DES MOYENS PRÉCÉDENTS
L,e Médecin , ou du Pays.
On diraif que les peuples soumis ; comme les autres corps, à l'action de la force centrifuge, sont constamment entraînés des pôles vers l'équateur, oii ils iraient se presser sur une même zone, s'ils n'en étaient e'cartés par mille causes diverses, ni s'ils ne devenaient de plus en plus statioDoaires à mesure qu'ils descendent.
Les Provinces-Unies et les pays de leur domination sont situés entre le a^'. et le 39*. degré de longitude, et le 5i'. et 5^*. degré de latitude septentrionale. Ces pays sont contigus les uns aux autres ; on leur donne 48 lieues de longueur sur envirOD ^o de largeur, sol étroit et ingrat sur lequel les habitants sont Bxés par une longue habitude de la mer.
i56 YOTAGE
En anÏTant dans la Hollande) on voit, à l'appitK^« Aei cdt£«^ iiê pofcttés dé ct(>Aefs> d* cimes d'arbres, et l'on croirait, à quelque petite distance que l'on en soit, que ces objets sortent d'une terre inondée.
L'air y est btiJâide et Éiàkai*. Les hivers y durent plus qu'ici , mais le froid en est supportabW. L«s ptiMeaMpi A'y itAi cfK àis fiti^ â^hi- Ter; les vents du nord y soufflent un peu avant l'équinoxe de cette saison, «t oostinuent d'y sonffler an peu au-delà du solstice d'été, d'où il arrive qu'on ne voit guère de feuilles aux arbres avant le la mai. Lesétés y sonfc agréables. Qublquefois on y éprouve les quatre saisoM^e l'année dans un inéMê joûi'. Icî l'oâ n'est jUÛAi^ iûif de deat heUes jourbéets de sùitéi les «!àtiau<, le» eâii:t, le voisinage de la-taei* fonrïrissenf, itpfès le eoftcfcef du StAéil, des bi^Uitlardj hùïnidés qiri gagnent le hauf dé l'atmosphère, eoutftint le ciel, et «eùdetit la nuit et le jour ini^àiSti plttvieux. Ces vàpetii* , sôit qu'elles *'élèvént dé 1* têtte, 8»if qu'ellesf deâcendeuf itt ciel, aitaèâiént piWûpteitient la fia de la ptomeilade, dtf ÉtttiîAs poitr ceux qui crâigaent de s^eïpo^r ^ ê»é ftcbî^ dents fôcheux.
Ceât inutilement que le» Russes fn^ieftffléfil les étrangers contre les efïefs de leur finid , et I^ Hollandaî^ coUtre riufineEtcâ de leur sérejfl^ il n'y a que l'expérience qui les: cOïf îge.
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DE HOLLàKDE. tSg
PMt Tobre mlë , suirez dâm tâufes les coûtrëes le régime des habitanft; ThiTei* en Hnsrie, taâBgex le blscotia et buvei la liqtiear spiritiiiease qa'oD TOUS présentera Érant te fllner; en Hcd- Uadfl, entrez dans Totre ïDaisoA de boDiie hetir«, et si Tona en Boitez n'en sortez que tard. C«st du cUiRat «t du temps, doot on nebiéprise point impnjkéin^t la leçoa, que les oations ont apprîs quelle devait être leur manière de tivre kftbltoelle.
Les TicissitKdes de l'atmosphète laissent ici [WH de différence entre les habits d'hircr et les babits d'été.
La Hollande est l'Egypte de l'EuTOp*. Située Ml Diilieu des eaux, il y eu a peu de bonnï». Les riTières charriant beaiMoup it ttmon, tes eaux de poit» sont cbai^s de s^énite» ont tm goût de Tase, sont froides en biver et chaudes eu ^té. hé manque de bomes eaux et le climat trop bnmïde ne permettent pas de boire l'eaU telle qu'elle est offerte par ki datare; fous les Itabitailts, jusqu'aux domestiques» n'en font usage que daus te thé et le cofe.
Le BJiio et la Meuse sont les deux principales rivières^ elles arrosent le pays; il famt y jorndre l'Eseautr le y'xai Issel/ le pei^ Issel» FAmste), qui a donne son nom k Amsterdam-. A mesure que les rÎTières s'srvffiiceut ^m le paya» leur Ht dévient pins majcstueui. Le Rhin ,■ ce fteute s\
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l6o VOTAGE
grand et si femeux , se perd dans les sables de
Catwik» et n'arrive pas h la mer.
On Toit, eh plusieurs endroits, TOcéan s'éle- Ter à vingt-deux pieds et demi au-dessus du continent. D'un côté d'une chaussée assez droite, c'est un fosse ; de l'autre côté c'est la mer.
En suivant la route de La Haye à Amsterdam^ vous aurez à votre gauche l'Océan presque k fleur de terre; à droite nu fossé de plus de vingt à vingt-cinq pieds de profondeur : au bas dé ce fossé un canal qui se remplit perpétuellement d'eau salée. Ce spectacle vous fera rêver et frémir. De dessus la chaussée , entre l'Océan et la mer de Harlem , que l'Océan a produite par la rupture de la digue, on apercevait, il n'y a pas encore long-temps, les pointes des clochers des villages que la mer avait submei^ës. Quelle leçon que ces pointes de clochers I Personne n'a été instruit, et la contrée n'eu est pas moins couverte d'habitants.
Les canaux -sont vidés par trois cents moulins. On reconnaît par la salure des eaux du canal qu'il y a un suintement perpétuel des eaux de la mer dans le canal. Ce suintement doit détremper peu à peu le terrain interposé, et le menacer d'une rupture subite. Cependant l'on dort dans ce paysl , Il y a des gardes obligés par serment de visiter la chaussée d'heure en heure. Il y a des inspecteurs qui font leur tournée tous les quinze jours.
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DE HOLLANDE. i6i
La mer et les rivières, qui procurent l'abondance aux ProTincès-Unies, en deviennent, par la situation basse et plate du sol, de dangereuses ennemies. Le lit des rivières s' exhaussant perpétuellement , le fond ne peut s'exhausser sans (pie le lit s'étende; le lit ne peut s'étendre sans annoncer une submersion générale ; et c'est là que l'inscription du Vésave serait bien placée : Poateri, poateri, veatra res agiturî
Od a opposé des digjies à l'Océan et aux rivières. Ces digues ont consommé beaucoup d'ai>cent, et leur entretien coûte par an au delà du prêt d'une armée de cinquante mille hommes.
Il y a un conseil pour l'inspection et l'entretien perpétuel des digues. Un des lieux de ces assemblées est à droite sur le chemin de La Haye à Amsterdam. .
Il y a des inspecteurs qui visitent les digues tous les «ns, en désignent les réparations, et fixent la dépense. L'entreprise de ces ouvrages est publiée. Les entrepreneurs envoient au conseil de cette partie de l'administration le prix qu'ils y mettent, et on l'adjuge à celui qui demande>Ie plus bas prix. Ce n'est paa tout : il y a une criée oii l'entreprise est proposée à un prix plus bas encore que l'offre la plus basse, et l'entreprise reste à celui qui la prend aux moindres frais.
Four cette dépense, on lère trente-quatre sous par arpent de terre. Les ouvrages acquittés, le CKimiu inIditu. 1 1
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ifia VOYAGE
surfins de rimpositioD rentre dans te fisc, et s'emploie aux réparations «lÏTantes. Ces répMnitinur ne cessent jamais.
Dans les adjndicatioas il y a nue première prime de quatorze florins pour TentrepreDeur aa ploB bas prix; à la seconde adjadication il y a ime seconde prime pour celai qni «leseend à «q prix moiodre que la première.
Le conseil pour les digues est composé des citoyens les jJns riches. Ils rendent un compte rigoureux, et la somme qu'ils penrraîent s'approprier deviendrait si légère dans la répartilioD qu'ils en feraient entre eux, iqne, relatiTemeat 1 leur fortune, l'objet en serait trop petit. Ainsi tout s'exécute avec fidélité.
Les digues sont nmgées i leur partie snprf- ' rieure par des vers. On scie la partie m-moulne, et l*on y supplée avec de la pierre. L'apport de la pierre est un impit hwjonrs subsistant.
Les dignes qv'on a ibnnées avec de petites branches d'aiiirisBeanx fichées dans les dunes, et que la mer ensable perpëtueUemoit, soid: inde»tnicliblâs. La nature rient à bout de l'ouv^ge de l'homme; quand elle se mêle dit construire, son travail prend une solidité au dessus de ses efiorts. Les masses de guerres qu'elle cimente dietnêmt restent ; celles que l'hcmme a cimenbées sont tM »u tard détruites.
' J'ai ouï dire qxe'lorsquHin vent «iolcst pon»-
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DE HOLLAHDE. i63
tait les flots cootre les digues, on lui opposait det Toiles qtù le répercntaient contre le flot, qui en ëtait amorti ; mais je n'ai pas tu cette maoceuTra, et j'i^ore cammeat (m tient ces Toiles tendaes.
JjCS chemins en plusieurs contrées sont faits dft briques mises de champ. Us durent, parce qu'ib sont ensables , et qu'il n'j a point de Toitures pesantes. Tout arrive sur des bateaux, et le transp«*t des denrées k leur destination se ikit sur des Inxniettes.'
Les canaux et les plantations d'arbres dont ils sest bordés readent k pays ployienx. Ils s'en plaignent, et je crois qu'ils ont to^. Ces pluies sont un balai contiimel dont l'air a besoin. Les maladies ne sont ctnumones que dans les sécheresses, l'air ne se chargeant pins alors de ces vapeurs qm ne &nt qne mtHiter et descendre.
En Angleterre, je ne sais plus l'endroit, nn fermier' avait i côté de sa maison mte mare pn»> fimde toute couTerte d'une mousse verdàtre ; cette mare lui donnait de l'eau très-bonne à boire. On lui persuada de la n^Axuyer, et, la mousse enlevée, il n'eut plus que de mauvaises eaux.
Les canaux serverit ae clôtures, font la salubrité, l'embeUissement de la contrée, et nourri»amt du poisson.
La HoUande, baigoée presque de tous côtés des «aux de l'Océan, n'offre que de vastes prai-o ries. On n'y voit point de fiirâts, les seak arbres
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sont ceux des jardins, l'ombrage des endroits voisins des villes^ et la décoration des campagnes, mais ces arBres, si agréables pour les yeux, ne servent guère à la construction. U y a peu de temps qu'on sait que l'air en est purifié, et que, ces arbres une fois coupés, le pays en deviendrait infect, malsain et presque inhabitable.
L'Allemagne et le Nord fournissent la Hollande dé bois pour l'architecture civile, pour là marine et pour les foyers; mais on y en brûle peu. Us se servent de charbon de terre, et ils ont a[>pris du besoin à préparer et à employer la tourbe. La date de l'usage de la tourbe est incounuè. Jules Scaliger écrivait, il y a deux cents ans, qu'il y avait plus de trois cents ans qu'on la brûlait en Hollande, et l'on a mille certitudes qu'avant ces trois cents ans elle ne fiit pas employée.
Les provinces de Gueldre, d'Utrecht, de Frise et de Groningue abondent en grfdns. Les antres sont couvertes de pâturages excellents qui nourrissent une prodigieuse quantité' de bestiaux. Il n'y a point de pays oîi le beurre et le fromage soient plus communs.
Quoique la vigne n'y ctoisse pas, et que le blé n'y suÛise pas à la subsistance, la mer, les rivières et les canaux y entretienneM* l'abondance de iout ce qui est nécessaire, utile et agréable k la vie. Amsterdam est un magasin général de toutes les productions de la terre, c'est 'l'entre*
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DE HOLLANDE. i65
pôt des marchandises qui vont aa Nord et qui en reTÎennent.
