RETOUR EN FRANCE
Pays-Bas Autrichiens.
J'ai passé le Moordik en allant par le calme et revenant par la tempête. Ce petit bras de mer n'est effrayant et fameux que par la mort d'un prince d'Orange qui y fiit précipité , lui , sa voiture et ses chevaux. J'ai fait mes adieux iu pay» de la liberté, et j'entre dans les Pays-Bas Autrichiens.
Sur des mémoires du feu «imte de Cobentzei, le tarif de la recette et de la dépense, en lySa, donnait pour la dépense totale, abstraction &ite de l'entretien des troupes impériales 4»^*^^*^^^ ^Oi'*
Et pour la recette 4»36o,aii
Il y avait donc à recevoir plus qu'à dépenser i54i885 flor.
Si Sa Majesté impériale avait secouru les Étatsgénéraux des provinces dn bon des recettes domaniales, qui se. montaient à 3i7,4€3 âorins. 3. II. 7; il i>e serait resté pour l'entretien ides troupes, que 473,347 florins tS. 8.; et couuné
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il fallait enTÎron a millions 7^8 cent millç florins pour Tentretien des troupes, en payant sur le pied efFectif, oa en foaraîssant k part les deniers nécessaires pour les recrues et les remontes, il en résulterait une iodispensahle ne'cessité de prendre d'autres arrangements , par lesquels les Ètats-ge'néraux suppléassent au déficit, qui passait alors la somme de deux millions de florins. A-t-on pris, n'a-t-on pas pris on arrangement? je l'ignore ; mais je Us , dans les mémoires que j'ai cités , que le pays était écrasé, et que les gens sensés prétendaient qu'il en iàudrait incessamment rerenir au tarif de 1752. Ce tarif ne snbsi»> tant plus, il y a quelque apparence que l'administration fiscale de ces provinces avait été changée.
Population et Agriculture.
En i753,ilyaqaaraDteans, les chaussées n'étaient pas connues dans les Pays-Bas Autrichiens; alors un bonnier de terre de la meilleure qualité, à la portée des grandes villes, ne valait tout an plus que 4 ^ ^<^ florins. Le bonnier de terre A la distance d'une lieue de ces villes ne coûtait que a5o à 3oo florins. Aujourd'hui qu'il y a des chaussées, le bonnier des premières terres dont j'ai parié se monte jusqu'à 1,000, i,aoo, i,5oo florins; et le bonnier des dernières vajiuqa'Jk Sooet i,oao florins. Si les pairtiès de t^re mises en yente ne
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sont que de trois, cinq à huit iMMiniers» ce sont les paysans mêmes qui en sont acquéreurs. Ce qui précède a lîeu jusqu'à ce jour dans le Bral>ant, le Hainault et le comté de Naraur.
A la distance d'une lieue des grands chemins, le revenu des terres et leur valeur sont restés sur l'ancien pied,, cela est comme cela était il y a cent ans. C'est la même chose pour les terres incultes.
Oti il y a de grands chemins > les paysans peuvent aller au marché l'hiver ; ailleurs les routes sont impraticables. Alors le paysan ne sème et ne cultive que ce qu'il peut conduire à la viUe dajtSt la belle saison; il ne nourrit de bêtes k cornes que ce qu'il lui en faut pour avoir ta qualité de beurre et de fromage qu'il peut débiter en automne; le fumier manque, les terres ne sont pas engraissées, et on les appelle ingrates. Avant la C(HistrHCtiou des routes il y avait beaucoup de terres incultes, beaucoup qui ne portaient que tous les deux ans. Aujourd'hui on récolte tous les ans; elles donnent encore dans la même année, en sus de leur produit en grains, du trèfle, de la navette, des pommes de terre, des légumes et d'autres denrées pareilles. y a dans ce pays beaucoup de communes, de marais, de bruyères, de forêts bien cultivés. Le produit en serait déculpe; mais le luxe attire les br^ dans les. villes. Il y » beaucoup dç valets ; il n'y a pas dç mar-
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chand qui n'ait le sien, et le -plat pays se dépeuple.
Un gros censier tient jusqu'à cent cinquante, deux cents bonniers de terres en labours. Ces gros censiers envoient leurs enfants h Louvain , où ils font leurs études j l'aine' succède à son père, les autres se jettent dans l'état ecclésiastique, les filles sont mises en couvent et se font religieuses. La dot claustrale des filles des censiers de la première classe va -jusqu'à 4 ^^ 5,ooo florins, sans compter la pension viagère ; celle des filles des censiers de la deuxième classe est de a à 5,ooo florins. On avait fixé le nombre des religieux pour chaque maison de mendiants , et ce nonibz*e est triple, quadruple, de la fixation légale; c'est que, grâce à la superstition des peuples, les quêtes sont excellentes.
