‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 42 sur 66 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

VIE HUMAINE

LE FAIT PRIMITIF. — OPlNiOI«S DES PHILOSOPHES.

...•S*agit-il de ce que Tâme est absolument comme

chose, ou plutôt d(* œ quVst riiomme comme être en soi? il n'y a pas de lumière directe ni réfléchie rjuî puisse le lui apprendre. En supposant la pensée la plus profonde, la réflexion la plus concentrée sur les modes intimes, répétés et variés de toutes manières dont se composerait une vie intellectuelle indéfiniment prolongée, celle pens(^e ne serait jamais le fond même de la substance de Tàme. Elle ne saurait la révéler à elle-même, comme Dieu la connaît» tout entière. Les progrès les plus cicvés de ia connaissance du moi seraient toujours h la connaissance de Pâme substantielle dans le rapport incommensurable, ou infini, de Tasymptote à la' courbe.

Hais s'agit-il de ce que le moi de Thomme est pour lui-même, immédiatement ou à l'œil inlérieui*

Diyilizeo by GoOglc

m ANTUROPOtOGIE.

de sa conscience ? El par suite de ce qu'il est en soi

réellement, sinon dans son essence complète, du iDoios sous cette face par laquelle il lui est donné de se concevoir* ou de s'entendre comme il est, réellement et actuellement, aux yeux de Dieu comme aux siens propres? L'homme, sujet pensant, actif ou libre parce qu*il pense, sait très-certainement {certU' aima scieniia et ciamanie conscieniia]^ qu'il y a eu lui, ou plutôt qu'il est lui-même une force qui se porte d'elle-même à Taction, qui détermine cette action sans y être contrainte» poussée ou inclinée par aucune impulsion étrangère, qui commence cer* tains inorivomenls uu actes et en coniiuue la série, ou les interrompt et les suspend, par i'efi'ort et le vouloir seul, constitutif de la personne. A ce titre, dis*je, l'homme a le sentiment immédiat, l'aperception interne de son individualité propre et actuelle, de l'unité et de l'identité constante du mm* qui reste quand tout passe et varie dans la sensibilité passive. Avec ce sentiment intime, il a encore Tidée, ou la conception simple et parfaitement adéquate, de son être réelà titre d'agent, de ce qu'il est réeileuient eu soi, aux yeux de Dieu, comme personne intelligente et libre, capable de mérite et de démérite. Sous ce rapport d activité, il sait parfaitement ce qui reste /ut, et constamment identique, au sein de toutes les modifications variables d'une existence sensitive, passagiiiv, (lisiiucte de la sienne, quoiqu'il se l'approprie et tende BOuvent«à s'y confondre.

Ainsi le principe de la pliilosophie est trouvé : il s'identifie avec celui de .la force ou de la causalité

vil:: HUMAINE. 409

même, dé» qu'il esl prouvé, par le fiiit de flens intime, que le moi actuel est pour lui-même force, cause libre qui commence le mouvement ou Taction, forée eoeetamment distincte de ses effets transitoires, eomme de tous les modes passifs éU'augers à sou domaine. Ce fait primitif de la conscience et de l'existence réunit les conditions et les caractères propres du principe de la science humaine. Pris en nous-mêmes, il emporte avec lui ce sentiment d'évidence immédiate qui ne peut que se réfléchir sur toutes les vérités qui en empruntent leur certitude. Gomment en effet pourrait-il y avoir quelque vérité s'il était permis ou possible de révoquer en doute un seul instant cette première expérience interne immédiate qui manifeste le moi à lui-même, comme force ou cause libre, identique, permanente, avant, pendant et après les actes ou sensations transitoires qu'elle détermine ou qui accompagnent son exercice? La force, la causalité interne, la libre activité, comme r«xistence personnelle qu'elle constitue, n'est qu'une aperceptiûii première, immédiate, un fait de sentiment. Mettre ce lait en question, prétendre le déduire de quelque principe antérieur, en chercher le comment, c'est demander ce qu'on sait et ne pas savoir ce qu'on demande.

Si Descartes a cru poser le premier principe de toute science, la première vérité évidente par ellemême, en disant : Je pense, donc je suisckaseau tiÊbitanee pensante^ nous dirons mieux, el d*nne manière plus déterminée, avec révidence irrécusable de sens intime : J'agis, je veux, ou je pense en mai

uu t7

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àtO ANTHROPOLOeiE.

taeUm, éme je m» sab emuê, dmie jê mk m

f existe réellement a titre de cause ou de force. C'est sous ce rapport très-précisément que ma pensée in* térieure est l'expression, la conception de mon tence réelle, en même temps que la uianiieslalion première et Tenfantement du «m qui naît pour lui* même, en commençant ii se connaître. Ici, et dans ce cas seulement, exclusivement à celui où Têtre pensant est identifié à la substance ou ehose pen«

santé modirial)le à l^infini, Ton est fondé à dir e avec Bacon : ratio essenài et ratio cognoscnuU idem sunt^ ét fioi» nutgU a $$ iniokem diffèrtM quam rattiiÊê éi^ reclus et radius reflexus.

Et vraiment, la cause ou la force mot, manifestée à elle-même par son effet seul, ou par le sentiment immédiat de reOori qui accompagne tout mouvement ou acte volontaire, est bien comme le premier rayon direct, la première lumière que saisit la vue intérieure de Tagent. La réllexioa de la force sur elle-même, en tant que virtuelle, ou ayant en elle le pouvoir immanent de déterminer et d'efl'ectuer l'action sans se déterminer aclueilemeut à l'efiort, n'estelle pas bien exprimée sous l'image du rayon de lumière réfléchie que saisit la pensée de l'agent intellectuel et moral développé au point que comporte sa nature? Ici en6n la pensée réfléchie de l'être moral qui s'entend lui-même dans son fond, n'estelle pas Texpreasion et la conception de sa puissance réelle vraiment causale, de son être tel qu'il est en soi ou aux yeux de Dieu même?

Nous résoudrions ainsi la plus terrible difficulté

VIE HDMAINB, 4U

qui puitte être élevée par le flcepiicisme. comme

par la doctrine critique, contre la réalité du priacipe de la connaissance iiumaioe» ou du fait de coa^ fldence qui lui est ideolique. En effet» disent les sceptiques, le sentiment d'une force acLuellcinent en exercice, commo celui d'une idée présente, d'un acte ou mode actuel de la pensée ou de la sensibilité humaine, pounait-il servir de preuve certaine à la réalité d'une force absolue bors de Taction» ou d'une substance pensante bors de la pensée actuelle? Je rétorquerai Targument en demandant comment on entend que le sentiment immédiat identique et perfluinent de la force agissante, ou de Tétat d'effort qui constitue la veille du moi, est une marque incertaine de la réalité absolue de la force ou de Tétre actif qui en est doué, lorsqu'il est impossible à uu esprit bumain de croire le contraire ou de le penser; oar on ne peut concevoir et exprimer un pur pbéno-

meiKN sépare de l'être, ou de la chose dont il est la maniièstation, un mode ou une qualité sans un sujet d'inhérence, un effet sensible sans quelque cause cachée, un inouvenieut quelconque, qui commence dans le temps et l'espace, sans une force quelconque qui le fait commencer. Hors de nous, cuiume en nous-mêmes, nulle substance exprimée et conçue dans son absolue réalité, ne saurait être représentée phénoméniquement, ou comme fait, quoique cette notion entre conune élément et condition nécessaire de tous les faits externes ou internes, et qu'elle serve de lien [vinculum subsiauiiaie] à tous les pbénomèneSf

ANTHROPOLOGIE

En nous, et seulement en nous-mêmes, la cause, la force productive des mouvemenU ou actes libres exécutés par des organes» se manifeste à la Fois, et comme phénomène ou fait de sens intime dans l'effort voulu et senti, et comme notion ou conception de l'être actif par essence, ou de la force virtuelle absolue qui était avant de se manifester, et qui reste la même après Tacte, alors même que son exercice est suspendu. Le phénomène et la réalité, l'être et le paraître coïncident donc dans la conscience du mai, identique avec le sentiment immédiat de la force, ou de la cause, qui opère par le vouloir. La distinction entre le phénomène et le nounténe^ le relatif et Tabsolu, alléguée contre la réalité de la substance passive ayant la pensée pour attribut, reste sans objet ou sans valeur, quand on prétend rappliquer au principe de la force qui ne peut s'apercevoir ou se penser elle-même comme agissante et libre sans être en soi, comme force virtuelle, ce qu*elle sait ou pense être dans son exercice actuel. Cette assertion porte sa preuve avec elle, ou dans la couscience même. Que se passe-t-il dans le passage de l'inertie k l'action, k l'eflort volontaire, dans le passage de l'état de sommeil à celui de veille, qui en diifère seulement par la présence de la volonté, indivisible de la conscience de mail Quand le senlinieiit de moi suspendu, renaît pour lui-même avec l'effort voulu, Tètre pensant qui rentre en possession de son pouvoir d'agir sur le corps, se luauifeste de nouveau à lui-même, non comme sortant du néant ou comme créé une seconde fois, mats comme

VIE HUMAINE. UiZ

roconvraot l'eiiercice d'une force ou d'uo pouvoir

qui u a pas cessé d'être ou de durer, en cessant d'agir ou de se manifester. Il en est de ia lumière intérieure comme de l'extéi itui e : ni Tune ni Taulre ne créent les objets qu'elles nous (ont voir, en dissipant les ténèbres qui les couvraient sans les détruire.

l.e moi u t^xistc poui' iui-mèmc que dans le temps; et il n'y a de temps ({u<' pour un être qui a conscioiice de sou individualité identique. Or cette condition de se reconnaître le même dans deux instants ne suppose- t-ellc pas nécessairement la réalité absolue de i être qui reste ou qui dui'e dans Tîntervalle de ces deux instants donnés? . Ainsi se trouve à l abri d*;^ aiUques du sccptieisme, ia réalité du principe de la force, en tant que cette force est prise là où elle est, et peut être priiBitivement sentie comme pbénomène, et conçue comme réalité, dans le fait de conscience.

Je veux, j agis [toyiioi donc je suis [ergo 6um^, Je suîst non pas indéterminément une chose pensante, mais très-préciséinenl une force voulante, qui passe du virtuel à lactuel par sa propre énergie, en se déterminant ou se portant d'elle-même à Taction. .

Dirona-nous que le tninf identique, permanent, qui

sent ou aperçoit son existence actuelle, individuelle et identique, n*est autre chose que le mode tuodamental de l'âme, ou le fond même de l'être de cette substance séparée, dout Tattnbut essentiel est la

ÂNTBBOPOLO01E.

p«D8éet OU raperception d'eiie-méme à pari toute

sensation adventice? Mais comment le dire en sacliaot bien ce qu'on dit? Ne iàudrait-ii pas se demander d*abord à quel titre nous possédons la notioD d'âme substance, ou chose en soi, distincte ou séparée de celte autre substance que nous appelons corpa organisé, et de toutes les modifications senaibles dont ce corps est ie siège ou du moins la coodiLion, l'instrument ou le véhicule nécessaire?