La terre, toute unie, et en beaucoup d'endroits plus basse que {'eau, ne donne aucun minerai; on n'en tire qu'un limon bitumineux que l'on pétrit, sèche et coupe en formes de grosses briques ; c'est la tourbe, le principal chauffage. Elle iàit un bon feu, et qui dure. Deux phénomènes rer marquables, c'est que le sel suit l'eau beaucoup plus haut dans l'atmosphère qu'on ne le croit. En descendant des clochers les plus élevés, on trouve sur les lèvres une saveur saline ; de même qu'en s' endormant devant un feu de tourbe la bouche ouverte, elle se remplit et s'enduit d'une espèce de vapyeur sulfureuse.
Le charbon de terre vient d'Angleterre ; le bois vient d'Ecosse, mais en petite quantité.
Les arbres sont grands , croissent promptement, et ont une verdure d'autant plus belle, qu'ils sont sans cesse enveloppés d'une atmosphère chargée d'acide sulfureux volatil; mais cette verdure passe vite; les arbres même périssent promptement. Us sont droits, mais tendres ; jetant des racines peu pro&ndes , ils sont souvent abattus par les vents.
On élève en Hollande grand nombre de chevaux. Ils sont recherchés pour la grandeur; on s'en sert aux équipages et dans la cavalerie, mais ils ont les jambes feibles. Il en est des animaux
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I<S6 . TOTAGE
coume des juntes : les aoùnatix de la montagne,
de la plaine et des marais ont cbacnn lenr tempe*
rament, leur caractère, leats passions et leurs
maladies.
NatôreUement le pays n'est pas trop kabîtable, cependant il n'y en a guère au monde de pins riche et de pins pea(4é relatÎTemeirt i son été»due : effet de l'indastriej de l'acttiité^ de l'économie, dn traTail assida et de l'amonr dn gain. On assure ici depuis long>temps que la senle p»< tife proTÎQce de Ik>llande renlèrme pins de deux millions cinq cent mille habitants.
Les Provinces-Unies ont une TiUe dn premier ordre, Amsterdam; plus de vingt villes dn second ordre, qui vont de pair avec Les grandes TÎUes de France après Paris ; plus de trente du troisième ordre, qui sont les égales de Senlis,de Fontaîne- Ucau, de Melun; plus de deux cents gros bom^, . et plus de huit cents villages.
J'ai dit que tout son grain ne suffisait pas à sa subsistance, j'ajoute qu'on n'en recueille pas de quoi nourrir la centième partie des habitants ; néanmoins ce pays est appelé le grenier comrmua de l'Europe. La Hollande fournit du âvment à l'Espagne, à Tltalie, à l'Angleterre, aûBrabant, et revend souvent k la France le produit de ses moissons.
n n'y a point de marché public , ce sont des aégoeiants qiù fimt le commerce du blé; la concar-
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DE BOLLAIfDE. 167
rencedes vendeturs fait le prix; 1> libre importation et ezportatimi eDgeodrmt la Eécooéâté. Omy a éprouTé la cherté, mùs> jamais la disette. Je laisse tfttit cela à diacuterauxécaDomistcs.
En temps de chertë , le magistrat dininue la distillstion des grains. On tient à Amsterdam ài réserve des ble's pour nourrir pendant quatre un les FreriDCes-UBies. Il y a sur na note les Pro~ vincea - Unies .- c*cst peut- être le» habitanteâ^Anuieréotn ipi'il Ëillait écrire. Quoi ^'il ci» soit, il est évident que cet approTtsioonemeikt, en conséquence duquel l'État p«ut subitement develùr le concurrent du né^iant, doit contenir Favidité de celui-ci. Le prix du pain est taxé. JjO pain blanc est ïk présent à un peu plus de a souk dm pays la livre.
On ne manque ni de bois de charpente,, mi die laine, DÀ de lin^ ni de chanvre, ni d'er, ai d'ar^ ^lat, ni d'étain, ni de fer, ni de cuivre, ni de plomb. Avec des -vaisseafox et de l'argent, on s tout ce qu'on. Tevt.
Outre les magasins de blé, les habitants, r^ djùts à l'extrême nécessité par quelques Calamités générales, auront la ressaurce de la pomme de terre, de leur laitage, de leur beurre, de kar fromage et de leur» bestiaux.
Le vin et la Inère sent la boisson eommuae du rkhe tk du pauvre. C*esl pour la Holland^ et pour l'Angleterre que v«ndang«it les Français, lesËs-
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i68 VOYAGE
pogDoU, les Portugais et les autres peuples cnlti-
Tateurs du raisin^ c'est pour elles que toutes les
familles de l'iiniTers moUonnent.
Dans leur contrrâ tk oot mis à la chaîne l'air,
l'eau et la terre, trois esclaTes sans le secours
desquels ils ne feraient pas la Tingtième partie de
leurs ouvrages. ■
Les lacs, les riTières et les canaux regorgent de
poissons de toute espèce; la côte alwnde en poissons de mer, en poissons à coquille, excepté rkuître qui vient de la Zclande et du Texel.
11 m'arriva snr le chemin de La .Haye à SchevelÏDg l'aventure de Fanurge dans la rue de la Huchette ; des- femmes dont je m'étais amuse à considérer les poissons , tandis qu'elles se reposaient, me demandèrent s'il n'y avait rien pour la vue.
Il y a beauconp de cigognes. Elles nichent dans les cheminées i elles viennent au mois d'avril, et se retirent à la fin du mois d'août. Les canaux et les marais sont couverts de canards, qui descendent du Nord sur la fin de l'automne. Il y a des cignes, deis oies sauvages en quantité, des hérons et d'autres oiseaux aquatiques. La mer fournit aussi les siens; les vanaux, les pluviers sentent la fange et sont un mauvais manger. Ainsi qu'en Russie les gelinottes et les coqs de bruyère ont un goût de sapin , ce qui n'empêche pas les habitants du pays de les trouver excellents. Il y a beau-
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DE HOLLAnDR. 169
coup d'autre gibier. Il n'y a point de bétes fatiTes, point de sangliers , presque poiot de loups ; pour les renards, ils y fiiisoiment.
Les armes de La Haye sont deux cigognes ; elles sont respectées dans ces contrées aquatiques jqu'elles purgent de souris, de grenouilles, de rats , de sauterelles , qt des antres insecte» nuisibles qui s'engendrent par l'humidité des marais.
Ici les villes, les bourgs et les villages se touchent,' et la' population s'en accroît sans cesse; les républiques se recrutent aux dépens des monarchies. Outre les étrangers que la liberté civile, politique, religieuse, la curiosifê, le désir de &ire fortune, attirent de toutes parts, la république acquiert encore un nombre de sujets allemands et suisses, qui servent dans les troupes de terre et dans la marine ; ils forment les deux tiers des employés, et.sont presque tons fixés daiis le pays par des mariages.
Qu'on juge de la fréquence et de la proximité des villes en Hollande. Il y en a quarante-huit, à chacune desquelles on peut commodément se rendre d'Utrecht en un jour, et trente-trois dont on peut revenir sans fatigue dans la même ville et dans le même jour. Le pays est plat, et les villes aussi. Rien n'est plus frais, plus net, plus joli> plus élégant que ces villes. De loin elles présentent , par leurs nombreux canaux et par les
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"70 TOTACE
bonU de ces canaux plantés d'arbics, l'aspect d'uB grand Dombre de kameaux Téanis; on crak être toujours à la camp^pie, et les hanea^ semblent aTotr été crées pendant la nuit d'an coup de baguette.
Les édifices, les maisons soni bfttiefl sur les eaux qui enviroanent et p>upen.t la cmtie'e; ce sont au milieu de ces eaux comme autant de vaisseaux immobiles, sans inâts> et dont le tillac serait la toiture. Elles sont légères ; elles eoAtcnt peu de main-d'œuTre, et se vendent an dessons de leur valenr ; elles rapportent dans les villes de commerce un peu pins de deax pour cei^.
Elles sont lavées tons les jours en dehors et en dedans ; en debors avec des pompes, en dedans arvcc des éponges. IjBs corridors tn sont,' à tous les étages, lambrissés de piMrcelaînea. Les pbu vacilles y paraissent long-temps Deovea;. elles sont presque toutes terminées en triangles, logent peta dt monde , n'ont guère que deux ou trois ét^gea^ et le triai^le a sa base au dessus dm second. Elles sont yernissées en dehors de toutes sortes de csmleurs, et des nattes ou bandes de toilles souk éteiK dues sur les escaliers. Mais dans ces jolis domi' ^IfiSj il faut ^1 coavenir, les iaconniis entrent djJHcilement , et ils sont généralcmeoi: habités par des hôtes assez, sales et fort grossiers. SI le H^andais a si grand soin de sa maison, i^èst qu'elle ne tarderait pas à se moisir ; et s'il em a
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DE BOIiLAHDB. t?!
si peu de sa personne, c'est qu'il Mit bien qu'elle, ne se moisira pas.
On vit sobrement et sainement; une pièce de TÎngt IWrea de bœuf, qui dure toute la semaine, avec un plat d'excellents légumes , voilà tout le service.
Les terres rapportent, suivant leur situation , deux, trois et quatre pour cent, et se vmdent un peu mieux que les maisons. La nourriture commune est la chair salée, la ckair fiamée, les poissons salés et fumés, les légumes, les racines, surtout les pommes de terre, les fruits ^sie laitage , le beurre qu'on met sur la table au dessert» le fromage, l'orge cuite, le riz, un peu de mau- Taîs pafn de seigle. Le riche bourgeois se nourrit mieux, il mange du pain de maïs, mal levé, mal pétri et peu cuit. La bi^ est la boisson commune. Le peuple s'enivre de bière, souvent de liqueurs fertes, quelquefois de vin. Son ivresse, qui dure long-4eraps et qui se répète souvent, le rend brutal et funeuz. On boit, dans tous les états , beaucoup de thé ; l'usage du chocolat et du eaié est aussi très-eommun. On use, dans tous les intervalles de la journée , de lait , de beurre et de pettit lait. Les viandes sont exquises^ il y a beaacour de gilùer; les poissons les plus rares ailleurs y aemt en abtMidaneeh Autrefois les domestiques ne s'ciigageaîent qu'à la condition de œ Buwger du saunoB frais que deuxibîela semaine.
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17= VOTAGB
En gënéiltl le Hollandais mange un peu plus que le Françaisj mais il est sobre, et sa table est frugale. Ceux qui les appellent mangeurs de fromage, n'ont connu que les matelots et gens de port. Ils ont de bonne viande , le meilleur pois^ son, d'excellent gibier et tous les Tins délicats.
Vous y trouverez les hommes, les femmes et les animaux replets. Les visages souvent laids des femmes n'inspirent guère le désir de vérifier la réputation des gorges, et de connaître les antres appas.
Il niiy a pas d'usage constant et général chez une nation , sans une raison physique. On apprend à Pétersbourg, par l'emploi.des parfums, que les sommets de pin, qu'on écrase "âous les pieds dans la Westphalie, puisent les appartements de la vapeur dès poêles; et quand on voit un gros Hollandais, sans cesse la pipe h la bouche, si l'on considère sa stature énorme, ebsi l'on se rappelle qu'il vit de beurre et de lait, on le prendra pour un alambic vivant qui se distïUe lui-même.
Mais une des choses dont on est continuellement et délicieusement touché dans toute la Hollande, c'est de n'y rencontrer nulle part, ni la vue de la misère, ni te spectacle de la tyrannie.
