‹ Œuvres inédites: Le neveu de Rameau. Voyage de HollandeChapitre 15 sur 78 · DANS QUELQUES VILLES DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

DANS QUELQUES VILLES DE LA HOLLANDE

J'habitais à La Haye chez le prince de Gallîtzin, ambassadeur de Russie auprès des Étatsgenëraux, dans la maisou cpi' avait occupée jadi» le grand pensionnaire Barneveldt. On montrait i l'entablement une figure de la Vérité, dont on disait que le miroir s'était détaché lorsqu'il en sortit pour aller en prison. La résidence des ministres a fait de La Haye un séjour d'espionnage, et l'oisiveté des habitants un séjour de caquets. Il n'y a que des ambassadeurs de souverains, et les représentants des États , tous gens qui s'observent sans cesse , et qui se voient peu. C'est peut-être le plus beau village qu'il y ait au monde. Sa population est de trente-huit à quarante mille habitants, en y comprenant Scheveling.

J'y ai vu un excellent opticien appelé Delbarre ; cet artiste réside actuellement h Paris. Il avait fourni un microscope k un grand sei-

,,-erihyGoo^le

gneur, et c'était son valet qui lui apprenait i s'en servir.

Un soldat prussien fut condamné à mort, et il alRut être exécuté, un valet, curieux d'assister au supplice, ayant laissé dormir son maître, qui avait dans sa poche la grâce du soldat.

J'ai entendu raconter k un Anglais le fait qui suit : Mylord GramLy, qui existait encore en 1775, avait un fils : ce fils voyagea dans presque toutes les contrées de l'Europe. Arrivé à Conslantinople , il vit une esclave d^iine rare beauté, il l'acheta, et la conduisit i Londres. De retour dans ta maison paternelle, il combla sa ' mère de présents. Son père lui dit : — Mais, Gramby , tu m'as bien oublié ; tu ne me donnes rien. Le fils lui répondit : — Mon père , j'ai

déposé votre lot en tel endroit — Le père

comprit son fils à merveille ; il court à l'endroit indiqué, il y trouve la belle esclave. U' revient à la maison, et dit h sou fils : — Mets-toi à genoux, que je te bénisse; in es un brave enfiint, et je te prédis que tu seras un grand homme... — Gramby le fils s'est en effet illustré. Lorsqu'on me raconta cette histoire , le vieux Gramby vivait encore dans le comte' de Surrey avec son esclave. Ce Gramby avait une multitude d'enfants naturels.

Un voyageur qui dinait avec nous, nous dit avoir lu dans le couvent des Franciscains de

,,-erihyGOOglC

370 VOTAGB

LyoD rioscrîptioD suivante, figurée comme on la

Toît ici. Elle est d'une grande sagesse.

iconaipitcara \ ( vides. ^

erederÊ 1 I audis.

,, > omnia qutw <

dieere I . 1 <cu.

fatxre J \ potes.

Un autre raconte que Guillaume, duc de Mantoue, détermina Fra-Paolo à passer la nuit à c^ d'une cavale qu'un âne avait saillie, et qui était sur le point de mettre bas son petit , et de prendre l'horoscope de ce mulet; ce qui iul fait. Ensuite le prince envoya copie de cet horoscope au plus célèbres astrologues de l'Europe, avec cette note, que tel jour, à tel moment, à tel point da ciel, il était né un bâtard dans son palais. Les uns répondirent que le nouTean-né serait un grand capitaine, les antres un cardinal ; quelques-uns même en firent un pape.

A propos de la ^X'osseur et de. la grandeur de l'homme, le docteur Robert dit qu'il y avait i peu près quatre-vingts ans qu'il existait k Lekerkée, un homme assez maigre, nommé GerritBaastransée, pécheur de son métier , qui avait hnït pieds du Rhin de hauteur, et qui'pesait cinq cents livres.

D,gn,-.rihyGOO^Ie

Hemsterhuys, le fîls-de l'érudit du même nom, prétendait que sî l'on mettait en oscillation uo ' ■verre rempli de bière à laquelle de l'huile surnageât, le plan qui séparait tes deux fluides se mouvait et que l'huile restait tranquille. Il ajouta que si l'on substituait le mercure ou l'eau à la bière, le phénomène n'avait plus lien.

