L'HABITANT DU PAYS
DES MŒIURS.
U n*y a point de lois somptuaires «o Hollande. Il y a des lus contre l'usure; mais là, comme partout ailleurs, Tusurier les e'iude par Ift teneur de son contrat.
. Viatérét des contrats à chai^ à TÉtat a été' réduit, Ki^s il est bien payé. L'intérêt légal de Vargeat entre particuliers est de trois à ijuatre pour cent. Tout le monde lit, ti^ut le monde est iuatruit des affaires puldiques*
GoDaune il n'y a point ici de droit de primogéniture, et cfue tout %st partagé à la mort d'un père, d'un parent qui a plusieurs héritiers, il ae restera pas en Hckllande un seul tableau, pas une grande bibliothèque, pa» une collection d'estampefr ou d'histoire naturelle^ du moins dans la peasession d«s partieuJUers. Cependant le stathouder obtenant la préférence aux ventm» c'est daas son palais que se réimiront à demeure tes dâ>ri« de» amas de tant de choses, précieuses «a tout
genre. Lorsqu'on sera curieux de peinture, on n'en trouvera plus que dans les édifices publics et dans les temples.
Les habitants des Provinces-Unies sont assez généralement bien faits , grands de taille et replets, comme tous les animaux habitant des vallées et des lieux marrâageux; ils ont le teint blanc , les cheveux blonds, les yeux bleus, de belles couleurs, de la beauté, du moins jusqu'à l'âge de puberté; passé dix-sept à dix-huit ans, tons ces agréments se perdent, lies belles dents y sont rares; c'est un effet on de l'atmosphère , ou des aliments, ou de l'habitude de fumer. L'intervalle de la jeunesse à l'âge viril est court.
Ils sont modestes dans leurs vêtements, etfrngais dans leur manière de vivre, économes, compatissants, laborieux, braves, patients dans les travaux, industrieux, opiniâtres d^ms leurs projets, habiles navigateurs, grands commerçants, entreprenants , aventureux dans leurs voyages de mer, et très-jaloux de leurs privilèges et libertés. Ils sont francs , brusques et durs ; certainement ils n'ont rien de notre politesse; cependant il n'est pas rare d'y trouver une sorte d'afiabilité. Ils se prêtent sans peine à la curiosité des étrangers ; l'entrée -de leurs cabinets de peinture est facile, ils vous ouvrent sans réserve leurs porte-feuilles d*estam|}e$.
A Leydev-chez M. HopCjHous commençâmes.
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DE HOLLANDE. aSi
ayant gue de parcourir son immense collection de Rembrandt, par boire d'excellent vin du Cap, et nous terminâmes la séance par de la limonade.
Les femmes y sont grandes, atteignent promptement leur accroissement, et sont fe'condes et nubiles d'aussi bonne heure qu'en France. Elles cessent commune'ment d'avoir des enfants à l'âge de quarante ans. Elles sont sujettes aux fausses couche^ moins celles du peuple que des grands; les grossesses heureuses et les couches faciles sont deux récompenses du travail. Elles sont belles , si l'on peut l'être avec des gorges et des fesses énormes; elles ont beaucoup d'embonpoint, de vilaines dents, des chaires molles; telles on les voit dans les tableaux de Rubens, telles elles sont dans les maisons'. Elles sont blanches de teint, elles ont la démarche contrainte, elles se penchent trop en devant; elles n'ont ni vivacité, ni gaîté; elles sont modestes et vertueuses, ménagères, trop économes; elles veillent à ce que leurs maisons soient tenues avec une extrême propreté; elles aiment leurs maris brutaux, en sont aimées, les dominent dans le domestique, et régnent chez elles.
Les mariages sont communs ; il y a peu de célibataires. L'intérêt des pères diffère l'établissement des enfants. Les fortunes (tar le mariage
' Les beautés flamaDdes , dit M. Dubucq , ne sont que du beuire organisé.
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252 VOKAGE
sont rares; une fille riche veut un ricte époax>
et le garçon ricte veut une ferome opulente.