Il n'y a pas de contrée an monde à laquelle la perfection de la médecine locale soit plus importante qu'aux sept Provinces-Unies, par la nature
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du sol, les traTanz de^ rhomme, l'atmosphère, la terre et les eaax. Si l'on n'accorde pas à la médecine un encouragement proportionné à la dépense des digues, ceUes-ci pourront bien, à la longue, n'enclore que des malades et des valétudinaires , des hommes enflés, bouffis , œdémateux et tels que les habitants du Phase.
Je ne connais guère de pays où la politique n'ait jeté son regard sur la perfection de la médecine. Si elle considérait, en Hollande, un domicile traversé de grandes rivièrel, couvert de marais, coupé en tous sens d'eaux stagnantes» plus bas que la mer qui bruit autour, elle s'avouerait à elle-même que la nature semble avoir condamné la contrée à l'état inculte et sauvage. On y est de toutes parts dans un état forcé; point de pain, point de vin, point d'eau; un air malsain; rien en propre , si ce n'est la crainte instantanée d'être noyé. Sans cesse le peuple va chercher au loin sa vie, et le ministère lutte contre la mort.
Les maladies épidémiqiies n'y sont pas plus commîmes qu'ailleurs; les endémiques sont le scorbut, les acides de l'estomac, Içs vers, la fièvre, les fluxions, les maux de dents, leur carie, la chute des cheveux, les ohstrvctions^ le sable des reins, l'enflure des jambes, la vieillesse prématurée, les hemi^ et les maux vénériens; ceux-ci sont communs dans les villes de commerce et de garnison , et on les guérit difficilement.
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Datu quelques villes on pratique beaucoup Tîttoculaticm depuis douze à treize aits; elle est défendue dans les antres, où les préjugés ne cèdmt qu'aux ravages de la maladie.
Quelquefois ta pédérastie se décèle ki avec une fureur inconcevable; alors la police s'empare du pédéraste notoire pendant la nuit, et te jette dans les canaux.
Toutes les rues sotft infectées de l'odeur d« la peinture : cependant la colique des potiers . est rare. Je passai devant une inaisi»r firaicbemost couverte de vert de gris ; k vapeur, qui m'aurait causé à Paris un mal de tête vifdent et subit , ne m'affecta pas. J'en témoignai ma 6uri»ÎM am docteur, qui m'apprit que l'usage journalier que je feisais du beurre et du lait en était le préservatif.
Je me sais laissé dire ici un fait assez singulier, c'est que les scieurs de grès périssaient phthisiques et pialmoniques ; que la poussière de grès coupé pénétrait, les bouteilles scellées bermétiquement, les vessies, les otvh, etqu'aucnii ouvrier n'avait pu exercer ce métier pendant quatorze ans.
Il est sur que les répareurs de la porcelaine ea biscuit vivent peu ; que la poussière des livr«c est funeste ; que la vapeur des mines tue , et qa'U y a une multitude d'arts malfaisants; tels que la peinture, la pi^éparaticn des vernis^ le canler
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DE HOLLANDE. lyS
des laines, dont les ouvriers tml presque tous la poîirioe et les yeui. eo mauvais état; les imprimeurs finissent par les jambes. Il y aurait donc im boQ traité à iaire des maladies des arts.
En Hollanilej le ùége de la. maladie des bestiaux est dans les poumons. La cause eu est vraiseniblablement dans Tacide sulfureux volatil qu'ils respirent de la terre. Les bestiaux cpi'ou nmrrit dans les etaUes' sont moins malades. On leur administre les acides Tégét^ui, le vinaigre, les ponuneB aqùles, mais surtout le marc de la distUlatîon de l'eau-de-vie de grain.
Camper, méd£cîn bollandais , en a inoculé avec MKcès : ceux qui avaient la maladie euimt guéri; cesxqui a« l'avaient pas ne l'cmt pas prise.
£n été ie mat s'accroît, et c'est alors que les eaux des canaux sont plus Ibrtement impré^ées de tourbe dissoute.
C'est k cet acide sulivreux volatil que j'attribuerais volontiers la blancheur extrême des toiles de Had£m, h i» lessive , et sur le pré.
La chute du tonnerre développe la maladie, ht danoe «t l'BCcrcût.
— On remarqua ea 1 5g6, dans la maladie épidémique de Paris, qu'un grand tonnerre avait tout à coup augmenté de cinq cents le nombre «les malades dana les hôpitaux.
A Harka, oa lessive avec la cendre, on lave avec le tan, et la toile est expMée sur le pré à un
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qir sulfureux.' Le linge s'y blanchit comme la cire et comme les ouvrages en laine du bonnetier. Peut-être faut-il attribuer à la même cause le beau rert de» arbres, les chereux blonds trèscommims , et la blancheur de là peau.
Dans les dunes , la toile se blanchit plus ou moins promptement, et plus ou moins selon les vents ; à Harlem le vent n'y fait rien. Il faudrait observer d'où viennent ces vents blanchisseurs.
L'ivoire et le marbre sales se nettoient dans une nuit à Harlem. On y couvre les couches des fleurs de tourbe pulvérisée. •
he poids ordinaire des bœufs et des vaches va de six à sept cents livres ; mais il n'est pas rare d'en trouver qui pèsent jusqu'à douze cents et par delà; des tnoutons depuis trente jusqu'à cent livres; des veaux depuis quatre-vingts jusqu'à quatre cents livres.
Une bonne vache doane en e'té jusqu'à vingt pintes de lait, en hiver jusqu'à dix à douze.
Depuis le commencement de mai les bestiaux couchent dehors, à la fin de décembre ils rentrent dans l'étable, à moins que la terre ne se couvre de neiges avant ce temps.
L'Homme d'État , ou du Gotn^mement,
Un monarque absent ; un peuple persuadé de sa haine pour la nation et de son mépris pour les lois et ses privilèges ; des évéchés nouvellement
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^rlgëd; t'ibqniâîtion >nttt)duîte ; radministration entièrement ab&ndctniiée aa cardinal de Granvelte ; les seigneurs exclus des conseils et des afiaires) la tyrannie dil duc d'Albe; plus de dix-huit mille cito3rens mis à mort; après ces atroces persécutions rinsoleti£e de sa statue; l'exécnticm du comte d'EgmoDt et Celle dn comte de Horn, les idoles du peuple ;*le centième^ le Tingtièmfl, le dixième detiier impose contre les formes établies depuis plusieurs 'siècles; Texistmce heureuse d'un chef ' tel qtté le prihce d'Orange^ capable d'animer un grand tùrpi de m^ctmtents , profbod dans les conseils, redoutable dans les camps^ entreprenant «t sftge j affable et sérère, souple et ferme selon les circonstances, iustruit de tous les moyens d'arri- Terà ses fins et n'en négligeant aucun^ puissant par sa richesse et ses revenus dans le pays , par son crédit et ses alliances en Allemagne , par la considération dont il jouissait au dehors, par l'af^ iêctioii, l'estime et la confiance qu'on lui accordait an dedans, sincère et incapable de méditer le projet de se rendre le maître, ami des lois, défenseur des privilèges etjaloux de la liberté; quand on recherche l'effet naturel de tant de causes réunies , ce n'est plus du succès de la révolution qu'on est étonné, c'est de son audace dans un moment oît le tyraA étant en paix avec toutes les puissances de l*Europe, ses forces n'étaient point divisées. Avant les troubles, les dix-sept provinces offrent CKdv*es i:
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six millions ponr le maiotien de leurs privilèges et de leurs libertés ; ils sont refiisés , et la révolte éclate.
lia Hollande est délivrée de la tyrannie sous Guillaume i; elle défend et conserve ses libertés sous le prince Maurice ; la république est reconnue État libre et souverain sous le prince Frédéric Henri ; elle jouit du repos sous Guillaume 11 ; elle a des guerres et se montre victorieuse sons Guillaume m; sous Guillaume iy, elle recouvre ta paix et la tranquillité qu'elle avait pesdues. Guillaume i, prince d'Orange, prit pour devise un alcyon avec ces mots : Sœvis tranquillité in undia, tranquille au milieu des flots eu courroux. Ce pouvait être celle de toute la Hollande. Depuis l'union des sept provinces qui s'est feite à Utrecht en 1679, TËtat n'a souffert aucun détriment des démêlés qui se sont élevés dans les assemblées générales ou particnlièpes ; l'esprit de leur devise s'est toujours conservé ; Con- ■cordia res parvœ crescunt j les petites, choses s'accroissent par la concorde. Leur gouvernement est un mélange de démocratie et d'aristocratie.
Chaque province, chaque ville, est une république particulière qui s'administre par ses lois, ses usages , ses coutumes , à la pluralité des voix , sans aucune distinction des personnes , voilà le côté démocratique ; la noblesse veillera la sûreté du pays , voilà le côté aristocratique.
lierihyGao^le
Anz États-généraux les députés sont autant d'ambassadeurs envoyés par leurs provinces. L'ensemble offre une image de la confédération des Achéens , composée de plusieurs villes pour la sécurité de toutes. Les .Achéens contre Philippe de Macédoine, les Hollandais contre Philippe d'Espagne.
On donne le nom de Provinces-Urtiea aux sept provinces ; une division perpétuelle règne cependant entre elles, et l'intérêt général ne suspend pas toujours leurs jalousies particulières. Jamais Harlem n'a souffert qu'on entreprît le dessèchement de la mer de son nom. L'opération est possible; la route de cette Ville à Amsterdam en serait abrégée; oh recouvrerait un espace immense de terres utiles. Mais les habitants de Harlem ont dit : Que deviendrait l'impôt continuel que noos levons sur les voyageurs? et nos pêcheries? Ainsi que dans les antres contrées de
la terre , ici tout s'agite , jse presse et se choque ; il ny a d'immobile que la sagesse du gouvernement.
Étals— Généraux.
• Les sept provinces* sont représentées ^r les États-généraux; c'est l'assemblée de leurs députés chargés des ordres de leurs Etats particuliers. lies États-généraux ne peuvent prendre de résolution sur aucune affaire importante sans avoir
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i8o TOÏAGI
eu l'aTis ou le consentement des États J>artica-
lîers.
La constitution hoilaodaise paraît en cela meilleure que la constitntiob anglaise qui donne uti pouvoir illînlite aux membres du parlement.- Lit, un député ne dira pad i ses Commettants : Je tous ai acheté bien cher, et jo tous vendrai le plus
chèrelbent que je pourf^i Ce propos serait
immédiatement suivi de sa déposition.
Chaque province est souveraine > et l'on peat considérer la confédération des sept provinces, comme l'union de plusieurs princes qui conserveraient leur autoritë Du leurs droits en s' associant.
Us sont titrés par toutes les puissances de l'ËU' rope de hauts etpaïasanta atigneurs; le roi d'Efi^ pagne deul les appelle mesêieufa les Étftta^aéraux ou vos seigneuries.
Le nombre des députés des provinces n'est pas fixe, chaque province en envoie autant qu'il lui plait. Leur honoraire fst d'environ deux mllltf florins par an. Parmi les cinquante députés ab»* sents ou présents, dix-huit sont Gueldres : on ne compte que les suffrages des provinces. Ainsi il n'y a jamais que sept voix.
Cbaye province préside les États h son ttmr pendant nne semaine. La présidence toiaïneûte le dimanche à minuit, et finit le dimanche suivant à la même heure^ L'honneur de la présidence est réservé au chef de la députation.
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DE IIOLLAHDE. i8i
Les députes sont assis ^ suivant le rang de la province, autour d'une longue table. Le fauteuil du [«^sidenlKst au milieu ; & la droite du prési- ' deot siègent les de'putés de Guetdres, à sa gauche sont places ceax de Hollande, et k la suite de ceux-ci, les dépatés de Zélande, d'Utrecht, de Frise, d'Over-Issel et de Grtmingue. Il n'y a que sis chaises; les autres députés sont debout. Tel est l'ordre d'une des plus solennelles et des plus augustes assemblées qu'il y ait qu monde. C'est là que sont agitées les affaires de la république et du monde. C'est là qu'Mi voit des commerçants, des bourgeois prendre le ton imposant et l'air majestueux des rois.