J'ai TU, à La Haye, un jeune anglais appelé Gordon , qui revenait du cap de Bonne-Espérance, o& il avait séjourné plusieurs années. Je le tjuestîonnai sur les Hottentots. Il m'assura qu'ils n'étaient nullement stupides comme ou le croyait ; qu'on ne parvenait pas sans peine à vérifier le Élit du prétendu tablier des femmes , parce qu'elles s6 refusaient à cette curiosité; qu'il en avait cherché long-temps l'occasion sans la trouver; qu'enfin il avait vu que ce tablier ne descendait point du ventre,' mais de la partie supérieure des parties naturelles; qu'il serait aisé de le prendre pour un clitoris exorbitant , quoiqu'il n'en fût rien ; que ce n'étaient que des nymphes très - allongées qui pendaient sous la forme de la cravatte d'un coq-d'Inde , et que cette excroissance n'avait point d'érection. Selon ce témoin, le chant des hommes n'aurait été, pour nos oreilles, que des cris non modulés, au lieu que celui des femmes aurait pu se noter avec nos caractères. Voici la traduction qu'il nous fit de deux chansons hottentotes ;

D,gn,-.rihyGOO^Ie

a8o VOTAGE

M Acconrez, mes femmes; chaDtèz, je reriens de bien loin. Votre chant me réjouira. » Voici leur chant de guerre. « A la guerre , à la guerre ; aux armes , aux armes ; allons , allons à la guerre. Gmrage, mes amis; si nous avons du courage, nous vaincrcMis nos ennemis. » Ce clac dont nos cochers excitent leurs cheyaux est un son de leur langue et de leur chant.

Tandis que M. Gordon parlait , le docteur Robert , qui e'tait assis à câté de moi, me disait tout bas : Ne croyez pas un mot de ce que cet homme TOUS dit des Hotïentotes et de leur tablier. J'ai résidé pendant long-temps au Cap; et moi aussi j'ai vu le tablier des Hottentotes. Ces femmes sont de fieffées gueuses que leurs maris prostituent pour un bout de tabac. Je croirais que leur tablier est une suite de grossesse, si l'on n'en remarquait pas des vestiges aux hommes, c'est la peau de leur ventre qui tombe sur le pubis.

De M. Gordon et du docteur, quel est celui qui a dit la vérité 7

A propos du docteur Robert : un jour à table je lui fis une question de médecine; au lieu de me répondre, il me dit qu'on avait invité à dîner deux capucins dans une maison où il y avait une demoiselle qui avait la voix très-belle et qui chantait très-i>îen. Sur la fin du repas, nos moines la prièrent de chanter. Elle, fort embar-

DigfcerihyGOOglC

DE HOLLAIIDE. a8i

rassée de ce qu'elle chanterait à des capucins , s'avisa de' leur chanter le Ponge Lingua- Eh ! mademoiselle, lui dirent les. moines, nous avons àa Pange JJingua'-pB.r~àessvis les oreilles^ ayez la bonté de nous chanter autre chose.... Le conte était gai, mais il n'était pas sensé. Je répondis au docteur : Si vous ne voulez pas chanter le Pange Ijingua que vous savez , et que vous veuiU liez chanter le Pange Lingua que vous ne savez ps ; que la princesse de Gallitzin ait la même &ntaisie; que le prince et moi nous en fassions, autant, docteur, j'ai peur que notre concert ne soit bien mauvais. Qu'en pensez-vous ? Songez , je vous prie , que les deux capucins savaient à merveille le Pange Lingua que Ifi demoiselle leur chantait> et que j'ignore, parfaitement le Pange Lingua que je vous deinande.

Les Hottentots se frottent de la graissé des animaux, bœufs, moutons, buJHes, serpents : ils en ont les membres plus souples , la transpiration moins abondante, le corps- moins exposé aux insectes , leurs pieds nus moins sensibles à la dureté des cailloux, ils marchent plus long-tempS et ils en sont moins fatigués ; mais ils exhalent une puanteur qui se répand jusqu'à cinquante pas à la ronde ; ils s'oignent aussi de la graisse qui reste de leur repas.

Si un Hottetttot et un Européen sont attaqués par un lion, l'animal poursuit le Hottentot de

,,-.^h,.Goo^lc

aSa VOYAGE

préférence , déterminé apparemment par la vapeur de la graisse qui frappe son odorat.

M. Gordon disait que Kolb, auqtfbl M. de Bnffbn s'en était rapporté^ n'était qu'un ignorant et un menteur; mais il louait la véracité et Texactitude de M. l'abbé de liacaille, qui) ajoutaitil , s'est rarement trompé. Les Hollandais du pa^s lui portèrent la plus grande Tenération, ne pon- Tant concevoir comment un bomme était venu de si loin et à travers mille périls divers, pour le ,seal progrès de l'astronomie, et sans aucune vue d'ambition et de fortune.

