ST DE LA RBUOIDM
lèuit^ et à cousidéref comme iastrumeoU pwiiii de 6oa bonheur, de ses jouissances personnelles; i vivre pour le devoir envers son pays, son roi, sa religion, et à immoler k morale aux passions el aux intérêts, ou des devoirs sacrés à des droits person* nels.
S'il n*y avait là qu'un seul intérêt, qu'un même
principe d'actiou, la recoininaudijlioii d'aimer les hommes comme soi-même , d'être pour eux ce que nous voulons qu'ils soient pour nous, ne serait pas uii |.i éceple uiviu, et 1 efibrt sublime de la vertu aux prises avec les affections et les intérêts de cette vie sensible et passagère ne devrait plus être l'objet de notre adiuiratiou. Pour Tindividu qui n'obéit qu*à ses sensations, ou à la voix de son intérêt propre, la
sphère d'activité dans laquelle il se uieut tend natureiiemeni à s agrandir en raison de ses besoins, de ses moyens d*agtr ou de sa forcé, qu'il peut regarder alors comme son droit. Mais dès que le précepte divin s accomplit, dès que la loi morale a parié à Tàme^ et s'explique par le lien de la sympathie qui unit l'homme à riionnne, alors aussi la sphère individuelle se limite d'elle-même au point où elle pour* rait blesser un droit, oHenser une sensibilité si elle s'étendait davantage. 1:11e s'arrête d'elle-même; elle n'est pas limitée, arrêtée comme par le ehoc
d'une force conià.iiio, ou par une pression égale et opposée, pareille à celle qui lait que les abeilles se coordonnent entre elles dans leur ruche et circon-
bciiventleur action coumiune. En effet chaque force
mofale doit se coordonner ou se mettre en équilibre
aê FONDEAI£NTS D£ LA, MORALK
avec les forces semblables, et Tordre, inséparable de la liberté naft de l'exercice de cette liberté même* Ici se présente nettement la ligne de démarcation qui sépare la force de la justice, le droit personnel du devoir relatif. Le sentiment de la force qui est i)rrêtée ou subjuguée par une autre force égale ou supérieure ne donne lieu à aucune relation morale. L'être fort mesure son droit à sa force; Tètre fiiiWe subit la loi (le la nécessité. Mais donnez à Tétre Ibrt un sentiment de sympathie et d'amour, et sa force relative ne s'étendra plus sur lo faible que pour le soutenir au lieu de l'opprimer, parce que l'oppression et le malheur de son semblable faible sont pour lui un sujet de souffrance, parce que Tabus de sa propre force, jugé du point de vue de son semblable, l'irrite ^t le blesse, parce que, en secourant la fiiiblesse et le malheur, il satisfait à un premier besoin de sa «ensibilité expansive, il obéit au premier cri de la conscience, à une première loi de sa nature morale et à un devoir impérieux dont Tinfraction porte avec •olle sa peine.
En vertu du rapport anthropologique, nul agent ne peut être réduit à son individualité ; ce qu'il sait ou sent en lui, il le sait avec un au Ire ou par un autre. Ses droits sont des attributs communs à tous les êtres actifs et intelligents, k tout ce qui s'appelle personne. Le droit d'agir ou d'exercer sa lii>erlé et
ET DE LA UELUUOiN. S7
ses fftcultis est inséparable du sentiment même de
cette liberté. Il ne sait son activité qu'avec celle d*UD autre être» et ne Tenlend précisément en lui qu'en Fen tendant comme un autre, ou dans un autre que lui.
Mais il y a ici une observation bien essentielle à notera et qui a échappé à tous les phiiosophes, quoique la théorie des droits et des devoirs en dépende. ijQ qui Q&l droit dans, la cou^ricnt t dr 1 individu, qui ae Tattribue en propre, devient devoir dans la conscience de la personne morale qui aUribue le même droit à d'autres personnes.