Il y a des politiques dans le pays qui pensent qu'il faudrait réduire à cinquante ou soixante bonniers par censier, la plus grande quantité de terre qu'il leur serait permis de labourer; il résulterait, disent-ils, de cette répartition plus de familles en état de subsister honnêtement, une plus grande population du département, et une amélioration de culture. Ils ajqutent que les propriétaires y 'gagneraient, parce qu'il y aurait plus de concurrents aux haut. Un censier qui loue aujourd'hui cinquante à cent bonniers d'un propriétaire, ne rend tout au plus que lofloriospar
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bonnier, et plusieurs même n'en rendent que 6 florins; au lieu qu'en de'nombrant la nodiation par parties de cinq> dix, quinze bonniers^ un petit ceasier en pourrait offrir depuis id jusqu'à a4 florins.
II y a aux Pays-Bas cinq millions d'ames , deux millions dans les villes, trois millions dans les campagnes. En 1745, il y avait à Bruxelles soixante mille habitants des deux sexes au dessus de quatorze ans , en tout cent mille non compris les couvents, les chanoines et autres ecclésiastiques, dont le nombre excédait trois mille deux cents, c'est-à-dire cinq pour cent des soixante- ' trois mille ; et dans le même rapport sur les deux millions d'habitants des villes, il y aurait cent mille ecclésiastiques et autres célibataires religieux; et à un pour cent des trois autres millions, il y en aurait trente raille. Il y adonc cent trente mille célibataires religieux dans les Pays-Bas Autrichiens; sur ce nombre un tiers de mendiants, qui seraient mieux à la culture des terres et dans les manufactures, qu'avec une besace sur les grands chemins. Tous ces calculs ne sont pas contestables, ils ont été pris sur les registres même du receveur des États.
Dans l'état actuel des choses, lorsque la récolte est abondante , elle peut fournir à la consommation pendant trois ans. La sortie des grains et semences, branche de commerce la plus forte, rap-
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porte, soit en argent, soit en marchandises , 33,000,000 et Jemi de florins ; cependant, depuis trente ans, le commerce décline an désavantage da pays de 3 à 3 pour cent, malgré tous les efforts des manuiàctures.
Les remises et décomptes Tont annuellement RU delà de 6,8od,ooo de florins du pays; ce dernier calcul est établi sur les registres des bureaux d'entrées et sorties, sur le prix courant d'Amsterdam avec la France ; pour le Vin, il faut passer un quart en fraudes et recels des valeurs.
Chaque personne de tout âge, l'une piurtant l'autre, consomme pour un son et demi de pain ou de farine; donc la consommation de cinq millions se monte à a5o,ooo florins par jour, et par an à 89,150,000 florins.
ï!n supposant la sortie des grains à on quart dt^ montant de la consommation, les grains ne s'achètent qu'argent comptant, on a, en temps de récolte médiocre et commune, 33,387,500 florins. Mais il en reste dans le pays ce qu'en exigerait la consommation de l'année suivante ; donc , année médiocre et conunuoe , sur tes seuls grains propres à la nourriture de l'homme, c'est 1 1 1,437)^<><} florins, non compris les grains mis en bière et en eau-de-vie, qui peuvent monter k la moitié de cette somme; pour cette moitié, 55,718,750 florins en totalité de la productioii des grains d'une année consommés et exportés
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i66>i56>35o; évaluant à la moitié de cette totalité tous les autres fruits delà terre, c'est SS^SySjiaS florins : donc ^ la production totale des fruits de la terre, non compris les bois, les minéraux, ce qui est récolté dans les granges est de a5o,754)47^ fltnrins, argent courant de Brabant.
Il se présente une autre raison de réduire la quantité des terres labourables pour les plus gros censiers à cinquante mille bonniers, c'est la nécessité de faire et d'entretenir les chaussées. Les gros censiers s'occupent à rendre les chemins impraticables , et à empêcher les petits paysans k ■ prendre des terres à ferme; les premiers ruinent les chemins de propos délibéré, et mettent obstacle à leur réparation, sans se cacher de leurs motife, qui sont les mêmes pour lesquels ils gâtent ceux des carrières aux grandes routes , oil l'on ne conduit pas trois cents pavés avec moins de six à huit chevaux.
Manufactares et Fabriques.
On ne trouve guère d'argent pour fonder une manufacture, qu'à 3o florins pour cent. U y a, comme parmi nous, des corporations, corps et communautés de métiers.
On ne sait que trop que toutes les compagnies et sociétés exclusives sont nuisibles à l'£tat, et nuisiUes aux particuliers qui ne sont que pré-
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teurs d'ai^ent, et qai finissent toujours par perdre
leur mise.