A propos de Surinam , quelqu'un dit que dans cette colonie les femmes se remarient jusqu'à cinq ou six fois.

. Un voyageur nous confirma les observations de M. Bancroft sur l'anguille de Surinam , que le choc qu'elle fait éprouver ressemble parfaitement à l'explosion électrique de la bouteille de Ijeyde, et qu'il est accompagné de l'étincelle.

Le docteur Robert, je crois , ajouta que la torpille avait un oi^ane qui lui était propre , et par lequel elle s'électrisait en plus et en moins; que cet organe recevait trois gros troncs de ner&, dont les rameaux, qui ne servaient ni k son monvement, ni à son sentiment, ni à sa vie, semblaient, en se distribuant à toutes les parties de son corps , n'avoir d'autre usage que d'y diriger, selon les circonstances, la puissance électrique.

,,-erihyGOOglC

DE HOLLàMDB. 3$5

Sur ce récit, je pensai qu'on aurait bien dA priver l'animal de cet organe, et obserrer les-conséquences de Tamputation sur rëconomie animale de la torpille.

J'ai connu à Là Haye le bon et célèbre Camper. Il nous dit que Téléphant n'avait point de bourses ; que ses testicules se joignaient aux reins ; que cet / animal avait un li^ment vigoureux, de la queue à l'occiput; que ce ligament servait à soutenir sa tête pesante , et que la veqge avait des muscles rétracteurs.

Il nous de'montra par l'expérience qn'un trou &it à l'os de la cuisse des oiseaux de proie transmettait l'air aux poumons, d'où il sortait par le bec , 6t que du bec il repassait des poumons dans la cavité des os. Au hibou, l'air va remplir les os des vertèbres ; à d'autres oiseaux , il s'insère jusqu'entre les fables du crâne. Les os des cuisses sont remplis de moelle aux oiseaux qui marchent beaucoup. 11 y a communication du poumon à une concavité placée à la tête de l'os de la cuisse, par \fi moyen d'un canal qui suit le prolongement de la plèvre. ■

11 connaissait parfaitement les physionomies uationales. Il dit d'un gentilhonune qtii m'avait accompagné de la Russie en Hollande , celui-là est Grec, et il l'était; ce valet qui est derrière lui est Eialmouck, et cela était vrai. Il accusait tous les artistes d'avoir péché sur ce point. Il a

a84 TOYAGB

Aîrit un traité de dessin, où il indique des principes par lesquels on peut, sans interruption, aller de la figure des dieux k la figure de telle nation que l'on voudra ; de la figure nationale de l'homme , du IVègre., à celle du singe; et de celleci jusqu'à la tète de l'oiseau, du héron et de la grue.

Je trouvai à La Haye deux étrangers, un mari et sa femme, et le mari, au bout de cinq ans de nuiriage , aussi amoui^ui de sa femme que le premier jour des noces. Cet homme cependant était malheureux, par les vapeurs cruelles dont sa femme était toucmeotée. Un jour que je lui disais qu'il y avait un remède aux vapeurs. — Ouï, me répondît-il, je le connais; je sais jeune, j'aime ma femme , je l'emploie le plus qu'il m'est possible, et il n'y iàit rien. — C'est que ce n'est pas le mien. — Et quel est le vôtre ? — Seriea-vous grand Comédien ? — Je serais le diable s'il s'agissait de guérir ma femme; mais quel rapport y a-t-il entre ia maladie de ma femme et le talent du comédien ? — Plus que vous ne croyez. Demain restez d^ns votre lit, ne souffrez pas qu'on ouvre vos rideaux. Lorsque vous serez levé, demeurezà côté de votre feu, enrobe de chambre, le bonnet de nuit enfoncé sur les yeux, et réfusez absolument de sortir et de vous habiller; en -un mol, feignez des vapeurs. Votre femme, à qui vous êtes cner, vous promènera de ville en ville, vous

,,-erihyGOOglC

fera danser, vous entraînera dans la société malgré TOUS, et guérira de ses vapeurs réeUes par les efforts continus qu'elle emploira pour vous délivrer de vos vapeurs simulées... — Je ne sais s'il suivit mon conseil; mais je suis sûr qu'il était bon. Le point important est de réveiller dans le vaporeux ou la vaporeuse quelque intérêt assez puissant pour les déterminer à se secourir euxmêmes.