La corruption des mœurs fait des progrès, elle marche d'un même pas avec le luxe et U richesse , .elle s'accélère par deux causes, uncomiqerce haA bituel avec l'e'tranger, et le séjour des militaires; la I>eauté; les talents, l'éducation, la sagesse d'une fille y ne lui servent de rien , c'est l'argent qui répare le manque dt^ces qualités. Les vertus qui recommanderaient un jeune homm.e ne lui seraient guère plus utiles. Voulez-vous a,ttacher les regards, soyez riche. Voiilez-vous être préféré à un jeune homme riche , soyez encore plus riche. Il est rare qu'on marie les filles avant vingt-cinq ans. La jeune épous.e, le jour de ses noces, reçoit un présent avec une partie de son ameublement. Le présent est d'usage parmi les gens opulents; l'ameublement se fait, parmi les gi^us du commun , aux dépens des tantes , des cousines , des parents et des amis qui ont assisté aux noce^, oJi il ne se trouve pas plus d'invités d'un sexe que de l'autre. Les filles, même riches, ne se marient pas aussi facilement qu'en France; les pères défoncent, le plus tard qu'ils peuvent, leurs tonjjes d'or.
Presque toutes les femmes y étant sages, il jr a peu d'hommes dérangés et de mauvais ménages. L'intérêt, le travail, l'amour du gain, l'assiduité aux affaires et le goût du ctunmerce amortissent
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DE HOLLANDE. Jl53
les pasfiiofis; tue femme m'a dit qu'il y avait beaucoup d'insolents» mais presque point d'amoureux. Le libertinage vague des Ifommes ma* ries est séTèrepient puni. 11 en a coûte' aoo ducats à Pinto.
Une fille, soit majeure » soit mineure, peut enlever son amant ; l'enlèvement de Tamant est pre'sumé i si c'est la fille qui l'est aile' chercher. La vertu des filles du pei^ple est suspecte. Elles remplissent péle-méle de longs chariots avec de jeunes garçons de leur âge» et tout cela s'en va, «ans aucuns surveillants, au bal, k la kermesse , à une réjouissance publique. Ces filles galantes deviennent des femmes sages; au sortir du temple, elles ne recumaissent plus celui à qui elles se sont livre'es; cependant ces maris^ auxquels elles gar-^ dent fidélité, sont quelquefois jmieurs, crapuleux, libertins , et qui pis est très-maussades.
J^ai yu beaucoup de jolis enfants , peu de'l>eaux hommes, et presque point de bien belles femmes. Je crois que le caractère national de la figure s'allie d^Olcilement avec la légèreté, l'éléganceet la noblesse. ,
On enferme les filles pour cause de libertinage ; c'est le ma^trat ou la police qui les .châtie. S'il ajrrive que les parents, se laissent fléchir et demandent à les retirer, il &ut payer leur pension, et donner caution de learnaeilleure conduite pour l'avenir. S'il n'y a guère plus de mœurs à Âm»-
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terdam qu'à Paris,. il n'en est pas ainsi dans les antres villes; une fille notée serait forcée de sortir de Saardam.
Je ne suis point entré dans le rausico, je sais seulement que les honnêtes gens des deux sexes ne se font pas scrupule de s'y laisser conduire par la curiosité; que c'est un lieu oîi toutes les cour* tisanes se donnent en spectacle; que les matelots y fument, qn'ils y dansent; qu'il ne s'y commet rien d'indécent; que c'est là que les parties s'arrangent, et que le reste se passe ailleurs.
Les temps de neiges et de glaces sont le camaTal de la Hollande ; les rivières et les canaux sont couverts de patineurs et de patineuses. C'est en patinant que le paysan apporte à la ville ses denfée& , les paysannes en font autant , et cette manière d'aller est très-rapide.
La kermesse ou fête de paroisse rassemble un grand concours d'hommes et de femmes qui botvent, qui chantent et qui dansent; les kermesses sont telles aujourd'hui qu'on les voit dans les tableaux de Teniersj je jure sur mon ame de n'y avoir pas vu une femme qni ne fût à peu près hideuse ; le peintre a fait choix des plus belles ou des moins laides; qu'on juge des autres!
