‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 15 sur 78 · A LA BELLE AMARYLLIS · texte numérisé non relu

A LA BELLE AMARYLLIS

Ne vous tairez-vous pas, scrupules importuns, Qui de tous mes projets ne m'en laissez aucuns ? Pour me faire mourir toujours prêts à renaître, Que voulez-vous d'un cœur où l'amour est le maître ? Comment prétendez-vous, que, soumis à sa loi, Ce cœur puisse être à vous quand il n'est plus à soi ? Depuis que moîi amour vous prête le silence, Quel profit tirez-vous de votre violence ? Qu'avez-vous remporté sur ce cœur malheureux Dont vous ne voulez pas autoriser les feux ? V amour n'en a que mieux assuré sa conquête. Ses feux , pareils au cours d'un torrent qu'on arrête Et dont la digue enfin cède aux flots mutinés, Triomphent d'autant mieux qu'on les a plus gênés.

(1) Piron avait de vingt à vingt-cinq ans quand il écrivit les poésies et lettres qui suivent. Il était encore à Dijon, indécis sur le choix d'un état, n'ayant voulu entrer, contrairement à la volonté de son père, ni dans le clergé ni au barreau.

(2) Sous le pseudonyme d'Amaryllis se cache le nom d'une cousine que Piron paraît avoir tendrement et vainement aimée.

C'est assez respecter votre injuste manie;

C'est assez me soumettre à votre tyrannie ;

C'est assez ni opposer moi-même à mes desseins :

Je ne vous entends plus, scrupules inhumains.

Qu'Amaryllis me soit étrangère ou parente,

De mon cœur enflammé je veux suivre la pente.

Pour le peu qu'en amour on doive à la vertu,

C'est avoir assez fait que d'avoir combattu.

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