A MA BELLE IRRITÉE
Enfin, mon aimable Baniche, Vous m'envoyez donc faire fiche ?
Plus d'excuse, plus de pardon!
Que votre amant se pende ou non, Hé quoi ! votre âme impitoyable N'en démordra pas pour un diable , Et je serai dans votre esprit Toujours plus noir que l'Antéchrist!
Enfin, voilà nos demoiselles !
Quand une fois elles sont belles, Quand elles ont le pied sur nous, Après qu'on a porté les coups, Il faut encor payer l'amende !
Telle nous doit qui nous demande.
Ne vous fâchez pas, s'il vous plaît ; Mais dites-moi : qu'avais-je fait, Le jour fatal de ma débauche, Quand, à notre première approche, Votre bouche à mes compliments Fit réponse des grosses dents ?
Vous mordez quand on vous chatouille On vous flatte et vous chantez pouille. Dame ! il est vrai, je me fâchai :
Est-ce donc un si grand péché ?
Se fâcher n'est pas si grand' chose.
Du moins ne fût-ce pas sans cause.
Vous vous fâchâtes, vous, pour rien, Et si je vous pardonne bien...
Je voulais vous fuir, inhumaine.
Je croyais rompre ainsi ma chaîne.
Mais de quoi m'osais-je flatter?
Je reculais pour mieux sauter.
Mon cœur n'a cure de bien faire :
Je le prêche en vain de se taire,
De m' écouter, de vous haïr.
Las ! il ne veut pas m'obêir.
Votre importune et belle image
Lui fait jour et nuit peste et rage.
La cruelle partout me suit ;
Elle vient jusque dans mon lit.
Foin ! dis-je souvent de la flamme ,
De l'amoureux et de la dame !
Morbleu! mon cœur, vivons en paix!
Au diable l'amour et ses traits !
Baniche est bien faite; elle est belle,
Elle est... eh bien! tant mieux pour elle!
Tant parfaite qu'il vous plaira,
Qui voudra l'aimer l'aimera.
Ce n'est que rigueur, qu'inconstance ;
Un rien la choque, un rien l'offense :
Et s'agit-il de l'apaiser,
Oh ! c'est le diable à confesser.
Quelle chaîne ! quelle galère !
Je ne retiens plus ma colère.
Cela ne serait-il pas beau
D'aller pleurer comme un grand veau , Et dire : Hélas ! je le confesse , Oui, j'ai tort, ma chère maîtresse ?. . J'en serais, ma foi, bien plus gras.
Je crois qu'elle en ferait grand cas.
Et quand, contre mon espérance, Je fléchirais son arrogance , Peut-être qu'un moment après Ce serait pire que jamais.
Non, non : perdons-en la pensée!
Crac! allons, ma chaîne est brisée!
Plus un soupir dorénavant Ne m'échappera par devant.
C'est ainsi que l'amant propose ; Mais l'amour autrement dispose.
On prend sa résolution :
Le hic est l'exécution.
Vouloir oublier une belle Pour qui nous en tenons dans l'aile, C'est vouloir, à ce que je sens, Prendre la lune avec les dents.
Cette chère et charmante idée, Dont l'âme est une fois guidée, Malgré monsieur le raisonneur S'enfonce plus avant au cœur.
Il n'est raisonnement qui tienne, Baniche, il faut que j'y revienne.
Ainsi soit-il ! M'y revoici:
Je me jette à votre merci.
Que votre main doucette et blanche Taille, déchire, coupe, tranche:
J'y donne les miennes. Amour!
N'aurai- je pas la sienne, un jour?,.