‹ Œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 43 sur 66 · ORIGINE DU VOULOIR OU DE LA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

ORIGINE DU VOULOIR OU DE LA PERSONNALITÉ

Les mouvements instinctifs ou sympathiques, physiologiquement attribués à la réaction du centre organique, n'emportent point avec eux de sensation particulière, et nous en avons dit la raison.

En devenant spontanés, ces mouvements passent* du moins en apparence, sous une même loi. Exécutés par des muscles volontaires, sous Tinfluence directe et active du centre cérébral, ils semblent réunir toutes les conditions physiologiques de la contractilité animale, et pourtant ils ne sont pas encore volontaires ; ils ne le sont et ne le seront jamais pour lanimal qui passe de Tinstinct à la spontanéité; ils ne le sont pas, mais ils sont prêts à le devenir pour Fhomme, en qui seul la pure spontanéité, encore aveugle à ce titre, peut se transformer immédiatement en volonté libre et éclairée. Au mouvement spontané même correspond une sensation musculaire spéciale , generis, dont les conditions physiologiques différentes de celles de toute autre sensation sont les suivantes :

m AMTHaOMLOGU.

I* Elle commence daos le centre cérébral où elle

a son principe unique;

8^ £Ue a pour organe ou pour inatrumeDt des pièces différentes et hétérogènes de la machine animée, savoir les nerfs et les muscles dont le concours réciproque est nécessaire pour la produire* tandis que les autres sensations n'ont que des organes homogènes et purement nerveux (condition essentielle de perceptibilité distincte que nous auions occasion d'apprécier ailleurs] ;

3* D'être le produit de deux transmissions en sens inverse : la première» du cerveau au muscle ; la seconde, du muscle contracté au même centre d*ok est partie l'action contractile.

Ces trois conditions, dont la dernière sera parti* culièreraent appréciée dans i analyse des sensations externes que nous ferons plus tard, concourent à la perceptibilité distincte des mouvements sponlanéi, à Texclusion des mouvements mstinctifs ou sympa* thiques, dont les différences de caractères s'eipliquent par cela même. Rappelons en effet :

4* Que ces derniera mouvements, prenant leur source dans quelque affection des organes internes, 8ont« quant au principe de leur déterminatiofi, excentriques^ en quelque sorte, k Torgane de Fâme ;

2* Que la double transmission de mouvement qae

nous indiquions précédemment, ne se fait point d'une manièra régulière et ordonnée comme dans le développement de la vie animale, mais confusément et avec une précipitation qui correspond au tumulte et

VIE HUMAINE m ^

au mélange des impressions sensibles du dedans et du dehors, dont les plus fortes obscurcissent et ab* sorbcnt les plus fnihles;

i" Enfin, que la réaction du centre moteur, ainsi entraînée ou forcée, ne saurait se manifester ou se rendre sensible dans ses produits qu'euveloppent et absorbent les aflTectioos provoquantes. Aussi, quand bien même on dirait que Tâme est le principe néces* saire des mouvements ou déterminations de Tinstinct, il faudrait toujours convenir que cette force întelligente ne s'y manifeste point elle-même à titre de force agissante. Car la réaclion forcée, même de la part de Tâme, ne peut être que l'effet d'une action qui a précédé, et non cause de ce qui suit : il n'y a de cause que ce qui agit, et réagir n'est pas agir ou commencer Faction. Aussi le moi n'existe-t-il, ou Fàme ne peut-elle se manifesler à elle-même par quelque mode d'activité ou de force, dans des impressions dont les organes musculaires seraient les instruments ou les sièges, pas plus que dans d'autres sensations limitées au système nerveux exclusi-

vement. Que faut-il donc pour qu'une sensation musculaire puisse être appropriée intérieurement au Mrf, SOUS la relation intime de la cause à l'efTet?

n faut deux conditions : l'une, que le mouvement commence dans le centre unique que nous sommes fondés à considérer comme l'organe propre de Tàme, celui sur lequel s*exerce immédiatement sa force motrice; la seconde, que cette force s*exerce véritablement pour commoicer le mouvement, sans être provoquée ou entraînée par aucune impression, au-

AMiUOPOLOGlE.

cuae cause étrangère à elle-même. £t ici nous voyoos combien est imparfaite et sujette à erreur la méthode de Bacon, qui consiste à écarter d'abord de la recherche ou de Tobservation des phénomènes, toute

considéraliuu sur leurs causes pi oduelivcs. Car m, faire abstraction de la cause du mouvement musculaire, c'est mettre à l'écart précisément le fait pnmitir et essentiel à considérer, le propre sujet de robservation intérieure , et le seul caractère ou moyen de distinction entre des phénomènes essentiellement divers» savoir le mouvement volontaire ou produit par une volonté, une force consciente d'elle-même en exercice, et le mouvement involontaire organique ou animal, étranger à cette force.

