROPOLOGIE

tronipcut sans cesse, et tout particulièremeot aur ces origines si obscui^es qui se prêtent si aisément m hypollièses ; et qui peut calculer les résultats de ces erreurs dans la manière d envisager les principes?

Mais en second lieu, quel rapport peut-il exister entre une sensation animale, même la plus obscure, la plus dénuée de conscience qu*on puisse supposer et ces mouvements causés (l\me mauicre quelconi|ue dans les organes matériels? Considérer ce phénomène tout interne de la sensation comme le produit immédiat d*une fonction organique ou d'un mouvement produit dans des organes soit par impulsion, soit parune excitation quelconque, n'est-ce pas faire encore de la mécanique sous une autre forme? li existe certainement uu rajiporL quelconque de simultanéité ou de succession entre la sensation animale et les mouvements ou cliangemenls produits dans les parties de i organisation vivante par des slimuli quelconques internes ou externes. Ce rapport de coexistence ou de succession en temps est un fait, résultat de toutes les expériences physiologiques, bit qu'on ne p»nit récuser sans tomber dans le scepticisme ou l'idéalisme. On ne saurait nier non plus, sans étendre le scepticisme jusque sur la réalité de l'existence des causes ou forces productives des phénoml^nes, que les fonctions organiques, ou les divers produits vitaux, ne soient des effets d une force ou d*un principe de vie qui s'exerce sur ou dans Tintérieur des organes, cl se niaiiifevSte par les mouvements ou les changements qu'il produit dans ces organes, sans le concours ou avec le concours d*au(res forces.

VIB ANIMALE.

A chacun de ces changements correspond dans l'intérieur de l'animal une sensation qui le représente ; c'est une loi de la nature, constitutive de Tanimalité même. On ne peut aller plus loin que le fait même du rapport de correspondance entre deux cirels coexistants d'une même cause. Par exemple, la force vivante qui produit par les mouvements organiques de sécrétion, d'absorption, telles modifications de la matière, différentes humeurs, fluides ou liquî-' des, comme le chyle, le sang, la bile, etc., produit en même temps une certaine manière d^être, de sen*tir pour l'animal. L'indivisihilUé ou la coexistence nécessaire de ces deux elTets de la même force, est le fait principal qu'il nous importe d'établir, pour connaitre les fondements ou les vrais attribuls de i'existence animale, de la vie organique et sensitive: par suite pour faire la part nette de la science iles phénomènes de cette vie, et l'empêcher de s*immiscer dans les produits d^un autre ordre, qui sortent des iinutes de son domaine, et qu'il est très-dangereux de vouloir y faire rentrer.

En troisième lieu, on peut demander, si la sensation animale, considérée ainsi que nous prétendons qu'elle doit l'être, comme un produit immédiat indivisible de loule louction vitale exercée par des organes quelconques, n'est pas au contraire circonscrite dans des organes, ou des instruments particuliers, savoir, dans les nerfs, on les diverses parties du système cîérébral, ayant un centre unique où toutes lôs impressions doivent se transmettre direcleuieiit à l'aide des nerfs continus pour être sentie par Tani-

M .INTHAOPOLOGIE.

mal. D'où suivrait l'ioseosibilité absolue des parties

qui ne reçoivent pas dans leur texture quelqu'un de ces Derffi cérébraux ; et comme ces parties viveul ou fonctionnent chacune à leur manière, indépendammeut de celle cummunicalioa daecle avec le cerveau» il s-en suivrait qu'il n'y aurait aucune identité, au* cune liaison intime et nécessaire entre les fonctions vitales et la sensation, ou entre le principe de la vie

ijiiiipk organique, et celui de la sensibilité affective.

Reconnaissons ici la pauvreté de la langue et la difficulté de préciser nettement les idées quand on n'a qu un mot pour exprimer des cboses vraiment différentes ou hétérogènes par leur nature, eomme aussi quand on a 1 liaJjilude de donner des noms différents k une seule et même chose, qui s'offre seulement sous diverses formes ou apparences.

Appliquons d'abord une observation très-judicieusement faite par un de nos savants physiologistes contemporains. « On n'a fait, dit-il, la physiologie « du système nerveux qu avec les données de Tana- <( luiiiie humaine ; et Ton a pris pour des lois im- « muables d'organisation (animale, vivante et sen** « tante) U s inoditications accessoires qui ont lieu « chez làomme : celui qui aurait lait la physiologie « du système nerveux avec les données relatives « k une classe inférieure d'animaux, aurait établi « comme fondamentales les propositions inverses de « toutes celles qu'on a établies jusqu'ici, et avec au- « tant de raison, dans la physiologie humaine (1). »

(1) fiérard. » Doctrine des rapfxnrii du physUfue H du mo' ralt trtiale cxv.

VIB ANIMALR. 367

II me paraît eo effet que la pliysiologie du cerveau, ou du sYslèine nerveux cérél)ral, a été faite principalement dans Thypothèse qu'il devait y avoir un rendez-vous comiiiun des impressions diverses exercées et senties simultanément, ou un centre d'unité organique correspondant à Tunité de conscience sous laquelle les seu^lions, ificcs ou modes de Tàme se réunissent plusieurs à la fois, et par un seul acte d apereepliuii. Ainsi ou a toujours vu dans la ma* nière de sentir ou de percevoir du mot, de Thommet

le tv[)e unique de !a sensation de l'animal.

Ou a étendu à celle-ci les mêmes explications physiologiques qu'on croyait devoir adopter pour inter^ prêter la première , ou la traduire en symboicb physiologiques ; comme si un fait primitif de sens intime avait besoin d'être expliqué , et pouvait se représenter, ou se transformer en images, sans changer de nature ou sans perdre son caractère de fait intérieur. Certainement le cerveau et les nerfs jouent nn réle essentiel dans les phénomènes de la sensibilité et de la motilité humaines; et nous verrous plus précisément ailleurs en quoi il consiste. Sans doute aussi, ces ressorts principaux de i oi^aiiisation humaine exercent une influence particulière sur les sensations animales. Sans adopter, à beaucoup près, toutes les conclusions tirées des expériences physiologiques sur l'effet des ligatures, des sections ou des extractions d'une certaine partie du système nerveux, mais prenant pour vrais les faits constatés par ces expériences, nous reconnaissons que l'animal ne sent ou ne donne des signes d'une allection de dou*

3(îa AMHKOPOLOGIE.

leur ou de plaisir, qu autant qu li j a cuiitumité nerveuse» et libre communicatioa du cerveau, ou de la liiuëlle, avLc la parûc qui reçoit rimpressioD. Mais, comme il n'est pas permis de douter uou plus que différentes espèces d'animaux acéphales et invertébrés : les mollusques, les polypes, etc., nejouisseut de la vie sensitive et n*éprouveut a quelque degré des seasaiioiis de douleur ou de plaisir, quoiqu'ils n'aient ni système nerveux, ni cerveau, ni centre unique de vie et de sensation, il l'aiil bien reconnaître que la sensation animale n'est pas essentiellement subordonnée k Texistence de ces instruments organiques. £t, comme Je crois qu'on peut prouver d'autre part, par assez d'expériences que ces instruments organiques sont des cuuditions indispeusaLlcd de la sensation avec conscience, dans l'homme, il faudra bien en conclure que celle-ci diffère de la sensation animale ; et, réciproquement, que te simple exercice des fonctions de la vie dans les animaux inférieurs comme les acéphales,. etc., emporte avec lui quelque mode de sensation sans conscience : c'est ce qu'il nous importe quaut à présent de iaae pressentir.