P^otl il suit que si, comme nous Tavons dit, il n'existe pas d'iudii:idu (jni ne soit en uu uie U iups ptrsonm morale^ si le rapport anthropologique entre eomme élément nécessaire dans la conscience du mai humain, il est évident que nul droit puretneul mdi- Tiduel n'a jamais et ne saurait jamais exister à ce titre, on hors de sa corrélation essentielle à un deifoir qui est aussi indivisible du droit que le sujet Pest de son objet, la cause de son effet.
D'où il suit encore que le prétendu droit du plus • fort n^est qu uue abstraction illusoire, une odieuse ehimfcre; car si Tétre fort n'est pas une personne, il
n'y a eu lui ou dans sou uidividu.iiiLé propre aucun ilroit réel»
i IV
^JuLofuineipe de toute action vertueuse est tout en-
. tier dans ce besoin qu a tout homme d'être estimé
88 FOf^DEMENTS DE LA MOIIALE
OU approuvé par d'autres âmes, c'est-à-dire par la raison même à qui toutes participent égalem^t.
Un tel principe, qu'on appelle devoir, n'a certainement rien de coniniuu avec aucune inodilkation, ni aucun attribut de la sensibilité ni individuelle ni excentrique. Il est également opposé aux uns et aux autres, puisqu'il a sans cesse à en triompher. Lui seul il constitue la liberté morale qui se manifeste à elle-même par le sentiment d'un devoii accompli contre la résistance des passions opposées, de même que la liberté individuelle se manifeste par le sentiment d'un elVoi l qui surnioiile une résistance étrangère ou organique.
Nous venons de dire que le principe du devoir ou la conscience morale, n'a rien de commun avec la conscience sensitive, j'ajoute avec la conscience de relation.
En effet, si le précepte de ne pas faire à un autre œ que je ne voudrais pas qui me fût fait, n'avait d'autre fondement que la consrionce relative» je pourrais croire accomplir ce précepte lorsqu'en substituant ma sensibilité à celle du coupable je le délivre de la* peine que la justice lui impose, puisquo je ferais pour lui ce que je désirerais qui me fut fait, si j'étais à sa place; et pourtant je violerais la justice. De même si je ne fais du bien à autrui qu'en comptant sur la réciprocité en pareil cas, ou sur l'espoir d'une récompense, je ne suivrai que mon intérêt sans accomplir les prescriptions de la conscience morale.
Ce n'est donc pas dans ce sens qu'il faut entendre ce précepte de la loi et dos prophètes, Coïjimeat
BT 0S LA RBUGMIN. ii
ddoe doit^il être «tttaiidaf Dans un mis uniifU6«
voir celui du verbe veuxj à titre d*étre intelligent et libre* partieipaot à la loi du devoiTt à eette raison suprême qui éclaire toutes les intelligences qui feulent la consulter, comme la lumière physique éclaire tous les yeux ^ s'ouvrent à ses rayons. Je doiaà mon semblable ce que je voudrais qui me fût fait à eeseui titre de personne libre et non à celui d'être iftlftanti >flniiqu*ainsi je n'aurais que des désirs sC non pas des volontés , je serais déterminé et ne me déteminen&is pas moi-même, je serais un être passif Uraknimi agent moral, une personne. Ceslà sa dernier titre, ou dans le point de vue de la conscienee» qui n*a rien de commun avec ce qui est ai^ flMtf, qui^ «8 distingué de tout ce qui tient à une sensibilité et à une passion, que, le crime étant avéfé^'î# esÉdémne le eoupal>le, comme je voudrais être condamné si j'étais à sa place pour que la justice (ht satisfaite, paur que la loi du devoir fût accomplie. i0èM là le premier besoin. Tunique voix de la conscience morale, et c'est ce qui est exprimé dans ces Mtes paroles de l'oraison dominicale, où l'âme éle- %M%lKett lui dit : <t Que votre volonté soit faite. » ^^eitdire : que je ne veuille que ce qui est conforme '#ki i|!<rismé^à la loi du devoir* '^ififliie^^Ui qu'est toute vérité, toute réalité morale Absolue. Hors de là la conscience du bien relatif ^jiBlSfl^pasSioiis « à nos goûts, à nos sentiments même les meilleurs, ne saisit que des phénomènes et comme des- ombres qui lui échappent, quand elle
ll^(sii t^efi qui dans leur fuite nelaissept qu*ii|-
Ai FONDBIinilS OK U HOBAU
quiétude, trouble, regrets, egîtttioii et remorde.