A la vérité, nous ne pouvons figurer ou représenter la force comme nous figurons et représentons un centre organique et le jeu des muscles et des nerfs placés sous sa dépendance ; mais il s'agit de savoir si nous devons rejeter le fait de sens intime, d'expérience intérieure, par cette seule raison que nous ne pouvons pas le représenter ou le traduire, pour ainsi dire, en figures qui s adressent à la vue et à rimagination? Or j'en appelle au sens intime de chaque homme dans l'état de veille et de conscience, ou de compos sui^ pour savoir s'il a ou s'il n a pas le sentiment de son effort qui est la cause actuelle de tel mouvement qu'il cuininence, suspend, arrête ou continue comme il veut et parce qu'il veut; et s il ne dislingue pas bien ce mouvement de tel autre qu'il sent ou perçoit, dans certains cas, comme «'opérant sans son effort ou contre sa volonté : tels

Vifi JIUMAINE.

par exemple que les aiouveinents coiivulsifs de l'habitude? Hais les physiologistes ont reconnu que le centre cérébral foDctionnait dans ces derniers mouvements involontaires, comme dans les premiers : il faut donc bien qu'il entre dans Texercice de la toionte appliquée à mouvoir le corps, quelque chose de plus que dans les fonctions de l'organisme nerveux et cérébral; et ce quelque chose de plus, sous quelque titre qu'eu lexpriiue, devra être considéré couaiie la part nécessaire d'une force hyper-organique^ la* quelle sera au cerveau et aux nerfs (quant à Tinitiative ou à Tordre de priorité d'action), ce que ces organes sensitifs et moteurs sont aux muscles ou or* ganes contractiles et mobiles.

Cherchons encore à mieux préciser les termes de ce double rapport physiologique et psychologique : Nous avons distingué par le mm de sensation musculaire, l'espèce d'impression sensible attachée à Texcitation ou au changement quelconque opéré dans un organe musculaire par quelque cause que ce soit, externe ou interne, à part la volonté. £t il ne paraît pas en effet qu'en excluant cette force hy- . per-orgauique, la diversité des causes excitantes qui peuvent entraîner immédiatement ou médiatement les contractions musculaires en produise aucune dans l'espèce de sensation qui y est attachée. Il importe seulement de bien distinguer les cas où cette sorte d'impression interne, et plus ou moins obscure de sa nature, est susceptible d'être sentie ou perçue, séparément de toutes les autres impressions sensibles qui la couvrent ou rabsorLcnt par leur mélange.

m AMIflROiPOLOGIB.

Aiosi, par exemple, dans les cas, très-bieo précisés par Bichat, où la locomotion instinctive, le nioave-

ment animai exécuté dans l'homme par les muscles dits volontaires, est déterminé, soit par TinflaeDce immédiate da système nerveux de la vie intérieore, soit par la réaction sympathique du centre moteur, la sensation musculaire, nécessairement offusquée par toutes los allecLions internes qui s*y joignent, peut être coosidérée comme nulle pour U cooscieoce, alors même qu'il y a un moi, une personne préexistante.