Nous observerons d'ailleurs qu'il existe deux modes d'influence cérébrale ou nerveuse tout à fait distincts, et qu'il n'est pas permis de confondre. Dans le premier, qui est tout physiologique, le ceiveau et les nerfs distribuent à toutes les parties avec lesquelles ils sont en rapport, le principe, l'agent, ou Texcitatif quelconque de leurs fonctions, et, par suiic, les impressions vitales inHuédialemcnt affec-

Vl£ ANIMALE.

tives qui les accompagneot* C'est ici que la vie et la sensibililé animale paraissent le plus intlinoineiil unies, idenùiiées Tuue kl autre et depeudautes d'uue seule et même influence, ou action, qui est à la fois vitale et sen^ilive. Car dans les animaux qui out un cerveau et des neifs» ceux-ci ne servent pas moins

aux l'oucLious de la vie tju à la production des modes

de la sensibilité. Ainsi, par exemple, une compression du cerveau, une lésion quelconque faite dans cet organe, ou dans quelque partie du système nerveux qui y aboutit, altère à la fois les fonctions de la vie siiijpie dans les organes intérieurs et les sensations animales qui partagent cette altération et les représentent eu quelque sorte. Les livres de physiologie sont pleins d'exemples propres à constater ce premier mode d'influence cérébrale ou nerveuse sur lequel nous n'avons pas besoin de nous appesantir (1).

Quant au second mode d'intluence, qu'exercent plus directement le cerveau et les nerfs sur les sen* salions de riiomnie , sur ses idées, ses images, ou même sur certaines opérations d'une vie active et de conscience, supérieure à Tanimalité, ce n^est pas en* cure le temps ni le lieu de le spécilier. 11 nous importe seulement de faire remarquer, dans notre but

(1) Voyoz Calvinis, cl particulièrement le dernier ouvrage de M. Ik^rard inlitul»» : Doclrinr du rapport du plivahjut' et du moruL L'exemple de cet auteur psl tros-(emarqnabio en ce qn^, n'ayant pas reconnu de sensations aniiuales sans conscience, il a elc conduit h altriînif r la pens^'o et dos f.'u nllps au dernier des animaux, h tout ce qui vil ri sf^nf , ro qui rst rextréuie oppose de Descaites, et (^ue je prélereraib 6 li idiiail ciioibir.

ANTHROPOUXU£.

actuel, que les rapports qui peuveat exister entre les fonctions cérébrales, ou des mouvements organiques quelconques, et les faits de conscience, d'activité, de pensée humaine, étant d'un ordre tout diilérent des rappui qui unissent si étroitement les sensations et les déterminations animales aux mêmes fonctions des organes vitaux, cette première espèce de rapport ne saurait rentrer comme la seconde dau2» le point de vue physiologique ni être soumise aux mêmes moyens d'observation ou d'utialyse expérimentale. Ici surtout, dans le passage des moavements représentés ou imaginés dans un lieu organique, à des faits purement intérieurs, qui ne peuvent en aucune manière se représenter on se localiser, Tesprit, toutes les lois qu il entend bien la question (ce qui n'est pas commun) , se trouve arrêté couime par un hialuSy ou plulùl par Tabîmo (jiii ^èpare deux mondes, Tintérieur et lextérieur. Cet abtme, la raison humaine ne le franchira jamais, tout armée qu'elle soil de Ibrnies ou de procédés logiques, et en possession de toutes les lumières présentes et à venir des sciences naturelles.

Si Tesprit de l'homme a des facultés de natures diverses, appropriées^ l*un ou à Tautre monde, sans doute il pourra les visiter tour à tour et passer de Fun à l'autre* Mais il ne pourra dire comment il passe, ni quel est le point d'union. Si nous ne savoiid pas même quel est le lien entre deux propriétés d^une même substance, ou deux espèces de sensations différentes sous lesquelles nous nous la représentons • comment connaitrions-nous le lien à/% ému

Vi£ ANmALIL

substances de natures essenlielleiiient diverses? CertaÎDement on ne verra jamais le dedans avec des yeax faits pour le dehors et vicê tersâ. Pour apercevoir le lien ineffable qui unit le dedans au dehors, il faudrait pouvoir les embrasser à la fois, dans un ^ point de vue tuinniua et unique; c'est-à-dire les saisir par un sens moyen, qui tiA en rapport avec les deux au même instant du temps, au lieu de Tètre tour à tour avec cliacun d'eux. Ce sens moyen existet41 ? C'est ce qu'aucune analyse ni philosophique, Di physiologique, ne nous a encore appris, connue nous le verrons plus tard. Le physiologiste détermine par voie d'observation les rapports existant entre quelque compression ou lésion cérébrale, qu'il produit même artificiellement, et telle altération ou anomalie correspondante dans les fonctions vitales. Il rdconnait immédi^ment cette altération, soit à des phénomènes organiques de même espèce, à des changements notables dans les habitudes du corps, soit à des phénomènes sensitifs, indivisibles de ceux de la vie, à des sensations animales plus obscures on plus vives, à des appétits on penchants instinctifs , des affections d abattement, de langueur, etc., dont tous les signes se saisissent en dehors par une sympathie naturelle. L'ensemble de ces rapports se détermine physiologiqucment, sans sortir du môme point de vue ou de l'espèce d'expérience et d'observation appropriée à constater les phénomènes de l'organisation vivante. Hais s'agit-il de plus de déterminer les rapports que peuvent avoir les -mêmes lésions du système cért;bral avec

m AMHaOPOLOGiE.