Les députés ont reçu leurs instructions de leurs provinces j s'ils manquent ide fidélité dans leur r^, ils n'en simt responsables qu'aux Etats particuliers qui les ont commis ; les États-généraux n'ont aucune juridiction personnelle sur eux. La dorée commune de la commission d'un député «st de tFois ou six ans. On peut la pn^onger. Le conseiller-pensioraiaire de Hollande assiste tous les jours k rassemblée. Sa fonctirai est de proposer aa nom de aa province.
Les militaires sont exclus des États-généraux sans en isùeepter le capitainc^général ou staYbouder, qui, ses ppt^Msitions faites, se retire et laisse aux délibérations toute leur liberté.
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Greffier.
Les Ëtats^Dëraux nomment -leu* greffier. Sa charge est importante , et sa place la plas lucrative de l'État; ses honoraires vont au delà de 6ojOOO florins. Il ne manque à aucune assemblée, il tient registre, des résolutions; il rédige les lettres et les instructions pour les ministres étrangers; il assiste aux conférences avec les ministres des différentes puissances, il y donne sa Toix; il a le même privilège aux comités nommés par les Etats-généraux; il lit la prière à l'ouverture de toutes les séances, auxquelles cette cérémonie donne un air imposant et religieux; il est assis à l'extrémité de la table, la tête couverte tandis qu'on délibère ; il rédige la délibération, dont il &it lecture tête nue et debout denière le fauteuil du président.
Un député de la province de Gueldres insistait sur la diminution des appointements de 30,ooo florins de M. Steen, grand-pensionnaire de Hollande, mort en 1775. Celui-ci, tirant/one lettre de son portefeuille, et la présentant au député, lui dit : «Peut-être, miHisieur, que quand vous saurez qu'il m'en a coûté 5o,ooo écus pour obtenir cette preuve de votre trahison, vous ne trouverez plus que mes appointements soienttrop forts. H
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DE HOLÏ^ANDE. l83
Conseil tFÉlat.
Le conseil d'État est composé de douze députés des provinces. On y traite des affaires militaires, de l'administration des finances > de la somme nécessaire pour la dépense de chaque année » et d'autres objets. Le trésorier général siège au conseil d'État. Sa fonction est presque la même que celle de notre contrôleur général; il inspecte les projets du conseil , il veille sur la conduite du receveur général et des autres receveurs subalternes de la généralité. Il ne peut s'absenter de ^ La Haye sans en avoir obtenu la permission des États-généraux. Ce conseil a deux employés ou ministres, un receveur général et un secrétaire; tous les deux à la nomination des États-généraux. > Chambre des Comptes,
Cette chambre a la direction d'une partie des finances. Chaque province y députe tous les trois ans , et ses deux députés changent tous tes trois ans. C'est là qu'on examine et' qu'on arrête les comptes de tous les collèges de l'amirauté , et de tous les comptables, sans exception; c'est là qu'on enregistre les ordonnances du conseil .d'État sur le receveur général et sur les autres receveurs. Le Haut-Çonseil de Guerre.
Il y aun conseil de guerre permanent et établi à La Haye. Ce conseil a un président, huit asses-
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iH VOÏAGP
seurs et on greffier. Il connEiit de tous les délits des militaires, excepté des Suisses. Les arrêts de mort rendus dans les difierentes garnisons ne s'exécutent point sans la confirmation de ce tribunal ; il faut encore qu'Us aient passé sous les yeux du stathouder, qui peut commuer la peine en moins, mais non pas en plus.
Déptitalion à fermée;
En temps de guerre , les Ëtats-généranx eiw voient des députés à l'armée; ils ont Si leur tète un membre du conseil d'État. Leur dépense est taxée à 70 florins chacun par jour. On leur rend les honneurs de la souveraineté. Sans leur avis et sans leur consentement, le général en chef ne peut ni livrer bataille, ni entreprendre un siège, ni former aucune entreprise d'éclat. Il y a un grand inconvénient,- ce me semble, \ lier les mains a un général d'armée; la guerre a des instants si précieux !
Les États-généraux ne peuvent ni déclarer la guerre, ni faire la paix, ni conclure aucun traité sans le consentement unanime de toutes les provinces; les États-généraux ne peuvent non plus, sans la même unanimité provinciale, ni lever de l'argent, ni lever des troupes. Les lois qu'on ai^ réte aux assemblée^ des États-généraux n'ont de force qu'après l'approbation des États de chaque jnvvince. Il en est d^ même , et des réglemeiits
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DE HOLIiANDB. i^5
ûouveamt, çt 4e l'abrogation des anciens, qu'on 6Gt daps i'iisage de regarder comme le& bases de la république. Du reste j ils confèrent tous les gouvernements, ce sont eux qui nomment les gémrain, c'est k eux que ceux-ci prêtent germent. Ufi wt beaucoup d'influence sur tes ré^olutiou^ prorinciales. Dans le pays de la généralité , ils font les magistrats et nomment tous les olHciers dépendant du ressort.
Le lieu de leur assemblée est au palais de$ anciens comtes de Hollande. C'est une longue galerie tufHsaée d'un« vieille hauteliCQ, et décorée des portraite de cinq stathoudere. On y entr4 par trois portes , pour éviter toutes les difficulté^ du cénéoKwi^l-
Le Cotueil des Bourguemestres.
Ce conseil;, quoique compose' d'upe quaraotaiqe de' p^rs{»pnes, est du plus grand secret.
Les Commettants.
Un commettdUt est toujours ^^ grand propriétaire. Cela me parait juste, ^intérêt perspn» Bel étant toujours la mesure du sentimeot patriotique. Il n'y a point de patrie pour celui qui »'a rien ou qui peut emporter av^ç lui tout ce qu'il a.
Le eoumettaut peut sa &ire accompagper par deuxd* sep cpitcit^yens anx délibérations de l'JÈtat.
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11 est révocable sur-le-champ. 11 n'accède à aucune conclusion sans en référer k sa ville, et sans que la ville en ait référé k la diète de la province.
Pavone que plus j'examine cette constitution, plus elle me paraît sage. Mais n*a-t-elie aucun inconvénient? J*eo doute. Maispeut^elle convenir k un grand Empire? C'est une question à examiner.
Du Stathoudérat.
Le stathouder est capitaine^néral des armées des FroviDces-Unies , sur terre et sur mer. Sa chai^ est héréditaire, tant aux mâles qu'aux femmes, nés en légitime mariage, professant la religion reformée, pourvu qu'ils ne soient ni rois, ni électeurs, et que les femmes n'aient pour époux ni électeurs, ni rois.
Le stathoudérat est devenu héréditaire sous le père du stathouder actuel. C'est l'ouvrage des Bentings, chefs de la no^essê, et tous les dem chéris du peuple. lisse déguisèrent en matelots, ils échauffèrent les esprits , ils excitèrent des révoltes; ils s'étaient proposés par cette manœuvre de se rendre agréables au stathouder, et de dominer k la cour et dans l'État. Us ont été trompés dans leur attente ambitieuse.
J'ai vu ces hommes. Je leur trouvai la gravité imposante et rustique des anciens Romains. De
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DE HOLLANDE. ïSy
Rhoone le cadet avait le regard pénétrant et Tiff il voulait fortement, mais il ne voulait pas longtemps; l'aîné projetait lentement, mais il ne se relâchait point.
Sous Philippe n, le prince d'Oraflge était déjh gouTemeur des provinces de Hollande » de Zélande et d'Utrecht. Les Provinces-Unies ont accordé aux stathouders les mêmes prérogatives dont ils avaient été revêtus sous le roi d'Espagne; mais elles se sont réservé tonte la puissance de la souveraineté, comme de faire la guerre, la paix, des alliances, de battre monnaie et de lever des subsides.
Le stathouder dispose de presque tous les emplois militaires : cependant il n^ crée point les généraux et ne nomme point aux gouvernements. Il prescrit les règlements, qu'il juge nécessaires aux armées;'il propose aux États-généraux la dépense que le militaire exige pour chaque année ; il préside le conseil de guerre, il en confirme les jugements, il peut les modérer et faire grâce; il députe, mais seulem^it en son nom et pour les affaires qui le concernent, des plénipotentiaires dans les cours étrangères. Les ambassadeurs et les autres ministres des souverains sont envoyés aux États-généraux; s'ils sollicitent des audiences du stathouder, s'ils lui font la cour, c'est un pur devoir de politesse. Gimme stathouder, il préside tous les collèges de l'amirauté dans lés sept
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iM VOYAGE
provinces , et l«s «ssembléeg de la compagnie det Indes orieotales et occidentales. 11 est arbitre des difTérends qnî surviennent entre les provinces, les villes et les autres membres de FËtat ; si l'af feîre est ëpirfeuse, il peut appeler auprès de lai quelques assesseurs, et son jugement est déBnitif et sans appel. £n qualité de chef des cours de justice^ il nomifie à des emplois civils ; il peut remettre la peine de mort, mais c'est l'État qui la décerne. U choisit de son autorité, dans quelques villes , entra les sujets qui lui sont- présentes pour la magistrature ; il nomme aux places dq plat pays , il les ôte à volonté. 11 serait &ciLe de penser que toutes les forces du gouvernement sont dans sa main, et qu'il règne ; cependaet il n'en est rien.
Il a sa consommation franche, et ses biens aoni libres de toutes ebarges publiques. Ses revenus oomme stathonder sont de 35o,ooo 'florins. L'ËUl &it de fortes pensions à. ses en&nls. Si Us subrsides se levaient en ipn nom, la nation avare liù reprocherait jusqu'aux livrées de &es pages.
L'autorité du stathouder s'accroît pendant la guerre ; ht la paix , la puissance civile reprend tant ce qu'elle avait cédé de ses droits à la Décessiié des circMistances. Le stathouder opine toujoun pour augmenter la milice, les États pour la diminuer. Le stathouder a pour raison ou prétexte qu'il &ut que la république SQÏt puissante aade-
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DE HOI^liANDE. 189
hors; la république lui répond' qu'il vaut beaucoup mieux qu'elle soit libre au dedans. -
Ld pribcease Caroline, fille du roi Georges 11, et femme de Guillaume rv, prince d'Orange , gDUTemEinte peudaut la minorité de Guillaume V> n'agréa aucun -des trois sujets que les boui^ mestres d'Amsterdam lui présentèrent; elle e'tait fière et despote, et elle avait accordé sa protectl<»i à un sujet mal famé. Les bourgmestres lai dirent: « Votre intention, madame, est sans doute que nous dstons de.ootre droite et tiens en userons, » Ils se passèrebt de son agrément, et l'on a'en est passé depuis. Cet événement est de l'an«née iyBS...
L'année piassée ( t yf2 ) le secrétariat de Hoterdem à Amsterdam vint à Vaquer. La ville Je Ro^ terdam présenta-un snjet tout^^jfhit républicaiil , et nullement statfaoudérien. Le prince essaya de porter l'aiTaire aux États-généraux; c'était une in&action manifeste des privilèges d'Amsterdam et de Roterdam. Il retira son avis, et fit bien. Rsterdam et Amsterdam sont deux villes oiiteft. . . .
Au temps des cou£hm de la princesse actuelle de Hollande, on délibéra aux Etats de je ne Ëais quelle province d'envoyer savoir des nouvelles de sd santé. Un marchand dé vin dont c'était le tour de voter dit : Snvoyet gui vôub vûudretf pour moi jv n'y vaiepaa : je »ttié mi. Cela s'ekt pkssé en 1775» Éumoisd'eoât...