Qui Fa mieux su que Pascal? Quel homme possède à un plus haut degré cette conscience supérieure dont nous parlons? Et combien le ▼icaire Savoyard, dans toute sa sublimité, est loiu de ces conceptions, si hautes et si simplement exprimées.
« Nous avons une si grande idée de Tâme de « l'homme, que nous ne pouvons soulTrir d en être « méprisés, de n'être pas dans l'estime d*une âme; « el Loulc la félicité humaine consiste dans cette es- « time. Si d'un coté cette iausse gloire que tes bornât mes cherchent est une grande marque de leur mi- « sère et de leur bassesse, c'en est une aussi de leur 41 excellence (4). »
Ce qui est une preuve de TexceUence de la raison, c'est de juger cette fausse gloire et d'avoir une idée, une prénotion de la véritable* Or, la distinction se fait d'elle-même, quand on se place dans le vrai point de vue de la raison. L'illusion, c'est que nous confondons sans cesse les opinions acquises et répétées en nous par imitation ou par conscience relative, avec les idées absolues de la raison ; les lois des institutions humaines, avec les lois du devoir qui les sane* tionnent et font seules leur force ; et par suite de cette même illusion, nous mettons nos passions ou celles de ceux à qui nous voulons plaire avant la conscience et la rai>uii hors de laquelle il n'y a que fumée. Nous cherchons ce qui plaît aux hommes, ce qui est conforme à ropitnon et à 1 ha-
(l; Pensives de Pascal. la ^lanUeur, de la vanité, Uelafaihkm et de la misère des honunes.
BT DE LA miOION. Ui
Mode, et non ce qui mérite Testioie, ce qoiegt con-
forme à la raison, à la justice, à la vérité absolue.
Au surplus, si une foule d'actions de détail consî* défées comme moralement bonnes par certains peu-» pies âiout jugées autrement par d'autres, s'il y a une grande variété dans les jugements portés sur la moralité ou sur rimmoralité de certaines actions, chez les divers peuples et dans les états de civilisation plus plus ou moins avancés , il n'y en a pas moins un ac* cord très-général dans la manière déjuger les qiudilés vraiment dignes d'esiinic (celles qui tendent au perfecfcionBement de l'individu ou de Tespèce), dès
que ces qualités vieiiiieiiL à se inanilester par des ac- OU ti&ent rattenlion, souvent remplie par des qualités superficielles.
On peut bien en eHet ne point remarquer le bon i^ralf ou ne pas être frappé de ses signes par préoceupationou distraction de Tesprit, ce qui donne Tair
J'indiUérence ; niais, dès qu'on vient a le reniar* jg/m^f jOn ne peut s'empêcher de lui donner son approbation. Rousseau a pu défier de citer quelque pays sur la terre où ce fut un ( i line de garder sa foi, d'être ciémentt bienfaisant, généreuii, où le perfide fût honoré, l'homme de bien méprisé. Mais les nioi^.de bienfaisance, de générosité peuvent varier; et ^*on peut applaudir aussi aux résultats de la perfidie fffX en méprisant le motif; enfin on peut ne pas lio- Bf)f^r,.la vertu parce qu'on ne la sent pas, mais on nep^Ui Ift sentir dans les autres sans l'honorer, sans juger qu'elle est bonne, et iî est aussi impossible de ^t^l^fif^^! OU d9 la ju^er mauvaise, que de trou*
tt FONDIMENTS DE Lk MORAIB
mr laid l'Apollon du BeWédève, quoiqu'on fnuiiiÉ lui préférer par habitude des formes irré^ulières. Il faut un effort pour seuiir le beau, ie bou : la perception qui les manifeste à r&me et excite le sentiment
qui s y rattache, n est que la suite de cet effort.