ces altcralioii^ de l'acullés iiieutaleâ, qui peuveut se manifester par des signes spéciaux d*uoe tout autre nature que ceux dont nous veiions de parler? Veuton rendre compte, par exemple , de rinûueace qu'exerce tel état organique, soil du cerveau en masse, soit de quelqu'une de ses parties, non-seulement sur le caractère général ou la direction des idées (le Tespiit, mais de [)lus sur Texcicice de chaque faculté intellectuelle ou morale isolément consi* dérée? Certainement, tous les moyens directs d*observation , d'expéncuce et d'analyse, éciiappeut alors k la fois au physiologiste, pour déterminer le rapport qu'il préteiul assiguer. A la vérité il conuait, ou peut connaître, l'un des termes, savoir le lait organique, pourvu qu'il Tait suffisamment constaté par Tespèce d'expérience qui lui est propre. tUm quelle prise peut-il avoir sur le second terme, savoir sur tel fait intérieur qui ae se manifeste qu a la conscience ? Comment sait-il qu'il y a dans rhomme une faculté appelée mémoire, distincte de Timagînation ; une autre appelée attention, distincte de la perception; d'autres appelées comparaison, méditation, réflexion, distinctes du jugement, du bcn:> intime et de l'activité libre d'un esprit qui se connaît? De deux choses Tune :

l"* Ou il se forme une idée précise et adéquate de chacune de ces facultés, et de la liaison ou subordination qui existe entre elles; et son système de connaissance à cet égard pourra être complet, sans qu'il ait la moindre idée des formes ni même de l'existence d'aucune des parties de celle organisation par la-

quelle il prétend expliquer tant de choses disparates. Alors qu'il posséderait toutes les données des deux scienct^s physiologique et psychologique, il renonce* rait sûrement à des explications qui ne peuvent avoir de base ni dans Tun ni dans l'autre des deux ordres de faits qui leur appartiennent respeclivejnent.

Ou bien, étranger à toute étude de riiomme intérieur, et n'ay«nt jamais tourné sa vue en dedans, sur cet ordre d'idées et de faits qui n'ont leur valeur propre que dans le sens intime, il emploie les termes psychologiques tels qu'il les trouve dans la langue Tulgaire, peut-être tels que les emploie en les dénaturant tel système opposé k toute psychologie d'observation (i). Dès lors, le prétendu rapport assigné entre tels états organiques du système cérébral, la protubérance ou la dépression de telle p<u Ik du cerveau, et le développement ou Toblitération de telle faculté intellertuclle ou morale, se réduira à une hypothèse absolument vide, qui u'oûrira que des signes morts, arbitraires et conventionnels, 2i la place des faits d'une nature vivante et pensante. Il pourra arriver, par exemple, que le physiologiste, abusant des mots qu'il n'entend pas et qui ne peuvent avoir de sens que dans un point de vue opposé au sien, prétende assigner un rapport d'action ou de coexistence entre telle faculté nominale de l'esprit ou du cœur, et tel état organique qui est précisément exclusif de cette faculté, et inconciliable av(-c toute vraie faculté intellectuelle et morale. Alors, par

(t) La doctrine de Gall, par exemple.

AI«îTfiROi>OLOOIE*

exemple, que tout ce qui constitue le moral ayant disparu, il ne reste plus rien de Thomme, mais seih lement une sensibilité sans frein, une imagination sans règle, ou dira pourtant du maniaque» livré à une sensibilité animale désordonnée, à une imagins* tiun duliraute, qu'il exerce éminemment les facultés de jugement, de méditation, de réflexion (t).

En résumé, disons que si l'existence du cerveau et des neris dans l'organisation humaine, ou un certain état de ces organes et de leurs fonctions, est vraiment nécessaire et indispensable à i exercice actif de la pensée et de eertaines facultés déterminées de Tesprit passer lion qui demande à être restreinte aux facultés des deux vies animale et active, exception faite des modes d'une troisième vie, comme nous pou^ rons le voir par la suite) ,ces rapports de coexistence en* tre les faits de deux natures, exclut toute parité, toute analogie, toute relation immédiate et nécessaire de la cause à reflet,ou de la force agissante à son produit On ne peut supposer, par exemple, que la force vitale et sensttive de Torganisation animale, aveugle elle-même ou nécessitée quant aux lois générales qui dérivent de son essence, ou de sa coordination primitive aux autres forces de Tunivers, produise à l'aide >vs inslruujents organiques ces actes intellectuels et libres que la conscience éclaire, que la volonté de l'homme détermine. Le rapport dont il s'agit, doit donc se réduire à celui qu une double observation peut constater entre les faits des deux

(1) Voyez Pinel, Traik vttdi o-philosophiq e sur Caiiéiuam mentale.

natures, savoir: enire un phénomène physiologique dooné comme coudilion (tel que l'existence, le lieu, la forme, la connexion, Tétat de telle partie du système organique, les mouvements vitaux spontanés on provoqués, la manière dont ils fonctionnent dans l'animal >iYaiit, etc.), et tel autre fait psychologique constaté aussi à sa manière par le sens interne, comme conditionnel ou lié an premier fait, de telle manière que si celuini n'existait pas, l'autre ne pourrait avoir lieu ou se manifester. Le philosophe pourra interroger utilement le physiologiste sur la vérité et la réalité des conditions organiques qui peuvent s*attacher l'existence, h la reproduction ou à la manifestation de l'espèce de phénomène intérieur dont ils s'occupent ; jamais il ne l'interrogera sur les causes ou forces productives ; car le physiologiste ne les connaît pas et ne peut les connaître. Si l'observateur du dedans ne connaît pas davantage les causes absolues des faits, la force productive en soi. il a du moins Tavantage de savoir où il faut s'adresser pour trouver la force qui doit servir de type e/amplaire à la notion universelle et nécessaire de causalité. Cette notion-mère de toute vraie philosophie, tourne pour ainsi dire autour de deux pôles fixes, dont Tun, premier dans Tordre analytique des faits, est le moi: l'aulre, premier aussi dans l'ordre synthétique, est Dieu. C'est en allant de l'un à l'autre qu'on trouve la vraie, Tunique relation de causalité, sans laquelle il n'y a rien. Vainement on la demanderait aux phénomènes du dehors; ils n'engendrent que des ombres sans consistance, sans réa-

37e ANTBROPOLOGII-.

lité, sans vie. Or, une cause ou force productive,

étant posée avec les effets qui manifestent son existence (je ne dis pas son essence ou soo être absolu), on peut chercher la condition ou le moyen qui sert, ou qui concourt à la nianifcstatian de la force, ilai^, étant donnée la condition instrumentale ou organique, ou ne saurait ni en dériver YdYcl ni s'en servir pour remonter à la cause. La mon ne produit point » la \ne, et Torganisation matérielle» condition actuelle, peut-être nécebsuiie, de certaines J'omjes de la pensée humaine, ne produira jamais la pensée. Ainsi sont posées les limites que la physiologie ne saurait franchir, sous peine d*écarts, d'illusions de toute es* pèce.

DOCTRINES DtS DëSCâRTKS ET DE STAHL OU SYS- TÈMES SUR LES POJXCTIONS VITALES BT SENSITlVfiS.