De grands métaphysiciens eroient que l'âme ne peut exister en aucun temps, ni être conçue séparément d'un corps organisé quelconque, qui ne fait que se développer ou s'envelopper dans les modes suc« cessifs d'une vie impérissable. Que devient, dans cette hypothèse, le mode fondamental de l'âme, ou le sentiment du fond de Têtre qui constitue le 77201, la personne identique l Ce sentiment de moi un et permanent, distinct de toute modification adventice, ne devrait-il pas être celui de la coexistence des deux substances, éléments indivisibles du même tout concret qui est l'homme, au lieu d'être le sentiment de l'existence absolue d'un des éléments abstraits de ce tout, d'un des termes de ce rapport fondameolal, constitutif de l'existence humaine? Certainement nous ne pouvons nous faire aucune idée de ce que l'âme est en soi, à titre de substance qui se sentirait elle-même dans son fond identique, permanent et un, à part toutes les modilications adventices, comme sous ces modifications diverses. Bar suite nous ne pourrons concevoir ce que peut être une modification sensible quelconque dans Tâme a^ierée,

VIK BUMAmi.

quoique nous sachions très-bien ce qu'est pour le moi une seiisatioii qu^il perçoil en se dutinguani d'eUe.

Nous n*ayons donc pas besoin de remonter jusqu'à le notion d'une substance modifiée, abslrtite de lout mode et réduite au fond de son être, pour entendre . ce qu est le propre sujet de la science de nous-mèmes jou do mot humain, tel qu'il existe pour luimême, à son titre propre de sujet qui s'aUiibue à lui-même tout ce que i'aperception interne, ou la réflexion concentrée, peuvent lui découvrir comme lui appartenant ou le constituant. Et non-seuleuient je dis que nous n'avons pas besoin de partir m méni^lode la notion de la substance ou de la ehoee pensante et sentante en soi, mais je dis de plus que cette notion d'une choee on d*un être à part qui n'est pas mot ou qui est en dehors de la conscience, dénature entièrement le propre sujet de la science de Thomme intérieur, eo la faisant passer soit dans le domaine de la physicjue ou de la science des objets sensibleit MÛt dans celui de la tbéolo^e, ou d une edenoedee êtres invisibles, dont nous pouvons être fondés ou nécessités à croire l'existence, indépendamment même de la foi religieuse, mais en ignorant invinciblement ce qu'ils sont en eux-mêmes*

Il n'est que trop aisé devoir par Texemple des doctrines de Halebrancbe et de Spinosa, si rapprochées l'une de l'autre, et par le sort même de la doctrine cartésienne, dont le principe était gros pour ainsi dire des systèmes matérialistes qui devaient la remplacer plus tai^d, il est, dis-je, trop aisé de voir

AMTHROIX)LOGlE.

comment l'emploi exclusif de la notion de substance,

cornai une aux sciences qui ont pour objets, d*abord séparés* les attributs des esprits et les affections des corps, tend presque invinciblement à ramener les deux sciences à uoe seule. Il n'est que trop aisé de voir aussi comment la balance penche nécessaireinent du côté de l'unitc matérielle, s'il est vrai que nous ne puissions entendre la substance que sous quelque symbole d*étendne ou d'espace, ou sous quelque raison de matière , comme le dit Hubbes expressément, et comme semblent le prouver les comparaisons, les expressions figurées et tout le langage des plus purs spiritualistes tels que Malebranche. Aussi les philosophes qui se sont proposé d'entrer ie plus avant dans la connaissance de Tàme humaine, ont-ils bien senti d'abord qu'il fallait commencer par écarter toute notion objectivCt toute considération de ce qu'était ou pouvait être la chose sentante ou pensante en soi, pour ne songer qu'à ce que l'homme, ou le sujet pensant et sentant in cêmenê^^ est pour lui-même, à l'œil intérieur de la conscience, quand il veut descendre au fond de lui-même pour s'étudier et se connaître dans sa constitution actuelle, comme étant lui et non chose. A la vérité, comme les habitudes premières de l'esprit se trouvent moulées sur le monde extérieur, que le langage surtout suhstantifie tout ce qui est senti ou conçu, et sensibilise tout ce qu'il substantifie (tellement qu'il entre toujours de l'être, sinon dans tontes nos idées, comme dit Leibnitz, du moins dans tous nos signes), rien n'est plus difiBcile que cette mise à part du su-

Vl£ HUMAINE. Jki7

jel Mtuel. Tout en se pensant ou se disant mm, îl oe peut jamais se séparer entièreuient de la conception de quelque ehose qui est* peut être, ou rester.

Lors de la pensée aetuelle ou du moi, et à laquelle le signe i&éme de celui-ci, tend à se transporter. Maîesil Mt eurieux de voir les efforts qu'ont faits en tout temps les esprits le plus profondément applî^piés à la connaissance intérieure, pour s'affranebir de la tyrannie de ce monde extérieur qui, chassé sans cesse du iond de la pensée, revient toujours avec le^fangage où il domine exclusivement.

' Entendons saint Augustin: « Puisqu'il s'agit de « la nature de 1 esprit [du sujet qui s'aperçoit inté> ^rienrement), éloignons de notre méditation toutes <i les choses que nous ne connaissons que par le de- 4 hoffs et au moyen de nos sens, et ne donnons une * ittention réfléchie qu'aux choses qui sont imné- « diatement et iiiléricurement connues parnotre esi4t> prit, et dont il est certain. Car les hommes se sont >«'pertagés de tout temps, l'un s'efforçant deproover «une chose et Tautre prenant un parti opposé, -«^ quand ils ont voulu examiner si la force que «'non» avons de vivre ou de sentir, de vouloir, de « penser, de juger, etc., appartient à lair, au feu, u«Nkrj|a' cervelle, au sang ou aux atômes, ou à un tfH ^eerpe d'une autre nature au-delà de quatre éU- ■}« meotSi^ou si la cause est uniquement la structure .^fAïK^orps. Cependant, qui doute s'il vit» s'il sent, yffs'il veut, s'il pense? »

Il remarque très-bien queTétat de doute renferme easentieUement le sentiment de Texistenee ou des

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m ANTHROPOLOGIE.

Opérations de TespriL, doiiL on voudrait feindre de douter, ea demaadaat ce qu'il est ou s'il eat; et il eontinue aion : 4i Ceux qui penmit que notre e»- € prit, notre moi est ou la coiiiexture des parties « aoUdea, ou le mélange des fluides de notre corps, « veulent que ce moi ou ses acies soient dans un su- « jet, et que ce sujet soit une substance comme l'air, € le feu ou quelqueautre corps, et que l'intelligenoe « soit inhérente à ce corps comme une de ses qua- € litést en sorte que ce corps soit le sujet, et qne l'ia- « telligeoce soildaus le sujet. Ils ne considèrent pas, « tous ces personnages, que Tesprit (le mot) se cou-

« naitmème quand il se cherche, puisqu'il est cer- « tain avant tout d'exister ou de se sentir, de Toa- € loir, d*agir, de penser, et qu'il n'est rien moias « que certain d'être de l'air, du feu, un atome, une « monade* ni rien de ce qui peut être représenté, ou « conçu par le dehors, couime objet ou chose. Quand « on lui prescrit donc de chercher à se oonnaître, il est « certain d'y réussir en s'assurant qu'il n^est auetiBs « des choses ou objets dont il s enquiert comme € étant ou n^éCant pas sa substance, et qu*il est car- « tainement et uniquement ce qu'il se sent ou apâ^ € ^it être intérieurement »

Je ne crois pas qu'on puisse mieux exposer le vrai point de vue psychologique, le vrai principe delà Bcienoe de nons-mèmes, ou de la connaissance ée rhomme, ibndée sur le fait primitif de la conscience ou de l'existence intérieure du Mt', qui se cmmait en se distinguant de tout ce qui n'est pas lui.

Observe! bien que roxclusion donnée par le griad

vu flUMAlNE 410

AugostiD k tout ce qui peut être conçu comme chose

ou objet dont on peut douter s*il est ou non notre subsUàoce propre, s'applique également à l'àme substance» ou chose en soi, conçue hors de Taperceptioa interne et actuelle du n}(n\ qui se coonaiiou se sait exister eH'tiuima nctemia et céanumtê cmueiêi^

lia. L exclusion s'applitjue à celle >ul>.^laiu e s|>h i"

tMlle telle que Dieu, qui Ta faite, peut seul la con-nuftre ou la voir fîu dehors, soît comme ayant dans soû lond des facultés ou des attributs, qui attendent peut-être pour se développer un autre mode d'existence, ou des culKiitloli^ ti des lustrunitiilb autres que ceux qui sont attachés à notre yie présente; soit comme modifiée par Dieu même, et ;i son insu, dans son fond le plus intime ; soit enfin comme modifiable à IHoflni, ou d*nne infinité de manières, que notre eejprit ne ï^aurait emi)ia?isti% alors même que l àme tas randt toutes éprouvées dans une éternité d*existence; car nous ne savons rien de tout cela parle aeattioent ni par la raison. Tout absolu échappe in- ^eililement à toutes les facultés présentes de notre être, iïuus .^avoiis certainement par conscience que» le moi est identique, qu'il perçoit, veut et agit; ^ nous puuvuiiis bavoir aussi par la raison que la l'urce imoiaiiente, l'énergie radicale et intérieure qui se manifeste h elle-même par son déploiement actuel, œ aesse pas d*étre ou d exister, en cessant de se manMMer par un effort fii ésent ; nous savons enfin que c'est là le iuiid de nuire èue pensant, essentiel le-

flMnt immatériel, puisqu'il est une force, essentiel-

It^aii^nt un, simple, actif et libre, comme nous sen-

A20 AMTUllOPOLOGIE.

tons et savons certamein«it qu'est le moi dans soa

existence relative.