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igo VOTApE
S'il vaque une lieutenance de ville, te stathouder n'y nomme pas, mais il recommande. Il arriva que, parmi trois concurrents à cette place, il y avait uq déterminé républicain; le stathouder n'osa pas le rayer ; mais bien qu'il l'eût inscrit le dernier, il fut élu.
C'est le père de celui-ci qui a e'té le premier stathouder des Provinces-Uniès. La Frise, qu'il a gouvernée despotiquement, est aujourd'hui la province qui loi est le moins soumise.
Le père du stathouder actjiel disait , lorsqu'il avait accordé un emploi : Je viens de faire Quarante mécontents et un ingrat,... Et il devait s'y attendre; l'emploi n'ayant été conféré qu'à la condition de trahir, la patrie, la promesse était aussitôt oubliée que le protégé avait atteint le dernier terme de son ambition. . .
Une aubergiste d'Helvoet demanda à Georges n deux guinées pour deux œu^. Georges lui dit : Bst-ce que les œuis scmt si j^ares ici?... Non, loi répondit-elle , mais les rois.
A Riswick, à l'entrée d'un champ, un paysan yint à Jean n, électeur palatin, et lui présentant sa fourche, lui dit : Que fais-tu ici , roi de JBohême? que ne t'en vas-tu dans tes États?...
Le stathouder eut avis qu'il allait paraît^ un ouvrage violent sous le titre de Vlrmtilité du stathoudérat, il mit tout en œuvre pour en empêcher l'impression. Les magistrats lui dirent : Ou
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la chose n'est paa, et dans ce cas il importe peu qu'on la publie y ou la chose est ^ et dans ce cas il est bon gu'^ la sache-.. '
Il ne serait pas difficile d'en composer un second, où l'on prouverait que le stathoudérat héréditaire est nuisible. Le stathouder, qui n'est qu'on général de troupes, n'a pas le priTilége de naître on grand général. En fixant cette dignité dans la même famille, il me semble qu'on a trouvé le secret d'avoir à la tête des armées une longue suite d'ineptes. Cette iustitution est aussi ridicule dans une démocratie qu'elle le serait dans une monarchie. Dans une société bien ordonnée, il ne doit point y avoir d'emplois héréditaires ; c'est au talent à donner la- place. La constitution de la Hollande serait aussi parfaite qu'il serait possiUe de l'imaginer, si les dignités de général et d'amiral étaient séparées ; si les personnages qui en auraient été pourvus, et qui seraient toute leur vie à la solde de l'État , pouvaient être aussi facilement. déposés que les derniers des employés; et, s'ils étaient déposes au moment même où ils seraient soupçonnés de se &ire des créatures, on leur lierait les mains et on les isolerait en les privant de voix dans les conseils, et de tontes nominations aux places vacantes , même à Farraée.
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tgs VOIAGt
Politique.
L'ambitioo de la république est de s'enrichir , etnonr de s'agrandir. Le Hollandais ne veut être qae coramerçsot } et n'avoir de troupes que ce qu'il lai en &nt pour garder sa frontière, et de marine qu'autant que le soutien et l'accroïssemeot de son négoce l'exigent. U ne respire que la paii, ou des guerres entt« ses Toisins auxquelles il ne prenne aucune part; qui les affaiblissent, et qui lui laissent h lui seul le commercedu monde.
La fantaisie d'un statbouder est d'être foi} il est porté vêts ce terme par une impulsion natur«lle, mais il en est éloigné. Cependant le Hollas> dais ne peut être trop attentif à ses démarches; il n'en fiiit presque aucune qui soit indiffér^ite. Jusqu'à présent tout est assez bien; les places importantes à l'armée sont occupées par des nationaux ; il ne peut mettre des troupes en mou- Tement que du consentement des États ; c'est aux magistrats que les garoisons jui%nt fidélité. Si sa protection devenait toujours un titre d'exclnsiob aux grâces, son influence dans l'administration des colonies cesserait tout & coup. On rampe devant lui jusqu'à ce qu'on en ait obtenu l'emploi qu'on en sollicite; mais, la grâce une fois obtenue , il se trouve exactement que l'Ëtat a recouvré un citoyen et que le stathouder a perdu une créature..
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DE HOLLANDB. igS
Jl leur a déplu que le stathouder s'unît à la maison de Brandebourg; ils ont craint qu'il ne sortit nn jour du duché de Clèves une nuée de soldats étrangers qui se joignissent aux nationaux et ne les subjuguassent. Leur frayeur parait d'autant mieux fendée que les troupes nationales sont composées de Suisses^ d'Allemands et autres , et que la politique du capitaine-général est de les avancer de préférence à ceux du pays , qui se dégoûtent et se retirent.
Le pays réserve ses habitants pour lecommerce, et n'emploie à sa défense que des stipendiés; les Carthaginois ) commerçants, en usèrent ainsi, et s'en trouvèrent mal.
Os sont persuadés que quand ils auraient été médiateurs entre la maison de France et la maison d'Autncfae j ils n'auraient pu négocier plus utilement pour eux que parle traité de Versailles. En se réserrant les Pays-Bas autrichiens, l'impératiîce-reine a élevé entre eux et la Hollande une barrière inexpugnable. Entourés de la mer de toutes parts , ils sont gardés par une multitude de forteresses du seul côté qui permette l'entrée de leur terrain.
Us ne verront jamais sans les plus vives alarmes passer les Pays-Bas sous la domination de la France» La république a toujours observé religieusement les traités qu'elle a foits, lors même qu'ils lui étaient désavantageux ; en tonte circons-
OGVTIU INÉDITES. ' 3
tance, elle a vu dans le trouble de son comaerce
pins d'incoDTéoieQt à les rompre qu'à les garder.
Si'l'on y réfléchit avec attention, on s'apercevra que le gouvernement le plus voisin de k pure démocratie est celui qui coorrient le mieux à un peuple commerçant dont la prospérité dépend de la plus grande liberté dans ses (^>ératioQS. Personne n'entend mieux rintérét d'un m^ gociant que lui-même ; au moment on quelque autorité se mêle de le diriger cm par des leçons ou par des lois, tout est perdu.
C'est la raison pour laquelle ceux qui (mt anciennement donné un statbouder à la Ht^nde, et ceux qui dans la suite ont rendu cette dignité héréditaire, se sont laissés tromper par des circonstances particulières qui ne ks excnscnt point, et entraîner vers une sorte d'admînistratiaD diamétralement opposée k Fesiwit et au bonheur général. Les funestes effets de ce gDUvernement commencent à s'y faire sentir; de jour en josr ils s'accroîtnmt avec l'autorité du stathouder, jusqu'à ce que , par des progrès insensibles , cette autorité , conduite à l'extrême, amène l'esclavage et la misère, source d'une autre révolution.
Protégez l'infilustrie, mais gardeir-vous de lai commander. Les règlements, les inspections, la prohibition , les défenses , les ordonnances ne soat jamais sans inconvénients lorsqu'il s'agit d'un objet aussi variable que le commerce. Il ne faut
n,çin,-.^ii.G*)Ogle
DE HOLLANDE. igS
pas de lëgislatloD où la nature a constitué un despote attentif, juste, ferme, éclairé, qui rëconipense et qui punit toujours avec poids et mesure : l'intérêt, saos cesse &Torable à ceux qui le consultent Sagement, n'est jamais cruel que pouv ceux qui Featraident maL
Forces de FÉtat.
Les re-veuos de la République sont le résultat des sommes qui se lèvent sur la généralité, dont l'administration est confiée au conseil d'État, et des ordinaires et des extraordinaires que les Pro- TÎDcea-Unies et le pays de Drente fouroisseat tous les ans suivant leur contingent, en conséquence de la pétition que le conseil d'État a adressée aux Ëtats-généraux potir la dépense présumée nécessaire dans l'année suivante.
La Province de Hollande fournit cinquante-sept sor cent de subside.
Les forces consistent ; i'. dans un grand nooLtHre de |Jaces de guerre sur la frtHttière; 2'. en quarante mille hommes de troupes de terre ; 5°. en vingt vaisseaux de ligne, que l'amirauté arme tous les ans; 4*' ^" *^^ multitude de rivières dont les eaux peuvent inonder la plupart des provinces et les garantir de l'af^roche de l'ennemi : triste resscHirce; 5*. dans tous les ports du pays, excepté Vlissen^n et Helvoet, qui sont dangereux, et où il est presque impossible d'entrer ; &. dans i5.
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igfi VOTAGE
l'amour de la liberté et l'horreur de la monarchie , deux boulerards , sans lesquels les autres ne sont rien.
Des guerres longues et dispendieuses ont fait ccmtracter à l'Etat des dettes immenses; les citoyens ont fourni des fonds dont ils reçoivent un intérêt à deux et demi pour cent tous les ans. On a fitit quelque remboursement; la province de Zélande est la seule dont les finances soient encore dérangées. Four lui faciliter les moyens de se libérer, elle ne paiera pas de contingent d'ici h quelques années.
L'État n'est pas riche; mais il fourmille d')ionimes k argent, qui savent le faire valoir et délier leur bourse dans les besoins. Faut-il laisser durer , £iut-il acquitter la dette nationale? Les uns disent : Si on l'acquitte, l'aident s'en ira cfaez ' l'étranger; le besoin viendra, et l'on n'aura pins rien ; d'autres répondent : l'État qui s'acquitte voit sans cesse s'accroitre «on crédit : l'argent placé au loin rend davantage ; au moment du besoin , si les portefeuilles sont pleins , on fond ses effets, même à perte, et les capitaux rentrent; ou si on ne les fond pas , c'est qu'appareomient les intérêts suffisent pour satis&ire à l'impôt. ^ U y a peu de pays où l'habitant soit plus chargé d'impêts , tous les objets de consommation y sont assujétis ; on les appelle accises : ils font le tiers du prix du pain, du vin, de la bière et du
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cbauffage; mais la perception n'en appesantit point le iàrdeaa , on est accoutumé à Toir les denrées à peu près sur le même pied) on n^eo est point eBaronche', et Ton ignore presque que l'accise est payée, et chex le boulanger, et chez le boucher,, et chez le cabaretier.
L'impôt sur le sel, le savon, le cafë, le thé et toutes les choses qui se consomment dans le pays, est moins fort. La pomme de terre est mise au rang des denrées de premier besoin. Le pain n'est qu'une nourriture de seconde nécessite'.
Le statho^der et sa maison sont exempts des accises.
Lies impôts réunis se montent k des sommes considérables dans chaque province.
Il n'y a point de fermiers-généraux.
Il y a une taxe sur les domestiques, les chevaux, les carrosses et les bestiaux. La taxe des domestiques s'accroît avec leur nombre. Les terres et les maisons sont taxées. On la double pu triple en temps de guerre ou autre besoin urgent.
Dans les mêmes circonstances on lève le centième ou le deux centième denier de la valeur de tous lés biens, soit en fonds de terre, soit en oldigatioiis sur l'Etat; dans les provinces à grains, les terres ensemencées sont sujettes à l'impôt.
Un revenu très-considérable est celui qui provient h chaque succession collatérale du quarau-
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rtp VOYAGE
tîème denier de la vente de tons les tneiis en tasàs de terre, des bâtiments, des T&isseanx et des hypothèques sur les Ibnds de terre. Les biens vendue par décret paient le Tingtième denier.
Le papier timbre ne laisse pas de pntduire.
Tous les actes de justice , toutes les revêtes de TËtat doivent être sur papier timbre. Sa valeur est en raison des sommes spécifiées dans l'acte os du produit de la vente d'une charge, d'une maison , on d'un autre effet.