— DlSTLNCTIOiN DE LA PUÏSiULOGIE ET DE U PSYCHOLOGIE. ^

Dans le système de Descartes et le point de vue

de la philosophie dani ce grand homme fut le chef, il n'existait point de science physiologique, distincte de la |)liYsique L;éuérale ou de la mécanique. D'apn'> la manière de philosopher d alors, il ne pouvait exister en effet que deux ordres de substances oo deux grandes classes d'êtres, savoir: les substances spirituelles, esprits ou âmes intelligentes, ayant la

pensée pour attribut essentiel et propre, et les substances matérielles, les corps, ayant de leur côté |)Our attribut essentiel Téteadue divisible, séparable, mobile. Chaque ordre de substances avait ses lois constantes, générales et communes à tous les êtres du même ordre. Les lois de Tesprit vivant régissaient également toutes les âmes, séparées ou réunies k des corps, quelle que (Vit la forme, Tétat variable de leur organisation. I^s lois des corps on de leurs mouvements reçus et cuuiiiuiiiicjiiés par impulsion, étaient aussi universelles et constantes, pour tous les êtres ou objets du monde matériel, sans exception, quelles que fussent les variétés de figui^e, de volume, de densité, de divisibilité actuelle ou possible. Point de luis rnujeuiies, pas plus que d'êtres moyens , entre les âmes pensantes, les esprits vivants, intelligents et libres, et les corps bruts, étendus et inertes. Les corps organisés, qui vivent, se nourrissent , croissent, se développent par une force propre, ceux mêmes qui nous offrent toutes les apparences de la spontanéité dans leurs mouvements, de la sensibilité au plaisir et h la douleur, sont des corps comme tous les autres, régis par les lois générales de la ma* ttëre. Ce sont de pures machines enfin , plus ou iiioins artistement arrangées par le Créateur de toutes choses, dont elles représentent et expriment riiiteHi*îence infinie; mais il est impossible» qu*elles sentent, c est-à-dire qu'elles aient quelque conscience de plaisir ou de douleur, ou de leur existence ainsi modifiée, car cette conscience est une pensée, attribut d'une âme immortelle et libre. Il répugne que

ANTHKOPOLOGIK.

des èlres nuiléiit^lb, connne la piaule et le zoophyle, quoiqu'ils vivent, soient douées d'une éme pensante. Or les animaux les plus parfaits dans leur organisation matérielle ne sont pas d'une autre nature. Leur vie et leurs mouvements les plus composés, le plus pa l iai ionien t coordonnes entre eux et avec le Lut où ils tendent, ne sont pas moins néiiessairement n'gis par des lois générales, mécaiiiques ou pliysiques« et ne doivent ou ne peuvent s'expliquer que par elles.

Ce b^slenie est tranchant; il aura toujourti contre lui le sens commun et la conscience du genre humain, ^lais du moins il est parfaitement conséquent aux principes qui lui scrveut de i>ûse$, et il s en déduit de la manière la plus logique. C'est cet avantage, qui me seaible manquer sous beaucoup dt^ rapports à d'autres doctrines en opposition avec celle de Uesr caries. Ce (jiii importe par dessus loiil en philosophie (et mciiie pour qu il y ait uiio pliiiobophie), c'est de sauver la distinction des principes qui servent res* pccli veulent de bases à deux mondes ou sommes lie substances ou, si Ton aime mieux, d'idées, de faits à jamais irréduelibics à un seul. A celéi^ardle système de Descartes reconnaissait du moins la dualité des principes, et par là éloignait la ruine de toute philosopliie. Mais, approprié à l'homme spécialement, confondant les divers principes de vie ou les forces vivantes, avec les forées mécani(jues de la matière morte, le Cartésianisme arrêtait, à la source uièaïc, le développement et les progrès de la maîtresse branche des sciences nalureiks, et pouvait na»ue

VIE ANIMALE. r>79

les entraîner toutes ensemble dans une fausse direction.

Mnis, supposé qu'on lût réduit à opter eiilro doux systèmes absolu^, qui s accorderaient à diviser tous les êtres de la nature en spirituels ou pensants^ et matériels ou non pensants, avec cette (iiii'érentc que Tun comprendrait dans la seconde classe, tous les êtres organisés vivants, considérés comme machines, taudis que Tautre les ferait passer dans la première, en mettant uneâme, une pensée partout où est Torganisalion et la vie; lequtd des deux systèmes convien-^ draît le mieux au philosophe? celui qui élève le dernier être vivant et sentnnt jusqu'à ia pensée, en ôtant à rhomme son caractère de prééminence, ou celui qui fait descendre Tanimal le mieux organisé au rang de machine insensihle, eu couservaut lexcellence et la dignité de la nature humaine?

Ileureusenient nous ne sommes plus reduils à oj)ter : il y a un milieu entre les deux extrêmes, et c'est là qu*est la vérité. Il fallait, ce semble, en effet, être aveuglé par Tespril de système, pour n'avoir pu reconnaître que les êtres organisés vivants dilféraient essentiellement des corps bruis, par h) nature et le genre, en ce qu'ils avaient en eux-mêmes le principe de leurs mouvements, ou chnn^^ements d'état, c*està-<iire une force propre [vis insila] qui non-seulement différait des forces mécaniques appliquées k la nature morte, mais, de plus, leur était souvent opposée et leur donnait des lois nu lieu d'en recevoir.

Slahl saisit de l'œil du génie ces caractères d'activité, ces premiers titres di.siinctifs qu'offre partout

la nature organisée vivante à ceux qui ont des yeux pour la voir. L'observation de cette nature lui apprend que les êtres organisés qui vivent et sentent, sont une classe tout à fait à part de celle des corps bruts ou inorganiques. Mais ces êtres peuveiil-ils se . ranger dans la classe de ceux qui sont doués d'une force intelligente et libre? Que ce soit une âme pensante qui fasse en eux ce qui ne s'y fait point évidemment parles seules lois de la matière brute : voilà certainenuMil une hypothèse qui ne résulte ni des faits d'aucune nature » ni des inductions légitimes qu'on peut en tirer. Cependant le point de vue sous lequel Stahl venait de considérer les phénoiuèiies de la nature vivante, était une innovation bien impo^ tante faite dans les ptinci[)rs mêmes de la philosophie cartésienne encore dominante, et dont le Stahlisme naissant renversait toute l'influence.