Et, à cette occasion, nous remarquerons en passant combien paraît peu fondée l'hypothèse qui rattache rorigine de la connaissance humaiue, et ie premier jugement d'extériorité à la sensation du mouvement (1) ori^inairemenl déterminé par les beaoius des organes, les appétits de l'instinct, les aûections de plaisir ou de douleur, des préférences enfin que l'école de Coudillac, comme celle de Descartes, identifie avec les premiers vouloirs, en confondant ainsi notre activité constitutive et originelle, avec tout ce quil y a de plus passif en nous, comme si les mouvements ainsi entraînés pouvaient être ae* eompagnés de quelque sensation distincte, ou remarqués à part des vives impressions qui les provoquent; comme si cettedistinction, alors même qu'elle est possible, ne supposait pas d'abord un sujet distinct lui-même des impressions, un moi préexistant* une personne constituée et déjà réfléchissante; comme

0) V9iukêÉiémtmd:idéQl0gk^U»éàTmsfttm

VIE HUMAU^E. Ae7

si la sensation du mouvement, ou de la lianslaiion, même volontaire, du corps dans l'espace extérieur n'emportait pas la connaissance anticipée de eet espace* et cette perception même d extériorité qu on prétend expliquer par elle; comme si enfin le mm* moi pouvait être avant le moi et indépendamment de lui. «

Revenons : Soit qu'on attribue la réaction motrice et lespèce d'impression musculaire qui y est atta« chée, au centre cérébral considéré comme une espèce de ressort qui se débande pour produire le mouvement animal ; soit qu*on Tattribue à Tâme même, force aveugle, en ce cas, nécessitée et provoquée à agir ou à réagir sur les impressions reçues ou trana* mises par les organes, — le mouvement animal, ainsi organiquement déterminé, ne s* accompagnera dans aucun cas d'aucune aperception ni d^aucune sensation déterminée à laquelle on puisse rattacher quel' que connaissance proprement dite, externe ou in* terne, subjective ou objective. Les ténèbres ne produisent pas la lumière; ce n*est pas de la nécessité ou du fatum de l'organisme que peuvent res* sortir l'activité et la prévoyance de lesprit. Les circonstances, ou les conditions organiques de sensibilité et de molilité animales, où l'âme subjuguée s'ignore elle-même, où le «m», déjà en plein exercice, s'enveloppe et s'absorbe au scia des affections et des mouvements organiques qu'elles entraînent, ne sont certainement pas les mêmes qui servent aux premières mauiiestations de Tàme comme lorce agta^ santé» aux premiers développements do nmt homaiii.

AMTHROPOUMiiB.

a Mais, dit le physiologiste déjà cité, la réaction « sympathique du cerveau qui produit les premien « mouvemenls de riostincl aaiiiial, dispose peu à « peu ce centre et les muscles, i*un à la perception « des sensations (musculaires), Tautre aux roouirea ments de la vie animale (qui sont inipropremeat « appelés volontaire^. » C'est bien ainsi, je crois, qu'on peut expliquer physiologiquement le passage des mouvements instinctifs aux mouvements spontanés qui commencent dans le centre cérébral. Mais y a-t-il là vraiment une transformation des mouvements instinctifs en mouvements volontaires? le physiologiste mèuie n'ose le dire. Seulement il reconnaît que le mode de contractilité réactive ou in* stinctive dispose ou prépare un mode tout différeat de motiiité volontaire, faussement appelée animale, tant qu'elle s*atti ibuc pai coiifusiou à l'animal coffline à 1 homme.

Nous disons b notre tour qu^une contraction or*

ganique insensible, en tant qu'elle a son principe dans quelque organe interne, hors du centre oit la perception s'accomplit, en tant surtout que Timpression particulière qui peut 8*y rattacher, se trouve mêlée avec les aifections provoquantes, doit d*abord devenir sensible ou perceptible avant d*ètre voulue, déterminée, effectuée par le mai qui s'en rend compte ; que ces mouvements spontanés et sensibles forment un intermédiaire essentiel entre les produits

de l'instinct aveugle et ceux de la volonté; que, à part ce moyen, il ne saurait y avoir de transfonnation ni même de passage possible de Tun à Tautre de

Vl£ HUMAINE. &69

ces deux domaines. Lâ spontanéité des mouvements qui fait ce passage intermédiaire de rinstinct à la volonté, et qui est le terme du développement de la vie purement animale, n'est que le commencement de la vie active, et ne doit qu'en ouvrir le cercle.

