‹ Œuvres inédites: Le neveu de Rameau. Voyage de HollandeChapitre 14 sur 78 · LE SAVANT ET L'ARTISTE · texte numérisé non relu

LE SAVANT ET L'ARTISTE

DE l'ÉDUCATIOH, des aCIBRCKS, DE9 BELLES-LETTRES ET DES BEIUX-ARTS.

Il n'y a point de collèges publics pour les humanités. Des maîtres de pensions donnent les premiers principes des langues grecque et latine. Au sortir de ces écoles , la plupart aes enfants sont envoyés, sur leur bonne foi, achever leurs études dans ime université. U y a peu de précepteurs ou de gouverneurs. Les jeunes personnes de l'un et de Tautrç sexe possèdent les langues étrangères.

La langue hollandaise est la flamande, un des dialectes de l'allemand; elle a un si grand nombre de mots communs avec l'anglais, qu'en passant par les- rues, j'entendais presque toutes les enseignes. On la parle diversement dans chaque province, et même dans chaque ville. La prononciation m'en a paru dure ; elle est abondante; elle a des diminutifs : ceux d'entre les Hollandais qui ont du talent écrivent en latin. Dès le com-

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mencement, le génie s'est tourné vers le commerce , et l'on s'est plus occupé à anoasser de l'argent qu'à cultiver lettres , dont les prt^rès sont presque incompatibles avec l'esprit mercantile.

Les libraires de Ifotlande impriment tout ce qu'on leur présente ; mais ne donnent pas d'argent.

Depuis le temps que nous perséTërons dans notre absurde intolérance , s'ils s'étaient avisés d'attacher un prix raisonnable aux manuscrits, ceux d'entre nous qui pensent avec quelque hardiesse seraient allés travailler où ils ont envoyé leurs guvrages.

L'école de Leyde a eu la plus grande célébrité sous les Vitriarius, les Abbinis, les Muschenbroeck, les Boerhaave; on y venait de toutes les contrées de l'Europe. '

On entretient en Hollande cinq universite's; il y a des écoles jusque dans les moindres villages. L'éducation des enfants y est soignée. Ils savent tous lire, écrire et chiffrer; ils ne vont jamais sans un crayon et des tablettes ; les papiers publics sont sans cesse entre leurs mains; ils sont instruits des intérêts delà république, de son histoire, de leurs privilèges , de leurs libertés, et parlent très-librement de la régence.

On compte parmi leurs hommes illustres dans les sciences, Junius, élève d'Alciat, fameux ju-

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rïsconsulte; GoUius^ célèbre antiquaire^ qui naquit à Amsterdam ; Juste Lipse ; Darid Leleu * de Wilchemfbrt, qui fut verse dans la philosophie, le droite les langues orientales', et qui entreprit deux voyages au Levant pour s'y perfectionner; HuyghenS; qu'il suffit de nommer; GiLbert Cuper, littérateur et "critique; Van der Meulen, jurisconsulte et commentateur de Grotius; Hennins, médecin.; Golius, professeur en arabe à Leyde; Bantius, savant en grec et habile médecin; Daniel Ueinsias, professeur en grec et en latin , qui fut conseiller d'État du roi de Suède et historiographe, que la république de Venise- créa chevalier de Saint-Marc, et dont le fils, grand pensionnaire, fut aussi grand poète latin; Erasme, dont la maison subsiste toujours à Roterdam-, oii le magistrat veille à sa consà^ ration; Adrien Jnnius, qui fut médecin, géographe, historien, et qu'on nomme le phénix de la Hollande ; Fetrus Cornélius , que notre de Thou appelle le prince des historiens ; Ûouza , grand capitaine, qu'on en regarde comme le Varron ; PanlMerula, qui professa l'histoire à Leyde; les Vossins , entre lesquels Jean ent »enf en&nts , qui possédèrent différentes langues, et Isaac, qui fiit h<moré des biei^aits de Louis xrr; Marcns Znerius Boxhornius , qui fut le Cicéron hollandais, et qui professa à dix-sept ans, à Leyde, les belles- lettres et l'éloquence; le capitaine Pyn-

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dins; qui écrivit rkUtoire avec saccès; Tkysies, qui fut professeur à Leyde, et le Tite-Lire .da p»ya. A. ces grands noms, oa ponmit en ajouter beaucoup d'autres.

Anne-Marie Schuerman y d'Utreckt, possédaimilièrement le grec , le latin , le français ^ l'allemand f Fitalien , l'bébreu , le syriaque et le chaldéen ; elle a écrit dans sept langnes. Elle fut versée dans la philosophie, la théologie et les madiématiques ; on admire ses ouvrages en pâture, ses miniatures, ses entumiaores , ses gravures au diamant sur le verre , et an burin sur le cuivre.