En supposant, en effet, que toutes les fonctions de la vieressortent de Tactivitéde 1 ame, Stahl ne faisait qu'ajipiicjuer differemmcnl le piincij*c de la division dessubstances, en spirituelles et matérielles, pensantes et non pensantes; ce qui entraînait la conséquence forcée que toutce qui ne pouvait appartenir au corps comme tel devait nécessairement être attribué à Vàme pensante, l'idée de tout intermédiaire substantiel étant écartée. Hais, d*un autre côté, il fallait changer entièrement la notion que Descartes avait attachée au mot âme. Car, en exprimant par ce mol le sujet dont toute l'essence consiste à penser, c'està-dire à apercevoir tout ce qui est en lui, ou est luimême, il répufcnait d'attribuer à Tàme, ainsi conçue.

tout ce qui est ou se fait dans le corps organisé vi* ▼ant, sans que Fâme le sente ou le sache, c'est-à-dire

sans la pensée, c'est-à-dire encore sans l'âme. Pour sauver cette contradiction dans le terme comme dans ndée, il fallait enter hypothèse sur hypothèse, en disant qu'il y avait des pensées et des actes de 1 ame que la continuité ou la répétition constante rendait ensuite obscurs et inaperçus, quoiqu'ils fussent aperçus clairement dans Torigine. D'aussi vains subterfuges étaient propres à conliriner eniore plutôt (ju'à ébranler les principes qui servaient de fondement au mécanisme des animaux, tant qu'on ne sortait pas delà division absolue et tranchée des substances pensantes et non pensantes, des esprits et des corps.

Mais la véritable innovation introduite par les idées de Stahl, celle qui créa une science réelle des faits de la nature vivante, organisée, science distincte à la fois et de la physique et de la psychologie, ce fut rapplication du |)riucipo de causalilé à cet ordre de faits qui, dans l'être mixte vivant, sentant et pensant, dans l'homme, est un véritable intermédiaire ou moyen entre les propres attributs de l'esprit et ceux de la matière inerte, insensible et morte. Le pivot unique sur lequel roulait la philosophie cartésienne, était la notion de substance passive, modifiable, et bornée k une pure réceptivité, notion qui seuihlait convenir érinneniment à la matière, mais qui embrassait aussi l'âme, en tant qu'elle reçoit du principe ujènie de la tr< alioii, toutes les idées innées ou apportées par elle eu naissant, en

m ' ANTHllOMLOGIE.

tant aussi qa*eile reçoit du dehors toutes celles qui

lui sont atlvenlices. I.e i^raïul principe de eausalilé, ou ia ûoliou de cause eiliciente ou de force productive, restait en dehors des principes de cette philosophie, qui seinl)lait avoir cherché à dcsseiu à en éloigner l'application, en le considérant une fois pour loules ilaus la cause suprême, iufiuie, unique, créatrice de toutes les substances.

C'est par Ik que le Cartésianisme semblait ouvrir un accès aux unitaires spirituaiistcs et matérialistes, au panthéisme de Spinoza et au mysticisme de Haiebranche. Par la aussi se préparaient ces systèmes où tout semblerait se réduire à des formes passives, inertes, considérées dans Tâme ou conçues hors d'elle, abstraction faite de Tesprit vivifiant qui donne la forme (1).

Stahl considère Tâme non plus comme une substance ayant pour attribut exclusif une pensée fondamentalc, modifiable indéfiniment; mais comme renfcruiaul de plus dans sou essence une activité, une force propre et constitutive, en vertu de laquelle elle produit ou crée, en elle comme hors d*elle, une infinité de modifications, de formes et de niouvemcnls.

Dès lors s'éloigne toute idée de passivité ou de pur mécanisme dans les fonctions de Tâme, comme dans celles de la pensée. Toute la philosophie pourra venir se réduire dans une théorie dynamique embrassant sous des loi» générales et communes tout

1) ïelieô soat les furmed de Kanl el la lemaUon de GoadiUic.

VI£ AMIMALC. 383

ce qui vit, sent et pense, peut être même tout ce qui ' existe réellement [1)

L*àme étant définie substance pensante, il suit

de cette essence nominale qu'elle ne peut ètie sans pensée, ou sans aperceptiou interne de soi. Oa conçoit, dans un sens plus réel, que partout ob il y a Tine action, un mouvement qui commence, il existe nécessairement une cause ou force qui le fasse com< mencer, soit que cette Ibrce s'ic^nore elle-même, soit qu'elle ait la conscience de son eifort constitutif. Ainsi, en supposant que Tâme soit une force essentiellement agissante, ou qu'elle soit une force virtuelle se portant d'elle-même à Taction, ou y étant déterminée d'une manière quelconque, cette Ibnc peut être telle, et agir ou produire certains effets déterminés sans savoir qu'elle est ou ai^it. Une telle conception loin d'être absurde et coulradîctoire est plutôt conforme à la manière dont l'esprit humain conçoit nécessairement toutes les forceps de la nature auxquelles il rapporte les phénomènes. Hais il n'est .pas moins dans Tordre naturel des procédés de Tesprit de ne juger l'identité de cause que par la ressemblance ou Tanalogie des effets observés, et réciproquementde croire à une diversité de causes quand les effets sont de nature hétérogène, ou dépendent de

(i) De là, raffinilé entre It philosophie de htâhnWz et la physiologie de StabI, comine on peut le voir dans les annotations de ce giaad métaphysicien tur la théorie de Mihl

384 AMïUROPOLOGIfi.

loi$ opposées* Il fallait forcer toutes tes faypollië^ et se mettre eu contradiction avec les faits de notre nature et avec le témoignage du sens intime, pour attribuer à i'ànie qui aperçoit sa propre causalité dans ce qu'elle veut et fait réellement avec un seutinieut de liberté, pour attribuer» dis-je» à cette force line, identique, et les faits de conscience, les acli's de vouloir où elle se manifeste, et les fonctions vitales deForganisme, soumises à des lois aveugles et nécessaires opposées à celles du vouloir ou au nioi^ qui ue peut exister en aucune manière, là où la conscience et lit iiiierté uesout pas. Ccï laiuementou ne puuvaii iaire une application plus fautive du principe de causalité que de rapporter tout ce qui se fait dans le corps vivant sans être pensé ni voulu, précisément à une cause dont la nature est de penser et de vouloir; car, c'est égaler ou identilier le moi et le non-moi.

Mais pour être mal appliqué, le principe n'en elait pas moins reconnu. Les fonctions vitales de l'organisme cessaient d'être assimilées aux mouvc ments de la matière brute; elles obéissaient à une force supérieure à 1 organisation qui recevait d'elle sa forme et ses lois. La vie enfin, n^était plus un mécanisme ; tout y était dynajuique, et se résolvait eo force, puissance ou action, qui réglait la machine sans être déteruiiiicc par elle, sans se cuuioudre avec elle. Ainsi la physiologie était créée.

C elait un grand pas d'avoir reconnu dans Tâme une force essentiellement active; et, quoique cette activité fût étendue au-delà de ses bornes, en la voyant où elle n était pas, Stahi apprenait à la voir

VIE AMIMALB. m

OÙ elle était. Ainsi était dès lors ouverte une voie plus facile à ceux qui tenteraient plus tard d'établir la dualité de pt iucipesou du forces^ et de substituer à Tonité, la théorie vraie des fonctions dynamiques des deux vies, homologues dans leur priucipe sans pouvoir être identiûées dans leur cause.