Toute la force du principe de Descartes repose sur le point de vue psychologique si nettement exposé dans le passage de saint Augustin qui vient d'élre cité. Je pense, donc j'existe; je suis infailliblemeDi certain de l'existence de moi qui pense, par cela seul que je pense ou que je me sens exister ; et, comnie je ne puis douter de ma pensée actuelle, puisque douter même serait une pensée, je ne puis douter non plus de l'existence du sujet qui doute*

Le principe est évident, et offre une base réelle et solide à toute la connaissance humaine; mais c'est sous une condition , savoir : qu'il n*ait d'autre valeur que celle du fait de conscience, ou d'existence actueiiexnent aperçue ou sentie, exprimé par le premier membre de Tenthymème : Cogito, Si l'on ajoute dans le deuxième membre, ou la conclusion, ergo sum^ un élément nouveau qui n'était pas contenu dans le premier, savoir : la notion de la substance, de la chose pensante dont l'essence est de penser et. par suite, qui pense toujours par cela qu'elle est, quoiqueile ne s'aperçoive pas toujours qu'elle pense uu qu'elle existe, des lors le doute recommence. Il y a lieu à demander d'où vient cet élément, ce principe synthétique. Comment vient-il s*ajouter au fait de conscience et sur quel iundement allirme-t-on de Tàme quelque chose de plus que la pensée actuelle, c'est-à-dire Texistence sentie, mot présent? Ici Descartes frauciut luudimeat et sans paraître s'en douter, labime qui sépare le relatif de l'absolu. Il con-

fend 8008 une même ferme logique et 8008 un seul

sif^ne, j>, pris tour à tour dans deux valeurs diffi^ rentes» la conscience du moi qui se joint à toutes nos perceptions, avec la notion de l'être ou de la substance de Tâme, comme elle est en elle-même, et indépendamment de la conscience du mot. Mais , QMiMe 1*8 remarqué profondément depuis le célèbre philosophe de Kœnigsberg, Tanalyse la plus subtile dei ee sens intime qui nous assure que c'est nous*" mèflies qui pensons, n'est pas capable de répandre-le moindre jour sur la connaissance de nous-mêmes ^gottOM objet hors de la pensée.

- Le principe de Descartes affirme une chose dn mai ou du fait de inexistence, et ce qu'il pose de plus n é- 8Ml psB donné par Taperceptiont ou par aucune ex* péricnce iiilerjie ou externe, ne peut y être qu'au être de notion innée, iieste à savoir si Tanalyse est ^Mttplète.

Le principe de la doctrine de Condillac, plus rapproché peut-être de Descartes qu'on ne le croit généralement, reste au contraire en deçà du fait de conscience et ne s'élève pas jusqu'au ttioi humain, quoiqu'il parte de la notion de Tàme, substance pensante ou sentante* attribuée à son fantôme. Ce point de départ lui l'ait illusion. Nous trouvons dans la base même sur laquelle se fonde le Traité des Wêsatians un exemple éminemment propre à faire entendre la disUuctiou esseulielie que nous avons en vue. Cet exemple peut nous montrer aussi combien la notion d une substance sentante, purement modifiable ou passive, posée eo! abrupto et sans rétlexion, à l'o-

Diyilizeo by GoOglc

ligine de te seienee de ooue^mèmes, jette d*iiie6Vli-

tud6, de doute, d'obscurité et d arbilraire daus k eourœ même de l'évidence iotérieure.

La statue de Condillac est, d'après rhypothèse» Uû homme que 1 auteur veut éLudier par leâ déLaiis et recomposer pièce à pièce. Elle a donc un corps organisé extérieurement comme le nôtre, et des sens pareils qui vont s'ouvrir Tua après l'autre, au luoyea d'impressions faites du dehors sur chacun d'eux par des (anses ou des objets; elle a aussi une force vivante pareille à la nôtre, une âme qui ^nt seule les impressions reçues par les organes, et ne les sent

qu'aulaut qu'elle en est modiliée ou rliuugée dans son état fondamental ou son être propre.

Telle est la statue, quant au fond de son être, pour celui qui la voit ou la considère du dehors. Mais demande-t-on ce qu'elle est, ou ce qu'elle va devenir, pour elle-même, en recevant les premières tmpressioQS sensibles, dans son existence inténeure, ou quant à la manière de sentir cette existence ou ses propres modifications? le point de vue change alors, et Ton ue peut pas s'aider des données de l'ait, ou des notions prises dans un point de vue extérieur qui n'a aucune analogie avec celui où il s*agit de se placer» pour répondre à la question ou même pour l'entendre.

Parler premières sensations, en elltl, la htatue ne peut rien connaître ni au deliors, ni au dedans d'ellemême; car elle ne peut que sentir, et sentir n'est pas connaître. Non -seulement donc elle ne connaît pas, mais même elle ne sent pas son corps ni sas

VIE HUMAm W

organes ; car ils sont hors d'elle et distincts d'ellemême comme tout le reste. On ne saurait non plus dire qu'elle ait d'abord quelque eonnaissance» ni

même quelque sentiment obscur de son âme, ou de sa force propre, comme distincte du corps et des or^ ganes» à qui elle est censée unie. On sait combien cette distinction psychologique est tardive, difficile et môme toujours incertaine pour la plupart des esprits.

Quelle sera donc l'existence intérieure de la statue dans les premières sensations? Comme elle ne peut être pour elle-même que ce qu'elle sent, et comme elle ne se sent et qu'elle ne peut se sen* tir ni corps ni âme, puisque dans le fait elle n'est ni l'un ni l'autre, séparément* il impliquerait con* tradiction de dire qu'elle se sent elle-même modifiée par les premières impressions. De ce que Tàme est, ou est censée être en soi, une substance modifiée par les impressions, on ne peut conclure, qu'elle a d'abord le sentiment de son être ainsi modifié. Aussi Condillac a su se préserver de cette contradiction, quand il dit que la statue u'est d'abord pour elle-même que sa sensation présente ; qu elle devient successivement odeur de rose, d'œillet. Par où il n'entend pas sans doute que la substance de 1 ame change comme chacune de ces modifications successives. Tout au contraire, c'est bien toujours la même substance immatérielle qui est censée rester, comme soutien nécessaire, et lien commun de tontes les sensations i\m viiriont et pîissont. Mais que fait ici cette notion d'identité de substauce sous la variété des modes trapsitoireSt puisque ce n'est pas ainsi que

ANTHAOPOLOGUS. |

Ut stâtue peut jamais se sentir iotérieurement, ou exister pour elle-même, quels quesoieut le nombre oa l'espèce des sensations passives ou modifications ad*

veaUces de lame qui vieaueat s'ajouter les uues aux antres» ou se combiner comme on voudra le supposer? Certainement, il est impossible de faire ressor tir un moi ou la personnalité, de toutes ces sensations venues du dehors que la statue devient tour à tour, et avec chacune desquelles son existence intérieure sldentifie complètement, sans être rien de pins [)our le sujet de cette existence. Mais il faut louer l'auteur du Traité des scnsaLiotu d'avoir si bien vu, et si positivement établi, qu'en admettant, à titre j de notion ou de croyance, plutôt que de science, une âme substantielle, distincte à ce titre de toutes ks | iiiodificalioiis senties ou non senties, il n'en résul- | tait nullement la distinction de conscience entre le sentiment toujours identique du sujet modifié, et le sentiment variable des modifications ou des impres* sions sensibles de ce sujet.

Ainsi s'est trouvée nettement posée, par riiy[ etlièse même de Tauteurdu Traité des setualùms, la ligne de démarcation entre Tétre et le connaître, le ratio eisendi et le ratio coguoscendi, appliquée à l'âme, ou à Tliomme même tout entier, se prenant pour sujet de sa propre étude intérieure.

Il n'a pas assez bien compris cette distinction essentielle, le disciple de Condillac qui a mérité de se placer ci son tour au rang des maîtres, quand il sexprime ainsi sur le sujet fondamental qui nous occupe : « Kn refusant de reconnaître la personnaiiU'

VIE HUMAINE. m

« 00 le MOI* dans uo premier sentiment, CondîHac la -

« Uouve dans un second, uu Uoisième, etc. Car en « faisant passer successivement sa statue de l*odeur « de rose à celle d*œillet, etc., elle doit néeesiairet ment distinguer elle-même quelque chose de va- € riable, et quelque chose de constant : or, du va- « fiable elle fait ses modifications, et du constant f elle fait son moi (1). »

Pourquoi donc la ^^tatue distingiiei ait-elle nécessairement en elle-même et avant qu'il y ait pour elle un dehors, quelque chose qui varie et quelque chose qui est consiaul? Esl ce que toutes les sensations ve« noes du dehors ne varient pas? Ne sont-elles pas tou* tes sujettes, plus ou moins, avarier comme les objets qui les causent? £st-ce que la statue ne s'identifie pas avec'toutes? Qu'est-ce donc que ce (juclque cbose qui reste et se distingue nécessairement de ce qui est changé? L*àme, dira-t-on. Je l'accorde bien; mais pour que la substance sentante reste identique dans le fond de son être absolu, ne faut-il pas encore qu'elle se sente ou se sache rester, ou qu'elle çiit le sentiment d'elle-même comme restant? Si Ton en convient, comme on ne peut s'en dispenser, je de* mande si ce sentiment fondamental de Tètre est une sensation comme une autre. Dans le cas de Taffirmalion, je Juiuande comment il se distingue nécessairement de toute autre sensation, comment ii peut se faire qu'il reste seul identique quand tout passe et varie. Dans le cas de la négation, ii faut donc recoa-

(i) LeçoQS iie philosophie de M. Laj omisuière, tome i.

iiu SS

426 AMTUROPOl/XUB.

naitre quelque chose en nous qui n'est pas sensation

du dehors. Quel est le sentiment constant de l'être? d*où vient-il? quand commence* t-il 7 li ne vient pas du dehors, car il ne serait alors qu'une espèce de sensation comme les autres ; et soit qu'il commence à la première impression, ou à la seconde» on à la troisième, comme il ne pourra naître que du fond de Vkmùf ou de Tétre sentant» il faudra bien reconnais tre qu^il y a quelque chose d'inné, du moins dans le sens que Leibnilz attache à cette expression.

Le môme auteur semble bien le reconnaître ausd, quand il dit dans un autre endroit: « La preuve eer» « taine que la statue aurait le sentiment de son exis- « tence, à la première impression sensible « c*est « qu'une telle impression, considérée dans TAme ne a peut être que cette substance même modifiée d^une « certaine manière. » C'est bien là Tiliusion oommune à tous les systèmes métaphysiques qui partent des notions comme principes, en y subordonnant les faits, en les altérant, en reniant même ces faiCi

tels qu'ils snnl, (elsqiir l'obscrN alion externe ou interne les donne, s'ils ne peuvent se coordonner avec les notions synthétiques que l'on adopte comme principes de la science et qui ne devraient en être que le couronnement particulier.

la doctrine qui nous sert d'exemple, a su se préserver, il est vrai, de ces illusions communes aux systèmes métaphysiques, mais c'est en se jetant dans d'autres écarts non moins abusifs et peut-être plus dangereux encore dans la pratique. Mais, en rentrant dans le point de yue de l'auteur du Traifé éu

smsaiiaru , et l'iolerprétant avec piua de fidélité qoê le diieipie même de Condillac dont noos parlions tout à l'heure, nous dirons que ce je ne sais quoi de permaneot ou de consUat, dont la statue est dite Adte ion mêi^ en faisant see modifications de ce qui

vâile, doit être non pa^, cuuiuie ou l a dit, du mutas

implicitement, dans Je passage eité, TAme qui resta

identique quand ses modes changent, ni même le spntiiiÉeut que cette substance a en même teinfjs, et d*ell^mème comme permanente quant an fond de

son être et des modifications qui varient ; mais bien une seasatiûa« Celte sensation, il est vrai, est d'une espèce toute particulière et suigenerU^ puisque son caractère de permanence et de fixité la disiiugue essentiellement de toutes les autres sensations qui Ta« riant sans cesse avec les objets qui les causent; et

puisque celte cunslaiice iiiéiue eal une preuve iiitail-

lible que Tespèce de sensation ou de sentiment dont il a*agit ne peut avoir d*objet ni de eause hors de

letre sentant. Keaumoins, ce sera toujours, iIdus ie point de vue où nous sommes, un mode de l'àme,

mode fondamental, le seul sous lequel cette substance se mani teste a eile-rrième, ie seul avec lequel on poisse dire qu'elle s'identifie, non point en tant

quelle est ou existe comme chose ou être nioditi;!bk, fliais en tant qu'elle se sent exister comme moi ou oomme sujet modifié.