Je n'omettrai ni Salengre, dont on a trois volumes irt-folio de supplément su Trésor des j4ntiguitéa romainea, ni Troost, qui inventa le pastel, ni tons les professeurs de l'école de Leyde, Hesmand, Raw, S'Gravesende, Gronovius et Périzonius. I^a Haye a en son Meerman^ jurïsco»sulte et géomètre : Amsterdam se vantait il y a dix an» de son Vandendam, qui , d'arttsan, devint mathématicieD , philosophe, jwtifesseur poblic, et dont on estime les dissertations philcsophiqnes.

J'ai appris en Hollande que le &metix £ider avait composé cent quarante volumes, et que sa femme , fille de Léti, avait une grande part à ses journaux. C'est à une femme , mademoiselle de Neuville, que la Hollande doit une tradactim

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hoUandaîse de nos meilleures tragÀlies. C'est à une antre femme, mademoiselle BlokeBsen j qn'oo doit des poésies hollandaises qui lui ont fait un nom.

La Hollande a de nos jours , Allaraan , son physicien; Runkenius, excellent littérateur, et un célèbre professeur en droit public, dont le nom ne me revient pas. Les traductions hollandaises d'ouvrages sérieux et solides sont sans nombre.

La nation est superstitieuse , ennemie de la philosophie et de la liberté de penser en matière de religion ; cependant on ne persécute personne. Le matérialiste y est en horreur, mais il y vit en paix. La distribution des livres impies y est plus difficile qu'en France , et les incrédules plus rares et fAus haïs.

Les Elzeviera du b(H> temps, et les Variorum n'y sont pas communs ; on paie un Joannea Bonus', lettre ronde, au moins la francs quand on le trouve.

Il y a dans la bibliothèque de Meerman fils , à La Haye, qui a acheté les livres des jésuites , un AretœuSf de JHethodo secandi calculuntf m". ; opus circiter 30 pages, in-folio, grœce.

Un Ruphus Epheaiua, de inorbia popularibua ; circa 5o pages in-folio, m", grœce.

' C'eit-à-dire l'Horace , arec les uotes de Bond. En latin on dit auui Joannts Bond : pour le latinùer il faudrait Bondua ou Batàiui , et non pas Bonus.

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Un jilexandri Tralliemi lib. xir, de morbU endemiciaf cireiter i5 pages ia-foUo, graece m".

Ces onvrages n'ont pas encore paru. Je ne sais si nous avons des Aris'totelis medicinalia j le ■panascrit en existe aussi chez Meerman.

Les acteurs ont des métiers» et font quelque commerce. Les actrices sont médiocrement vêtues^ et sont honnêtes. Une comédienne honnête refiiserait de jouer avec une dissolue ; cependant on les entend souvent de'biter des propos contraires à la pudeur , à la religion , à la saine politique et aux bonnes mœurs.

Ijes pièces faites pour le peuple « qu'il &Dt amuser ^ sont ordurières : attendez^vous à ces ▼ices dans toutes les démocraties; vous y trouverez Arbtophane avec sa grossièreté , mais sans son génie.

Les comédiens sont dans l'église comme tes autres fidèles » mais leur profession n'en est pas plos considérée; il y ala même rivalité qu'ici entre le prédicateur dans la chaire et le prédicateur sur les planches.

Tous les ans on joue une pièce contre la tyrannie espagnole , et une autre pièce contre l'esprit de faction : on en donne cinq à six représentations de suite.

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Le concert auquel j'ai assisté était composé d'un premier chanteur; il avait peu de voix, mais il l'aTait agréable, douce et de goûtj d'un second chanteur, qui n'était ni bien bon ni bien mauvais , et de deux chanteuses qui chantaient juste et aTfic légèreté.

L'orchestre était excellent, et la musique italienne.

On connaît suffisamment les grands maîtres de ' l'école hollandaise. Ne serait-ce pas l'esprit de commerce qui a rétréci la tête de ces hommes merveilleux? Quelque habiles qu'aient été les peintres hollandais , ils se sont i^rement élevés à la pureté du goût et à la grandeur des idées et du

Sculpture et Arckitectvre.

Ils n'ont excellé ni dans la sculpture , ni dans l'architecyire. La plupart de leurs morceaux de sculpture sont mauvais , et il est rare d'y être' arrêté par un bâtiment somptueux, même ett briques; je n'assurerai pourtant pas qu'il n'y en ait. point.

S'ils n'ont point eu de sculpteurs , c'est qu'ils

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ont manqué de goâit. Cet art sévère ne s'est accommodé ni de leurs magots, ni de leur imitation rigoureuse de toutes les uatures. U n'y a plus de peintres, parce que la peinture n'y est ni protégée ni cultivée, et que les beauz-arts , qui mènent si rarement à la fortune > n'y sont pas considérés.

Ils ont la folie des estampes ; un griffonnage de Rembrandt sera poussé dans une vente jusqu'à 3,600 florins. ^

Dans l'immensité de l'œuvre de Rembrandt, que j'ai parcouru, j'ai remarqué sept à huit mor. ceaux dignes de Raphaël. Ne manquez pas de voir son Ecce Homo et sa Résurrection du Lazare.