Mais, avant d*arriver à cette période de progrès, il fallait passer encore par une nouvelle sorte de théorie mécanique» dont le Stahlisme lui-même semblait préparer et accréditer Tillusion. La doctrine mèrct écartaut toute idée de mécanisme organique et matériel, enseignait que Tâme pensait parle cerveau (cet organe étant considéré comme la condition, rînstrument d'action de la force pensante, et non point du tout Tagent, encore niuins le sujet local de la pensée), dans le même temps que cette même âme fonctionnait dans le cœur, Testomac, le foie, pour la sécrétion du chyle, du sang, de la bile. Ceux qui prétendirent ensuite écarter toute notion de la force comme obscure et vague, pour tout ramener à des idées claires, c'est-à-dire aux simples représentations, ou figures des sens externes, ne dirent plus que Tâme pense et veut dans le cerveau, comme elle digère • dans Testomac, sécrète dans d'autres organes et agit dans tous; iU dirent que les organes même agissent, que le cerveau sent, digère la pensée, comme Testomac digère les aliments, sécrète le chyle, etc. Cette assinniatiou absurde et grossière eutre des choses aussi disparates par leur nature, tout opposée qu'elle est aux principes de la doctrine staliiieune, n'en parait pas moins avoir été autorisée, jusqu'à un cer*

ANTHROPOLOGIE

tain point, par l'analogie que Stahl lui-même avait été conduit k établir entre des fonctions hétérogènes en principe, comme ea resuitats; surtout par l'identité ou Tunité de cause efficiente à laquelle il prétendait les rattacher. C*e$t ainsi que Texagémlion ou Tabus d*un principe en entraine presque toujours la destruction. N'est-il pas bien remarquable en effet, qu'une nouvelle espèce de système matériel et mécanique ait pu s'introduire dans la physiologie et h science de rbomme ))hysi<|ii«' et moral, par une certaine application détournée du principe même, étabG à dessein de Icrmer toute issue aux explications matérielles et mécaniques des fonctions de la vie et de la pensée ?

La manière dont bUiil s'y prenait pour spiritualiser la vie organique, semblait encourager ceux qoi vieuiiraieut après lui, à matérialiser la pcusée; car on a beau faire, le coté organique des fonctions vitales ressort toujours, et c'est celui qui frappe surtout rimagioalion. Si la pensée, l'activité de conscience ont mêmes lois et mémo principe, pourquoi ne seraient-elle pas aussi purement orgauiques, par suite nécessaires et fatales, comme tout ce qui est organique ou physique? 11 fallait faire sans doute une grande violence aux faits, pour attirer dans le domaine de l'àme et dans la sphère propre de son ae^ tivité, toutes les fonctions du corps organisé, toutei> les impressions passives et les déterminations aveih gles et nécessaires de 1 instinct sensiiii ou vital. Mais, ce pas franchi, combien cette assimilation des fooeùuns vitales» ei uitellectuelles, faite poui ainsi dire aa

Vn ANIMALE. 387

profit de Tàme, ne tendait-elle pas à tourner dans les

coiist'tjuences tout au profit du corps. On ne pouvait oublier, à la vérité, qu'il s'agissait d'un corps vivant, doué d'une force propre, sensitive et motrice, qui le rangeait dans une classe à part de ceux qui sont soumis à des lois mécaniques, universelles et constantes, précisément parce que leur action n est modifiée par aucun principe intérieur spontané, ca<pable de faire sans cesse varier les résultats. Si le dernier même des êtres organisés jouit d'une force vivante, si cette force (une ou plusieurs) végète (hins la plante, sent et meut dans chaque point vivant du polype ou du zoopliy te ; si l'on ne peut, sans blesser les principes de toute théorie physiologique, rapporter à l'organisation matérielle d'un corps vivant quelconque, les fonctions et les actes de cette vie qui s'ignore, ne serait*il pas cent fois plus absurde encore de considérer des organes quelconques comme les propres agents, les causes, les sujets mêmes des plus hautes fonctions, non-seulement de la vie ani* nialc qui peut encore s ignorer, mais même de la vie du Mai humain qui se sent agir dans sa force constH tutive, qui se connaît? On ne peut donc attribuer la pensée ni la volonté à aucune forme d'organisation matérielle ou locale, comme à aucun centre nerveux, sans se mettre en contradiction avec toute manière raisonnable de considérer les faits, même les plus simples de la nature vivante, avec les premières données de la raison humaine sur la relation de cause à eflel, avec les luiidemenls mêmes de luut langagOi où la cause est toujours nommée distincte*

ANTBRQPQLOGIB.

meut de l'effet, le sujet distinctement du mode; saos se mettre en contradiction ayant tout, avec le fait primitif «le la conscience, du moi^ qui est toujours là comme témoin, pour attester que toute modifica-* lion, toute foDCtion qui tient à sa vie propie ne saurait être matérialisée ni imaginée objectivement, comme inhérente k des organes quelconques hors èn nuri^ sans que le signe employé à rexprimer perde toute sa valeur propre pour en prendre une autre toute différente*

Ainsi flotte encore le principe fondamental de la science des corps vivanis, c'est-à-dire le fait primitif qui doit lui servir de base. XI s'agit encore, en effet, de déterminer plus précisément la nature et le caractère propre de ce fait qui doit servir d'origiae et de type à tous ceux de même espèce, dont rencbainenient ou la combinaison constilue la vraie théorie des forces vitales, ou la dynamique animale.

Le fait en question est-il un premier mouvement imprimé k la machine organisée (quelle que soit la nature ou la cause de ce mouvement que Timaginatiou tend toujours à se représenter comme une impulsion première) ? — La physiologie rentre sous les lois générales de la mécanique ou de la phvsî* que, dont elle est une branche; et la doctrine cartésienne règne encore sur ce point, malgré toutes les observations et les arguments contraires de Stahl cl de ses successeurs.

Ce fait primitif se confond-il sous le titre d'wne première sensation avec celui de la conscience, du moi* humain? — La physiologie n*a plus de domaine

YIE AN1M4LE. 389

è pari de la psychofogie, et il D^y a plus lieu de dia-

tioguernide iiominer deux sciences qui reatreot Fune dans Tautre et se fondent dans la même : la psychologie est essenlielleniciiL [)liysiulugi(jue dans sa base; car elle part aussi de la sensation ; et la sensation n'est, par Thypothèse, qu*un phénomène physiologique, ua éléiuent ou un résultat preoner et nécessaire des fonetions et des lois de la vie organique. La pliyslologie est à sua tour psychologique dans ses développements» car elle embrasse toutes les fonctions de la vie animale et les produits quelconques de ces lonctions ; or les opérations de l'intelligence et de la volonté humaine, à quelque degré d'élévation qu'on les coasidére, ae sont que des développements du mot, des dérivés, des produits du fuit primitif de conscieiice, r't st-à dire encore, par rbypothèse, d'une première sensation qui sert de base à la physiologie.