Camper prétendait que ce n'était pas le péché d'Adam , mais la Providence , qui, pour prévenir les fausses couches , avait rendu les accouchements douloureux.

Il avait essayé la section de la symphyse des os pubis sut une truie; l'opération lui ^vait réussi, et l'animal était resté sans infirmité, était devenue pleine , avait porté et mis bas heureusement ses petits.

Scheveling.

Scheveiiog est un très-joli village, qui est bien bâti, et dont la population augmente tous les jours; il est proche de la mer,. et à peu de distance de La Haye.

C'est là que j'ai vu l'horizon obscur, la mer couverte de brumes, les flots agités, et au loin, sur de gros bâtiments, de pauvres pécheurs à la Toile entre deux lames ; sur le rivage, une multitude de femmes transies de &ayeur et de froid»

D,gn,-.rihyGOOglC

a86 VOTAGB

se réchanOaDt au soleil. Eb hirer et au priatemps, Sckeveling était, dans toutes les saisons, ma promeDade làvorite. J'ai été ceut lois effrayé sur le sort de ces hommes , à qui les maures et d'autres oiseaux de mer disputaient le poisson aa milieu de la tempête; Iorsi|ne la pêche était faite et les Taisseauz arrivés, ia plage se couvrait de toutes sortes de poissons. Ces bonnes gens ont la simplicité, la franchise, la piété fraternelle et filiale du vieux temps; c'est l'amour conjugal des premiers âges du monde. A mesure qu'ils descendent de leurs ntffires, leurs femmes se précipitent entre leurs bras; ils embrassent leurs pères et leurs enfants ; chacun se charge de poissons ; le fils jette à son père un cabillaud, un saitmon que le vieillard porte en triomphe dans sa chaumière, en bénissant le ciel qui lui a donné un enfiint aussi laborieux et si bon. Cet exemple s'est transmis de temps immémorial aux petits-enfants. Entré dans son domicile, la vue dn poisson réjouit la compagne du vieillard, bientôt il est dépecé, dés amis du voisinage invités , bientôt il est dévoré, et cependant le domicile retentit d'actions de grâces à Dieu et de chants d'allégresse.

Il est d'un usage, dont la date recule'e n'est pas connue, que jamais pêcheur à Scheveling ne s'est mis en mer sans une cruche d'huile. Lorsque le flot menace le bâtiment d'être brisé , il verse un peu de cette huile sur la mer, et le flot tombe;

D,gn,-.rihyGOOglC

mais il &ut, disentrils^ pour user de cette ressource sans fôcheuses conséqueoces , qu'il rtj ait aucan autre bàUment au Toisinage , sans quoi le flot redoublerait de fureur contre le bâtiment . voisin.

Un navigateur dans la mer des Iodes, ne sachant plus quel parti prendre dans la tempête , fit défoncer et répandre peu à peu sur les eaux ses tonneaux d'huile, et échappa au naufrage.

Cetefiet de l'huile sur les flots, annoncé par Pline, dont on s'est moqué si long-temps, est aujourd'hui bien constaté. L'huile, en aplanissant le flot , montre les écueils qu'il dérobait h la vue ; l'huile, en aplanissant le flot et rendant à l'eau le calme et la transparence, montre les endroits avantageux pour la pêche; l'huile apaise le bouillon de l'eau qui est demeurés assez longtemps sur le feu.

Lorsque Pline assure que le vinaigre dissipe les trombes, qui osera le démentir?

L'huile animale a moins d'efficacité que l'buile

Les habitants de Schereling ne se marient guère qu'il n'y ait un eqfant de fait. A dette occasion quelqu'un dît qu'à Souzdal, en Russie, on demandait d'une fille si elle avait eu des enlants , et que lorsqu'on répondait que non, elle ne trouvait point d'époux.

,,-erihyGoogle

C'est là qu'on peut goûter et les agréments de la ville et la douceur de la vie' champêtre. J'ai parle ailleurs de quelques préri^tives des habitants de cette ville.

Harlem est une très-jolie ville; mais quelle^st celle de la Hollande dont on n'en puisse dire autant? Elle rappelle par ses canaux, ses maisons, ses arbres, ce qu'on raconte de la Chine. On prendrait ses maisons pour des modèles un peii somptueux d'un palais; ils étaient à mes yeux de grands hygromètres ; et je m'attendais à tout moment d'en voir sortir l'homme au beau temps^ et d'y voir rentier la femme en temps de pLuie.