Il m'a paru que sans les affaires qui rapprochent les Hollandais, il n'y aurait presque aucune société entre eux, tant ils se fréquentent peu.
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On m*a assure qu'on avait long-temps célébré dans la seigneurie de Warmonde des espèces de saturnales, une fête pendant laquelle les Talets devenaient maîtres et les maîtres valets. Ceuxci, magnifiquement vêtus, e'taient servis par le seigneur et par la dame, couverts des vêtements les plus simples. Le lendemain chacun rentrait dans son ëtat, et reprenait ses fonctions.
Je lis ici sur mes notes que les honnêtes femmes sont malheureuses, et qu'elles sont durement et grossièrement traitées par des maris sordides , qui regardent à tout. Il me semble avoir dit le contraire ailleurs ; ai-je pris un Êiit particulier pour les mœurs géne'rales? ou ai-je jugé des moeurs générales par quelques &its particuliers? Je l'ignore. Je lis que les pères sont idolâtres de leurs enfants ingrats; que s'il se présente une entreprise lucrative, et que l'enfant puisse l'enlever à son père , il n'y manque pas , et que le père en rit. Cela est-il vrai? cela estril faux? je n'en sais rien : il faudrait que l'amour de l'or eût singidièrement altéré les idées de l'honnêteté, de la reconnaissance, de la dignité, de la droiture dans l'un et l'autre.
De l'Économie domestique.
Toutes les productions du pays paient, mais la taxe des étrangères est plus forte. Il iâut mettre an nombre de celles-ci les marchandises ou den-
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raes qui passent d'une province-unie dans ane antre. Les iuipôts stmt multiplies et considérables, mais plus dans la proYince de la Hollande que dans les six autres. Tout cependant se tient de niveau par le commerce, l'émulation et l'actÎTite' •des habitants. L^impôt sur le blé est de 5 Ûorios t8 soua par sac pesant de cent quatre-vingts à cent quatre-viogl-quatre livres; l'intérêt légal de l'argent est de a et demi à 4 pour loo; les obligations sur le pays étant chargées de i et demi pour loo^ elles portent cet intérêt et se vendent de 5 à 4 pour lOO au delà de leur valeur intrinsèque.
Les légumes sont k très^wn marche; les poissons, turbots, soles» plies, merlans, éperlans, sanmoas, cabéliaux, harengs, sont presque pour rien. Les maquereaux, les rougets, sont rejetô à l'eau, et méprisés.
. C'est le prince de Galitzin, à présent ambassadeur de Russie à la iHaye, qui leur a ap^iris i msBger le maquereau, qu'ils regardaient conuM un aliment malsain.
Le poissMi d'eau douce est abondant et à trèsbon marché. Il n'y a. poûat d'impôt sur le poisson. On a ^5 œu& pour huit à dix sous. Avant la mortalité des bestiaux, le beurre se vendait 5 sons, k présent il en vaut six ; dans un intervalle de bait ans il a passe jusqu'à huit sons. Le fromage de HoiUnde se vend en détail 4 ^'^^^ 1^ livre; k
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DE HOLLANDE. aS?
pinte de tait i sou et demi ; en hiver le prix est de deux lierds de plus. La farine 3 sous et demi la livre; le pain noir ou de seigle a sous; le magistrat veille à ce que ce pain et la pomme de terre soient^ bon marché. L'orge perlé 2 soust le tabac à j[umer , depuis 4 sous jusqu'à 4 florins ; le Ttn depuis y sous jusqu'à 40 sous.
Une barrique de vin, de Franpe ou d'ailleurs ^ est imposée à 26 ou 37 florins^ ou même plus, selon sa contenance. Vous, avertissez le taxateur; il se transporte chez le boucher, chez le particu-: lier qui reçoit le vin; ceux-ci paient, et on leur délivre une permissûm de tirer et d'enlever .le vin.
La fraude des impôts est à la poursuite du bailli; il y veille, lui et ses archers, d'autant plus eyc^tement, que l'amende arbitraire est k son profit.