Il s'agit de cliticlier» à l aide d uuc analyse ou

d'une observation appropriée, quel est précisément) entre tous les modes ou produits des fonctions de

A9§ divers s«^us externes ou mtenicb, celui qui a les

Al«THaOPOLOGI£.

caractères de simplicité, d'uniits de perman^iice, d'ideotité par lesquels il doit natureilemeot se distinguer de toutes les sensations ou modifications variables. Mous aurons aiosi une raison suifisante de eette distinction, prise dans le fait même, et sans sortir du domaine des sens ou de i expérience intérieure, sans remonter jusqu'à la notion même de la substance et de ses attributs, jusqu à des notions innées, pour en déduire l'explication des faits (Ionçuam Deus exmaehinéj. Nous aurons enfin eomplélé les analyses du Traité des sensations ou rempli âââ lacunes

Voici un raisonnement pris dans le tànoigtuige éê sms intime de Tabbé de Lignac : « Tout effet qui se « sent exister et qui se sent modiiier du dehors, sent « nécessairement el essentiellement Texistence de

m sa cause. Or, notre ànie est un effet qui se sent « exister, qui se sent modifier du dehors dans toutes « ses perceptions, qui sent le fond de son inJivi- « dualité identique et toutes ses modalités. Donc no- « tre âme sent nécessairement et essentiellement « Faction el l'existence de sa cause, et dans le sens « intime de son existence et dans toutes ses moda*

« lilés. »

La majeure de ce raisonnement n*est point priini* tivement ni absolument vraie; elle ne lest que coih sécutivement à certains principes ou données de fait ; et cette condition c*est que Tètre qui se sent modi* fier du dehors, ait d avance le sentiment ou Tidée de sa propre causalité. En ce cas seulement, il peut mettre

VI£ UtmAINE.

hors de lui l'aDlécédeut du rapport de causaUté« quand il se sent modifier malgré lui ou indépen^ damment de son action, c'est-à-dire quand il éprouve des modifications adventices dont il n'est pas cause.

Mais il faut bien entendre , en premier lieu, que cette aperception du rapport de causalité renversé, présuppose la constitution personnelle du wmm* , dans le rapport direct, naturel et primitif, où le moi est et se sent, dans son effort, cause productive du monve* ment. Anéantissez cette ^perception première, et l'être sentant ne percevra aucune de ses modilieations, comme l'effet d'une cause extérieure. D'où il suit que la majeure du raisonnement ci- dessus doit s'interpréter ainsi qu'il suit : Tout être actif et libre qui a le sentiment de sa propre action, c'est-àdire de lui-même comme force agissante, et qui éprouve ou perçoit des modifications qu'il ne fait pas et dont il n'est pas cause, sent nécessairement et essentiellement ces modifications comme effets d'une cause étrangère ou extérieure à lui. Or, notre âme sentant le fond de son individualité identique au titre de force active et libre , sent de plus des modalités passives ou qu'elle ne produit pas. Donc notre âme perçoit nécessairement et essentiellement l'action etrexistence de quelque force ou cause extérieure dans toutes les modifications dont elle n'est pas cause elle même.

Il faut bien entendre, en second lieu, que le raisonnement ci-dessus exclut l'existence de toute aperception directe de Tètre absolu, de la substance

Diyilizeo by GoOglc

AKXUAOPOLOQU.

même de l'ànie, comme existant abBoiameol en soi, ou comme effet relatif à une cause créatrice ou productivt) en substance. Car, si l'aine ne s'aperçoil ou De se manifeste à eUe-méme par la coDSoieoce, qu'au titre de force agissante, ou qui produit libremenl Feffort et le mouvement, il répugne que cette force une et identique soit ou s'aperçoive actuellement comme effet d*une autre cause. Ce serait, en effet; lui ôter et lui donner en même temps la libre activité qui &it son essence. Une force passive est ininteUigible. A la vérité, on peut entendre qu^un être peoMiit, même agissant et libre^ soit passif en ce sens qu il ne s'est pas donné Tètre, qu'il ne se cenaerve pas et qu'il ne se modifie pas non plus lui-même. Sous les deux premiers rapports, la passivité de notre être est certaine, en tant que la raison seule, sans la loi, peut démontrer qu'une substance quelconque a besoin d'une cause extérieu.re à elle pour commencer et continuer à être ou pour durer. Et c'est \k que les raisonnements sysléiiuuiques, ne roulant que sur des notions ou des définitions logiques, peuvent n'offrir qu'un tissu de propositions verbales de même nature, tissu admirable par 1 enchainement et la liaison étroite des parties, mais nul quant à la vérité ou la réalité des choses qu'il s'agirait d'établir, ou de connaître en elles-mêmes. Ce que nous savons bien, isrlMiàM jrûmis, c'est que Tàme ne peut avoir aucun sentiment ou aperception d'elle-même à titre de substance passive, comme être durable, subsistant en soi, ni dans ass modifications adveniiess vambici», sous lesquelles nous crovoiis «ètlueiUimeal

YIB HiaiAINB. AM

que BubMla id fond du même être absolu. La coqfcience ne dit rien là-dessue.

Coûdillac a raison : l'âme qui est une substance Âmple, identique, immortelie, douée de tant de belles fiicnltée aux yem de eelui qui Te faite, n*eit rien pour elie-mènie, quand elle ne sent pas, quand elle B'est pas modifiée par quelque eause ètrangèie è elle-mènie. Comme elle s'identifie successiyement a?e€ toutes ses modiiications adventices, elle ne peut se distinguer d'aucune ni se sentir ou se connaître

dans son fond. Elle n'est point, elle ne deviendra jamais pour dle-méme une personne individuelle, un être k part de ses sensations. Comment donc entendre que l'âme est une substance modifiée, si la . conscience n'en dit rien, et si aucun &it, aucune expérience externe ou interne ne le manifeste , et si d'ailleurs le raisonnement abstrait qui ne s'appuie sor aoeon fait de i'uo oo l'autre ordre, ne peut amener qu'à des conclusions logiques, indépendantes de la vérité et de la réalité des choses comme elles sent? Vainement opposera-t-on an point de vue de

Condillac et de son école qu'il répup^ne de supposer des modalités quelconques sans une substance ou un sujet d*inhérence, car il ne dit pas le contraire ; et, en faisant de sa statue un être pensant, il lui attribue nécessairement une âme sentante avec un corps. H croit bien aussi que cette âme était quelque chose avant de commencer à sentir, et qu'elle n'est pas tnéanlie quand tonte sensation cesse. Tont ce qu'il dit, c'est que, hors de la sensation, Tftme est pour elle-même comme n elle n'existait pas. Ët il est im-

m ANTHROPOLOGIE.

possible de le démeotir. k moios qu^on ne suppôts

que la substance sentante a un sentiment permanent du fond de sou èlrei à part toute modification. C est ce que les GaHésieus recooiiaisseiit sous le titre de pensée substantielle. Mais ce n'est là qu'une iijpothèse forcée» oonlraire au fait de sens intiiiie el aa caractère essentiellement relatif de ce fait; car il ne peut y avoir de pensée ni de sentiment actuel d'uo absolu, et Tabsolu luinnème demat relatif dès qu'il est senu ou pensé.

Cependant nous n^en sommes pas moins forcés de reconnaître deux vérités qui ^at le fondement de toute psychologie :

La première, c*est qu'il y a un sentiment ou une aperception du moi^ un, identique» perman^, dans toute la succession et la variété de nos impressions sensibles, qui reste distinct de toutes ces iuipres^iaos et qui ne se confond avec aucune, tant que rhomme a le conscium sut, le compos êiU^ c'est-à-dire tant qu'il veille ou qu'il n'est pas fou.

La seconde vérité fondamentale, c'est qu'en mène temps que le moi se seul ou s'aperçoit comme distinct, non-seulement des autres eustences, mais encore des sensations qu'il localise ou rapporte à son corps, il doit se prendre lui-même pour un être durable, qui était avant, qui sera encore après la conscience qu'il a de lui-même et de la modification actuelle. Le moi sent en efiTet qu'il ne commence pas à être en commençant à se sentir, et son existence personnelle lui apparaît non comme une création subite, mais comme la eoBtiauation d'iM

vie; iiaiiAWE.

vie qui était avant de se aiaûifeâter k la coiiscieuce ou par elle. Oa De peut certainemenl pa» dire que le mai aperçoive le fond de son être, hors de sa mani* fesiation, ou de la coiiscieuce présente qu il a de lui-même, ou qu'il s'aperçoive comme substance distincte de la modification présente ; car la substance ne peut être conçue que du dedans au dehors, et il n'est point ici question du dehors* puisqu'il ne s'agit que de nous-mêmes et que le nous-mêmes ne peut se connaître du dehors couinie objet, pas plus qu'un homme ne peut se mettre à une fenêtre pour se voir passer.

Nous n'apercevons donc pas 1 être substantiel, mais nous croyons qu'il est; et nous le croyons immédiatement et Dûeessairemeut sans aucun acte de raisonnement. Le doncjê êuù qui conclut de la pensée actuelle Tétre absolu de la chose pensante, est une pure illusion logique* L'existence du moi actuel et la croyance à l'être pensant peuvent être deux faits collatéraux, ou deux éléments indivisibles du même fiât de conscience, mais certainement le second u est pas déduit du premier et il n'est point de passage

de l'un à l'autre. Toute opération, tout efïort de Tespht tendant à prouver une première réalité absolue par l'intermédiaire d'idées ou de conceptions qui ne renferment pas essentiellement cette réalité est une tentative vaine et illusoire. C'est là ce quia fait les sceptiques de tous les siècles. Ce que nous croyons nécessairement, nous ne le savons pas.