Toute l'éducation de Tanimal consiste, en effet, à contracter l'iiahitude des divers mouvements qui ne ressortent pas directement de l'instinct propre à son espèce. Forcée ou poussée d*abord par des affections de douleur ou de plaisir, des appétits, des craintes, des menaces, à exécuter ces mouvements, Torganisation de Tanimd finit par s*y plier à force de répé* titions, et par les accomplir d'elle-même par une pure spontanéité, comme nous accomplissons nousmêmes tous les mouvements d'habitude, sans le vouloir, sans y penser, sans en avoir même la plus légère conscience. C'est ainsi que le domaine de Tinstinct peut s'agrandir, à la vérité, mais en se rejoignant immédiatement à celui des habitudes non moins aveugles , non moins nécessaires. Toute l'existence animale est enveloppée dans ce cercle fatal et y roule perpétuellement; l'homme seul est doué d'une activité libre, d'une puissance d'effort et de mouvement qui Tentraine hors de ces limites dans la carrière indéfinie ouverte à son développement intelle( lucl et moral. Pour bien connaître les moyens et les circonstances de ce développement, il faut le prendre à son origine, et le saisir, pour ainsi dire, h ce premier pas où rauiuialité iinit, et où l'humanité, la personnalité commence.

Dans l'homme, comme dans l'animal, le mouve-

Diyilizeo by GoOglc

ment aiécnté par des muselés (volentâiies dsas

rhomme), peut se transformer d'instinctif en spontané ; là s*arrète ranimai. Dans Thomme seul, ce

niouveinent devient volontaire. Le mouvement instinctif n'est pas senti ni voulu ; le mouvement spontané esisenti; et, dès qu'il est effectué dans Tanimal, il est immédiatement voulu et opéré par le vouloir dans l*bomme.

Nous venons de dire que le mouvement spoulâné, exécuté par des muscles Yolontaires, sous rinfloenee directe du centre cérébral, peut devenir immédiatement volontaire ; et, quoique cette sorte de transformation semble échapper à Inobservation interne et externe, à toutes les données de Tobservatiou psychologique ou physiologique, elle n*est cependant pas pour nous une hypuLhèse gratuite. jNous Irouvoiis dans notre nature mixte divers faits étrangers à la volonté ; et notre propre expérience intérieure ellemême nous assure, pour ainsi dire, de cette etraugeté. Il nous arrive, par exemple, d'être éveillés en sursaut par des mouvements brusques et violents entraînés par Timage de dangers imminents ou d'objets eHrayants, ou encore par des suites de mouvements réguliers qui tendent vers un but imaginaire, k rinstant du réveil, le mot rentrant en possession de son domaine, saisit et prend sur ie fait, pour ainsi dire, ces produits d*une force qui n*est pas la sienne, quoiqu'elle en imite ou contrefasse les actes, et il part de là pour les arrêter, les suspendre, les cou limier par une action, alors seulement volontaire, et purement spontanée ou involontaire Tinstant

d*aiipinmit Ces exemples sont encore plus sensibles pour ceux qui parlent ou crient en dormant, quand ils sont réveillés par les sons et les fortes af-

ticulâtions de leur propre voix ou par l'effort commencé qui les accompagne. Ces mouvements nerveuXt ou leurs produits sensibles, sont encore perçus dans leur (Jeteruiinalion propre et spontanée, sans être voulus, quoiqu'il dépende du moi de les continuer ou de les créer de nouveau par son vouloir, dès qu'il les aperçoit.

Les phénomènes de Thabitude surtout nous fournissent des exemples plus propres encore à nous maniiester intérieurement le passage du spontané au volontaire. L'habitude tend sans cesse et dans toutes les natures, à agrandir le domaine de cette sponta* néité qui caraclérise ses produits. Elle domine à la fois et sur Tinstinct animal qu'elle continue, et sur la voloiilé iiuinaiiie qu'elle obscurcit el limite. En rendant spontanés et aveugles dans leurs déterminatiens les mouvements ou actes volontaires ou éclairés par la conscience, i'iiabilude ferait dégénérer ces mouvements en un pur automatisme, si l'activité du vouloir qui leur imprime d*abord son caractère, ne luttait constamment contre cette force aveugle qui lui dispute Tempire.