Il existait encore , il n'y a pas long-temps , à Anvers, un nominé Overlaet qui copiait les tableaux de Téniers , à la plume'; mais si correctement, si curieusement, qu'on aurait pris aisément ses dessins pour d'excellentes gravures. On dit que, pour le &ire travailler, il fallait placer à côté de son papier un broc d'eau-de-vie, et qu'il ne &isait jamais mieux que cpiand il était ivre. J'avais possédé de sa main un psrtraît de Rnbens, je voulus avoir un morceau composé; mais le brocanteur m'en demanda presque le prix d'un tableau.

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De la Religion.

La religion réformée est la dominante dans toutes les Provinces -Unies. Il n'y a que ceux qui la professent publiqueroeot qui soient admis à Tadministration et aux emplois civils. Le militaire peut être de la religion qui lui plaît. Les catholiques romains sont tolérés ; leur pasteur pttie par an une certaine somme au bailli pour la liberté de l'église. Il n'y a point absolument de jésuites. On y voit d'assez bon œil les jansénistes, moins dévoués à la cour de Rome. .Les catboliques romains jouissent des mêmes droits que les protestants devant les tribunaux de la justice pour les affaires. Les impôts et le commerce , tons les postes militaires leur scmt ouverts, excepte celui de généralissime; ils sont médecins , avocats , et exercent toutes les autres professions. Us forment un tiers des habitants du pays. Ils testent, ils héritent, ils paient les taxes communes et les paient volontiers ; il ne leur est jamais arrivé de troubler la république ni de déceler aucun penchant à la révolte, même pendant les guerres , soit avec l'Espagne, soit avec la France.

Les arminiens sont soufferts ; leur église n'a ni tour ni cloches. IjCS luthériens ont des temples pareils- à ceux des arminiens. Les anabaptistes sont titrés ; leurs églises ressemblent à des cha~

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pelles particulières. Les quakers, en petit nombre, s'assemblent dans une chambre, où ils se livrent tout à leur aise h leur pieux enthousiasme : le magistrat use de connivence avec eux. Les Grecs et d'autres chrétiens orientaux ont aussi le libre exercice de leur religion, et se réunissent dans des chapelles.

Quoique les luthériens professent publiquement leur religion, ils n'ont point d'église Isolée; leur temple est compris entre d'autres maisons, et c'est ainsi qu'on le distingue des temples protestants.

Les Juifs ne sont nulle part si rapprochés de la condition des autres citoyens. Ils ont lenr quartier; il y en a de rasés, il y en a de barbus. Us ont treize synagogues à Amsterdam , c'est plutôt une école qu'un temple ; après la prière , on les y croirait indécents ; ils y parlent d'affaires et de galanteries. Ce mépris apparent pour le biea de leur oraison , leur rappelle que le vrai temple n'est plus.

Les synagogues sont fort belles à Amsterdam , à Roterdam et à La Haye. Il y a la synagogue allemande et la synagogue portugaise. Les Allemands se prétendent les descendants de la tribo de Juda , et les Portugais de la tribu de Benjamin. Ils font toutes les sortes de commerce ; its exercent la 'médecine> mais ils ne sont d'aucuns métiers. Lorsqu'une lettre de change tirée sur

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un chrétien a çon échéance le samedi, ils sont autorisés à la faire payer le vendredi. Le jour du sabbat leur boutique est fermée ; mais on- peut les appeler devant les tribunaux, ainsi que pendant leurs pàques et grandes fêtes. Ils acquièrent des biens fonds, ils héritent , ils testent, et jouissent de toute la protection accordée aux citoyens; ils n'entrent point dans la magistrature. Les Juifs i>asés sont riches , et passent pour d'honnêtes gens ; il fant se tenir sur ses gardes arec les barbus , qui ne sont pas infiniment scrupuleux. Il y en a de très-instruits.

Plusieurs riches Juifs furent faits barons sous Guillaume m d'Angleterre , en reconnaissance des puissants secours en argent qu'ils lui fournirent en 1683. Leur nombre à Amsterdam, avant les troubles de la Pologne et la famine de.Bohéme» se montait à plus de cent mille; il s'y est fort accru.

. Pour ramener les consciences égarées , le gouvernement ne permet d'autres moyens que la prédication. Il se peut que la religion fasse plus de bien dans les autres contrées , mais c'est dans celle-ci qu'elle fait le moins de mal.

Je visitai une des synagogues d'Amsterdam.