Il y a des receveurs établis dans les villes et dans chaque province; ils perçoivent ces taies, et les versent ensuite dans les caisses générales- Ces receveurs ont des gages fixes ; ils paient les intérêts des obligations sur les villes et sur les provinces. Un receveur général acquitte les intérêts des obligations sur la répuUique. Les porteurs d'obligations regardent ces eâfets comme de l'argent comptant, parce qu'ils en touchent les intérêts i leurs échéances, et qu'ils en disposent comme d'une lettre de change.
Les droits d'entrée et de sortie sont légen, et perçus par les cinq collèges de l'amirauté. Cest un fends pour l'entretien de la marine.
Les impositions sur les objets de consommaticn montept très-haut. J'ai déjà dit que le peuple n'y faisait pas attention ; il achète les choses nécessaires à la vie et i l'entretien, et il ne croit en payer que le prix qn'on lui en demande; il
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DE HOtLANDE. 199
confond la valeur avec l'accise, moa miinBiumr d'uo joug qu'il porte i scn insu.
Ou ne répii|(De point aux taxes, parce qu'elles sont proportiomiëes aux fortunes» qu'elles sont Traimeot employées aux besoUis de l'Ëtat, et qu'elles De s'éranouisseat pas en passant par une longue suite de mains rapaces. Celui qui fait la plus grande dépense paie le plus d'impôt à l'État.
J'ai ouï dire que, faute d'avoir égard à la qualité des terrains, il y avait quelques contribuables vexés.
Un Ëiit presque incroyable et vrai, c'est que les droits sur les entrées, sorties, leurs consammations et autres analogues , produisaient jusqu'à a5 on i6,Doo ûo^ns par seuutiiie.
Milice, Marine et Colonies.
QmSie peuples, les Français , les Allemands , les An^is et les Écossais eut pris les armes pour la Hollande, sans leur inspirer l'esprit martial.
U y a peu d'<^ciers, peu de soldats an service de la [»x>!ïii)ce de Hollande.
Dans la idemière guerre , la province de Gueldres a entretenu quatre régiments; la Hollande, vingt-six; la Zélande, six; Utrecht, quatre; Im Frise^six; 0ver4asel,deux; Groningue et Drente, un.
11 y a trois régiownts écossais , six régiments
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200 VOÎAGE
suisses; dans les cas les plus urgents, on ne force
personne à prendre les armes.
En campagne > le stathouder , cintre son rerenn annuel de 5oo,ooo florins, en a 100,000 pour les espions et les correspondances secrètes; il dispose de cette dernière somme sans en rendre compte-
Marine.
La république des Frovinces-Unies a tiré sa force primitive de la mer, dont elle est sortie; c'est par Taccroissement successif de sa marîne commerçante qu'elle a acquis de la richesse, de la consistance et de la &rce.
L'amirauté est partagée en g^nq collèges; il y en a trois en Hollande, un à Midelbourg en Zélande, et un à Arlingen en Frise. Chacun de ces collèges est composé de douze députes tirés des , provinces oii ils sont établis , et des provinces réunies; leur honoraire est de mille florins : ils en ont quatre par jour quand ils sont en commission; il leur en est alloué un pour leur messager. De ces députés, deux sortent du même collège, et font place à deux autres. Les sentences en sont sans appel.
Chaque collège dépend des États-généraux; ils ont, comme nous avons dit, la recette des droits d'entrée et de sortie; ils disposent absolument des
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DE BOLLANOE. 30i
affaires de la marine ; chacun d'eux préside à son tour. La présideoce est d'une semaine; la durée, de leur commission est de quatre ans. li y a toujours un député noble.
Le stathonder est grand amiral, président de tons lès collèges, et nominatenr de tous les officiers de la flotte. La dixième partie des prises lui appartient; il a un préaTis et Toix délibératÏTC.
La marine militaire hollandaise est peu de chose; quant à la marine commerçante, elle est égale au moins à celle d'Angleterre; le nombre des vaisseaux qu'elle peut mettre en commission est exorbitant.
On dit qu'Amsterdam a plus dïf vaisseaux que de maisons.
lia marine hollandaise est ingrate. Le capitaine, les officiers, lés pilotes à qui il est arrivé de perdre un vaisseau ne trouvent pas &cilement de l'emploi.
liC matelot a, par mois, depuis 5 florins-josqu'à 7 , et 5o florins de gratification; ou de 8 à 9 florins, et loo florins de gratification.
Le soldat, par mois, depuis lo jusqu'à i3 et i5 florins, et i5o florins de gratification.
Le bas-officier, le second commis des viyres, le second canonnier, le second cuisinier, le caporal militaire, le caporal marin, chacun i4 florins par mois, et i8o de gratification.
D,gn,-.rihyGOO^Ie
ao3 VOYAGX
Lie second maître d'ëquipa^ et le secendiuR ître sur le gaillard-ATant, ont permiisioQ d'une caisse en marcliandisea pour le retour; et tous les autres officiers Vont eu partant : cette caisse est da la valeur de 14 florins.
Le second maître d'équipage, le second 'maître sur le gaillard-avant, les trois cbirorgiens, 19 florins de paie et aoo florins de gratiâcatioo.
Les officiers de tillac et maîtres d'équipa^ ont aa florins de paie et Soo florins de gratification.
IjO premier oBicier sur te gaiUard-a-rani, a ao florins de paie et 3oo florins de gratiâcatioB.
Le premier canonnier, de paie 30 florins, de gratification 3oo.
Le deuxième chirurgien, de paie aa florios, de i^atifîcatîon 5oo,
Le premier cuisinier , de paie ao fkarins^ de gratifiréatioQ a5o.
Le premier capitaine, de paie 6a flonns, de - gratification aooo.
Le }»%mier commis des vivres, de paie ao florins, de gratification a5o.
Le premier pilote, de paie 5o florins, de ^atifîcatiou 1000.
Le premier chirurgien-dpcteur, de paie 5o florins, de gratification looo.
Le deuxième pilote, de paie 56 florins, de gratification 400.
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DE HOLLANDE. ao3
Le troîsième pilote , de paie a6 florins , de gratification 5oo.
Ije premier maître d'équipage, en partant, a permission pour une caisse de ao florins; un panier d'envircm trois cents bouteilles de Tin ; deux caisses à tîq; deux tonneaux de bière, chacun de trois cents bouteilles; deux cares àean-d»-vie, toutes deux de 5o flacons.
Le pmnier maître d'équipage en retour a permission pour la même caisse de 3o florins.
lie second maître d'équipage, en partant, a permission pour une caisse de 1 4 florins, et pour deux caves à eaur-de-vie.
Le premier maître sur le gaillard-avant, en partant et au retour, est traité comme le premier maître d'^piipage.
Le traitement du premier canonnier et du second chimi^en est le même.
Le premier cuisinier et le premier commis des TÎvres ont, en partant, une caisse de 30 florms, un panier de vin , deux caves à eau-de-vie ; au retour la caisse seulement.
n n'y a point de permission, en revenant , pour les autres bas officiers.
Le commandant des soldats, ou sergent, a de part 30 florins, et de gratification aSo; en partant, une caisse de ao florins, un panier de vin , quatre caves d'eau-de-vie, deux tonnes de bière, deux caisses à vin; une caisse à chapeaux, qu'on
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ao4 VOYAGE
remplit de ce qa'oa vent , et une caisse k pipes.
An retonr rieo.
Les ordres de la compagnie portent qne les caisses permises en partant ne contiendront que des vêtements et aliments de voyage, sous peine de confiscation; cependant elles sont toutes pleines de marchandises.
La marine commerçante a nui à la marine militaire ; plus il y a de marchands , moins il y a de soldats.
Ce sont les Jui& réfugiés en Hollande qui ont appris, par leur exemple, aux Hollandais à fermer des établissements sur les côtes de Barbarie et dans le Levant.
Les hommes qu'ils envoi^it dans leors colonies, pour les administrer, ne valent gnère mieux que la plupart de ceux que nous envoyons dans les nôtres. Ils n'ont que de faibles appointements ,* mais ce qu'on appelle le tour du Bâton eitB\ considérable, qne rien n'y est plus commun que des ibrtunes rapides.
C'est alors que la protection du stathouder, bien ménagée, peut beaucoup; il faut qu'il s'intéresse vivement et qu'il cabale secrètement ; s'il écrit, tout est perdu : sa signature au bas d'une lettre de son secrétaire serait un titre d'exclusion.
S'il n'y a point de probité à l'épreuve du passage de la Ligne, cela est encore plus vrai de la nation hollandaise que d'aucune autre.
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DE HOLLANDE. 3o5
Quelles geos que ces colons de Ceylan et de Madagascar! des hommes qui n'ont rien, soit qu'ils soient nés sans fortune, soit qu'ils aient dissipé celle qu'ils avaient ; que l'avidité eipatrie,. que le désir de revoir incessamment leur pays pousse à toutes sortes de rapines. Ces hommes, vicieux en partant, deviennent des tigres par leur séjour aux Ues. On dit en Hollande, comme ici, de celui qui revient des colonies sans une fortune immense, que c'est un sot. Dans une contrée oii l'or pallie tous les vices, il y a cepèndant des hommes qui se sont enrichis par des voies si déshonnétes, si atroces, si connues, qu'ils en demeurent chargés de l'opprobre du public ; mais il m'a semblé qu'il entrait beaucoup de jalousie dans ce blâme, et que tel d'entre les détracteurs de cette odieuse opulence n'aurait pas' hésité à se couvrir de sang au même prix.
Les Hollandais ont un code noir, mais il est tombé en désuétude. Ils en donnent ponr raison que les Nègres criminels qu'on défère à la justice ne manquent jamais d'accuser leurs camarades de complicité, et que ceux-ci une fois emprisonnés et l'habitation restant sans cultivateurs, le , propriétaire est ruin^; ils ajoutent qu'un colon avare n'est pas pressé de tuer un homme qui lui a coûté depuis la à i5oo jusqu'à 3000 0orins.
Si j'en crois M. Cazot, qui a de grandes poslessioDs aux îles, et qui a longtemps administré
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ao6 VOYAGE
lui-même ses habitatiims» les Nègre» ne soKt méchapts que sons des maitres qiii corrompent lenn feuimes et leurs filles^ qui les Dourrissent mal, et qui les excèdent de trarail.
L'homme Uanc ou noir aime la vie, tant qu'on ne la lui rend pas insupportalde.
Je suis entre dans un vaisseau de qnatr^-viagldix pièces de canoD. Quelle machine! Je l'ai mesuré : il m*a paru avoir de longnenr soixante de mes pas> sur vingt-cinq de largeur^ im peu [du ou un peu moins.
J'ai vu l'yacht de l'amirauté. C'est une petite maison chafrmante oii l'on trouve toutes les eoramoditéa et tout le lu^e des nôtres, des glaces et des vernis ; de quoi loger huit maîtres, en couchant deux k deux, leurs domestiqaes en même nombre, et douze personnes employées; les unes à la cuisine, les antres à la manœuvre du boudoir flottant. Il y a une petite salle de annpegnie ^ une petite salle à manger ; le dessus du pont est éclairé par des ouvertures iàites an plafond.
L'yacht» en hiver on temps des glaces, estpré» cédé d'an autre bâtiment armé à la prone d'an fer tranchant qui lui ouvre le passage.
La Noblesse.
La noUesse en Hollande, où heareosemott le gouvernement ne la donne .pmot, est bonne, aitcicnne, et y conserve toute sa di^ité. ^le forme
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UQ collège dans les États de la province, dëpute aux États-géBéraox aTCC vois dëKberatÎTe, préside dans toutes les assemblées oh elle assiste , et sa vigilance est excîtëe par des honoraires assis sur les biens edlësiastii^es.