Pourquoi donc persister dans la distinction ibrmelle et nominale des deux sciences, là oùi'on n*en reconnaît au ioiul t^u uae seule? C'est la poui laui uii en sont encore aujourd'hui nos plus savants physiologistes, d'accord en ce point avec les idéologues qui, ne voyant poiat de salul hors de la doctriae de Locke ou de Condillac, où ils prétendent cristalliser pour ainsi dire toute notre philosopliie, prennent la sensation pour l'origine exclusive des idées et des facultés de l'esprit humain. Et, comme cette sensation telle quelle, qui sert de point de départ, est pour eux un fait simple et indécomposable, ils en a! andunneat l'analyse à la physiologie qui, par ce

390 ANTHIIOPOLOGIE.

seul point essentiel, semble dominer la psyciiologie, puisqu'elle donne ses premiers éléments, ses lois, et jusqu'à son lan;?«age à la science des facultés de Tesprit humain, réduite à n'être plus qu'une des divisions de la science des fonctions vitales, appelée aussi science de l homme.

Le premier physiologiste, je crois, qui ait adopté ce titre euiplialique, et si évideiiimeut disproportionné à l'objet et au but de Touvrage qui le porte, est un médecin philosophe justement célèbre, et qui le serait peut-être davantage, si Ton eût mieux reconnu Timportance des idées et des lumières nouvelles dont son iiciiiea vraiment éclairé les principes de ia science des êtres vivants. £n récusant le litre de l'ouvrage de Dartiiez (1), tout philosophe qui creusera un peu dans le fond du sujet de ceiouvrage, y trouvera, je crois, le complément de la grande révolution produite dans ia même science par Stbal, révolution dont le sort se trouvait compromis par Icoprit de système, et l'hypothèse abusive qui en avait été le principe.

Cette nouvelle théorie des Ion es vivantes île 15aitbez, transporte irrévocablement sur un autre cbampt là question fondamentale agitée d'abord entre les mécanicjciis et les aniniislcs, les Cartésiens et les Stabliens. l^ésormais la pliysiologie ne saurait plus s appu)cr sur une thcurie mécanique, physique ou chimique. Les lois de la vie, générales pour tout ce qui vil et sent à un degré quelconque, mais spécisilts

(1) Nouveaux élémeats de la scieooe de rhumme.

VI£ AlfIMALE. m

à la nature vivaiUe et seutaiite, sout parfaitenieal giranties de ce c6lé contre l'iovasioii de la physique* toujours prête à ressaisir son ancien empire. QuauL à la métapkyâiquet dans le douaine de laquelle Sthal avait attiré et prétendait flxer la théorie de la yie, Fauteur de la science de l'homme a bien aussi iodiqué quelques points de division des deux sciences, liiuis il n'a pas pu ou n'a pas voulu fixer de ii^ mites précises de ce côté. Malgré Tesprit philoso* phique dont son livre porte Tempreinte, Tinfluence des doctrines de son temps, et sa prédilection pour la aeience qu'il avait tant agrandie, lui montraient sans doute, couime i>uu litre 1 annonce, la science de rhomnie tout entier gravitant vers la physiologie, qui aurait ainsi tout à perdre à former une science k part, distincte de la psyciioiogie. Comment d'ailleurs poser les limites entre la science des facultés de Tàme humaine et celle des l'ouclions ou des forces du principe vital, qui vont peut-être se rallier et se confondre dans cette région des essences qu'il oest pas doune à i'cspril de rhumiiie de pénétrer? Trop philosophe pour oser même aborder la solu** tîon d'un tel problème, iiurtbez semblerait incliner plutôt vers Topinion affirmative. Mais, en s'arrétant à la distinction des faits de deux ordres ou de deux uaiures diverses, la seule qui nous importe, il est évident qu'elle ne ressort tant soit peu clairement ni de cet ouvrage si instructif, ni bien moins ciKore, d*autres théories soit physiologiques, soit idéologie* ques, où elle se trouve, au contrains enticreuient cllace.e.

m AirmiopoLOGiE.

Noire question est donc entière. Tout le monde

reconnaît qu il y a quelque distinction à faire entre deux sciences qui ont deux noms et aussi deux champs d'observation, entre deux espèces de faits qui ne peuvent être constatés de la même manière, ou par la même expérience extérieure, quant à leurs caractères, leurs modes de succession ou de combinaison. D'où vient cette distinction ? N'est-elle donc que nominale et puremeul artificielle ou logique? Si elle n'est pas dans le fait primitif qui sert de | base aux deux sciences, ou plutôt à la mèniet soo6 deux noms et deux lormes, elle est donc dans quelque circonstance accessoire, qu'il faudrait déterminer. Oi quelle est cette circonstance? Comment se fait-il que, partant d'un commun principe de fait, ou considérant on seul et même sujet sentant, sons des rapports circonstanciels différents, la physiologie et la psychologie s'éloignent Tune de l'autre au point de ne plus s'entendre réciproquement, de ne se prê- | ter aucune lumière et de paraître pour le moins aussi étran[Tèrps que le sont deux autres sciences quelconques qui n'ont aucune analogie dans leur objet, leurs procédés ou leurs moyens d'investigation, comme, par exemple, rastrunomie et la minéralogie?

Tout ceci annonce quelque malentendu, soit de la part des physiologistes, soit de celle des métaphysiciens qui prétendent chacun de leur côté fonder leurs sciences respectives sur le même principe de fait. Il est temps de chercher quel est ce malcnleniiu et de lever Féquivoque, soit pour coufir-

mer, soit pour détruire l*ideDtité ou runité du prio-

Qu une partie quelconque du corps d'un aaiinal ▼ivant (n'importe Tespèce) éprouve quelque changemeot, soit spontané, par laction même de la furce ou du principe qui constitue sa vie sous quelque nom qu^oD le désigne, soit provoqué par le contact d'un corps, d'un stimulant exlcnie quelconque, ce changement dont nous ne déterminons ni la nature, ni le caractère peut être exprimé sous le titre vague d'impression vitale. Cette impression diffère essentiellement du contact, d'une impulsion, d'un choc pliysique comme celui qui a lieu entre des corps inorganiques. Ici toutes les analogies sont trompeuses et on ne saurait trop se méfier de celles du lan-

L'impression vitale n'est point nécessairement ac^

eompagnée de conscience. Nous disons qu'elle ne Test jamais dans i animaU ni dans aucun des êtres auxquels peut s'appliquer ce terme générique, k quelque élévation cju ils soi oui dans l'échelle des êtres organisés vivants. JXous disons aussi que la même impression peut n'être pas accompagnée de conscience dans riiumme. Cela dépend d'une certaine condition, qui sera déterminée ci-après, et qui marque le point de dîvison entre l'animalité et l'humauilé, entre la vie sensitive et la vie active, entre la sensation et la pensée.

