‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 54 sur 78 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

A d'honnêtes gens qui , s'intéressant à moi , désiraient que je retranchasse de mes œuvres Y Anecdote comique et littéraire pour m'épargner les impertinences qu'elle ne manquerait pas de m'attirer de la part de Fréron, qui y est tympanisé, comme il le mérite, sous le faux nom de la comtesse de ***, qu'il avait pris dans les deux premiers tomes de ses opuscules.

Des feuilles de l'An littéraire Et de leur foudre hebdomadaire On menace ma belle humeur, Et d'en oser berner V auteur On me trouve un peu téméraire.

Plaisant orage imaginaire !

En cent ans que pourrait-il faire ?

Mouvoir un roseau, quelque fleur, Des feuilles?

Attaqué, sied-il de me taire?

Qu'on me laisse rire et me plaire A faire danser l'agresseur.

Du reste, j'en fais mon affaire, Irais-je au bois si j'avais peur Des feuilles (1 ) ?

(I) Ce qu'on prévoyait, et ce que je ne craignais guère, arriva. Mon édition parut ; madame la comtesse, ayant alors ses ordinaires, se mit de mauvaise humeur, jura vengeance, y travailla pendant quatre grands mois, au bout desquels la petite montagne accoucha d'un rat mort. (Voir Y Année littéraire, page 145, lettre vne et les trente pre-

LA FRÉRONADE

En trente-deux épigrammes que, huit jours après la feuille de Fréron, je fis lire à l'abbé de La Porte, son coadjuteur, pour qu'il sût que je n'avais pas perdu plus de temps à m'y amuser. Je n'ai même jamais voulu les publier, par le peu de cas que je faisais et d'elles et de lui.

On veut qu'à Fréron je réponde Sur ce qu'il dit que j'écris mal.

S'il dit ce que dit tout le monde, Je défère au cri général :

Le silence est mon lot fatal.

Mais si la petite vengeance, L'infidélité, l'ignorance, Seules, ont dicté son écrit, Et s'il n'a dit que ce qu'il pense, C'est comme s'il n'avait rien dit.

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