Le premier noble dans chaqne province, altematÎTement avec le pensionnaire, garde les sceaux. Les nobles ont beaucoup d'emplois i vie dans les eaut et forêts.
Les jennes nCKbles doivent se iâire inscriiv sur le registre de la noblesse de la province , poar entrer en fonction à leur tour.
La province de Frise n'a point de coUe'ge de nobles , les possesseurs de grandes terres y représentent le plat pays. Et dans la province d'Utrecht, il lànt être noble des deux cât^ pour être admis dans le collège. Les nobles sont partout ce qoe nous appelons ici les notaHes.
Dans les Provinces-Unies on ne connaît point de tiers -état. La souveraineté réside dans le peaple, et elle est représentée dans les villes par les bourgmestres, les cchevins, le conseil de ville ; et dans les campagnes pat* les nobles.
La Magistrature.
Les éckevins et les fiscaux sont magistrats dans les villes et dans les bourgs.
Chaqne province it sa cour de justice et ses États.
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3o8 VOYAGE
Les bourgmestres ont commanément 600 florins d'honoraires. Les échevins ont un droit de pre'sence; c'est un jeton de la valeur de 36 sous. Les baillis ou fiscaux ont 600 florins pour leurs soios; lorsqu'ils ont suivi un prtcès à l'extraordinaire. Les conseillers ont 3oo florins. Les appointements du président ne sont pas an deU.
Les magistrats .de ville administrent la justice, font la police, et dirigent les finances assignées par les États de la province; ils perçoivent les subsides , ils fixent l'impôt sur les objets de consommation, relativement aux droits de chaque ville j ils peuvent le diminuer, mais non l'au^ menter.
Ce subside est employé à l'entretien, à l'embellissement des villes, et au paiement des magistrats et de leurs officiers.
On arrive à la magistrature par la probité, par le talent, mais surtout par la faveur des échevins, qui vous introduisent dans le conseil de ville ; des bourgmestres , qui vous proposent pour échevins; des bourgmestres et des échevins, qui concourent à vous faire élire bourgmestre; et du stathouder, lorsqu'il a droit d'élection ou de confirmation. La durée de la magistrature n'jsst que de deux années. Plusieurs médecins ont siégé aux États-généraux, aux Étatsprovinciaux, et sont devenus bourgmestres dans de grandes villes.
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La justice est leate, mais elle se rend. Les magistrats sont amovibles; par cette raison, ils ne &nt point un mal qu'on pourrait leur rendre. Le peuple est plus important en Hollande qu'ailleurs ; on cherche à lui plaire ^ et c'est un moyen sûr de lui être agréable que de le contenter sur ce point.
La plupart des proTinces ont nne cour de justice à laquelle on appelle des villes particulières et du plat pays i excepté dans les causes criminelles.
On se pourroit en révision devant les États de la province , qui nomment un certain nombre de personnes versées dans les lois et les coutumes , pour «xaminer le jugement rendu. Leur sentence est définitive.
Les moyens de la plaidoirie sont pris des lois municipales de chaque province et de chaque ville, des placards des États, et, au dé&ut de lois, du droit romain. Les juges passent pour incorruptibles, et prononcent, dans les contestations entre l'étranger et l'indigène, sans acception de rang et de personne.
Les parties ne connaissent point leur rapporteur; au moment oîi il est désigné, il est révoqué.
Là, comme partout ailleurs, les chicanes des
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3ïO VOYAGB
avocats, des procureurs, des rapporteurs et des intéressés, éternisent les affaires. Cependant la république a fait une loi très-sage , qui semblerait devoir obvier h la longueur et à la multiplicité des procès, c'est de n'admettre aucune action juridique en matière de commerce si la demande n'excède pas 5oo florins. Alors, l'affaire est poi^ tée et jugée définitive à la chambre des bourgmestres, par deux commissaires nommés ad hoc. Lorsque la somme est plus considérable, l'affaire est du ressort des échevins; lorsqu'ils n'ont pas la capacité compétente , ils appellent en consultation les plus habiles négociants, et la chose est protnptement décidée; il est jrare qu'il y ait appel de leur sentence. On peut plaider soi-même sa cause.- L'honoraire d'uu avocat consulté est de 56 sous, celui d'un procureur consulté de ao à a4 sous, celui d'un notaire est fixé par la nature des actes, en général il est moindre qu'en France. Les procédures se font par écrit; il y a des causes d'audience , mais On a peu d'égard aux discours des avocats.
CharTiùre de Désolation.
Cette chambre connaît des banqneroBtcs , pres^ que toutes frauduleuses. Elle est bien nommée, car, la procédure achevée, la chambre a gobé l'huîlre , et il ne reste que les écailles aux créa»ciers.
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DE BOLLARDE, 3ll
Cour des Rixet.
A cette cour, chacun plaide sa cause, et la justice est gratuite.
Chambre du Gratis pro Deo,
C'est là que, sur uue simple requête, le tribunal donne à l'indigent qui n'est pas en état d'actionner le riche, un avocat et un procureur, et raffaire se suit. Pour que cette institution fiit très-belle, il feudrait que la cause du pauvre passât la première au rôle, et que dans le cas où le riche succomberait, il fût condamné à tous les frais de la procédure. Le pauvre peut languir long-temps avant que d'obtenir justice du riche^ et les frais peuvent quelquefois excéder le fonds; cependant on les prélève sur l'objet de la demande.
Il y a la cour des bourgmestres, avec avocats plaidants et consultants, et procureurs;
La chambre ou conr de justice à La Haye , oîi l'on appelle de la sentence des bourgmestres ;
Lsi cour de révision , oit les parties déposent chacune 5,ooo florins avant que d'être entendues;
La cour tenue par les pensionnaires (fcs villes. Il arrive souvent qu'un pensionnaire, un juge, entend infirmer sa sentence.
En vingt ans , îl n'y a pas vingt appels à la eour
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de révision; on est arrêté dans sa poursuite par
le dépôt exigé des 5,ooo florins.
Notariat.
Se fait notaire qui s'en reconnaît la capacité, c'est une affaire de 5oo florins, dont le greffier des États perçoit 56 pour son droit d'examinateur.
Le candidat se fitit recCToir à La Haye ou h Amsterdam. Le notaire ne succède point à une étude , il se la fait lui-même. Six semaines après son décès , toutes ses minutes sont portées à l'tôtel-de-yille , sous peine de 600 florins d'amende. Ainsi l'hôtel-de-TÎUe devient te dépôt général des transactions et de la fortune des citoyens, et les expéditions doivent former un fonds ccmsidërable.
A Leyde , l'étude du père passe à son fils avec les minutes s'il est notaire, et à sa fîlle si elle épouse un homme de cet état.
De quelques Lois.
L'enfant qui frappe son père est puni, mais celui qui frappe sa mère est puni de* mort. Si l'enfant est majeur, son père ne peut le faire enfermer, mais bien sa mère.
Une femme en mourant peut léguer tout son bien à qui bon lui semble; un époux a la même liberté, ce qui rend, non les maris moins gros-
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DE HOLLANDE. 3l5
sters, mais les femmes riches plus puissantes dans leurs maisons.
Une pareille loi éteindrait parmi nous la galanterie des femmes et des hommes , et la fatuité des jeunes gens.
Le père n'hérite pas de ses enfants , ce sont ses frères, et, au défaut de £rères, les plus proches collatéraux.
Les héritiers d'un homme ou d'une femme célibataire paient à l'État une double taxe, le vingtième denier de la succession , an lieu du quarantième.
Ijes peines sont d'autant plus rares qu'il y a moins de misère. 11 y a moins de Toleurs en Hollande qu'ailleurs; il y a moins de voleurs de grands chemins. Comment exercer ce dangereux métier dans un pays ccupé de fossés, de canaux, de rivières j et hérissé de barrièi-es? Dans un intervalle de huit ans , on n'a justicié à La Haye qu'un seul voleur.
A Amsterdam, à peine punit-on de mort six hommes par an.
Un citoyen ne peut être arrêté dans sa maison par ces gens que nous appelons commissaires, sergents, archers; il faut que la magistrature y descende en corps.
Maisons de Force,
11 y a des maisons de force et de travail aui-
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3l4 V0ÏA6E
quelle;! oa cosulatiine ceux qui échappent à la
peine capitale.
Lorsqu'un maliàiteur a été condamné à m<xi., dans l'interralle de la sentence à l'exécution , il est gardé par le moins coupable de ceux qui sont renfermés dans la maison de force; celuî-^i veille à ce que le malfaiteur ne se défesse pas, et autant d'années de sa détention lui sont Fenoises, qu'il en passe à cette triste fonction.
Les biens du malfeiteur ne sont pas coptisqaés; mais les irais de justice sont si exorbitants, que les enfiints du coupable sont presque ruinés.
Il y a dans les villes^ les bourgs et les TillageB un bailli, ou lieutenant de police. Ces satellites s'appellent denders. Ce magistrat a pour honoraires les amendes auxquelles il condamne les délinquants, et ces amendes sont à sa discrétion, d'oii Ton voit que le bailli a son intérêt à multiplier les délits. C'est, à parler exactement, un promoteur du vice, son contribuable; il tend des pièges de toute espèce aux riches citoyens; par exemple, il aposte des filles dont la fonction est d'attirer en mauvais lieu les hommes mariés.
Le bailli , ou lieutenant de police actuel d'Amsterdam, s'est arrangé avec la régence; il cède à la régence la moitié de l'amende, à la condition de ne rien payer des frais lorsqu'il &uccombe dans
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l'action qu'il iotente contre un citoyec. Ainsi' ce magistrat exerce la tyrannie sans fâcheuse conséquence pour lui; et la régence , qui devient juge et partie , ne laisse presque aucune ressource à Faccusé, qu'un accommodement quelconque ayec le bailli.
Un bailli savait qu'un riche particulier marié entretenait dans sa maison une courtisane; la demeure du Hollandais était un asyle sacré dont la police ne pouvait forcer l'entrée ; cependant il allait prendre, cet homme en flagrant délit, ce que l'homme de police exécuta pendant une nuit d'été , en ordonnant à ses denders d'appliquer des échelles au mur, et de voir ce qui se passait dans l'appartement de la courtisane , dont les fenêtres étaient ouvertes. Les denders avaient si bien pris leUr moment, qu'ils virent ce qu'ils cherchaient à voir. Le lendemain le citoyen est appelé devant le bailli, et condamné à 5o,ooo florins. La somme parut forte à l'accusé, qui refusa de la payer, et qui s'en alla demander conseil à un avocat, qui plaida si fortement la cause de la liberté et la sainteté de la demeure d'un citoyen , que le bailli fut condamné à :io,ooo florins.
Il y avait à La Haye une fort belle courtisane , la ûlle d'un médecin de Cologne, appelée la Sleenhausen. Un particulier , nommé Vanderveld , en devint amoureux, et lai 6t proposer pour une nuit une lettre de change dç i ,000 florins . La cour»
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3i6 VOYAGE
tisane j alors entretenue par un chambellan du prince, le baron de Zul, refuse l'argent. L'émissaire de Vanderreld avait une très-jolie femme; il propose à celui-ci de passer la lettre de change à son profit, et d'accepter sa femme. Vanderveld y consent; le traité s'accomplît; l'échéance de la lettre de change arrrre; on la présente à Vander^ Tcld, qui méconnaît sa signature. Grand procès, oh plusieurs coquins se trouvent impliqués, entre autres un notaire chez qui toute cette infamie s'était arrangée ; ce notaire est emprisonné et se pend. Vanderveld et son agent sont confrontés; Vanderveld lui demande comment il se trouve nanti de cet effet, quelle sorte de marchandise il a donnée en échange, comment il a acquis cette créance sur lui. L'autre ne lui répond autre chose que : M. Vanderveld , ne me pressez pas, je dirai tout... Seconde confrontation, même interpellation de l'accusateur, même réponse de l'accusé. A la troisième, lorsque l'agent vit qu'il n'y avait plus de ressource que dans la révélation du mystère d'iniquité, il dit à Vanderveld: £h bien ! monsieur, puisqu'il faut que je parle, la lettre de change dont j'exige le paiement, vous l'avez signée pour la Sleenhaused, qu'on peut interroger; elle m'est reste'e à son refus et au même prix; car vous avez accepté ma femme au lieu de la courtisane. Vanderveld a été condamné à payer, et ils ont été tous deux amendés et infamés.