Nous sommes à chaque instant témoins et acteurs dans cette espèce de lutte intérieure. Une suite de mouvements coordonnés et liés entre eux avec effort, et par des actes répétés du vouloir fiuissent, à force de répétitions, par s*exécuter d'eux-mêmes sponta* pément, sans aucun vouloir, sans conscience. Bien

ANIBROPOLOGIfi.

plus, le même effort qui présidait dans le principe à leur exécution, ne sert qu'à les empêcher ou les troubler quaiul I liaLitude est formée. Mais, pendant que ces fuouvemeuU sont ainsi aveuglément entraînés dans leur cours rapide, le vouloir ou la con* science du moi n'a qu'à s'éveiller un instant, et ces mouvements spontanés, perçus par le moi comme les produits d'une force aveugle qui n*est pas la sienne, passent iiniaédiatement sous ses lois et sont arrêtés ou continués, quoique moins bien ou moins sûrement, par son eCTort qui recommence dès lors à les causer librement.

Cette sorte de contraste, ou ce passage suecessif et intérieurement aperçu de la spontanéité à la volonté, et vice versa^ en nous faisant distinguer en nous-mêmes ce qui appartient k l'animal, à l'auto- Oiatisme organique , et ce qui est de rhomme, ne peut*il pas aussi jeter quelque jour sur l'origine de ia personnalité, identique avec le premier vouloir ou le premier sentiment d'un effort moteur?

Dans l'enfant à sa naissanpe, par exemple, la locomotion et la voix qui rentre dans le même domaine, ne peuvent être mises en jeu que par un instinct encore aveugle, et en vertu de cette réaction CCI ébrule syinpathi(|uc dont la pliysiuKi^ic assigne les caractères. L'enfant (in fous) s agile ou est mû, plutôt qu'il ne se meut, par la force même qui remuait le fœtus au sein de la mère. Les premières affections pénibles, douloureuses, qui commencent pour lui avec Texistence, lui arrachent les premiers vagissements, et ces cris inarticulés sont l'exprès»

VIE BUMAIM£. ' ^73

siop naturelle des premiers besoins de Tinstinct de autritioD ou de conservation qui se nianifeste avec la yie« et ne finit qu'à son dernier souffle. Cette expression ou manifestation s'adresse à rinti UiLiPnce capable d'entendre, de voir et déjuger du dehors au dedans, mais elle est complètement nulle pour le sujet qui ne fait encore (|ue vivre, sentir et réagir. L*enfant, dont la vie n'est encore qu^animale, obéit à Tinstinct qui lui fait exécuter immédiatement et sans les avoir appris, les mouvements compliqués par lesquels il saisit le sein de sa nourrice, y colle ses lèvres, suce et aspire le lait nourricier. C'est en vertu du même principe quil crie d'abord, uniquement parce qu'il a besoin et qu'il souffire, restant endormi, en repos parfait, quand ces mobiles n'existent pas. Bientôt l'enfant se meut et crie hors du besoin ou de la douleur, seulement par habitude, parce que les mêmes mouvements ont été déjà répétés plusieurs fois. nourrice, comme ceux qui observent, ne se trompe pas sur cette différence d'expression. Déjà les mouvements ont passé de l'instinct à la spontanéité, mais il peut n'y avoir encore aucun pas fait hors de la vie animale. Un pro^ grès de plus, et l'homme commence.

L'enfant pourra percevoir ses propres cris alors spoatanés, et non plus provoqués ou entraînés par les affections de l'instinct ou par une sympathie or* ganique, nécessaire et aveugle. Ils sont devenus les produits directs des déterminations ou des tendances propres du centre moteur et des organes locomo^ biles. Ces mouvements, perçus dans leurs détcrmilii. at

Diyilizeo by GoOglc

nations spontanées, transforniés dans ranimsi en

habitudes aveugles, vont prendre dans Thoiinue )p caractère d'actions que la volonté exécute et que iintelligence sait et dirige vers un but. Comme les vagis^emeuts du besoin et de la suufTrance sont deyenus hors de Tinstioci des cris d*habitude, ceuxci deviennent des CiÏ6 vuloulaires, des signes d pel émis avec une intention, de la part de lageat,

manifeste pour le ténioiii, et nua LUjuivuque pour l'qliservateur. L'enfant a fait ainsi son premier pas d*homme : il a volontairement institué les premiers §i^U^s de ^a langue; il est en possessiou du principe de tout langage ; il a distingué Tattribut du suj<^ ou mieu^ la cause qui est lui-niêiiie, de Teffet produit, c'asl-à^lire vouloir a( l'effort qui met en jeu Torgane vocal, du son émis qui le frappe comme venant de lui, comm^ une création de son activité. Dès qu'il commence à penser, & vouloir, au même iostaut où pense m parole, suii cri inarticulé [imis volontaire ou intentionnel), parie ia JMWée^ il a réquivalent du motjV. Il ne restera plu> (ju a développer ce prepiiier germe de tout langage humain, à revêtir de formes ce premier fond que Fétre intelligent et actif a tiré de sou propre s^in ou du sente ment de Teffort qui le constitue.