Autour de l'édifice de Saint -Pierre , les mauvais lieux étaient autrelbis adossés à la maison de Dieu. Le bailli à qui les courtisanes étaient sonmises, les &îsalt châtier, surtout ' lorsqu'elles étaient jolies , et quelles ne travaillaient pas assez à son gré; on les renfermait dans la maison de correction où. elles étaient bien fouettées, pour leur apprendre, à être, à l'avenir plus libertines. Ce scandale a cessé ; les filles ont été déménagées , et on ne les conduit plus à l'hôpital que pour leur feire expier leur dissolution, et les amener, s'il se peut, à de meilleures mœurs.

,,-erihyGOOglC

D'espace en espace, au dessus des portes des maisoDs, oo voit de petits écrîteanx de toile taillés en carré. Je demandai ce que cela signifiait, et l'on me re'ponditqu'ily avait là uneaccoor chée, que la mère et l'enfant se portaient bien; que l'enfant était un garçon', et que jusqu'aux relevailles, on n'y pourrait, sans péril d'être assommé à coups de pierres, exercer aucune action juridique, ni pour dettes, ni pour d'autres délits, tant on arait d'égards pour celui et pour celle qui avait donné un citoyen de plus à la république.

J'ai parlé des fleurs et des blanchisseries de Harlem, et de l'usage de parsemer les couches de tourbe pulvérisée. .

Fendant la kermesse , il y a des filles de joie, des mnsicos, opéras, comédies, tonte la licence possible des mœurs; cet intervalle écoulé, on rentre dans l'austérité accoutumée.

On ne passe point à Harlem sans aller entendre les orgues; elles sont immenses : entre les différents jeux, tous très-doux et très-agréables, on distingue la voix humaine.

J'eus le bonheur de rencontrer en Hollande M. le baron de Gleichen. On n'a guère plus de lumières , plus d'esprit , de finesse et de gpût que lui ; nous fîmes ensemble plusieurs voyages, entre antres celui de Harlem. Nous allâmes à l'opéracomique ; on joua les Chasseurs avec Zémire et Azor en hollandais oli en flamand, je ne me sou- OEiTVKii iHiiirtM. 19

,,-erihyGOOglC

390 VOYAGB

TÏeDB plu» lequel des deui; oous n'entendîmes que la musique, et ne sentîmes que plus vÏTemaat le mérite de Gretry; quelque facilité qu'aient les vers du poète , ils nous parurent autant de poids attachés au pied du cygne à qui ils 6taient la légèreté de son vol. ïl nous sembla que la prosodie hollandaise ou flamande était beanconp plus marquée que la nôtre.

. lî. le baron de Gleichen avait beaucoup d'esprit, se croyait malade, et il était promené de contrées en contrées par son imagination et des ascarides. Je ne cessais de lui dire : Monsieur le lnn>n, savet-vous ce que vous faites? vous cherchez un médecin qui vous tue, et vous le Irouverea.

j^mslerdam.

Amsterdam est une ville infecte. Je ne aaîi de quels moyens les habitants se soni servis pour en pprifier l'air; -mai» je crois qu'ils se seraient épargné une bomie partie des 4** à 5o miUitms qu'ils y ont inutilement dépensés s'ils avaient pensé à tenir les rues plus larges, et à les laver deux fois par jour avec des pompes, à donner plus dé profondeur aux canaux, età défendre eipressément d'y laver le linge et d'y jeter aucunes immondices.

Ook dit que la ville d'Amsterdam a 300,000 florins de iTvenus par jour. 11 n'y a pas long-tenps qu'elle fat tentée de rembourser La dette entière

n,gn,-.rihyGOOglC

de la proTÎnce, ce qui ne fut pas exécuté, par la crainte que les particuliers embarrassés de leur argent ne le versassent hors du pays. Les particuliers embarrassés de leur apgent» là oii il se £)rme sans cesse des entreprises de commerce hx-^ cratives!....