En entrant le portier me dit : u Mettez votre chapeau. — Je n'en porte point, lui répondis-je. —

^trez — Les Juifs arrivent les uns après les

autres, l'office commence; les uns chantent un

OEuTlIt TRÎDITIS. TJ

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lÎTre de la Bible, les autres un autre livre; celai-ci en est à ce verset, celui-là & queltjue Te^ set qui suit ou précède ; c'est on chariTari earagéi L'office achevé, les uns restent, tes autres s'en vont; les premiers ^ comme je l'ai dit, pa^ lentafîaîres, commerce, galanterie; c'estàfeire croire qii'on est dans une de nos églises. De ittour à La Haye , je demandai à un rabbin poni^ quoi ce bruit discordant dans le temple , à fetre boucher les oreilles à Dieu ? C'est , me dit-il , gtu chacun chante son livre et son verset , et qne chaque livre a son chant, qui d'ailleurs est fort m^ lodieuz et fort doux, ce qu'il me prouva snr-Iecharap.

Je lut demandai pourquoi cette indécence d'action et de propos après l'oraison dîins la maison du Seigneur. C'est qu'alors la synagogue n'est plus qu'une chambre domestique, oiXj comme chez vous, l'on boit, l'on mange, l'on cause, l'on couche après la prière. Nous ne reconnaisses pour lieu saint qne le temple de Je'rusalem, qui ne subsiste plus, et nous n'aurons de vraie synagogue que quand celle-là sera rebâtie , ce qui se &ra tôt ou tard ; soyez sûr que le messie vieaâra si on lai en laisse le temps.

Gouvernement ecclésiattique.

L'ordre ecclésiastique dan; les Frovinces-Unies est composé de docteurs ou professeurs en théo-

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DB HOLLANDE. aSg

logie, de tninUtres ou pasteurs des élises, d'anciçQS et de diacres.

Les professeurs enseignent la théologie, la morale, l'histoire ecdésiastique anx jeunes geos qui se destineàt au ministère évangélique. Il y a on certain nombre de ces docteurs dans chaque uni- Tersitë; ils sont salariés aux dépens de la pro~ Tince. Quelques villes considérables ont leurs pro- Hesseurs, et les entretiennent.

Les ministres ou pasteiirs prêchent deux ou trois iras la semaine, catéchisant , visitent les malades et leurs ouailles , surtout aux temps de la communion, qui se célèbre tous les trois mois; ils assistent les crimipels au sopplice.'Leurs appointements , dans les grandes villes, sont de 3,000 florins; ils reçoivent quelques présents. Leurs veuves soal pensionnées selon les églises , et touchent l'ann^ de l'appointement.

Four devenir ministre, on subit deux examens dans le synode ou dans une des églises du sy-* Dode; par le premier examen on devient le proposant, et ce. grade confère le droit de prêcher ; ■nais non d'administrer les sacrements. Par le second on est fait proposant appelé li une église. Lorsqu'une place de ministre vient à vaquer , le consistoire demande il la province, à la ville, la permission de la remplir. Cette permission obtenue , le consistoire y nomme ; c'est-à-dire qu'il désigne trois proposants , et de ces trois sujets le '7-

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consistoire en élit un à la plaralitë des voix ; ensuite l'élection est portée aux Etats de la pro- TÎnce , et aux magistrats » qui la confirment ou la «jettent. Dans ce dernier cas on procède à une autre élection ; dans le premier , on s'adresse an synode ou à la classe qui préside aux examens poursaToir si tout s'est passé dans les formes. Alors OD ratifie l'élection, et l'on ordonne une proclamation solennelle dans l'église , par trois dimanches consécutif, pouï s'assurer qu'il n'y a aucun empêchement dirimant. Après les prociamations un ancien ministre prononce un sermon analogae à la cérémonie, lit la liturgie propre au sujet; le candidat jure les conditions exprimées dans la liturgie; l'ancien descend de chaire ; le récipiendaire se met à genoux , l'ancien lui impose les mains et prie Dieu de bénir son ministère. Tous ceux qui entrent dans le ministère sont obligés de souscrire le Synode de Dordrecht.

Les ministres et les proposants portent un manteau court, un petit collet, et la perruque ronde. Ils ne sont pas autrement vêtus dans l'église, en chaire. Ils sont versés dans les langues orientales, la théologie et les lettres. Leurs mœurs sont sévères,- rarement se permet-on des propos libres eu leur présence ; on ne joue point aux cartes devant eux. Leur extérieur est simple, et leur maintien a de la. gravité. Ils sont tons

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mariés j et forment .des familles rarement opo- Iwtes.

Le père de BoerhaaTe était ministre dïms Unbourg. Scm illustre fils* qu^se destinait au ministère, fut obligé de se retirer par une aventure assez singulière; il passait deLeyde à Amsterdam dans la barque publique, avec un certain nombre de ministres du saint Évangile, qui se déchaînaient contre Spinosa. Boerhaare lés écoutait en silence. Un des disputants lui portant la parole, lui reprocha son indifférence dans une matière aussi grave. Boerhaave s'adressant^ tous, leur demanda s'ils avaient lu Spinosa. Non , lui avouèrent-ils ; Boerhaave se tut , et le voilii accusé d'athéisme, et chassé de l'élise par une insigne calomnie. II fut déterminé h suivre la médecine par là cure d'un ulcère qu'il avait à la cuisse, et dont il se traita lui-même.