L'auinial, qui sort de Finstinct pour loiiiijer sous la loi néce$s«tire de l'habitude, ne parle pas : c'eal qu'il ne pense pas; c'est qu'il ne distingue pas le sujet de latlribut, la cause de reflet; c'est qu'il n'est pas luxmême eause, étant nécessités I4 animal le plus avancé W<^orQ qu'au premier degré de TécheUc (fc

TB HOMAUfl» ifS

riDlcJUg0no6, nvoir à U ipentanéité àm tetis m

des mouvements d^hthîlude» Uactivité de Thomme iraaciiit seule ce premier pas, et alors , mais seule* ment alorsi s'ouvre pour lui le champ dé rinstruclion ou Ju perfectionneineiU qu il yaivouvl pro 9i» riàiu^ en vertu des facultés donuées k chaque homme, et différeutest aon en nature, mais en iiH tensité.

ReyeDons« Les actes de la locomotion ou de la voix ne passent du spontané au vo1ontaire« ne commencent à être voulus, qu'en tanl qu ils sont d'abord sentis ou perçus^ Ainsi se trouverait satisfaite la ooih dition demandée parles philosophes qui refuseraient k i acte du vouloir ou de 1 effort constitutif du mot\ le caractère et le titre de fait primitif* Mais nous dissons avec plus de vtiité, cl d'après le fait de sens intime* que le moi seul connaît, et que pour con* naître, il faut qu'il existe. Or, il n'existe pour Itii* môme que par le vouloir et TefTort. Si les aifeetions de la vie organique conservaient l'initiative ou la ' prédominance qu'ellesoutdansTinstinct, les meuve* ments sympathiques qui leur correspondent ne commenceraient jamais à être sentis ou percns à part; el si ces mouvements restaient toojours ce qu'ils soni sous les luis d'une spontanéité purement animale^ ott ce qu'ils deviennent sous celles de Thabitiide, ils nd seraient jamais voulus et intérieuremeut aperçus. ^ • j»., I

L'cxpérMee inténeitre MM hi<Mt k ëièlingi^

ANTHROPOLOGIE

ce qui reste toujours confondu dans le aième fait de eonseîeiice, savoir le vouloir et son résultai orga* nique le plus immédiat.

Quand le corps est disposé pour l'exercice des fonctions locomotives, comme dans l'état ordinaire, il n ^ a aucun intermédiaire, aucun intervalle de temps assignable entre le vouloir ou Teffort de Tàme, et

raction organiijuf iiuisculaire qui en est le pro«luiL Ici raperceptioo interne de la cause moi et la sensation du mouvement coïncident on se réunissent simultanément eu UD seul et luéine tait de conscience. Le sentiment de la liberté s*attache donc alors ao mouvement comnie à Teffort; et poui laul la libel lé n'est inhérente réellement qu*à Teffortou au vouloir de Tâme et ne se transmet au mouvement qu'au moyen de conditions organiques indépendantes, par leur nature, de la volonté ou du mou

Supposez, en effet, qu au aiuinent où je veux lever mon bras, il soit frappé de paralysie, le vouloir etTcffoit auront lieu, mais sans résultat orgaiiiL^iit, par défaut des moyens naturels de communication. Au sentiment de la cause se joindra alors une sorte de mode privatif, ou le seulinieut du manque de reflfet accoutumé. De là nous pouvons conclure que c'est par habitude et non point par nature [ou par l'idée innée qu a Tàme de son union avec le corps}, que le mouvement corporel musculaire devient Tobjet immédiat du vouloir de Tàme; ce vouloir ne pouvant avoir primitivement d'autre objet immédiat que l'effort niêine déployé sur le centre organique d'oil partent les premières déterminations motrices.