Ea général, si l'argent emprunté coûte plus d'intérêt ,qu'il n'en rend, il faut rembourser; si» au cooU^ire, il en rend plus qu'il n'en coûte, il serait absurde de se liquider. Dans le premier cas , si l'État ne rembourse pas , il continue de s'endetter » aux dépens du citoyen sur lequel il faut qu'il reprenne, d'une ou d'autre manière, le déficit d'un intérêt qu'il paie au delà de l'intérêt qu'il perçoit. D'ailleurs le crédit est le grand ressort d'un £tat , et la liquidation de* dettes ajoute toujours au crédit. En général , co qu'un État peut faire de mieux , c'est donc de se liquider. Sa liquidation consommée, c'est alors qu'il peut économiser pour le besoin à veuir; c'est alors qu'il peut s'occuper du bonlieur cotnmua par la diminution de l'impôt.

On compte à Londres un million d'habitants, jt Paris huit cent mille , à Naples quatre cent mille , i Amsterdam trois cent cinquante mille ; la population ne parait pas avoir augmenté depuis vingt ans. >

Le port est large 4'un quart de lieue et long d'une demi-lieue. Quand je le vis ilétait couvert '9'

,,-erihyGoogle

de bjktiments, dont les mâts formaient ane forêt. Rien sur toute la surfece du globe ne réveille l'idée d'une aussi prodigieuse opulence. Qu'était-ce que Sidon et Carthage , en comparaison? Il y avait dans ce port deux à trois cents bâtiments. Le nombre en hiver est ordinairement de douze cents. Il y a plusieurs sorties, toutes également commodes pour les vaisseaux marchands ; celle An Tesel convient davantage aux grands vaisseaux, mais elle s'envase de jour en jour, ce qui donne de l'inquiétude^ car, avec le temps, elle peut se fermer entièrement. A pèsent on se sert du chameau; le chameau est un grand coffre de bois qu'on &it en£>ncer dans la mer jusqu'à fleur d'eau en le remplissant; alors on en accroche un à chaque côté du vaisseau ; on les vide tous deux en même temps, et à mesure qu'ils sont vides ils élèvent le vaisseau. Ce moyeu est ingénieux et simple.

La maison de ville d'Amsterdam est un grand et bel édifice bâti en pierre de taille, et revètn intérieurement en marbre; sa longueur est de cent dix pas communs et sa largeur de quatrevingt-quatre. L'architecture en est estimée. Les fondements ont presque autant coûté que le reste. On y garde la banque; la justice s'y rend, les prisonniers y sont détenus ; on y &it la ronde .pendant la nuit. L'bôtel-d«-ville a coûté 3 millions de construction.

lierihyGOOglC

DE HOLLANDE. agS

C'est un lieu £>rt agité. Les boutiques m'ont paru petites , mais présenter uoe grande variété de marchandises.

Sur les quais il q'y a que le passage d'une voiture, non compris le chemin pour les gens de pied. Si les équipages y étaient aussi nombreux qu'à Paris , les embarras ne finiraient point ,* il n'y a de débouchés qu'à l'entrée et à la sortie des ponts.

Les carrosses et les marchandises y sont portées sur des traîneaux. Les obstacles que les carrosses £)rmeraient, et la crainte que des maisons pilotées n'en fassent ébranlées^ firent qu'autre- £)is on ne permit le carrosse roulant qu'aux magistrats et aux médecins.

Il y a cinq tours » chacune avec son horloge ; ces tours sont placées de manière que l'heure est Êicilement entendue dans chaque quartier.

Je reviens sur la population, non d'Amsterdam, mais de la Hollande entière. H y a depuis plus de soixante ans le même nombre de bâtiments pécheurs à ScheTeling; la consommation en poisson , la principale , est donc la même. D'autres diront peut-être, la consommation en poisson est la même., donc elle augmente en d'autres aliments; donc on mange moins de poisson en Hollande , ce qui ne prouve pas que la Hollande se peuple mùos.

A Amsterdam j'ai été bien nourri , mal couché

D,gn,-.rihyGOOglC

394 VOTAGE

et mal «rvi; les domestiques sont fort intéressés et peu attentifs ; il n'y en a pas de saperflus^ et ils ont trop à faire poar être égaîement à toat. J'avertis les voyageurs de faire leur prix dans les auberges; cela n'est peut-être pas trop nécessaire, mais c'est le plus sûr. Je me souviendrai toute ma vie que le jour de Pâques j'ai payé i Benten cinquante sous d'une tartine de beurre , et que mou compagnon de voyage paya un florin un verre de bière aux portes d'Utrecht.

Pierre i , qui avait été charpentier en Het* lande, y fit un second voyage comme czar , et dit k un bourgmestre qui lui faisait les honneurs de la ville ; J'ai tout amélioré dans mon pays , il n'y a que moi que je n'ai pu changer, je suis resté féroce comme je l'étaiB... et la suite prouva bien la vérité de son propos.