Plusieurs seigneurs ont droit de patronage ; il . y a untemps limité pour exercer ce droit. Un patron ne dépossède pas un ministre sans le concours de la classe ou du synode.

Les ministres sont payés par le receveur des biens ecclésiastiques. Toussent égauxj ils n'ont aucune dépendance les uns des autres , seidement le jeune ministre d'une des villes principales cède le pas à un ministre de village, si celui-ci est son ancien.

Ceux qui ont cinquante ans de ministère sont

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émérites de droit, l^e sjoode confère l'éaténUt pins tôt s'il le juge à propos. J'ignore si l'éméritat a qnelcpie lu»iwaire.

Les anciens sont diftingoés par Icinr âge, ienr rang, leurs aiœiirs , élus par le consistoire & la fdoralitë des voix , pour exercer y conJMntemeat avec les pasteurs ^ l'inspection snr k condnite de tous les membres de l'Église, Tciller à Vubaef Tatîm de la discipline ecctésiastiqne, et répnmer les scandales- Ils portent plainte contre an ministre , ils s'adressent en première instance an consistoire , et la cause va par appel i la classe ou an synode. Ils smtt élvs par le consutoire ; lear élection se notifie au -peuple par trois dî- . manches consécntifs. Leur fenction eai annuelle. Parmi ces anciens il y a toujours quelques ma- ^strats , afin qu'il ne se passe rien dans le gou- Tcmement ecclésiastique qui soit ignoré. Bs accompagnent les ministres dans leurs viùtes pastorales. Cette espèce de tribunal est compose de neuf députés; ils ont mille florins i dépenser par dix jours; ils se promènent d'Amsterdam dans toutes les autres villes fils tiennent tableonvèrte^ terminent les contestations^ et s'enivrent quelquefi>iB, à ce qu'on dit.

Les diacres sont élus, installés fit relevés tons les ans ; comme les anciens, ils recueillent les aumônes et perçoivent les rentes des ËHids ; ils distribuent la charité aux pauvres ,- ils tiennent

dfi6 registres, et chaque année ,iU onuptent an ctNosistoire de la recette et de la dépense dans le gouvernement ecclésiastique. U y a quatre sortes différentes d'assemblées; le& conùstoires > les classes , les synodes provinciaux, et le synode uational.

Drus chaque église il y a un consistoire présidé tour & tour par les mùùstres qui y sont attachés. Cette assemblée examine les prosélytes et les catéchumènes , donne des attestations de bonnes mœurs > et excommunie les scandaleux.

Les classes sont des assemblées des églises Toisinesj qui y députent un jjninistre et un ancien. EUes se tiennent ordinairement tâus les trois mois, quelque&is plus tôt. Elles coonaissent de la discipline et de l'ordre à observer dans les églises de leur ressort, du soin des pauvres, des écol^, du maintien, conservation, propagation de la foi, des écritures et de la disposition des ministres. Elles nomment à la visite des églises deux des {Jus anciens , qui s'informent de U conduite des pasteurs , des conùstoiïes et des maîtres d'école.

Les synodes provinciaux se tiennent une ou deux £)is par au dans chaque province . La classe y dé^ pute deux ministres et deux anci^is; les Ëtats de la province y assistent par deux de leurs membres pour être informés des affaires qui s'y traitent. Chaque synode est en correspondance avec

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les synodes des autres proTÎaces, et'à la sépara- , tion on convient des lieux et du temps , et de l'assemblée prochaine.

Le synode proTÎncial se chaîne des députés» de l'exécutioa de ses décrets, et le rapport s'en fait aux Ëtats. Les statuts des classes particulières ont besoin de la confirmation du synode. Totis ' les actes du synode sont enregistrés et commnniqués à toutes les classes et tous les synodes des autres provinces. Le secrétaire et le président sont élus à la pluralité des voix.

Depuis 1619» il n'y a point eu de synode- national ; la direction des «ITaires est restée toute entière aux synodes provinciaux.

Tous les ans, le synode de chaque province députe un ministre aux États^énéraur pour IHas— pection des livres qui renferment les originaux du Synode de Dordrecht; sur leur réquisition le président des Ëtats représente ces actes aux députés , qui se transportent ensuite chez les magistrats de Leyde, pour y visiter une version de la Bible que le synode a ordonnée k plusieurs savants.

Les fidèles de chaque église soiit donc subor- . donnés aux consistoires, les consistoires aux classes, les claisses aux synodes provinciaux, et les synodes provinciaux au synode général. Les églises sont entretenues par les magistrats et les ministres, payés des revenus ecclésiastiques.

