DÉSESPOIR AMOUREUX
Sombre bois dont V aspect noircit mon désespoir,
Sois témoin des fureurs que tu fais concevoir.
Fais taire tes oiseaux. Leur importun ramage
Ne fait qu'aigrir un cœur qui respire la rage ,
Et tous les sentiments que peuvent inspirer
Des feux infortunés qu'on n'ose déclarer.
Rocher, écoute ! J'aime... Ah ! tais-toi, téméraire !
Oserais-tu nommer cette beauté sévère
Qui, d'un rang et d'un sang trop supérieur au tien,
N'en croit pas même au monde un autre égal au sien ?
Taime, f adore, Echo ; je souffre le martyre.
Mais c'est là, chère Echo, tout ce que je puis dire.
Cet amour ne saurait finir qu'arec ramant.
Voici l'amant encore! et c'est là mon tourment.
Rocher trop insensible aux larmes que je verse, Laisse tomber sur moi les deux que ma voix perce. Lance-moi, du dessus de ton affreux coupeau, Une masse qui soit ma tombe et mon bourreau. Ciel, es-tu sans fureur? Ne te peux-tu résoudre A décharger sur moi tes éclairs et ta foudre ? Mon corps gémirait moins du poids de tes fléaux Que mon âme ne fait sous celui de mes maux... Car je me sens mourir; ma torture redouble, Mon cœur et mon esprit, tout mon être se trouble ; Un transport infernal m'anime et me ravit; Je me vois entouré d'une lugubre nuit.
Que ces nouveaux endroits qui s'offrent à ma vue Sont dignes des fureurs dont mon âme est émue ! Rage, dont mon cœur est le jouet malheureux, Arrête mon esprit dans ces funèbres lieux ! Peins-moi sous un rocher une sombre caverne Pareille à celle d'où l'on descend dans l'Averne. Que l'orfraie à mon gré frappe de temps en temps Ces muettes horreurs de ses cris éclatants !. . Oui, voilà bien l'enfer! Je suis où je souhaite ! Epanchez- vous, mon âme, et soyez satisfaite ! Lieux, que je ne vois pas, épaisse obscurité, Qui me cachez du ciel l'odieuse clarté ; Réceptacles affreux d'un amant misérable, En butte à tous les traits d'un sort inexorable , Resserrez-vous au bruit de mes emportements , Ne vous laissez pas fendre à mes gémissements... Que vois-je ? Dorimène! . . .Ah! fuyons ! ... Sa présence Ne ferait qu'augmenter sa gloire et ma souffrance. Regagnons le chemin que je m'étais ouvert, Et courons nous cacher au fond de ce désert!..