S*n y a une grande vai irté dans les actions jugées, ou nommées bonnes moralement dans les diverses sociétés, et même chez les différents individus, an point que ces actions beiublent souvent opposées les unes aux autres par leurs caractères extérieurs, il est vrai du moins quMI y a un principe commun aux ao* tions diverses qui revoivcnt l'approbation générale de tous les hommes. Ce principe est toujours une tendance au perfcclionnemenl dont les moyens» considérés comme vrais dans le point de vue où ils s'appliquent, sont ou peuvent être faux dans un autre but.
Des actions bonnes dans les résultats, ou par le bien public ou particulier qu'elles procurent, peu* vent être imuiorales en principe, ou dans les motifs intéressés qui les déterminent. Au contraire des ao** tions mauvaises en résultat peuvent être morales en principe, ou déterminées par une volonté qui tend au bien, mais par des moyens contraires au but, dont les opinions fausses, les préjugés et les habitudes de la société cachent le vice. Et comme les actions seules» ou les résultats se montrent, tandis que ,
ET D£ U UËLlÛiON.
les motifs se cachent, on peut calomnier quelquefois la nature humaine en la supposant plus pervertie qu'elle ne Test, ou 8*exagirer sa rectitudet et se ftire
illusion sur sa bonté en la jugeant sur des apparences.
L'expositioiidefteDfiiDfei dans des pays qui ne peuvent sufiSre à la nourriture de la population, Tabandon des YÎeîUards, chez des peuples barbares où tout homme est réduit à te suffire à lai^méme, révoltent toute notre nature sensible ; et cependant, ces actions eondaniDables aux yeux de la morale peuvent avchr leurs moliis dans les mêmes senlinu nts d*amour pour la patrie et les aïeux qui, dans d'autres circonstances, avec d'autres habitudes Bociales, détermineront les actes les plus généreux.
Les usages qui nous paraissent les plus bizarretr, qui nous paraissent le plus contraires à tout principe, à toute idée de moralité, ont pu, dans l'origine, être déterminés par quelque sentiment vrai de la nature morale, par quelque motif bon en lui-même. Ce premier motif déterminant se perd ou s'efface avec le temps, et Thabitude de Taction reste et devient si familière qu elle finit par paraître naturelle : on la Toit avec indifférence, et celui qui s'en abstiendrait dans Toecasion serait condamné comme violant Tusage ou la règle. Cela prouve bien toute la force de Thabitude qui peut aller jusqu'à changer la direction des penchants on les sentiments naturels, mais ne |H*ouve rien contre ceux-ci. Les hommes de tous les pays qui méritent de porter ce titre approuvent les motifs moraux, et la conscieiKC de cliacjue individu
hk FONDEMENTS DE LA MOUALE
«'accorde Avec celle da genre humain ; mais Thabî-
tude de voir les actioos efface ce qu'elles ont d odieux, et les fait approuver en vue du molif. On n'est donc pas fondé à juger par ces actions rapportées par les voyageurs, que la morale est arbitraire» car la morale est dans les principes el non dans les résultats des actioQiï.
On s'accoutume à la bizarrerie d'usages ou d'actions comme à certaines formes contraires à toutes les règles du beau. Lorsqu'on a entendu dès l'enfance appliquer ces dénominations de beau et de àon k certains^actes externes, à certaines qualités morales, avec tous les signes d'une approbation générale et constante, en répétant ou imitant ces signes» on finit par imiter le sentiment. De là une seconde conscience, conscience artificielle qui se substitue à la conscience réelle, et sans Tétouffer entièrement, la masque et la déguise au point qu'il est très-difficile d'en reconnaître les traits. 11 faut voir rhonime bors de ses habitudes et dans ces occasions graves où le sentiment naturel peut éclater, pour s'assurer que ce sentiuieul u était qu'enduraii au fond de Tàme. Les voyageurs qui se sont arrêtés on moment cbez
quelques peuples sauvages où ils disent n'avoir pas remarqué la moindre trace de morale ou de religion, ont-ils eu le temps, les moyens et les occasions d'observer assez prolundt nient cette nature encore brute dans ses divers états* de la soumettre k des épreuves nécessaires pour pouvoir motiver quelques assertions raisonuabli^s sur un sujet aussi dilHcile? Les sauvages nemblent se compl^iire h rendre le» truite de i^ur
ET Dfi LA RELUHOX,
figure diÛormes, et chez le peuple le plus anciennemeot civilisé, les femmes se donoent la torture pour avoir le pied si petit qu*il en est disproportionné. Cette difformité, aux yeux de ce peuple, est le fffMiav aaractère de ce qu'ils appelleut la beaiité. Mais qu'est-ce que cela fait à Tidée, au sentiment du J^u qui eonsiste dans des proportions exactes, et ^•'applique oaturellement, hors des habitades, k tous les autres objets?