Croire n'est pas savoir. Ce que notre esprit croit universellement et nécessairement, il ne l'a pas fait;

ANTHIIOPOiiOGIE.

or il 00 nit que cequ'ii hii ou peut faire ; el ce qu'il a fait, comme ms idées génAralest ses claflÉifiettioos, sa langue, ses combinaisona arbitraires, il n'y croît pas et ne peot y croire comme à dea choaea eiialan*

tes

.... Le LeibiritziaDiame tout entier Wfom mrce priocipe : que toute substance est essentielle ment active, oo a en ello-mème la ifbrce eonatitalîte qui détermine tous les changements opérés en elle on par elle, tous les passages continus d'un mode on d*Qn état donné k m antre mode oo k un antre état, et cela sans aucune provocation extérieure. Les conséquences sont rigoureuses et le système est parftitement lié dans toutes ses parties. Mais le tout repose sor un principe de définition ou sur une notion hypothétique. Si Tinfluence physique on !*aotion réciproque des substances est impossiiile dans le point de vue de Leibnitz, c'est que toot dans l'imî* verset le microcosme en particulier, se résolvant en fcrees actives, cbacnne à leur manière, nul être ne

peut recevoir du dehors ce qu'il a en lui-même.

Dana le point de vue de Malebranche au contraire» ob tonte substance est essentieilemeni passive et purement modifiable , aucune action n'appartient aux créatures ; nul être créé ne peut agir ni inliier directement ou physiquement sur un autre pour le moQVoir on le cbanger* L'âme n'agit donc pas réellement sur le corps; ce n'est pas elle qui lui donne

le mouvement par quelque force efficace qui soit en elle; car, de même qu'un être ne peut feeavoir oe qu'il a en lui, comme Feotend l'auteur du système de VHûrmmie préétablie , il m saurait dooner ou eommuniqoer ce qu'il n'a pas : d*où YOciOêimma lisme de Malebranche. Les deux principes opposés aiiotttisseat donc au même résultat, savoir ; à l'impossibilité de Tinfluence physique et dn pouvoir qu'a l'àme de remuer le corps»

Mais ce résultat ne saurait avoir une valeur autre que cdie du principe dont il dépend. Or ce prlii> eipe est tout entier dans la défiuitioD même de la substance prise au titre universel, soit eomme absolur ment et exclusivement active, soit comme ahaolu* meut et exclusivement passive. Mais comment savonsHious d'abord qu*il y a hors de nous des sub* sUniccs réelles conibrmes à nos idées, et ensuite que ces substances sont toutes actives et pouvant tout tirer dVIlesHOsèaies, sans nen recevoir dn dehors, ou toutes passives et n ayaut rien qu'elles ne reçoivent actuellement de la cause unique suprême, qui les eréa et les crée encore à chaque instant en les eoih servant ou les modifiant? Toute notre science à cet égard se rédoit à des hypothèses, ou à des vérités de définition, et toujours il reste vrai, en dépit de tout système, que ie sujet nioi qui peut, veut et agit, ou lût effort pour produire un mouvement ou un effet quekoiujue, est la vraie, l'unique cause actuelle, intérieure du mode qu'il s'attribue à ce titre, par le Mt de conscience.

A cette occasion, Deseartes dit supérieurement

Diyilizeo by GoOglc

4d6 AMXUKOI>OL0Gl£.

daos une de ses lettres : « Que Tespiit qui est in- « corporel puisse mouvoir le corps, il n'est ni rai* M sonnement ni comparaison tirée d^aucune autre 4( chose qui uous le puisse apprendre» et néanmoins <( nous le savons d*après Texpérience certaine» èvi* « dente qui nous le manifeste intérieurement à cha- « que instant de notre vie. » Pourquoi donc raisonner et faire des hypothèses, quand il ne 8*agit que de sentir, (rapereevoir ce qui se pas^^e au dedans de nous? Serait-ce donc des hypothèses, des notions priori^ ou des définitions qui pourraient altérer Yér videiice de cette vérité d'expérience intérieure? Que la métaphysique explique comme elle pourra les faits psychologiques ou de sens intime, mais qu*elle ne vienne pas les déineutir comme des liiubiuus» ou de purs phénomènes sans consistance; car les faits d'expérience intérieure, portant avec eux leur lumière, ont aussi par leur nature une autorité aotérieure et supérieure aux notions des êtres, auxqueb ils peuvent seuls communiquer la valeur réelle et le cré~ dit que l'esprit leur attribue. Loin donc de juger la vérité des faits de sens intime, d'après des notions absolues, semblables à celles (|ui servent de fondement aux systèmes dont nous parlions tout à Theure, il faudra juger de la réalité des notions d'après les ï-dils (rexpérience intérieure et les réputer fausses si elles sont en désaccord avec eux. La marche contraire suivie par les métaphysiciens a produit toutes les illusions et les contradictions des systèmes. Si les hypothèses physiques et astronomiques ont be« soin de se justifier par leur accord avec les fiûts de

ViK UUMAUŒ. m

la nature, il y a une nature intérieure dont les fails sont encore plus évidenUt l'auloriié plus iafaiUible. Pourquoi donc le métaphysicien ne serait-il pas en présence du sens intime, ce qu'est Tastrouorne en présence du ciel étoilé?

Lcibaitz l'a li rs-|»ien recoium lui-nïéme dans ses Noiweaux essais sur {entendement humain^ où il dit expressément que « si les expériences internes ini- « médiates nu sont pas cerlaiiirs, H qc peut y avoir « aucune vérité démontrée. » 11 ajoute : « Lesscept Uques liaient tout, en voulant cleudiu leurs doutes 4 jusqu'à ces premières expériences » Voilà ce qu'il ne fallait jamais oublier.

Certes, le principe d'où Descartes déduit, dans ses Médiiaiùms^ la distinction essentielle des deux suIh stances dont la liaison cuitsiiiueriiuiiiuie, auraitmoias prêté le liane à tant et à de si fortes attaques du ma-* térialisme et du scepticisme, si, au lieu de se fonder sur labsolu de la substance, ou de Tétre spirituel en floi, Fauteur des Méditations eût donné à son principe toute la valeur du lati priiuiul de sens intime, el s il ne lui eût donné d'abord que cette valeur seule, en moutraut que la ili^liiiclion entre les deux suL^lauces, ou entre Tabsolu du sujet pensant et Tabsolu de ■ l'objet pensé, hors de l'acte même delà pensée ou de la conscience, en était la conséquence ou i induction nécessaire. Or c'est là cè qui me semble pouvoir être établi avec une iorce supérieure à celle de la pure logique, par le raisonnement psychologique suivant:

Si le sentiment d'une force agissante, ou librement exercée dans la production d un mode quelconque

488 ANTHROPOLOGIE

inlérieiiMnient aperça ott tenti comme Teffiit on h

produit de cette force, ne peut être tel qu'ii est dans le mai actuel, ou le fait de conscience, à moins qu'il n'existe une force absolue, ou une substance active perdurable, liée dans le temps avec une substance passive, apte à recevoir de la force ces modes spédtiqiips que le moi aperçoit seul intérieurement, sous le rapport de l'effet à la cause ou à la force productive ; — il a*en suivra nécessairement que les deux substances active et passive, ou la force i m matérielle de rftme et la substance corporelle, existent réelle^ ment, chacune en soi, et de plus sous la relation de leffet produit à la cause productive*

Or, le fait primitif de la conscience, ou le moi de rhomme n'est autre que ce sentiment d'une foi ce agissante et identique, qui se sent intérieurement distincte de certains modes ou effets temporaires, qu'elle produit librement, ou sans aucune provocation extérieure; et ce sentiment ne saurait être tel qu'il est, ou le mùi ne pourrait être tel qu'il est pour lui-même, s'il n'y avait pas réellement deux substances distinctes (une force immatérielle distincte d*un corps matériel) liées entre elles essentiellement aous la relation de la cause à l'effet.

Donc l'àme et le corps existent réellement et dis-' tinctement l'un de Tautre, quoique intimement liés entre eux, sous la relation de la cause à leffet ; et le fait primitif de conscience est à la fois l'expression et la preuve du fondement de la relation de causalité hors dumai^ et de la réalité absolue des deux termes

fie pette relation.

iJiyiiizeo by

TOI HMAim.

La ottjeim de «e raiaonflemaat a hêmsk d*ètra prouvée. Elle ne peut Tèlre que d'uae seule maniàre, eavoir eomme fait, par Tobservation ou la réflexion intérieure qui remet eu évideoce ce que l^habitude, M test le^ bruit du dehors nous empêche d'apercevoir au dedaos de nous. C'est ce que nous tâcherooa de iaire bientôt Quant à la mineure du raisonnement» elle est rexpression d'une croyance nécessaire, qui n'est pas susceptible de preuve et n'en a pas besoin, loiique la condition est posée ou lorsque le sujet à qui cette croyance s'attache nécessairement , est donné en iait. L'iiomuie n'a pas l'aperception immé* diète interne de Tètre absolu de son ftroe, pas plue que de son coi j>s; liiais ilt^s qu il a le sentimeiU du moi'i celui de la force exercée par sa volonté sur un terme inerte et mobile distinct de cette force même qui ne peut se localiser ni se figurer en dehors, il bri^st impossible de ne pas croire à la réalité absiK lue et perdurable de cette force et de son terme d'ap* pUcatioû, alors même que le sentiment cesse ou est Mapendn.

Enfin la conclusion du raisonnement, la vérité des prémisses étant admise, parait devoir être à l'a* bri des attaques du matérialisme et du 8cepticisme« Elle prouve :

4 D'abord, contre Descartes lui-même, que nous ne sommes ni plus ni moins assurés de Texistenoe

réelle de notre corps, que de celle de notre àme.

%° Que la réalité des deux substances qui consti<* tuent Thomme, et par suite les autres êtres immatéfiels et matériels» rassort du mèujke principe, de lîi^

Mf AjrmomxioiB.

dUtioctiott immédiate du fait de le oeoacienee on de

Texistence du moi,

S"" Qu'ainsi ce n'est point la liaison des deux subatances ou celle de la force agiaaante et de aoo terme d'application immédiate qui fait le grand mystère de rhumaniié, ou le grand problème de la psychologie. Cette liaison étant une donnée primitive de la conscience ou de l'existence de l lionimc, le mystère aérait plutôt dans la possibilité ou la nécessité même de concevoir ou de croire^ la réalité absolue de cha> cun des tenues séparés l'un de l'autre, problème vraiment insoluble a priori^ si le fait de conscience ne servait pas d'antécédent et de preuve justiAcative à la croyance de l'absolu.

Que la grande relation de la cause à l'effet, fondamentale de toute science. Test aussi de toute exis^ teuce, à partir de celle du moi qui n'existe pour luimême qu'à titre de cause libre ou de force productive de certains effets.

3" Que la notion universelle et nécessaire de causalité, prise hors du moi\ ne doit être considérée ni comme infuse à l'âme à litre d'idée innée, ni comme formée d'après quelque représentation extérieure, mais comme ayant son type essentiel et primordial dans h) liaison même de Tàme et du corps, où elle s'appuie également sur le fait de conscience qui seul en justifie la réalité absolue.