Alors ou mit à mort un malheureux. Pierre se fit rendre compte de l'appareil du supplice ; mais, comme il n'en trouvait pas la description asseï claire, il dit : 11 n'y a qu'à prendre un de met esclaves et le rouer. On lui repre'seota qu'outre -l'atrocité de cette action qui révoltait, il ne serait pas possible de le satisfaire. — Eh I pourquoi donc? dit-il; ne suis-je pas maître de moe esclave ? et n'eu puis-je pas disposer à mon gré? — Chei TOUS , peut'-étre , lui répondit le boar^ mestre, mais non pas ici. Tout esclave qui • mis le pied «n HolUndè j devient libre et n'aj^r-

,,-erihyGoogle

tient qu'à lai-méme Qa'est-ce qu'Hoesclar*

dans Tesprit â'un tjrnin?

Dofft.

Je ne dirai rien de Delfï , sinon que Delfï est la sépulture du prince d'Orange.

Il y a un espace immense de terre inciilte et déserte au delà d'Utrecht, ce sont des communes. La vente de ces communes, bien que d'un prix excessif, ne produirait presque rien pour chaque particulier. Ainsi le terrain reste comme il était, et le bien public est oublié.

Il y a à Utrecht un pilier de l'église de Sainte- Marie, fondé sur des peaux de bœufs, ainsi qu'il est attesté par l'inscription suivante.

Accipe , posteritai , quod per tria seecula nares ; Tauricis cuUbusfiindo ioUdatâ coîumna est.

« Fostëritë , apprends ce que tu redira» pendant troii liiclM : « cette colonae a ^té fondée sur des peaux de bœufi. «

J'ai fait le voyage de Saardam avec M. le baron de Gleichen. C'est un assemblage de chaumières disposées en fer k cheval, sur les bords de la Saar; les ujies en briques, les autres en plan-

«9^ VOTAGB

cites , presque tontes séparées par des plantatioDS d'arbres, et lenrs jardins forment des mes droites le long d'nn canal dtmt elles sont séparées parnn parapet. On ne voit rien dans les compositimis romanesques des paysagistes de pliA agréable et de pins piquant. A l'entrée de chaque rue il y a un petit pont de bois qui aboutit au parapet. A chaque pas c'est un point de vue tout non- Tean. Noos avons dîné dans une auberge placée an centre du fer à cheval , d'où nous voyions conter sous nos pieds et sons nos lènétres la Saar, qui est fort large, tandis que nos regards se promenaient de droite à gauch^ sur la rive, le long de ces jolies petites maisons , et les remparts de la ville i la distance d'une petite demi-lieue. Et ces reroparts-là , savez-vous ce que c'est ? Trois \ quatre cents moulins à papier, à planches , à huile et \ grains , et eu nettes et charmantes chaumières. Savez-vous par qui elles sont habitées? Par des paysans en habit de campagne, par des paysannes en habit de paysannes , par des hommes riches, de 5, 6, 7009000, jusqu'à un million de florins ; les parents qui les refuseraient \ un baron d'Allemagne, les donnent en mariage à leurs éganx. C'est un des chantiers de la Hollande. Cest là que Pierre i fut gourmande pendant deux ans par des charpentiers dont il prenait quelquefois et gâtait les outils. Nous y avons vu trois grands vaisseaux en constmction.

D,gn,-.rihyGOOglC

et des magasins de planches sans En. Nous soiurmes aliés et nous sommes reTenus en bateaa.

NoQs av<ms risité les écoles publiques » pleines de jolis en&nto» quoiqu'il n'y ait rien de moins commun en Hollande que de beaux hommes et de belles femmes. Entre ces jeunes filles j'en remarquai une qui semblait porter son histoire ^rite dans ses yeux ; elle était belle , cepradant elle n'était pas très-belle; mais on n'a jamais »u un tour de visage plus séduisant, un teint plus éclatant, des joues colorées d'un incarnat ^lus TÏf et le regard d'une tendresse , d'une volupté , d'une expression à troubler l'ame la plus froide. Dieux ! quelle expression ! Je suis f^ché de n'avoir point demandé et écrit son nom.

Il n'y a pas encore long-temps que la fille de la maison où Pierre i s'était retiré vivait encore. £lle était tombée dans l'eufance ; ses yeux étaient fermés ; seulement quand on prononçait le nom de Pierre ils s'ouvraient, il s'en échappait quelques larmes , et se refermaient.