Il y a pour un d(»nestique mâle ou fem^e y florins de taxe; pour deux 19 florins; pour trois So florins; pour qnatra 4^ florins i6 tons; pour cinq 60 florins; au delà de cinq domestiques. on ne paie rien de plus.
Il y a des droits sur le thé et sur le café. Un ' particulier qiû a 800 florins de revenu paie 4 florins- par an; celui qui affirme qu'il n'use ni thé, ni café, ne paie rteo.
L'aune de toile, dont celle de France &it sept quarts, vaut depuis 6 sous jusqu'à 10 florins. La
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a38 VOYAGE
toile à chemise coûte i florin ranne; vingt-huit
aunes suffisent pour six chemises d'homme.
Comme il fait ici plus froid -que chaud, on y porte communément des (diemises moyennement fines : les toiles fines sortent du pajj.
Les terres sont divisées par morges ; la morge
est autant qu'un homme peut en Ëiucher en on
^ jour : elles se Iguent , six cents verges y depuis
8 jusqu'à loo florins* selon la fertilité et la
proximité des villes.
Les maisons paient deux fois et demi le douzième de la location ; -celles qui ne sont pas louées ne paient rien : la taxe de celles dont le prix est diminué par accident est réductible sur requête. Les maisons de plaisance,' celles de village, suivent la même taxe. Les maisons de paysans ou métairies isolées qui ne tiennent point ofa. villages ne paient rien.
On n'admet dans le commerce que Ter et l'argent de France ou d'Angleterre.
La livre est de i6 onces : lOO livres d'Amstet^ dam donnent io5 livres de Paris; 65 onces, p$>ids de marc, donnent 64 onces.
Le stathouder a des sept provinces, comme sta^ouder, capitaine-général et amiral , a5o,ooo florins.
Le duc, comme feld-maréchal , gouyemeor de place, propriétaire de deux régiments, Ôo,ooo florins. .
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DE HOLLANDE. sSq
Le trésorier général est payé selon les dépenses : sa place rend environ ao,ooo florins.
Le receveur général tire de sa place et de sa coterie, 30,000 florins.
Le grefBer des États, qui est, à proprement parler, le ministre des affaires étrangères, a 60,000 florins d'honoraire.
Les appointements de ces trois dernières places sont fixés par une délïlie'ration qu'on tient secrète. Dépense (tune maison particulière.
Une maison située dans un quartier assez écarté, ayant au premier trois chambres et une cuisine; au second trois chambres et un cabinet; au troisième un grenier et quelques logements de domestiques; une cave proportionnée au reste de la maison, paie de location 400 florins par an en deux termes; l'un au mois de mai, l'autre au mois de novembre.
Le ménage ccmsiste en une femme et trois en- £ajits en bas âge.
Four domestiques il y a trois femmes et un laquais.
Dépentes annuelles.
Loyer de la maison ^00 û.
Chaofiage , tourbe , bois , charbons 300
Impdt sur le thé , café , à 4 florins par domestique 16
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24°. VOÎÂGE
Report 6i6 fl.
Impdt , k 9 florins par tète , pour les quatre
doutes tiques 36
Autre impôt que la maîtresse de la maison
ne peut m'expliqner ^
Étrermes et cliarités indispensables 20
Dépense du mois.
La viande, un jour portant l'autre, par accord , à 4 ^<>'^ ^ livre , pour tout le
ménage 30 û.
Pain blanc et brun 12
Beurre i5
Épices 6
Lait i
Déjsàbers des domestiqaes en thé a
Déjeùnen de la dame en chocolat 3
Pooc le via 5
La bierre avec l'impdt. . . .' 2
Le savon a
Quelques menues dépenses 10
Dépense du mois 80
Dépense des douze mois g6o
Dépenses annuelles 67g 1.7 '
ToTAï. 1639 17
' U ne manque à ces minutieux détails que d'avoir été faits à Rome il y a deux mille ans, pour être lus avec intérêt.
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Dometiiques.
Ud homme qui sert est gagé depuis 5o jusqu'à 80 florins ; une femme , depuis 40 jusqu'à 60 florins. Ils ont des étrennes et nombre d'autres profits. Les domestiques naturels sont rarement fidèles ; on recherche les domestiques suisses des deux sexes.