6* Entin, que le sceptique qui nie la réalité absolue des causes, ou qui cherche à les confondre avec les phénomènes transitoires, renie non-seulement toutes les existences étrangères, niais même la sienne

VX£ tiUMAl^E.

propre... Quand od conipâre tous ces appareils de principes, d'àme», d espriu, de démons» de facultés, déformes, etc., em())oycsdan8 les anciennes écoles

poui expliquer iwUc ijuiiiatiiic cuiisitJtii noan tanl

de rapports ou de faces diverses, à la simplicité où nos modernes prétendent avoir réduit Tétude de

J iiOiiJiiic% uu se tieiiiaudc si celte science a fait réellement des progrès tels qu'on soit parvenu, à Taide des faits mieux vus, rapprochés, comparés, saisis (I^ns leurs aualogies, à léduire aiubi ie uoinbre des principes et à systématiser la science d'une manière plus parfaite. Mais, quand on vient à coni[iaier de bontrn fui, cl avec une l ellexiou suffisante, l'ancienne philosophie à la nouvelle, Ton ne saurait s*empécher de recuiiiiaître que la simplicité, Tespècc de clarté dont se vante notre idéologie moderne , bien loin d'être due h une connaissance plus approfondie des faits de i iiuiinije et à plus de précision uu du vuritable simplicité apportée dans la manière de les observer et de les classer, d'après des analogies exactes el rigoureuses. Cette clarté litiU plutôt à l'emploi d'une certaine méthode abstraite et hypo* thétique, fondée sur le besoin el le parti pris d'avance de siuipUûer le langage, ou de n'avoir recours qu'au plus petit nombre de termes et de formules les plus symétriques, pour former ce qu'on apptile la science : science logique uu cuuvenlionnelle où l'on croit tout ex[)liquer à force d'abstraire, de dissi^ iiiuier ou de déiiaïuier les choses ou les laits rebelles aux catégories formées d'avance.

Ceux qui tiennent à la simplicité, â la clarté des nu t»

'm ilNlllROPOLOGI£.

pnticipês et du langage d'une pbilosopbie qui prè-

4eu(i tout réduire à la sensation» pourront sf! récrier Ott M moquer peut-être d'un tel jugemeat. Mais ceux qui ont pris un parti absoluà cet égard peumit se dispenser d*ailer plus loin. le prie les autres de suspendre leur jugement jusqu'au bout, maisd*abord de relire avec attenltod les ouvrages sortis de Tan» eienne école de Tlaton ou des métaphysiciens d'Alexandrie, les ouvrages de Descartes« Malebrancbe, Leibnitz; qu'ils reprennent en sous-œuvre les distinctions, je ne dis pas seulement de principes abatraits, mais de faits incontestables que l'observar tien interne et externe de Thomme ne permet pas de nier; qu'ils cherchent sérieusement parquet tour de force logique ils parviendront à exprimer tant d'élé* mentSt de facultés de diverses natures, par un seul terme tel que sensation, faculté de sentir ^ en s'assu* rant toutefois qu'ils n*onl pas confondu ou rappro* ehé dans la même classe les choses les plus disparates et les plus hétérogènes par leur nature* Peut* être seront-ils al oi s moins éloignés de reconnaître la nécessité d'exprimer et de consacrer par le langage les distinctions de principes et de faits réels de natures diverses que la véritable science de Dioinme consiste précisément à distinguer, ainsi qu'on pourra s'en assurer par cet ouvrage.

L'homme a la coiiMience d'une foule de choses qui se passent ou se font en lui, sans lui, ou sans qu'il y participe par sa volonté. Ce qu'il fait, même en lui, uu dans son corps, le sachant et le voulant, comme les mouvements qu'il opère par le vouloir.

il ignore absolument par quel moyen ou de quelle Ihçon il l'opère, il ne connaît pas même Tobjer matériel ou rorj^nne sur lequel sa volonté se déploie. Ce qui se produit en nous, sans nous, ou sans notre eônsentement, on a été naturellement con luit h l'attribuer h des causes ou des forces animées d'intentions bonnes ou nuisibles, conçues à l'instar de notre «iwV De là les dieux ou les démons bons ou mauvais, dontdes écoles, même très-savantes, ont fait un grand usage pour expliquer Tbomme et tout ce quil y a de plus extrordinaire, de plus mystérieux en lui. Mais rappljcation du principe de causalité s'est trouvée en défaut, quand, remontant au-dessus du «01, la philosophie a cherché ailleurs que dans la force propre consiituUve de ce moi la cause des mouvements volontaires, en se fondant uniquement sur ce que l'cspi ii de l liomme ne connaît pas les termes organiques sur lesquels il exerce son action volou'taire.

Sur ce point fondamental, il me semble qu'on ne s'entend pas; et il est extrêmement difficile de bien entrer dans le point de vue que je crois le plus vrai et le seul conforme à la vérité subjective et objective en même temps. Les philosophes orthodoxes qui re* connaissent et croient établir le plus solidement la distinction de l'àme et du corps, considèrent ces deux substances comme naturellement séparées par rincompatibilité de leurs aiti ibuts essentiels, savoir, d'un côté la pensée, et de l'autre l'étendue; ils trouvent bien là une sorte d'explication ontologique de l'unité et de rideutilé permanente du moi, ou de la

m AMTBROPQUX&IE.

personne, quin'estautretdisent-ils, que l*ânie même.

Mais ce n'est peint une unité ;il)straite, ahsolue, qui peut servir de principe, ou de poiol de dépari à la science de nous-mêmes, mais bien Tunité de la conscience, ou du même tnot\ ou le fait même d'existence de la personne humaine. Or, cette unité, ce fait de rexistonce de Thomme, n*est certainement pas celle de 1 àine séparée, non plus que celle du corps séparé ; elle n'est pas davantage le composé substantiel de ces deux substances; autrement le mm ne serait plus un cl :sinipie, la personne serait pour ellemême, et en soi, une dualité composée d'àme et de

corps, [)ensant(* et éleiulue à la l'ois, pensée malcrieile, ou matière pensante indistinctement, ce qui est absurde et contraire au fait même de la conscience. Le fait de la conscience, ou de l'existence du moi, le premier acte de la pensée, consiste précisénient, en effet, à se distinguer de tout ce qui est matière ou étendue; et comme tout ce que nous appelons matière en soi ne peut se manifester que comme objet de la pensée, distinct et séparé du sujet pensant, ou encore comme terme de résistance à une action, distinct et séparé du sujet qui agit et meut, admettre T union substantielle de la pensée avec la matière, dans le fait de la conscience du ftwi^ c est détruire ou anéantir ce fait, c'est ériger en principe une contradiction, un piii néant, un non-sens. Ce n'est donc pas une uuité absolue, ou substantielle, qui peut être le point de départ de la seience d*un sujet nnvle tel que Tliomme, ayant conscience de luimême, ou de son uuité permanente, dans le temps.

Vi£ UUMALNE.

£d partant de ce fuit de conscience, il esl bica vrai qu'on pari du simple ou de l'un ; mais c'est cette corscieuce même, ou le sentiment d'existence individuelle, qui est un et simple, quoique cette existence substantielle* ou prise dans l'absolu, et telle que peut la voir du dehors un autre être intelligent, soit peut-être composée de deux ou plusieurs substances.

Supposons donc qu'en effet, notre humanité, telle que nous la sentons, ou telle que la conscience la manifeste intérieuremeut à titre de personne humaine, soit un composé de deui substances, unies ou liées l'une à l'autre par un lien incûable. Ce lien substantiel sera nécessairement un rapport quelconque, sinon de contiguïté ou de contact, comme de corps à corps, du moms de coexistence, desubordinationt de correspondance, d*harmonie préétablie, enfin d'action et de réaction, de cause et d'effet. Or le fait de conscience, tel qu'il est en nous, n'emporte avec lui aucun sentiment du rapport de deux êtres distincts, unis, existant chacun fmsoi, se correspondant et formant ensemble une barifionie. Le véritable et l'unique rapport qui constitue ce faitde conscience ou l'existence même du moij un etidenticjue, est bien, A la vérité, celui d'une action, c'est-à-dire celui d'un sujet ou d'une force qui argit et se manifeste par un eiïet ou mode produit; mais le sentiment un de ce rapport subjectif n'est pas encore celui de la liaison de deux substances qui seraient entre elles dans le rapport objectif de cause k effet. Seulement l'un mène à l'autre; et ce n'est qu'en s'appuyant sur le premier, comiiie ba^e ou principe de lail delà science

AMIOflOPÛUXilE.

humaine, que realeodement pourra 5 élever au ^ cood» comme dous essaierons de io montrer.

Remarquons bien, en attendant, que si Ton peut dire« dans le point de vue absolu» que le m»' de rbomme n'est autre que Tâme, unité absoluet spirituelle, accidentellLiiunt unie au corps, ou nièoie considérée dans 1 état de séparation, il n'en eel pas

moins vrai que la cousciince de ce tnoi^ ou ce ffiai lui-mêaie« en tant qu'il ex^iste pour lui inlérieurement, à titre de personne humaine, esl tout enliar dans le sentiment du rapport d'une force à son produit* ou d'une cause qui se sent ou s'aperçoit actuellement coiiiiiie cause, à &on eflet senti ou perçu intérieurement comme effet. C*est ce sentiment de rap^ port qui est un et parfaitement simple, en tant que ces deux termes, quoique distincts, oeo sont pas moins indivisibles dans le fait ou Io aentimenl unique de mot, qui ne serait plus tel, si, d'une part, les deux termes cessaient d'être distincts, on se réduisais il l en un, et, (rautre part, s'ils étaient séparés ; car, sanc Teffet senti comme effet, la fores n'existerait pas pour elle-même, ou comme cause [terme essentiellement relatif], et, réciproquement, sans le sentiment de la cause s'apercevant elle-même intérieurement, il a y auxail yornl d'effet produit m senti*

Voici doDC noi premiers prioeipea psjcbolo*

giques :

4 * Le fait primitif de conscience, qui aertde base à la

science de Tbomme, est tout entier dani> k ^enliaieni aimple et identique d'un rapport de causes effist.

YUiRVMAail.

S*" Les deux terme3 distincts de ce rapport goQ^ indiviiibles, et d6 peuveol nième ètro conçus lépa* ré8, sans que le rapport soit détruit. En ce cas lai personne humaine disparaît : le sujet et 1 objet do U icieoca de rbooime changent entièrement de na*

turc, il ny a plus de sujet d'étude ou d'observation intérieure qui serve à i esprit de point fixe pour B*éle?er plus haut; tout commence par une hypo-

thëse, ou par quelqu'une de ces notions universelles

et néoe^saires, dont on no sait d'où eUos viennent,

OOmmont et à quel titre Tentendement les possède.