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Le clei^ protestaot est composé de mitle quatre cent quarante-sept ministres hollandais, dont six résident aux Indes orientales, hait aux Indes occidentales, quatre à Londres, un h Nortwik, un à Colchester, sept dans les colonies anglaises, seize en diverses villes d'Allemagne, un à Paris, un* en Espagne, trois en Russie, deux en Tut^ quie, un à Lisbonne, un à Copenhague, un à Stockholm, un à Qraxelles, un à Sleavensward , six en Brabant, dans les garnisons.

Le synode wallon est le plus ancien corps de ' réforme des ProTÏnces-Uaies; les églises wallouies fondent un synode national qui s'assemble deux fois par an, en mai et en septembre. Il cor- , respond avec les synodes flamands, observe la même discipline, députe au synode national, et a cinquante églises.

Il y a des églises anglaises presbytétienbes à Dordrecht, à Leyde, à Amsterdam, à Roterdam, à Middelbourg, à Flessingue, à Weere, à Utrecht et à La Haye; ces églises sont du de'partement du synode flamand, et entretenues par l'État. Les Anglais épiscopanx ont des chapelles à Amster^ dam et à Roterdam.

On est ici plus dévot que superstitieux ; la comédie ne se joue ni les dimanches , ni les fêtes , ni les jours de service divin , ni pendant les quinze jours de la communion , qui revient tous les trois mois. Les ateliers et tes boutiques des artisans

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sont fermes les jours de dimanches et de liite. Chaque anoée, les États indiquent un jour de prière «t de jeûne. Les églises sont très-fréquentées matin et soir ; deux fbîs la semaine , on prêche et l'on chante des psaumes ; on prie arant et après chaque repas; on serait blàm^ d'y AHmquer. Lorsqu'il y a un ministre parmi les cwvires, c'est lui'qui récite la prière à haute toïl Ijcb lirres de piété ont ua grand débit; dans toutes les maisona, k la Tille, à la campa^, on trouve des Bibles^ des Nouveaux Testaments, des sermons et des catéchismes. Les miiùtKS sont exacts à faire la prière cheE les malades et chez les moribonds; j'ai dit qu'ils assistaient le> crimiDels; ils prient publiquement pour ceux qù sont condamnés à mort * le dimanche qui précède leur exécution.

. Lu protestants s'obserrcut plus en France qn'cs Hollande, et par la même raison» les cathdiqiw romains s'obserrent plus en Hollande qn'id, quelque sens que l'on attache au mot s'aburver.

Les villes, les bourgs, les vUlages sont, pendant le service divin, comme des espèces de se litudes.

Le dimanche, on ne voit tout le jour que àa hommes et des femmes qui se rendent aux églises ; on ne travaille point , on ne vmd ni n'achète, on ne négocie point, on ne forme aucune de-

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mande, on ne fait point de paiement ; le dimancbe est un jour de gr&ce pour le débiteur.

On n'est point importuné dans les éf^lses par des mendiants, dont le métier est assez lucratif pour n'en pas faire d'antre ; riches et paurres sODt occupés, et tout le monde Tit, les uns de leurs biens ou de leurs emj^ois, de leur négoce ou de leurs talents , le peuple de son travail.

Il y B peu de panvreâ^ la plupart de ceux qui mendient dans les mes, sont étrangers on Juîfe. Les naturels puisent des secoun dans la bourse de leur parenté , et la mendicité notoire les eiposerait k en être privés.

n y a moins d'bàpitauz qu'ailleurs, parce que les pauvres malades y sont bien soignés ; ils sont couchés dans des lits sépaiéa : on ne voit pas , grâce à la police, que la paresse en soit fcH- IDttitée.

Les mendiants valides sont enlevés pour les Indes et le -service de mer, ou ren&rmés dans des mais(His de fwce, où. on les &it travailler.

Q y a dans chaque hôpital quatre médecins pensionnés par la ville, des sages-fênunes, une apothicairerie : ime partie des biens ecclésiasti» ques a été consacrée à l'entretien de ces maisons de charité ; c'est-à-dire qu'ils sont revenus à leur véritable et primitive destination.

Le Hollandais garde ses morts huit jours. Sou-

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Tent on lave le cadavre arec de l'eau chaude , OD-le rase, on le coiffe, ou Thabille; on Tèxpose "an on deux jours aux yeux de sa famille et de ses amis ; on le place dans un cercueil de bais de chêne doublé de tôle , la tête posée sur une tn- . verse qui lui sert d'oreiller ; ce cercueil est cloue et vissé. Les femmes et les' filles y sont déposées avec les vêtements de leur sexe, garnis de mbans de deuil; les hommes en ^be de chambre et en perruque , avec uâe dépense proportiomiée à leur fortune. Il n'y a point de prêtres. Qiulic prieurs précèdent le corps. Ces prieurs amno' cent4a mort au moment du décès, et prient on invitent à l'enterrement quelques jours après. Le reste, où il n'y a que des hommes » suit le convoi deux à deux, h pied ou en carrosse, dam un profond silence. La chambre où l'on s'assemble chez le défont n*a ni chaises ni tables, on y est debout ; le prienr appelle les assistants par ordre, et c'est ainsi qu'ils s'acheminent jusqu'au lieu de sa sépulture; on revient dans la maisoi du défunt comme on- en est sorti. Les' cimetière! sont ouverts depuis ime heure jusqu'à trois ; ipassé ce temps, on paie une taxe qui devient considérable si l'on attend jusqu'aux flambeaux oa aoi lanternes qui sont fournis par la maison des ofphelins, et qu'on, paie très-chèrement. Si l'on veut de la sonnerie, elle se fait une fois le matin, et pendant le convoi ; elle est coûteuse ; avec

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a,ooo florins on n'ordonne pas un convoi bien magnifique.