Un maître qui &appe son domestique est mis à l'amende. Tout esclave qui a mis le pied eu Hollande y devient libre.
Le nombre des indigents qui viennent chercha fortune dans le pays est grand.
Les régents aiment à avancer leurs geos^ Lorsqu'ils en ont été satisfaits pendant un certain temps j ils les marient et les placent dans des emplois qui leur procurent une vie commode. Des domestiques très-intelligents sont quelquefois parvenus à de grandes places. On en a vn siéger aux États-généraux à. côté et même devant leur& maîtres.
Liqueurs apirilueuses.
L'usage des liqueurs spîritueuses est commun dans les pays fort chauds; apparemment qu'elles servent là à ranimer la machine accablée, à figer les fluides animaux, et à en retarder la transpiration. Le même usage est aussi commun dans les pays très-froids ; apparemmeut qu'elles ser- OËOTKis ifliDiTis. 16
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a4a VOYAGE ^
Teot ici à réchaufTer la machine engoardîe, et à
donner du ton à l'estomac et aux intestins.
Je sais, par expërience» que la seAsation juge mal ce froid perfide , qui semble n'effleurer que la peau, qui pe'hètre jusqu'aux os, et dont l'ac- 'Uon passe insensiblement aux priucipes nécessaires à la Tie. Ce n'est pas la seule afiection qui, brusquement excitée, causerait des douleurs inouïes , et qui, jàite peu à peu , conduit à une mort qui a même sa douceur : c'est un véritable sommeil. La mort passe dans l'animal comme la Tie en sort, et la vie en sort comme elle s'y «t'iotroduite.
H y a La Haye cinq moulins à blé ; le pays est venteux : celui de l'ouest a quatre étages d'appartements , le mouHii'est au dessus de ces ctages; il y a quatre meules. Il a loi pieds de haut, et 44 dans œnvre ; on y moud jusqu'à quatorze cm quinze cents sacs par jour; le sac pèse cent quatre-vingts livres. On paie 6 sous pour le sac de* seigle, ou l'on donne deux livres de &rine; oo paie 8 sons pour le sac de blé, ou l'on donne deux livres de farine. L'e'difice coûte, de construction, 40,000 florins. Il a Kuit pieds de £)ndemeuts , sans compter le pilotis ; les caves scmt au dessous du rez-de-chaussée ; on moud plus de cinq sacs de blé par heure quand le veut est bon , et dixhuit k vingt sacs de seigle.
Le gruau paie d'impâts 7 soos du pays par sac.
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DE HQLLANDE. ^43
Il y a un seul moulin pour le gruau, il va par des chevaux.
Un panier de mouches à miel donne depuis vingt jusqu'à vingt-huit livres dç cire et de miel ensemble, et jette deux ou trois essaims. Le panier vaut un ducat.
Le pain est un luxe en Hollande. Il y varie de prix.
Il n'y a point de monopoles'; la puissance d'une multitude de particuliers s'y oppose. On y mange pen de pain. Le prix de la viande y est presque fixe.
M, , l'abbé Galiani , dans ses discmirs sur le prix du grain, probve qu'il devait peu hausser ou baisser en Hollande, parce que la disette n'ëtait jamais universelle, et que le Hollandais allait chercher l'abondance oii elle était; mais il arrive quelquefois qu'elle est à une grande distance , et que le commerçant en blé n'apporte pas toujours-sa denrée, mais la laisse dans les lieux où il espère en tirer meilleur parti. Le commerçant est un mauvais patriote; il laissera mourir de faim ses concitoyens pour gagner un son de plus. Un adulte qui a bon appétit vit de pommes de terre; et, depuis le commencement de l'été jusqu'au printemps, il en consomme i,300 livres. Le 9ac de seigle ne paie d'imposition que la nMitié du sac de blé, 3 florins.