3** 3i rbonime peut ^ étudier et se connaître tçl qii*il est, ou exister i sa propre vue intérieure, ce n'est donc ni comme âme séparée ni comme corps, ni même comme une certaine Àme unie d' une ma« fiîère quelconque, mystérieuse à un certain corps^

qu il peut s'étudier et se connaître ainsi en dedans.

loute h connaissance intérieure est limitée par se iieture même, ou son genre unique, k la conscience d'we force constitutive vivante et actut^liemeut agis^ iinte« manifestée par quelque morte ou cb^ogemuent intérieur senti ou aperçu comme effet.

4*" Demander que U coosai^nce, pu le sentiment intérieur de cet effort, prenne un caractère û'pk-

jectivilé ou de représenlatlun (xtéricure, c'est détruire le ff^oif qui ne peut rieq connaître au debors,

sans se connaître ou se sentir ainsi lui-même întii<-

rieurements c'est chçrcher à se voir du dehors en dedans, prendre pour se voir d'autres yeux que les 81^9 et se chercher là oh il n*y a plu9 de foi, & Nous pouvons apprécier dans ce point de vue

ANTiIROPOIOGIlI.

cet argument que de grands philosophes ont cru pouvoir tirer du défaut de connaissance objeclÎTe des parties intérieures du corps soumises à Tinihmu e motrice de celtè force moi, appelée Tolonté, contre l efficace de cette influence, ou iiiéine couiie la réalité absolue de cette force

Bossuet dit du Verbe de Dieu qu'il est créateur

de tout, non point par cfiort, mais par un simple commandement et par sa parole : « Il a dit, tout a « été fait ; il a commandé, tout a été créé. » C'est bien vainement qu'on prétendrait assîuiiler la production do mouvement corporel par le vouloir, à ce simple commandement ciéaleur ; car il y a certainement dans Texercice de notre force motrice, un eflbrt, quelque inertie, quelque résistance matérielle vaincue. La parole ne suffit pas. J'aurai beau dire on ordonner à ma jambe de se mouvoir, désirer même qu elle se meuve spontanément : cet ordre, ce vœu ne seront point accomplis. 11 faut un vouloir actif, un effort indivisible, instantané ; il faut que je fasse moi-même, ou que ma force propre agisse elle-même, et non pas seulement qu'elle ordonne, commande, désire. Aussi, la formule de la volonté ou de Vinteiiigence servie par des organes (1), n'est-elle pas heureuse, quoi qu'on en ait dit. Elle

(1) Voyez d-devani l exomeo critique des opioioûâ de M. de

VIE HUMAINE. UU9

dénature, plutôt qu'elle n'exprime, le fait de la

conscience. L'âme n'est jamais servie à ()ropo8 par ses organes. Le plus grand nombre n'obéit pas même à son action; mais elle se sert eflSeacement de certains organes qui obéissent en effet, non pas à son commandement, mais i son effort. L'intelligence a été mal à propos séparée de la volonté agissante; car, sans cette volonté première, ou sans la libre activité , il n'y aurait pas d*étre intelligent ; mais la même âme, la même force agissante, exécute, en vertu d'idées acquises ou conçues intérieurement, les mouvements ou moyens nécessaires pour attein*

die le but qu'elle s'est proposé. * « Quel prodige, dit Féneton, mon esprit comman- « de à ce qu'il ne connaît pas et qu'il ne peut voir» <( à ce qui ne connaît point et qui est incapable de « connaissancot et il est infailliblement obéi. Que 4r d'aveuglement I que de puissance I L'aveuglement M est de riiomme, mais la puissance de qui estelle?» Dans le mouvement volontaire, Tesprit ne se borne pointé commander : il conserve, d'après Texperience acquise, les souvenirs des actes, voulus et antérieurement exécutés. En yertu de ces détermina-* lions, l'âme répète les mêmes actes, continue le même effort; on ne peut dire qu'elle veuille ou fasse ce qu'elle ne connaît pas : car ce qu'elle veut faire et ce qu'elle lait réellement, c'est le mouvement et l'effort qu'elle connaît très-bien, ou dont^ elle a une idée , une connaissance expérimentale.

L'âme, dis-je, veut le mouvement qu'elle fait avec connaissance et sentiment d'elle-même; elle ne veut

Diyilizeo by GoOglc

pas le jeu de tous ces ressorts organiques, nerveux ou muicuiairest qu'elle igaore partaitcuient, ou doni la coonaissaDoe* la représentatioo objecUve, lui a^

rail loLiL à lail inutile. En effet, le plus graud phy-

aiologiste ne veut paa mouvoir ou ue meut paa aoo eorpa autremenl que le paysan le plus igooraut. Matë aussi, qui nous assure que le mé(uinisme des moMvemeotsvoloQtairas eat le môme que celui des mouTementa animaoK ou inslinetifs? Il y a une cer* tniue manière meilabie doui i âme se reod préseuU aux foDCtiODS des organes et aux impressbua aeosibles, dont alors elle a conscience, en les rappor» tant au corps et les localisant dans les parties. 11 j a une autre aorte de présence plus expressément active, dans laquelle Tàme a la double conscience d'un eflbrtt qu elle seule commence et continue par sa force propre, et de certains modes ou mouiPif ments qu'elle sent aussi dans le corps organique, et qu'elle reconnaît de plus comme effets ou produite de sa force* La physiologie nous apprend à distin» guer les conditions de ces inouvemenii> libres , you*lue, accompagnés d'effort et auxquels Tàme, le miot se rend toujours présent, en tant qu'il se les attri*» bue comme des créations de son vouloir. Mais dire comment ces conditions sont mises en jeu par Tae»

tioa de rânie, n'est guère plus possible que d*expli» quer généralement comment l'àme se rend présente aux fonctions du corps ou aux rèsultata de eea foBO» tions dont elle a conscience, ^ous savons seulement que» dans les mouremeata Tolontairea auxqual» TAme te rend présenta connii laa npénsil #11»»^

▼œ HUMAINS. m

même par soq effort voulu, il faut uoe cooditioo de plus que dans les impressions sensibles auxquelles elle se read préseuie aaua les produire eu aucuoe manière.

Supposez que 1 ame fùl daas le corps comme un pilote dans son vaisseau, dont il connaît parfail** menl toutes les parties et le mécanisme; en ce cas, elle emploierait sa force à mettre en jeu successivement ou h la fois toutes les fibres nerveuses destinées à opérer les contraclious et les mouvements des muscles; elle percevrait ou jugerait du dehors les produits de rapplicalion de sa force, ou ne les sentirait tout au plus que comme Técuyer sent les mouvements du cheval qu'il manœuvre. En ce cas, ce que lame voudrait et ferait, c^est le jeu intérieur de ressort qu'elle ne connaît ni ne sent, ni ne veut dans QOtre état actuel. Eik aurait la prévoyance expérimentale du but de son action ou du mouvement flânai, qui ne serait plus le terme immédiat de son

vouloir. Am&i nous ferioua, si tout l'appareil des oerb et des muscles se représentait à notre esprit toutes les fois qu il s'agit de mouvements volontaires k exécuter : les mouvements deviendraient tout à fait externes, nous en jugei ions comme de ceux d'un autre. Hais qui ne voit que cet acte simple et immédiat de Tàme, que nous appelons vouloir et effort, disparait et change de ualure dans cette hypothèsaf On peut concevoir que le premier homme avait été créé de manière que son corps obéit immédiate*

mmU ol en vertu de «m aéeaniiaie proprer i^il

eommandementa de son àme, sans que cette fa

AHTHROPOLOaiB.

intelligente eût besoin de s'exercer ou de s'appliquer à lui pour le mouvoir. Cest dans ce cas seulement qu'on pourrait déiiuir l'homme une intelligence servie par des organes obéissants. Mais le joug qui pfese sur les enfants d*Adam impose à Tâme un corps le plus souvent indocile à gouverner, qu'elle est appelée à diriger et à mouvoir elle*mème avec eflTort et labeur.

DIVERSES CLASSËS D£ MOUVEMEiMS.

Les vains eilbrts tentés par un des physiologistes les plus distingués de nos jours pour faire rentrer les produits ininiédiats de la volonté dans le cadre symétrique qu'il forme des fonctions ou des propriétés vitales, font ressortir avec une clarté nouvelle le caractère vraiment hyper-organique et sur-animal de cette force intelligente, dont les actes ou les attributs spéciaux se distinguent si éminemment de tout ce qui peut être rapporté aux iuûctions de 1 organisme ou de Fanimalité.

Après avoir distingué deux espèces de sensibilité. Tune organique, l'autre animale, différentes entre elles seulement par la proportion ou le degré d'intensité, ou, comme il dit, la dose <l(i la même force ou propriété vitale, Bichat transporte dans les modes de la contraetilité musculaire le même caractère spécifique, la luème base de classification pbysiolo-

VIE ïïaUàOOL

gii|De« En oonfléqiMDce il devait distingaer une con-

traetilité purement organique, on in8en«l)le« etone

contractilité sensible ou animale. Mais coinme alors il reconnaissait très-bien que les contractions ou mouvements volontaires renferment quelque chose de plus que la conlractilité même sensible, et doivent former une classe à part, ce fut à cette classe

qu'il se détermina à transporter le titre spécifique de contractililé animale ; comme si les effets sensibles formaient deux subdivisions de la même contractilité orgaiiique, Tune animale, l'autre sensible; comme si cette dernière ne devait pas être considérée comme animale^ d'après la convention même, qui avait servi à établir les deux espèces de sensibilité ; comme si la volonté humaine surtout n'était autre chose qu'une propriété vitale, ou une fonction ianimale. Mais, tout eu s appuyant sur une classification si artificielle, si peu conséquente à ses propres principes, Bichat ne craint pas de remarquer luimême que si la sensibilité organique peut se transformer en animale, par l'augmentation de dose ou d'intensité d'une même impression, il n'en est pas ainsi des deux grandes divisions de la contractilité considérée en général. L'organique, dit-il, ne peut jamais se transformer en animale. Comintut lune la contractilité insensible devient-elle sensible, en augmentant de degré ou de dose, et peut-elle être sensible sans être aussi animale? Pou i quoi déroger ici aux premières conventions du langage établi? C'est que, pour conserver la symétrie, on veut n'avoir que deux espèces de coQtractiiiié, parallèles aux deux

m ANTRflOPOLOOIE.

mphm de Mnsibilité, et wtm les mêmes titres ap^

ciflqueg : organique et animale. Et pourtant, on est obligé de reconnaître ici que la contractiiité organî* qoe sensible, et par là animale, ne peut se transfoi^ mer en contractiiité voloni^iire: (1*011 il faiiflrait conclure précisément que celle-ci est plus qu'animale et qu*il y s là une autre espèce de contractiiité mus» culaire, ^1 ^^«m^, qu'on nommera comme on voudra« pourvu qu'on ne rappelle ni organique ni animale.