Maintenant on demande si une impression purement vitale sans conscience est une sensation. Parmi les physiologistes, les uds Taffirment et construisent

39A ANTBROPOLOGIE,

ie diotionnaire de leur science eor cette hypothèse,

qui est à leurs yeux un fait; d'autres le nifnî absolument. Ces derniers font entrer la conscience comme élément nécessaire et constitutif, dans l'idée qu'ils expriment par le mot sensation. Les premiers ïei" cluent de l'idée« différente en ce cas, qu'ils expriment par le même mot.

Les seconds entendent qu'il y ait des impressions purement vitales, qui ne sont accompagnées dans IV nimal d'aucune sorte de modification ailective, même au degré le plus obscur, et ils n'admettent pas qu'une impressiou ainsi non sentie par Tanimal puisse être appelée sensation* Que si l'impression derient aflbc* tive à quelque degré, ou que la sensibilité de Tanimal, et non pas sa vie totale, en soit modifiée, alors seulement ils reconnaissent le caractère propre d'une sensation avec conscience. Ainsi il^ ne distinguent point Taffection douloureuse ou agréable de ce qu'ils appellent la conscience; toute modificaiion rie la sensibilité animale est pour eux une véritable sensation qui comprend indivisiblement la conscience.

Quant à ceux qui iiieutiiient toute impression vitale avec la sensation ; comme ils en excluent la modification afieclive delà sensibilité animale, en même temps que la conscience, la sensation n'est à leurs yeux qu'un phénomène purement organique, ou uo mode de ce mouvement intérieur qui constitue la vie simple, comme Tirritabilité. Mais ils n^connaissent des sensations organiques, susceptibles île devenir animales en augmentant de degré ; auquel cas ils reconnaissent qu'elles s'accompagnent nécessairemenl

de consdence, par cela seulement qu'elles deviennent animales, c*est-à-(liro affectives, agréables ou douloureuses à un degré plus ou moins marqué.

Ces deux opinions différer! i au loiid par unenuinice tellement légère qu'on ne peut y voir qu'une dispute de mots. Des deux côtés on convient en effet, que la conscience et Ta ffeclion agréable ou douloureuse, ou la sensation animale, sont la même chose, exprimée par des mots différents. Des deux côtés aussi, on reconnaît qu'il y a des impressions vitales qui ne

sont pas affectives mais qui sont susce[)til)los de le devenir à tel degré indéterminé, sans qu'on puisse assigner le point où l'affection et par suite la conscience commence et iinit. Tout le débat roule donc sur cette expression, sensation organique^ qui, en effet, est assez mal choisie et ne peut guère se justifier comme une idée précise exprimant un fait spécial déterminé.

£n effet, toute sensation animale pourrait être dite organique, comme étant le résultat immédiat d'une fonction vitale, exercée dans un organe particulier interne ou externe, spontanée ou provoquée par quel(jue sliiiiulant; car l'effet sensitif de Timpression externe d'uu stimulant dépend bien plus du ton, delà disposition vitale de Torgane, que de raction de l'objet.

Réciproquement toute sensation organique est aussi animale ou alfecte la sensibilité de ranimai à un degré quelconque de douleur ou de plaisir. Il faut à la vérité un certain degré de force et de durée dans l'impression pour que la seusil)itilé se mani-

386 ANTBROmOGiE..

feste, ou s'exprime au dehors, par ses signes naturels* les mouvements» les cris. Mais peut-on croire que le degré où la sensation animale se manifeste, soit le même que celui où elle commence? D'ailleurs est'ce qu'une sensation particulière quelconque est autre chose qu'un changement, une modification apportée à la sensibilité générale? L'anima! sentait donc avant Timpression dont il s*agit. Il est impossihlc de supposer qu'il vive un seul instant, sans qu il éprouve quelque aifection de plaiusir ou de douleur, qui fait son existence. Or toute impression vitale, interne ou externe, quehjue faible qu'on !a suppose, est un changement porportionné dans cetteexistenee. C*est donc là une véritable sensation.

Les idées mécaniques 1 uaiportenl toujours. On se figure chaque impression au eontact comme produisant la sensation, et créant ainsi en quelque sorf# chaque nioditication succcbsive de la vie animale. Mais cette vie roule sur elle-même; et, comme il est impossible de la concevoir autrement que comme sensitive, ou comnje une succession des divers modes du plaisir ou de la douleur, on voit bien que le» impressions adventices ne constituent pas la vie; el qu'étant au contraire réglées par elle ou s'y proportionnant, elles ne peuvent pas davantage former la seiisaiioii animale. Mais de ce que Timpressiou vitale s'identifie avec la sensation, et ne peut en être distinguée dans Tanimal que par abstraction, s'ensuit-il que celte impression, celte sensation orgaoique, portée au degré qui peut la rendre éminemment animale, soit inséparable de la conscience, comme

elle. l'est de ce degré de plabir ou de douleur qui la constitue animale? Je dis non, et à Tiostant, toutes les voix s'élèvent contre cette assertion négative. Qu'est-ce que sentir si ce n'est avoir conscience d'une modification? Comment concevoir une sensation qu'on ne sent pas? C'est ici surtout (|ue s'observe la défectuosité du langage et de ses fornies naturelles etnécessaires qui, portant toutes Tempreinte du moi et de la personne humuine, ne trouvent plus d'application là où le moi n*est pas.

« Qu'est-ce qu^une sensation qu*on ne sent pas? » Je demande à mon tour à quoi se rapporle ce on? L'homme sent la sensation qu'il éprouve dans son organisation ; il sent, ou mieux il sait, il aperçoit qu'il sent, parce qu'il est une persouae ideutique, permanente, qui se distingue de toutes les sensations passagères et ne se confond avec aucune. L'animal ne sent pas, ne sait pas sa sensation, parce qu il n'est pas une personne constituée pour savoir ou apercevoir au dedans son existence iudividuolle, comme au dehors, celle des autres choses; mais il sent sans se savoir sentant, comme il vit sans se savoir vivant

ViTit et est vits iMiciiu ipm nue.

Le mot conscience ne signifie rien si on l'entend

autremeul (jue se *^t?otr 50î\ avec une modification diiférente du «oi, puisqu'il reste quand elle passe. Pourquoi employez-vous cette expression sensation

avec conscience, (I) si toute sensation, en tant qu'a-

{{} Voyez Bérard. Rapport du phyùque et du moraL Ai ticles

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