Ce centre, qui est celui de l'âme sensitive, n'est soumis qu'en partie à la force de l'àme. Il fonctioane seul daos toas les actes, mouTements internes oa externes, impressions ou aficcLioiis delà vie animale; et tout ce qui est fait ou senti sous Tempire exclusif de ce centre, ne l'est que par ranimai, et non par le m^i.* il n'existe point alors, en effet, de personnalité, parce qu'il n'y a pas de déploiement de la force libre , par qui seule Fàme humaine se manifeste à son titre de moi.

Que faut-il donc pour cette manifestation? Que le

centre de Fàme sensitive passe sous la direction de la force libre qui est l'essence de l'àme humaine, et s'y subordonne de manière à exécuter sous son influence toutes les opérations organiques de l'animal. Dès lors, en effet, lorsque la détermination ou tendance organique du centre moteur s'effectue par une action immédiate de l'àme qui counnence le mouvement, et alors seulement, l'àme commence à se manifester k elle-même intérieurement, à titre de force agissante, force sui juris^ qui n'a rien d'extérieur ou d'antérieur qui la provoque, force moi^ une, simple, identique, et toujours la même, indestructible par sa nature, la mùuie aussi quant au sentiment de son effort immanent ou exercé sur le terme organique, en qui et par qui elle se manifeste (1).

(1) s'il est impossible de concevoir unp force agissante sans un leriïie quelconque (Ip (Jf'ploi'nnpnt , rindi'^ti iir(i!M"!i!'» de la forcR de lâme doil emporit i avrr i 11; celle de quoliju*' loi nip organique qui luia éié approprie depuis 1 origine. Tel est le point de vue de Leibnilz. d»H'elopp<^ par Ch. Bonnet, dans sa Paliurfénésit^ phiiosoptimac, Voje^dani cet ouvrage Teiuploi si mgenieux de la pa-

Diyilizeo by GoOglc

m ANTUAOPOLOÔIB.

C'est ainsi que nous croyons pouvoir, non pas expliquer, mais faitachei* à quelque symbole ^ao^uotre organisation, Torigine de la personnalité, le premier seuliment du m(/4, identique avec lu première aper- «efUioB îotenie du vouloir ou de Tefiort, en qui se anantfeste la forée agissante de l*4ine déployée sur sou terme propre d appliealion.

Cette forée et ce terme sont donnés distincts dans le fait primitif do conscience; ce fait même résulte de la distinction des deux éléments constitutifs et essentiels, et s'évanouit dans ieur séparalion; et il ne reste plus rien que des notions abstraites. C/est ainsi qu'en métaphysique, en attriluianl le Mi primitif à la substance, soit de Tàme, soit du corps or» ganique, qu^on voudrait concevoir séparément, on commence par écarter ou détruire précisément le sujet qu'il s*agit de poser. C'est un traTcrs d^idée auquel on se trouve entraîné par le langage toujours pris dans rofafcctif , quand une réflexion intérieure émilée n'arrête pas cet entraînement. C'est par cette aorte de travers qu'il nous faut expliquer i eloifBrsmeni réciproque oè restent les une k Tégard des autres, les métaphysiciens qui se sont occupés de reciierclies sur les iaculies de 1 âme, et les physiologistes qui s'occupent des fonetiens d» corps organisé, comme si le fait piiiiiilif qni doit sei'vir de base à la science de l'homme pouvait êti e saisi dans Pâme seule, a prUni^ h part des conditions orga-

rahole du grain semé en terre, de i'eD\cloj)pemcnt du prif iUon

flE BUMAINE*

niques qui servent nécessairement à poser le mat;

comme si, d'autre |)arl, le moi n'était lui-même que le résultat ou le produit organique de ces conditions, prises mal k propos poof les causes des phénomènes, ou pour le moi lui-même qu elles servent à manifester.

Nous voyons maiutonautcouiiueul il la ut chercher, par l'expérience intérieure ou Tobseryation psycho** logique, re qui manque évidemment k la physiologie pour la détermination du fait primitif de conscience, et comment aussi on peut pnrrenir à mieux circonscrire ce fait, en le rattachant aux conditions physiologiqtfes qui le précèdent et Tamènent smû se confondre avec lui.

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