Ainsi, loin de s*étonner que la contraction scnsi* ble restât constamment de même nature, quelle que fût son exaltation ou son accroissement tréncrgie, il faudrait s'étonner beaucoup s'il en était autrement» ou si la sensation animale se transformait en vouloir, en aclo llhip (]e la personne humaine, car ce serait là vraiment une transformation de nature, une sorte de transcréation miraculeuse. Tout au contraire, plus la contraction organique devient sensible ou animale, plus elle s'éloigne du caractère propre et actif du vouloir humain. L'opposition de caractè* res attestée par la conscience, prouve qu'il y a aussi une différence essentielle dans les conditions organiques; et cette distinction une fois établie dans les deux points de vue psychologique, il n'y aurait plus lieu de demander pourquoi la contractiiité organique sensible ne se transforme pas en volontaire, car ce serait demander pourquoi Tanimal ne devient pas homme.

« Les muscles locomoteurs (ou mieux locomobi- « les), c*e&i-à-dire des membres, du tronc, ceux

VIB HUMAINE. AH

€ «Q Qtt mot difli^tt du Ottur* de restoniic, dit

4i ce physiologiste, peuvent être mis en action de « deux manières : l"* par la volonté; 2** par les sym» « pathies. Ce dernier mode d'action a lieu, quand, < à l'occasion de raflièction d'un organe intérieur, la € cerveau s'affecte aussi et détermine des moute-

^ monts, alors involontaires, dans les muscles loco- « mobiles. Amsi une passion porte son iniluence sur « le foie : le cerveau excité sympathiquement excite « les muscles voloiitaires; alors c'est dans le foie € (rorgaoe interne) qu'existe le vrai principe de leurs 41 mouvements lesquels, dans ce cas, appartiennent « (en tout ou en partie) à la vie organique (je dis ani- « maie) : en sorte que les muscles (volontaires), « quoique toujours mis en jeu par le cerveau, peu*

vent cependant appartenir tour à tour dans leurs € fonctions à Tune et à l'autre vie (1). »

Ce que Bichat attribue ici à cette vie qu'il appelle organique, n'est-il pas bien le caractère propre et constitutif de la vie animale? Ainsi ces mêmes mouvements qui sont volontaires dans riiomiiR', en tant que déterminés par une force libre en exercice, sont effectués par une force aveugle qui ne se connaît ni ne les dirige, mais qui est entraînée, nécessitée par les appétits de l'instinct et toutes les impulsions de l'organisme; force vivante qu'on pourrait indistino*

tement appeler û[ ganique ou animale, si Tanimal est tout entier dans l'organisation, ou la sensibilité pbyaique qui s'y proportionne. Mais peut-on sans ab«

(1) Recherches phy siulogiques sur la vie et la mort. Première partie, àiU vui^ 2«

m AMTBBOPOLOQllL

surdité prétendre caractériser sous Tune ou l'autre déoomiDâtioD, celte force iotelligeote et êuijurù qui sè détermine elle-même à l'effort, et qui donne Tim-

pulsion, saus jamais être nécessitée à la recevoir?

I^oos modifierons ainsi la langae du physiologiste qui nous sert, par ses écarts mêmes, è marcher plus sùremeal vers noue but, et nous dirons avec fiicUat, « qae la locomotion de Tanimal ou de Thomme con- <( sidéré dans sa nature animale, ou dans les dis Lii, .« états d*organisation qui le réduisent ou le rappro- « chent de la simplicité native (simpiex m mêëU* « taté], n\'sl poiiiL, comme dans Tliomme entier el « développé [duplex in humanitaie]^ une Ibi^cticiu « propre de la vie active; que son exercice ne sup- « pose point la préexistence (ou la présence) d^uoe « volonté qui la dirige et en règle les actes; lirais « qu'elle est un eflet purement sympathique dont le « pi incipe est loul entier dans la vie organique, ou « dans les afiections internes, qui s'y rattachent. n Le plein développement de Tinstinct et Texercice « des divers mouvements qu'il entraine suppoâ^t 41 nécessairement certaines influences exercées par « les organes internes sur le cerveau, et, par suite, « de nouibrcuses réactions de ce centre sur les orga- 4c nés musculaires mus alors sympathiquemeut* Les « mouvements organiques (exécutés sous la loi de « 1 instinct par les muscles volontaires), ainsi ifue « les affections du cerveau qui réagit sympathique a mvnl pour les produire, disposent peu à peu et ce « centre et les organes musculaires qu'il tient seys « sa dépendance, Tun à la perception distînctç'des

VIE HUMAINE

M sensations, ou des mouYements mêmes, les autres « à l*exécuUoa de ces inémes mouvemenU de la vie € active qui va commencer (1 ) . »

Ainsi, cette motiiité organique, qui s*exerce d'abord sous rinflueoce sympathique ou purement réactive du centre cérébral, s'exene plus tard et par une suite du développement animal, sous Tiniluence directe et active du même centre. Or, dans le premier cas, il ne peut y avoir aucune percepLiuii iranédiatement distincte des effets mêmes de la contrao* tilité organique; car tout est conius ilans Taniinal qui commence à vivre ou à sentir ; et, en supposant même que les conditions propres k faire nattre la sensation musculaire existassent dans ces premiers temps de la vie, cette sensation demeurera absorbée dans les impressions afl'ectives qui entraînent les mouvements de l'instinct animal. Dans le second cas, où la contraction musculaire s'exerce sous Tinûuence directe et active du cerveau, le mouvement peut être senti, ou distinctement perçu, et Texpérience nous prouve qu'il lest en effet dans certains cas analogues de notre organisation.

Voilà donc une véritable transformation de contractilité organique insensible en contractilité sensible et vraiment animale, exercée par des muscles volontaires, eu vertu d'une impulsion qui, partant do centre, est transmise par les nerfs cérébraux jus» qu'à l'organe mobile. Ne sont-ce pas bien là les conditions physiologiques du mouvement volontaire?

(i) Lea lignes qui précèdent sont une parapbfaae du texte de Bfchat, à la softe de Vendioit cité plus haut

III 9ê

4^ Al«TBII0POU)Gl£.

Il semble qu'on devrait raffirmer si le moufamiU ¥oIooUire n'eat autre que Teapèce d actioa exercée directement d'un centre organique aux organea locooiobiies, ceat-à-dire un mouvement produit ou tranamia de corpa à corpa. Cependant on n ose paa le dire. On dit seulement avec hésitation et reatriotion, au aujet de la motilité exercée aoua rinflueace direcio et active du cerveau, comme dana lea fèvw» par exemple, on dit que les mouvements coordonnés qui ont Heu alora aont pour ainsi dire ou imifaia volontaires. On reconnaît donc tacitement qu'il leur manque quelque condition pour Tètre tout à faii. Or, quelle est cette conditionT ou que fautril ajoii» ter au mouvement exécuté par l influence cérétruJe dii ecte pour qu'il aoît tout k fait volontaire î

Nous appellerons dorénavant mouvement spontané celui que lea pbyaiologiatea reconnaiaemt comme produit par une action directe dn cerfeâa, ou émanée de lui. en le distinguant, d aprcaka mêmes principes, du motivement inatinctif OU sympathique produit par une réaction du même centre, consécutive à des impreaaionaaenaiblea d'organeain* térieurs. Et nous voyons, d'après ce qui précède, que le développement de la vie animale doit néceasairement amener la transformation dea premieri mouvements instinctifs insensibles en eux-mêmes» ou dans lea conditions qui lea effectuent, en mouve» menu spontanés, qui peuvent être sentis dans l'animal et diatinctement perçua, quand il exiate un mai.

Nous demandons uiaintenant si les mouvements spontanés ne peuvent pas se transformer immédia-

TB mm Anne* A5t

tement en volonuireâ» et, dans ce cas, quelles sont ks lois de eette transformalion, ou les coodidons de

ce passage, de ce iioav(Mu développement de la vie anioiale, si toutefois- on peut continuer à appeler Éhisi la vie de Tâme manifestée par le omsdïim, par

le vouloir, lelTort.

' Avant d'aller plus loin, remarquons d'abord que «oos le titre de mouvements spontanés, nous ne comprenons que ceux qui sont coordonnés, réguliers» lendaat à un but apparent, presque comme s'ils

étaient dirigés par la volonté, ou par une fu live# sachant ce qu'elle fait, ce ,qui a autorisé Bichat k les eoDsidérer comme étant pour ainsi dire volon* taires. Nous ne croyons pas devoir reiifei mer dans lâ même classe ces mouvements irréguliers, isolés mi anormaux, excités dans les muscles volontaires par des irritations accideutelies faites, soit immédiatement sur les organes mobiles, soit sur le oer> veau même, d'où part en ce cas le principe de la contraction musculaire. Les mouvements convulsifs el forcés sont sentis dans les deux cas de la même

manière. Ll si riudividu lesperçoit, c'est sans aucune conscience de vouloir ni de pouvoir, capable de les commencer ou de les arrêter. Nous trouvonsencore là une nouvelle preuve que les conditions de la rootilité organique sensible, ou animale, sont loin de eonstilaer la motilité volontaire, et peuvent même lui étfe tout à fait opposées. Le cas actuel exclut en etièl évidemment toute possibilité de transformation des mouvements sensibles en volontaires, comme dans le cas des n^Quveiaeulâ spontanés aux(|Hels nous revenons.

460 ANTHROPOLOGIE

A l'exemple cité par Bichat, de la locomotion produite par les rêves, nouB pouvons ajouter ceux que nous fournil robservation des animaux et notre propre expérience. Quoique la motilité instinctive et sympathique soit en eilët le caractère essentiel de toute nature animale, nous voyons que diyers animaux exécutent des mouvements bien coordonnés, hors de la sphère de Tinstinct nutritif on consenrateur propre à leur espèce. En excitant dans un animal des affections de douleur ou de plaisir, en le forçant par les coups ou les menaces, ou par des amorces appétitives, on parvient à lui faire exécuter des suites longues et compliquées de mouvements, dont son organisation contracte le pli par la répétition constante des mêmes moyens et des mêmes actes. A part cette sorte d'éducation donnée par Thomme à Taniroal, les circonstances particulières où celui-ci se trouve placé peuvent aussi lui faire contracter Thabitude de mouvements spontanés plus ou moins éloignés de son instinct primitif. Ainsi • cette sphère de Tinstinct peut s élargir ou s étendre en se rejoignant d'une manière immédiate dans ranimai è celle des habitudes non moins aveugles et aussi nécessaires que l'instinct dans leurs déterminations.

L'existence animale, renfermée dans ce cercle fatal« ne peut qu'y rouler perpétuellement. L'être actif et libre, l'homme seul, en franchit les limites ; et le début (le sa vie de relation ou de conscience lui ouvre une carrière de développement moral qui doit n'avoir d*autrcs homes que celles de son activité même.

VIE ilUMAIN£. UOi

Pour apprécier les circonstances et les moyens de ce nouveau développement, il s*agit d*en bien fixer Torigine, en saisissant pour ainsi dire le point où l'animal finit et où commence la personne humaine, le mot qui veut et agit.

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