‹ uvres inédites de Piron (prose et vers)Chapitre 55 sur 78 · AUTRE ÉPIGRAMME · texte numérisé non relu

AUTRE ÉPIGRAMME

AU MÊME

Fréron, de goût parle sans cesse.

Lui demandez-vous ce que c'est ?

Il dit : C'est... un... je ne sais qu'est-ce...

Prend du tabac, tousse et se tait.

mières pages.) Alors ceux qui m'avaient prié de me taire me pressèrent de parler. D'abord, nolui cantare rogatus. Mais je fus si harcelé qu'à la fin je succombai à la tentation de m'égayer sur la friperie du vilain, comme j'avais fait sur celle de son antécesseur et son maître. (Note de Piron.)

A le dire, moi, je suis prêt, Et pour cela mon éloquence Are se mettra guère en dépense :

Pensez, écrivez autrement Que Fréron n'écrit et ne pense, Et vous y voilà justement.

AUTRE

Fréron, à trois (1) académies S* étant offert tout à la fois, Ces dames, en bonnes amies, Partagèrent le membre en trois.

Que ne jouer à pile ou croix A qui seule aurait l'avantage De posséder un personnage Dont le tout n'est que trop petit ?

Bel acquêt d'avoir en partage Le tiers d'un quart de bel- esprit !

AUTRE (2

Il n'est plus de double coupeau; Pégase n'est plus qu'un fantôme,

(-1) Nancy, Angers et Montauban , où Pompignan le fit recevoir pour se le rendre favorable. [Note de Piron.) (2) Etat de la littérature de ce lemps-là. (/</.)

L'Hippocrène qu'un puits sans eau, Apollon qu'un vendeur de baume, Et son temple qu'un jeu de paume, Noirci^des écrits de Guyot (1), Où de Fréron l'esprit falot Sert de pelote et oVamusette.

Holà ! maîtresses du tripot, Muses! de grâce une raquette !

AUTRE

L'homme dort-il ? une mouche s'en joue, Lui parcourant le front, le nez, la main; Va, vient, revient de Vune à l'autre joue. De vingt soufflets l'homme se frappe en vain A V écraser il parvient à la fin.

L'exploit n'est pas d'un vigoureux athlète. Sotte victoire ! il est vrai, maïs complète. Moquez-vous-en : pour moi je m en repais. Qui bat Fréron sans doute se soufflette : Mais, cela fait, du moins on dort en paix.

AUTRE

Dame Arachné de sa hideuse toile Plafonnait presque un vaste appartement ;

(1) L'abbé Guyot besfonlaines. (Note de Piron.)

Et là, croyant briller comme une étoile, S'imaginait faire un bel ornement.

Mouches à tas lui servaient d'aliment.

Sire Bourdon passe près de la case ; Elle court sus : grand combat sur la gaze ! Et le plancher fond sous les combattants. Arachné tombe ; on la hare, on V écrase. Bourdon s'envole et prend la clé des champs.

AUTRE

Un pauvre auteur payait Fréron Pour échapper à sa satire.

— Je veux, dit maître Aliboron, Faire plus. Je veux qu'on t'admire.

— Oh ! dit Vautre, ceci, beau sire, Passe ta force et mon espoir. . .

— Passe ma force! Tu vas voir Ce que peut l'emploi dont j' hérite .

Mon devancier m'a fait valoir

A moins de frais et de mérite.

AUTRE (<1

Fréron, Frérot, mon petit frère, Apprenez à faire un extrait;

(I ) Cette épigramme clôt la série des trente-deux de la Fréronade.

35tf POÉSIES INÉDITES DE PIRON

Sachez plus et n'opinez guère, Ou n'opinez pas tout à fait.

Voilà le dernier coup de fouet Que vous aurez de ce voyage.

Dorénavant soyez plus sage, Mettez à profit mes leçons.

Mouchez-vous, reprenez courage, Et remettez vos caleçons.

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