SouTont on fait frapper des médailles d'or ou d'argent de la valeur de loo florins. On y voit le buste du mort. Au revers c'est un mausolée avee le nom, le mois, le jour et l'année du décès. On rend ces honneurs à une fille, à un fit&chéri; ces médailles sont distribuées à ceux qu'on a invités au convoi; on iàit aussi frapper des médailles d'argent après 5o années de mariage ; elles portent les bustes des époux et la date.

On sert une collation et du vin d'Espagne à ceux qui ensevelissent; souvent, au retour du convoi, on présente des biscuits et du vin du Rhin.

Les porteurs, £)nctions et devoirs des voisins, reçoivent un-présent qu'on dépose dans la bourse commune du quartier , pour être employé comme en l'a dit ou comme on le dira.

Ceux qui manquent d'assister au convoi de leurs voisins paient aussi l'amende au trésorier de la bourse commune du quartier : cette amende est de lâ deniers.

Les Hollandais de Batavia reçoivent assez indîfiëremment la nouvelle du décès de leurs parents, amis ou associés; lorsqu'on leur en &it l'honneur, ils disent : Bon, il ne me devait rien ; ou : Il faut que J'aille me faire payer de l'exécuteur tealamentaire ou de l'héritier. A Batavia

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la loi veut que le mort soit enterré selon son ^t,

et l'on ne s'en dispense dans aucun cas.

Quand la bourse du trésorier de la bourse commune du quartier est pleine, les'Toisins s'assemblent chez lui , et l'on conTient d'un endroit et d'un jour pour un Destin ; ordinairement on choi- ' sitimTillageoii, pendantquatrejoarsauinoiiiSj on mange, on boit , on fume et on chante. Chaque convive peut amenersa femme avec lui, mais il est amendé s'il est suivi de ses en&nts ou de son chien. Il y a des lois strictes sur la célébraticm de ce festin ; on ne force persmiie à boire , on ne se querelle point, on ne'jure point, on ne parle religïm que sous peine d'être exclus. Concorde et liberté. Si les fonds de la bourse ne sof- Ssent pas , on se cottiae ; nulle distinction de naissance ou de rang; chacun prend la place qui lui est assignée par le sort. A cette assemblée , la fortune on l'emploi perdent leurs privilèges.

Les ministres calvinistes on Inthétiens amat presque tous gens pieux , honnête» ou sociables.

Malgré la diversité des croyances toutes les nations ne ibnt ici qu'un même corps civil, dtmt la loi forme le lien.

Les campagnes sont presque tontes cuItiTées par des cathtdiqnes, c'est à la sage modération des États-généraux qu'il faut attribuer res|H^t et la conduite pacifique des catholiques.

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A Duisbotti^ y les catholiques romains peuvent porter dans les rues et administrer publiijuement le viatique ; ils en ont le privilège dans toute cette contrée, mais ils n'en usent pas> de crainte de quelque événement capable d'altérer la manière tranquille dont ils vivent avec les protestants.

Ici rhmnme peut se livrer aux préjugés de l'en- - Êuice et de réducatioo sans aucune suite i&cheuse pour son bonheur et le bonheur des autres; il ne peut être ni persécuteur ni persécuté. Le Juif, l'anabaptiste, le luthérien, le calviniste, le catholique se servent et commercent sans que la différence des opinions religieuses influe sur les sentiments d'humanité.

Quoique le peuple soit bigot, j'ai vu à La Haye des disciples de Jean-Jacques qui se sont mis au dessus du qu'en dira-t-on , et des parents qui ont expressément enjoint aux instituteurs de leurs enfants d'éloigner de leurs mains catéchismes , anciens et nouveaux testaments , et qui leur ont défendu, sous peine d'être chassés, de leur dire un mot de Dieu, de diable et d'enfer.

Cependant en i5ia, k La Haye, on brAla un hérétique qui niait l'immortalité de l'ame, la création des anges, l'enfer, et qui prétendait que les éléments de la matière étaient étemels, que Moïse était un imposteur , et que Jésus-Christ n'était qu'un feu. Et lui donc, était-il donc bien

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sage? Cet hérétique s'appelait, je croîs, Hernian

Rbin-ick.