rt^iiH^ftmMiiies qui cherchent à plaire par les for* Ms-«lérieor6s ont aussi de bonne heure gravé dans leur imagination un type idéal de beauté artificielle t^naé de tout ce qui attire Tattention des yeux, et reçoit les applaudissements du grand nombre. C'est k ce modèle de ritaaginaliou qu on s'attache, c'est ctluiMquel on désire uniquement de ressembler, et plus cette habitude est invétérée, plus les traits du ^HHI.jl^ilable s'effacent, au point qu'on ne le recon* naît pas et qu'il échappe entièrement au regard dis*
j)u à l'esprit préoccupé.
i^^||^.e8t alwoilument de même pour les caractères mmux, ou la réunion des qualités qui constituent le boi^oral. On se forme de bonne heure un modèle |f|.jpéMaissant non pas les qualités vertueuses en elles-mêmes, mais celles qui plaisent, qui se concilient Tapprobation générale et obtiennent le crédit de «k «société 0(1 Ton vit. C'est k ce modèle imaginai- ^re qu'on cherche à ressembler, ou dont ou se donne J^g^^lfiy^^^s, de même qu'une personne âgée ou iiiilififsilfi cherche à se donner les apparences de la j^j^gj^fi j^t à .Cjacher ses difformités, aussi contente
4( FÛND£M£KIS û& LL MOiiALE
ai etle pai vieut à paraître droite aux yeux des autres que* si elle l'était réellement, comptant pour rien les défauts dont les autres ne s'aperçoivent pas, et pour tout les qualités qui se montrent.
' Il en est absolument de même pour les qualités morales, quand riionime qui a placé toute son existence hors de lui, ne s'occupe plus de ce qu*il est en soi, ou dans sa propre conscience, mais delà manière duut il apparaît à la conscience des autres. Car il «ail qu*il plaira non par ce qu'il est indÎTiduellement, mais par sa ressemblance au modèle en honneur dans la société qui l'entoure.
' ' En réunissant le système total des êtres sous uue fleule idée, ou sous une notion en partie artificielle, d*où Pespritpeut ensuite tout déduire, puisqu'il y a tout mis, ou par le procédé logique deSpinosa, on arrive au pur panthéisme, c'est-à-dire à la négation de toute [lersonnalité, do toute volonté individuelle- Les deux termes, ou les deux pôles de la science humaine, Dieu et le moiy disparaissent en même temps. C'est sur le principe de la causalité, identique avec le fait primitif de Texistendei que repose l'idée religieuse. Lorsqu'on met la substance à la place de la cause, dans Tordre des idées naturelles ou acquises, nécessaires ou conditionnelles, on në peut plus trouver de base naturelle à cette idée, et l'on est conduit à en nier la réalité» C'est ainsi que l'esprit humain
BT K L& RBUiQlON.