Il faut faire le voyage de Hollande avant celui d'Italie , voir la grisette charmante avant la dame de qualité ; on, si on l'aime mieux , Berghem avant Raphaël.

. A Saardam, les femmes portent des cotillons plissés comme des éventails, le corset étroit, et chapeau de piaille ; on n'y voit pas seulement l'échantillon d'une gorge dans tonte une année. Elles

,,-erihyGoogle

298 TOTAGB -

ont des denteUes, des bagues &n doigt, dcB boacles aux oreilles, les jambes à demî-oues^ et relèvent le fumier avec des fourches.

Un nommé Calf, habïtaatdnpays, £tle voyage de Pains sous le 00m du baron Deveau; c'était un homme qui avait eu beaucoup d'éducation y et qui .ne manquait de lumières > ni d'esprit, ni de politesse. Il se répand dans le monde , dépense quelque cent mille florins, et s'en revient dans «mi village reprendre son état et son vêtement de ^^an.

Deux Français- qui l'avaient connu arrivent i Amsterdam avec des lettres de change qui n'étaient pas encore à leur échéance : ils en cherchent inutilement la valeur ; ce contre-temps les soucie. Alors ils se rappellent le baron Deveau, et s'en informent; le hasard voulut qu'ils s'adressassent à quelqu'un qui a été lié avec Calf , et dont l'histoire de son voyage de Paris n'était pas ignorée ,■ ce quelqu'un leur dit : Je sais, me»sieurs, de quel baron vous parlez, et je ne tar> derai pas à vous le présenter. C'était im jour de dimanche. Le lundi nos Français se rendirent chez cet habitant officieux , qui les conduisit sur le marché où Calf, le fouet h la main, debout sur le devant de sa charrette à quatre roues, arrivait avec son beurre , son fromage, ses œofi et son lait. Tenez, leur dit leur conducteur, le paysan qoe vous voyez ^t , si je ne me trompe ,

„-.^hyGOO^IC

t>E aOLLAHDE. ^99

votre biiroD. Les Français le reconnnrent sans peine. Us vont à lui; il les reconuait, les embrasse et leur fait des offres de services. Ils lui expliquèrent leur embarras. Calf leur dit : Quoi! ce n'est que cela? venez demain à Saardam ; je vous attends entre une heure et deux, ni plus tût, s'il TOUS plaît , ni plus tard. Le jour marqué ils arrivent à rheare indiquée. Calf, veto de «m habit de baron , leur ouvre sa porte , ils entrent ; on sert un bon dîner sur une table ronde, autour de laquelle il n'y avait pas d'autre siège que de petites barriques de bois sur lesquelles il &llut bien s'asseoir, Calf leur disant qu'il ne pouvait les honorer davantage qu'en les traitant h ta manière dn pays. Le dîner fini , il ajouta : Je vous prie, messieurs, de ne pas trop dédaigner ces siégea rustiques, ils en valent bien d'autres. On lève les couvercles, et l'on y voit des amas d'or; ils contenaient chacun environ 200,000 florins , et tous enseqible environ deux millions. Quant à vos lettres de change , en quelles espèces , ajouta-t-il, souhaitez-vous qne je vous les paie? en piastres , en louis de France , en guinées , en ducats? vous n'avez qu'à dire.

Ce Calf vit encore, et le fait que je viens de raconter est notoire.

De Saardam je revins à La Haye, oh. je ne restai pas long-temps. Après avoir encore une fois visité la mer à Scheveling, je partis pour Roterdara.

,,-erihyGoogle

5oo VOTAGE

J'arrÎTe , je saine derechef Ërasme et U Meuse} et

je m'achemine vers le Moordïk.

Roterdam.

Cest une grande et belle ville, sur laquelle il y aurait beaucoup i dire.

On raconte que la tour de la |^nde église » autrefois inclinée à l'horieon, (ut redressée par un architecte; et^ afin qu'on n'en doutât pas /le fait et ses circonstances furent gravés sur nue plaque d'airain au dedans et au bas de la tour. En i54o, on éleva une statue de bois à Érasme; une de pierre, en iSSy ; et celle de bronzS, qui existe, en i6âa. Cela n'est peut-être arrivé qu'à lui, d'entre les hommes de lettres dont on a honoré la mémoire par des monumeots.

,,-erihyGoogle

DE HOLLAKDE.

Page 1