Les protestants ne me paraissent pas éloigne's de l'opinion raisonnable de Hennan sur l'enfer, du moins à en juger par le sermon du ministre Chaise. Il a dit en plein auditoire , pendant mon séjour en Hollande , ou qiielque temps auparavant :

tr On voudrait nous faire croire que les événeraents malheureux dont nous sommes témoins sont des suites de la faute du premier homme ; mais la saine raison nous montre dans ces événements un enchaineinent de causes secondes dirigées par la bonté infinie de Dieu. Les tempêtes, par exemple, détruisent l'espoir de quelques pai> ticuliers en submergeant des vaisseaux- richement chargés, et font périr des hommes engloutis par les flots^ mais si nous faisions attention aux grands avantages qui résultent de ces tempêtes , qui , parcourant l'he'misphère , purifient l'air et souvent des milliers d'invidus de la contagion de la mort, loin d'y voir un Dieu irrite, nous n'y reconnaîtrions qu'un Dieu infiniment bon, le père universel de la nature.

« Et sans cette tempête , qui sait l'usage que cet homme enrichi aurait fait de sa fortune , ce noyé, de sa vie? »

Après une énumération des divers fléaux qui nous assaillent, et que le ministre expliquait au physicien, il ajoute:

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« Loin de nous ces idées atroces qui font de H l'Être suprême un tyran qui aurait formé des » hommes pour les condamner à des peines e'ter- <( nelles. Non , mes frères , Dieu n'est point tel « qiie de cruels systématiques nous le défaite gnent. Si quelques-unes de ses créatures s'é- « cartent des voies de la justice et ^e la Terité ^ il ft y a , dans les trésors de sa puissance et de sa u sagesse ; des moyens sûrs pour les y ramener; « et il est trop bon pour ne pas les employer, n Oui, mes frères, il viendra un temps oh nous <t serons tous heureux, tous, tous, sans ezcep- « tion;etce que j'avance je pourrais vous leprou- K ver par des passages de la sainte Écriture ; mais « la certitude que vous en faites votre lecture as- « sidue me dispense de la citer. »

Si les premiers réformateurs avaient mieux consulté la bonté de Dieu , la &iblesse de l'homme et leur intérêt , ils auraient éteint l'enfer et laissé le purgatoire allumé.

Fendant que le ministre Chaise prêchait, le ministre Niewland était debout dans un coin, où il se mordait les lèvres de rage. C'est ce Niewland quia pensé faire établir en Hollande des censeurs d'ouvrages; heureusement on jeta la supplique derrière le banc. Cependant, pour donner quelque satisfaction à la cabale intolérante , on afficha un placard contre les imprimeurs d'ouvrage impies; mais le gouvernement fit dire aux

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imprimeurs et libraires d'aller toujours leur chemin. C'est ce Niewland qui prêcha sur les e&prits> les revenants, les songes, les sorciers, un sermon pour en démontrer la certitude. Nous ajouterons, à la honte de son auditoire, que ce sermon fut imprimé et réimprimé, et qu'on en débita quatre mille exemplaires en moins de quatre mois.

. Outre les différentes communions tolérées en Hollande , il y a des collèges oh, 'sans en embrasser aucune, on lit l'Écriture Sainte, on la médite, on s'en entretient, et c'est là tdnt le culte qu'on professe. Il y a une sorte de religieuses appelées Clope»j qui gardent le célibat sans en Ëiire le vœu; elles promettent chasteté, mais elles cessent d'être chastes quand l'enTÏe lenr en prend. Je ne sais si elles ont une maison commune. On souffre aussi à Amsterdam une esppce de couvent appelé Béguinageai c'est une société de fille on de veuves sans eniânts; il y en a de toutes qualités. Four y -entrer il ne &ut qu'une attestation de bonnes mœurs, et que Ubien nécessaire pour subsister sans être à charge h. personne. Chaque béguine peut avoir sa maison et son ménage particulier^ ou plusieurs peuvent s'unir et faire dépense commune. Le béguinage est fermé de murailles et entouré de fossés. Il y a dans Tenceinte un église où les béguines sont obligées de se rendre aux heares de dévotion. Elles sont vêtues de

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DE HOLLANDE. 2y5

noir, et d'une manière assez bizarre. Elles font la dépense qu'il leur plaît en ameublement et îi leur table; elles reçoivent et rendent des Tisites; elles quittent le béguin pour on époux. Cette retraite n'a rien de l'austérité de nos couTents ; c'est un asyle où l'on mène une vie raisonnable et douce.

Je ne finirai p^s cet article sans làire mention d'un incident assez singulier. Un ministre de La Haye monte en chaire, prêche, s'arrête au milieu de son sermon, se croit dans sa stalle, entonne un psaume, le peuple lui répond; le psaume fini, il reprend son discours précisément oii il s'était interrompu, le continue et l'achève ; et quand il est descendu de chaire, il n'a pas la moindre conscience de ce qui s'est passé.

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