peot passer Jbrusquemeol du polythéisme, qui tient à l'enfanee de k nison, à Tatliéuaie, qvà est le der*
nier écart et le plus ^vmd abus de cette raison mèoiet
Tant que le polythéisme se fonde sur deè affections ou des sentiments d'uu élroii egoismc, comme la eninle, il n'a encore rien de moral dans son principe, rien d'appiopiié aux facultés les pins élevées de notre nature. Mais l'instinct de la sensibilité dislingiie d*abord le plaisir de la douleur; Tinstinet de rintelligencc distingue eu même temps les causes modifiantes ftvorabies ou contraires, amies ou ennemies : il y a des génies bons et niauvais, des dieux bienfaisants comme des dieux terribles, et, si le vice t des autels, la vertu a aussi son sanctuaire. Au culte des passions, à la superi>tiùuu de la crainte s^allie le eolte du cceur, la religion de l'amour et de la reconnaissance. CVst ainsi qu'on peut reconnaître, jusque dans la gros>ii reté et au miiii^i des écarts du polythéisme, le véritable sentiment religieux qui se fait jour, pour ainsi dire, et perce au travers des té* nèbres qui enveloppent et couvrent encore l'idée d'un Dieu uniquOi Un être isolé, dont Taotirité et rintelligencc se seraient développées par miracle, ou par une insphration, sans le concours et l'appui de ses
Semhlahk':?, s'clèvcra pcul-êtrc par la raison jusqu'à k sublime idée ou notion de Texistence du vrai Dieu ; Inaie la raison seule pourrait^elle lui inspirer le sentiment religieux ou le culte du cœur, celui de la reconnaissance, du respect et de l'amour? Non ; celui qui n aurait pas connu son père ne cdnnattrait pas
48 FOM)£M£NTS DE LA MQIVALE
Dieu comme le père des hommes; celui qui n'aurait pas âimé les hommes ne commeaoerait pas par aimer Dieu. Entre la oonceplion d'une paissancet d'une force intinie, et celle d'une bonté parfaite, d'une miaérÂQorde inépuisable» il n'y a pas une analogie asses iHunédiate pour que la pensée saimse oes attribuH comme inséparables; mais, pendant que i esprit con-^ çoit les uns« le cœur a pressenti les autres.
C'èstdans la société, et d*abord dans la famiH^ que naissent et se développent ces premiers senti* ments de bienveillance, de protection et de sympè* thie. C'est de là que les afleclions s'élôvent jusqu'au père de tous les hommes, en s'associant à l'idée de cause suprême et unique des existences.
Le sentiment moral, fondé sur les rapports nécessaires entre des êtres de nature semblable, pourr»il naitre et se développer dans la famille ou la société que ces rapports auront formée, indépendamment du aentiment religieux; mais la religion en tant qursU^ est le culte du cœur, présuppose un sentiment>fÉ#rai ou un rapport de s) nipatliie et d'amour çuUe Atres sensibles et faibles, et la cause suprtaHi 4*n(t ils dépendent quant à leurs modifications et à leut existence même. Le sentiment moral associé à la no* lion ou à l'idée d'une puissance, d*unebentéitnfime« s'agrandit et s'élève dans la même proportion que la tepdre, la sioigneuse prévoyance du plus s^gc # du mttllcur des pères dépasse le pouvoir et rinteHigence de riiomme. La bonté de pruyidciicç esl une bonté surhumaine.
Si toute idèd reli^euse est réduite par l'i^giç^-
£X D£ lA aEUGiOiX. k»
tion qui commeDce à s en emparer, à uo vérilable anthropomorphisme vague, corporel, comme Ta Irès-bien dit l'auteur d'Émile, ii est encore plus vrai que» même avec tous les progrès de la raison, le «eotimeot religieux constitue toujours un véritable anthropomorphisme spirituel, dans ce sens que rhomme ne peut aimer ni honorer, dans Tauteur des existences, que la perfection des mêmes qualités et des mêmes vertus par lesquelles il sympathise de toutes les forces de son âme, avec des êtres d'une
nature seinbLible à la siciuie.