DE HOLLANDE. ai?
Cejuif Pinto, que nous avons connu à Paris et à La Haye, a passé deux ou trois fois par les pâtes du bailli ; et , malgré sa TÏeillesse , je ne le crois pas encore h l'abri de cet accident.
A Amsterdam la police se maintient avec vingt archers. La nuit l'hôtelKle-TilIe est gardé , à la charge des bourgeois , par des sentinelles chargées de prêter main-forte à la patrouille , dont la fonction est encore d'annoncer l'heure dans tous les quartiers depuis onze jusqu'au jour, de veiller au feu , d'arrêter ceux qui troublent la tranquillité publique, qui portent des paquets à heure indue , ou qui volent, et d'avertir ceux qui ont laissé leurs fenêtres ou leurs portes ouvertes j ils prêtent secours et sont réciproquement secourus par la garde bourgeoise. Dans le plat pays, à chaque village, il y a un archer, sans compter les gardes des eaux et forêts.
Les hommes mariés surpris chez des filles sont condamnés à une amende très-forte.
Ici chacun est maitre chez soi; la liberté civile y met tous les habitants de niveau ; les petits ne peuvent être opprimés par les grands, ni les pauvres par les riches. En maintenant les privilèges des citoyens, le magistrat défend les siens. C'est un crime que de làire la moindre violence à un particulier dans sa maison. La liberté de penser, de parler et d'écrire est presque illimitée.
' D,gn,-.rihyGOO^IC
ai8 TOTAGE
Les ma^strats se font aimer et respecter par un accueil libre , ao commerce làcile et des maoièi-es populaires ; le caractère hautain et impérieux les lait détester.
Les étrangers jouissent de tons les avantages des naturels; mais l'entrée des charges de la république leur est fermée; elle s'ouvre pour leurs descendants devenus beourgeois, lorsqu'ils se sont distingués par leur probité et leur patriotisme.
Lorsque le roi de Denemarck et le prince Henri de Prusse ont iàit le voyage de la Hollande, aa les a reçus avec cette liberté , compare de Fîndépendance, qui ne s'incline que devant les lois.
Lia Hollande est la patrie de tous les amis de la liberté, et Tasyle de quelques fripons; mais asyle inviolable. Le prince de Galitzin fut obligé de recourir à des moyens artificieux pour éluder la garantie de la constitution oationale, et s'emparer d'un faux monnoyeur.
Je n'aime pas cette espèce de protection accordée auxmalfaiteurs;eUeaceBsé en Italie.
Du Commerce.
On disait de mon temps qu'il y avait' plus d'or en Hollande que d'argent en France, et plus d'or et d'argent que de cuivre en France et en Espagne. Le Hollandais, par la prodigieuse quantité de marchandises qu'il envole en Amérique, tire un meilleur parti des mines d'or et d'argent
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DE HOLLAUDE. aig
que l'Espagnol qui les exploite. Christophe Colomb, Araeric Vespuce et Vasco de Gama ont autant navigué pour la Hollande que pour l'Espagne et le Portugal.
Le Hollandais commerce dans toutes les coi^ trées du n)pnde habitable. S'il n'est pas le seul négociant de l'univers > on ne peut guère lui disputer d'en être le plus grand et le plus habile.
Cest dans le commerce que l'Ëtat a puisé ses premières forces , c'est par le commerce qu'elles se sont accrue». Re'duisez la Hollande et l'Angleterre à leurs ressources locales , et vous les réduirez à rien-.
On trouve l'origine de ce grand commerce dan» la situation d'un pays étendu le long de la mer , «t traversé de deux grandes rivières, mais surtout dans la liberté de ctmscience et la douceur d'un gouvernement qui attire des diiTérentes contrées une afflnence de peuples qui se fixe en Hollande et qui y apporte sa fortune et son industrie, y fait ûeurir les manufactures, et lui assure cette supériorité de commerce dont elle jouit, et dont ellejouira tant qu'elle subsistera en république.
Il n'y a point de pays où l'on voie un aussi grand nombre de navires. On prétend que la seule province de Hollande a plus de vaisseaux que le reste de l'Europe.
Amsterdam est le grand marché de l'univers, ses bâtiments y déposent^ des quatre parties du
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monde, tout ce qu'il est possible d'imaginer d'utile et d'agréable.
La bourse a été b&tie en iGo8, en pierre de taille; elle est fondée sur deux mille pilotis. Ce bel édifice a deux cents pieds de long sur cent TÎngt-quatre de large; les galeries oa sont portées sur quarante-six colonnes.
Il règne beaucoup de bonne foi dans les engagements et les traités. C'est à la bourse des- villes que se font la plupart des marchés, et la parole a force d'écrit. Les règlements sur le' commerce sont excellents , parce qu'ils ont été faits non par des militaires, des prêtres > des magistrats, des financiers, des gens de cour, maïs par des commerçants.
Le roulage , qui n'est pas une des sources les moins fécondes de l'opulence hollandaise, doit diminuer sans cesse par le commerce des autres nations, à qui ils apprendront enfin à se passer de leurs serrices.
Il n'y a point de nation à qui il convienne davantage d'avoir des colonies. Des gains sans cesse multipliés enfantent la richesse, et la richesse s'accroit sans mesure par l'économie.
lie luxe et la bonne chère font quelques progrès, mais on est loin encore du temps où l'on perdra ses après-midi, et où l'on consumera ses nuits autour d'tine table de jen. Cependant il iàut que cette gangrène, qui commence, finisse» à
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l'aide de l'extrême abondance de l'ambition et de la vie oisive et molle, par éteindre le ^ât du commerce.
Le luxe consiste en maisons de plaisance , en jardins spacieux et soi^es* en fleurs; des oignons de jacintiies ont été payés jusqu'à 6,000 florins ; il y a des tulipes et des œillets fort chers.
Ils aiment les tableaux , les gravures et les dessins; un grififonnage à l'eau forte, de la main de Rembrandt^ est d'une valeur exorbitante. Ils se jettent avec fîirenr sur toute la marchandise de l'Inde et de l'Asie. Les maisons regorgent de porcelaines, de bijoux en argent et en or, de diamants, de meubles et d'étoffes précieuses.
C'est par le commerce que les grandes fortunes se font, rarement par des mariages. Ces fortunes durent plus qu'ailleurs , dans un pays où la noblesse et les dignités sont comptées pour rien, et où le négociant qui reçoit de sa famille 100,000 florins, s'occupe non à s'élever ou s'illustrer, mais à doubler son capital par de l'industrie ou de l'économie.
Il n'en est pas des fortunes faites aux Indes ainsi que des fortunes faites dans le pays. Les premières sont rapidement dissipées par des en- &ntsou des héritiers qui, en passant la mer, ont oublié l'état de leurs pères, et perdu leurs vertus domestiques. Arrivés dans la patrie, ils y sont presque isolés, ils ne participent en rien à
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l'esprit général» qui les rameoerait à la conditicm mercantile. Us se livrent à toutes sortes d'excès, qui sont suivis de la ruine de leur fortune et de leur santé.
Une grande fortune en Hollande est depuis 10 millions de florins jusqu'à un million.
Une fortune moyenne depuis un million de florins josqu'à 800,000.
Une fortune ordinaire est de 600, 4<^» 5oo, 100 mille florins; cela s'appelle avoir du bien.
Depuis 100,000, jusqu'à 5o,ooo, c'est un bien médiocre. Une faut pas oublier que l'intérêt de l'argent %st à deux et demi pour cent.
Beaucoup de femmes portent de grosses bagnes d'or au premier doigt et an ponce de la main droite ; la bague au premierdoigt marque qu'eUes ont de l'or assez , celle au pouce qu'elles en ont beaucoup.
Le médecin Robert m'assurait s'être trouvé nn jour à table avec sept particuliers d»»it les biens connus étaient évalués à 43 millions de florins.
Ce pays , dont les habitants sc«it si riches , est cependant le plus stérile de tous; rien n'y croit, mais tout y arrive.
La nature semble ne l'avoir si maltraité qm pour donner aux industrieux habitants l'art de le fertiliser et l'embellir aux dépens des autres parties du globe.
Outre les rivières, ce sont des canaux sans
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DE HOLLANDE. aa3
nombre qui iàcilitent les promenades, les Toyages, le transport des marchandises, et qui entretiennent le prix des comestibles à un taux modique. Un bateau coûte peu d'entretien , et renferme plus de marchandises que huit voilures. Les barques publiques qui couvrent ces canaux sont tirées par des chevaux, partent et arrivent à l'heure nommée. Les bords des canaux sont presque partout ornés de belles allées d'ormes et de tilleuls, et bordés de belles maisons, avec des jardins, oii l'on cid^ive tontes sortes d'arbres et de fleurs* et où sont nourris les oiseaux rares des Indes.
Le roufe est un petit cabinet séparé pour quelques voyageurs, dans tontes les voitures publiques-
J'étais enfermé dans le roule avec sept ou huit Hollandais. Ils me demandèrent poliment si la fumée du tabac ne m'incommoderait point. La Hollande est un des pays du monde où l'on fume le plus. Je leur répondis qu'est-ce que cela leur faisait? qu'ils étaient de mauvais républicains; que dans tout Ëtat démocratique , si les usages ne convenaient point à un étranger, il n'avait qu'à
s'en aller Ils souFirenl, et allumèrent leurs
pipes.
Le commerce sera florissant en Hollande tant que des citoyens, les riches ne pourront placer leurs f(mds dans leur pays , et que les indigents
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n'y trouveront point d'occupation. Les uns confieront leur fortune & la mer, les autres y erposeront leur TÎe.
La Hollande est le grand magasin des productions de l'Orient. La vendange et la moisson s'y font tonte l'annëe en lait, beurre et fromage; les toiles» l6 poisson salé, te papier» les étoffes, sont les principaux objets du commerce intérieur.
Les Hollandais sont des honunes-fonrmis» qui se re'pandent sur toutes les contrées de la terre, ramassent tout ce cpi'ils trouvqgt de rare, d'utile, de précieux, et le portent dans leurs magasins. C'est en Hollande que le reste de l'Europe va chercher tout ce qui lui manque. La Hollande est la bourse commune de l'Europe. Les Hollandais ont tant fait par leur industrie, qu'ils en ont obtenu tout ce qu'exigent les besoins de la vie , et cela en dépit des quatre éléments. C'est Ut qu'on voit à chaque pas l'art aux prises avec la nature , et l'art toujours victorieux. La richesse y est sans vanité , la liberté sans insolence , la maltâte sans vexation, et l'impôt sans misère.
li'habitant du plat pays, ou le paysan, a le maintien assuré et sérieux, il porte sa tête droite , il vous regarde fixement; sa maison, les entours de sa maison, ses dedans, son vêtement, indiquent l'aitonce et le goût de la propreté. On présume facilement qu'il peut, sans lâcheuses conséquences, s'enrichir et montrer sa richesse.
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