Il y a un moulin qui jouît du privilège de mou-
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dre Forge , le bl^ noir , le pautre et le sei^e pour les bestiaux. Il n'y a ancone imposition sur ces moutures; maisj pour préTeoir les fraudes, OQ mêle sur chaque sac de grain réduit en £irine, dix livres de sable fin de la mer... Je n'entends pas trop cela.
Rien de plus appétissant que les boucheries ; la beauté des viandes invite à manger, la netteté des étaux à s'asseoir; il n'y a ni sang, ni os, ni ordures, ni odeur.
La bière est mauvaise à mon goût, à moins qu'elle ne soit d'Angleterre; celle-ci est blancliâtre, agréable, légère et très-capiteuse.
Oo prendrait la maison de campagne d'un particulier pour la demeure d'un prince.
Les cafés sont très-simples ; aucune femme n'y préside ; il n'y a point de comptoirs , point de tables de marbre, point de glaces, point de lustres. . '
Lies voitures sont hautes et légères, parce que le pays est sablonneux , et qu'une voiture lourde exigerait plusieurs chevaux pour la tirer des profondes ornières qu'elle creuserait.
Les femmes riches ne dédaignent pas les soins domestiques; elles sont les premières intendantes de leurs maisons.
Une grisette avec tous ses attraits , une courtisane avec tout soç manège , ne s'élèvent pas au dessus de leur condition; on louera la sagesse de
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l'one f on jouira des complaisaoces. de l'antre ; mais elles ne feront pas une grande fortune. Une mère instruit sa fille des devoirs domestiques t et de Fusage du monde qu'elle doit fréquenter.
Une suite de la netteté hollandaise ^ c'est que le nombre des domestiques femmes y est pins grand que celui des domestiques hommes. La propreté du Hollandais se remarque jusque sur ses Taisseaux.
On a ici la passion du beau linge.
A table, après la santé du maître et de la mattresse , on boit celle de tous les convives , des amis absents , des parents , des maîtresses , la prospérité de la république, le succès du commerce et des armes,, si la république est en guerre. Les sautés se terminent par le verre d'amitié h ronge bord; c'est celui qu'on sable avec le plus de plaisir : malgré la division des intérêts, il y a des amis.
Ils font régulièrement leurs quatre repas : le iqatin , c'est le cafë ; entre une heure et deux , c'est le dîner; sur les cinq à six heures du soir, c'est le thé ; on soupe à neuf. On n'y connaît guère de. vins français que le Boni^(^ne, qu'on boit pur dans les maisons riches. On a du vin du Rhin de 5o, de 60 et même de 100 ans. Les grands-pères font en vin du Rhin les provisions des petits-fils de leurs en&nts. Us aiment la table;. aux naissances , aux baptêmes , aux sevrages d'enfants , aux accords, aux fiançailles, aux noces, aux cou-
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ches, au départ pour voyage, an retour, ce sont autant de fêtes domestiques snr-ajontees aux i^ jouissances publiques.
Bien qu'écimome, le Hollandais ne se refuse point au plaisir de la Tie. Depuis le plus simple artisan jusqu'au plus riche négociant, chacun compte avec soi-même » et sait ce qu'il peut sacrifier aux dépenses accidentelles du courant de l'année.
Les diamants chez les dames , les boucles, les couteaux, les ciseaux, les chaînes d'or, les bagues , les anneaux qu'on Toit aux doigts des bourgeoises, et même des paysannes, prouvent la richesse du pays. Les femmes portent encore, pendues h. leur côté, des bourses semblables à l'ancienne escarcelle des Français, garnies de cercles à ressort et de crochets d'argmt.
Les Westphaliens sont en Hollande , ce que les Savoyards sont en France. Il y en a au moins 5o,ooo dans la seule province de Hollande ; ils sont laborieux , fidèles et avares ; ils vivent de pain et d'eau avec un peu de lard de leur pays; ils vaquent à toutes sortes de travaux, mais surtout à la récolte des foins , considérable dans un pays de prairie. Leurs femmes sont attachées aux maisons de campagne, oii elles s'occupent du jardinage ; ils accumulent leurs [>etits gains ; ils sont sortis de leur contrée avec rien , et ils y portent tous les ans quelque argent.
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