Lorsque notre faible intelligence entreprend de s^élever immédiatement jusqu'à la cause des exis* tences, et cherche à saisir Dieu sous son idée propre, elle retombe sur elle-même, saisie d'effroi et comme dans cet état de vertige qui s'empare de nous à la vue des plus proionds abîmes. « Parlez-nous vous-même, » disaient les enfants d'Israël à Moïse , « mais que le Seigneur ne nous parle pas de peur que nous ne mourions (i)« »
Dieu ne peut se manifester ii l'esprit que par Tin* leriueiiiaue du cœur et du sentiment, qui est le médiaiiur entre la pensée humaine et Tinfini, l'absolu qu'elle a pour objet ; et dans Tordre naturel des senlimcuts et des idées, 1 ame saisit Dieu dans ceux de ses attributs qui sont en rapport avec son bonheur et son existence, lon^^emps avant (jue l'esprit ou la raison ait cuuipletc el purilié cette sublime idée.
Sans doute « il faut avoir un haut degré de cul-*
W iMde, chapttn ii| vofiet IS.
« tuie intellectuelle pour que Tesprit puisse conce- « voir le système total des êtres comme réimis sous « une seule idée ou notion , et donner un sene au « root subhlaace, lequel est au iond lâ plus graude « des abstractions (4 j. )^ Mais après avoir formé eelle notion universelle et infiniment complexe, Fesprit qui la prend pour point de départ, et s'y appuie^ comme sur une base réelle et naturelle, n*élève qu'un édifice logujue parfaitemetiL i ri^ulier, en qui la raison se complaît comme dans son propre ouvrage, et où il ne manque en effet rien que la vérité des
cliuscs.
£n tant qu'il multiplie les causes ou puissances visibles, objet de crainte comme d'espéranoe et dV
mour, le polythéisme peut s'unir au sentiment ino* ral ou en être séparé; mais il ne tend pas à le dé» truire : c'est la religion de Tiniagination ou de la raison dans renfance. Le panlhéisnie, qui inéconnait ou nie la causalité pour tout réduire à Tunité colléetive et abstraite de substance, exclut les deux unités par excellence : Dieu et le mai; c'est-à-dire la personne et la liberté. C'est la nullité absolue de religion comme de morale ; c est le produit monstrueux de la raison dans toute sa force, qui, d*un faux point de départ, arrive par un(* roule longue et laborieuse au dernier terme de Tabsurdité* Le sentiment moral et religieux disparaît du cœur de l*hommë; c'est la mort complète; et après avoir enlevé du cœur dé rhomme tout ce qui donne du prix k Texist^ce, lé
(1) lu>aMeatt, Èmitet liv* vt. U ciutiOA A'e»t pat teXtttelle.
BT Dl LA RKLIQION.
panthéisme fait très-bien de nous enlever Texistence die^mème, et de nier que nous soyons de véritables personnes.
Le polythéisme est le relatif de la religion : il admet k leur vrai titre pbénoménique les causes pnn
ductives de modifications. S'il ne s'est pus encore élevé jusqu'à ta cause une de toutes les extstenees passagères, il en laisse du moins subsister la possibilité, et Timagination, qui Tembeliit de ses plus riches couleurst n'empiète pas sur le domaine de la raison, qui vient plus tard purifier, en quelque sorte, ridée de cause de tous les prestiges ou images qui l'environnent. Le panthéisme, au contraire, se fonde sur l'absolu logique pour détruire à la fois l'absolu réel, celui de la cause une, et le sentiment religieux et moral.
La religion poétique des anciens, en admettant des dieux supérieurs et des inférieurs, et un seul Dieu père cl maître de tous les autres, et se rapprochant en apparence du théisme, en était pourtant éloignée de toute la distance qui sépare Tidée relative de cause modifiante, de la uoliou absolue d'une seule cause productive des existences; et la preuve évidente, c'est qu'au-dessus de ces puissances, ou causes relativesi les anciens admettaient une l'orce aveugle, le destin, auquel les dieux mêmes étaient soumis. C'est ainsi qu'ils tombaient dans l'athéisme i)ar le même abus de la raison, et par ce même besoin de Tunité abso^ lue qui a produit le Spinosisme moderne* Il ne serait pas difficile en effet de montrer Tanalogie qui existe entre le /adwi supérieur aux dieux , et la substance