‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 22 sur 78 · ÉTRENNE^ A MADEMOISELLE P · texte numérisé non relu

ÉTRENNE^ A MADEMOISELLE P

Depuis sept mois que j'ai l'honneur de vous connaître

Sa?is vous avoir encore osé faire paraître

Le chemin qu'en mon cœur votre mérite a fait,

Je crois que c'est assez écouter le respect.

Ce respect voudrait bien que je me tusse encore

Et que, souffrant en paix le feu qui me dévore,

Je n'osasse jamais, jusqu'à mon dernier jour,

Prendre la liberté de vous parler d'amour.

L'honneur et la vertu peints sur votre visage, Auprès d'un père aimé votre juste esclavage, La crainte d'offenser ce père autant que vous Et de ne m' attirer que haine et que courroux , De vos mépris enfin la triste prévoyance, Tout cela m'a sept mois fait gémir en silence, Et, sans oser parler, m' ordonnant de souffrir, Vous a fait respecter en me faisant mourir.

Mais à ce premier jour de la nouvelle année ,

Où mon cœur en faveur de votre destinée

Fait mille vœux tandis que vous n'y songez pas,

Je n'y puis plus tenir et je franchis le pas.

J'ai recours à ma plume, et, perdant toutes craintes,

Je vais vous faire entendre et mes vœux et mes plaintes.

Tout-puissant Créateur qui formas sa beauté , Fais éclater pour elle à jamais ta bonté ! Accompagne les jours de V aimable Nanette D'une prospérité, d'une santé parfaite.

Eternise l'éclat de ses divins attraits ; Empêche que les ans les ternissent jamais. Songe que ses beaux yeux, sa gorge, son visage, De tes savantes mains sont le plus bel ouvrage; Et que tous ces appas qui s'y font admirer Annoncent ta puissance et t'y font adorer. Quoi ! sa taille élevée avec tant davantage Ressentirait un jour les injures de' Vâge ! Et de son teint fleuri la brillante couleur Serait aussi soumise à la même rigueur! Non. Quoique ce malheur par la loi naturelle §oit encor de trente ans au moins éloigné d'elle,

De son heureuse vie en prolongeant le cours Conserve sur son front les ris et les amours ! Mais si jamais son cœur s'abandonne et s'engage Avec Vaveu du père aux nœuds du mariage, Si bientôt de ce père un choix judicieux La met entre les bras d'un époux trop heureux, Que ce soit un époux... Hélas ! que veux-je dire ? A ce nom d'un époux je me tais , je soupire... Que cet époux soit, dis-je, époux toujours amant, Aussi soumis après qu'avant le sacrement ; Qu'il ait toujours pour elle une tendresse extrême -, Qu'il soit tel, en un mot, que je serais moi-même !

A MADEMOISELLE ** En lui envoyant un recueil de chansons tendres

Fière et douce Divinité Dont les cruautés sont chéries, Toi dont les flèches ont porté Tant de trépas et tant de vies ; 0 Dieu dont je suis animé, Aimable Amour, Amour aimé, Tyran dont j'aime la victoire, Jette un favorable coup d'œil Sur un amant qui, pour ta gloire, Va travailler à ce recueil!..

Chloris, bel objet de mes vœux , Pesez, en lisant cet ouvrage, Sur ses préceptes amoureux , Et devenez plus ou moins sage.

Plus sage en vous en souvenant , Et moins sage en vous oubliant.

Quoique l'honneur vous le défende, Amour le veut, Amour V entend : Ecoutez ce qu'il vous commande , Et non pas ce qu'on vous défend.

Page 1