Exemple. On propose une entreprise à former avec un capital de 100,000 florins, ^ i^ooo florins par action : c'est cent actionnaires; chacun prend autant d'actions qu'il lui plait. Le directeur est fixé à cinq ou six, et il a ses gages ; lui seul sait le secret de l'entreprise. On lui donne un sonsdirecteur qui a une action, et n'en peut avoir davantage. Il a aussi son gage. Â ce sous-dii-ecteur, teneur de livres en premier, on accorde deux- commissaires, on teneurs de livres en second; ils ont un; action en commun. Il s'agit de la pêche du hareng ; on achète donc cinq bâtiments ou flebots à 40,000 florins; ils vont, ib reviennent t on repartit la totalité du produit en quinze parties ; huit de ces parties sont employées à bonifier l'achat, à payer les ustensiles et autres dépenses pareilles; sept des deniers clairs se divisent entre le capitaine et les matelots, en tout neuf personnes. Le capitaine ordonne, selon son droit, au teneur de livres de lui délivrer ce qui est nécessaire à l'entretien de son navire et de ses matelots.
Les commissaires sont ordinairement des maréchaux, des tonneliers, des boulangers et autres gens commerçant de tout ce qui convient au navire et à l'entretien de l'équipage. Ils font cause commune dans tontes leurs livraisons; ils devien-
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nent doubles, triples actionnaires. Ils enflent leurs comptes à discrétion, les autres actionnaires n'y entendent rien, et ils reçoivent en aveugle tous les acquits de paiement. Le compte clos, il resuite que les huit quinzièmes sont tombés en pure perte pour l'achat des navires et autres frais. Il en est de même d'un autre huitième. Alors les commissaires et le teneur de livres allèguent tant^ de raisons, qu'à la troisième année on commence à parler d'une avance de aS pour cent. C'est ainsi que dans la suite l'argent disparait, et que les actionnaires, dégoûtés, finissent par abandonner leurs capitaux à la merci de ceux qui ont eu la direction et le maniement de la chose.
Navigation.
La navigation des Pays-Bas est bornée aux rivières et aux canaux, elle ne s'étend pas au delà du fort LiUo, qui appartient i la généralité de la république, et dont le bureau de la douane est propre à l'amirauté de la province de Zélande.
Ils ont deux ports , Ostende et Niewport; mais la jalousie qui dure entre les Flamands et les Brabançons en différa long-temps le rétablissement. Dans la crainte de recevoir la loi des Flamands, les Brabançons continueront à prefërer l'Escaut.
En creusant un canal depuis Ostende par la Flandre jusqu'à l'embouchure de l'Escaut vis-à-
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vis Anvers , ouvrage qui n'aurait pas beanconp plus coûte que la coupure de Flandrç^ on se serait passé de ta re'publlque de Hollande, et l'on aurait pu e'tablir des comptoirs dans tontes les villes maritimes de l'Europe; mais les Flatnapds n'y consentiront jamais , et le traite de Munster s'y oppose, Ainsi nous en sommes réduits à notre navigation interne, les Brabançons à fréquenter l'Escaut pour aller rompre l'est en Hollande en Zélande, et les Flamands à se servir de leqrs ports d'Ostende et deNiewport.
Mais la navigation interne a un autre inconvénient, c'est la géae par le corps des bateliers,, partout où il y a des canaux et des rivières. An* vers est le seul endroit oii on les contienne dans leur devoir; partout ailleurs, si un marchand a besoin d'un navire pour le transport de quelques livraisons, il faut qu'il fasse sa demande an doyen, déclarant c» qu'il veut transporter , et en qnel endroit. Le doyen fait naître de^ difficultés; le marchand est remis de semaine en semaine; et cependant les marchandises dont il se proposait de faire la traite se trouvent fournies par un batelier. Ils ont inventé nombre d'autres moyens de lasser le commerçant et de s'emparer du coibt merce. Ou qu'on permette à chacun d'être batelier et commerçant, ou qu'on sépare les dem corps , et que le commerçant ne soit pas batelier, ni le batelier commerçant. Il n'était permis i un
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batelier qu'un navire, et ils en ont clucun jusqu'à trois, sous des noms empruntés.
Ils ont des ckarfaoDS de terre dont Us œ fcmt pas la traite, quoique ce soit un objet de lapins grande consommation, cfHnme on va le voir, et qu'ils dussent être eocouragës par le surliaussementdes droits imposes par les Anglais à la Bortie de cette denrée, et par la défense d'en expor^ ter pendant on certain uombre d'années.
De tout temps les Anglais ont importé et importent actuellement dans la république de Hollande, malgré l'accroissement des droits, au delà de quatre mille navires du port de quatrevingts lastes, chaque laste de quatre mille livres ^ poids d'Amsterdam, ce qui iàit un chargement par navire de trois cent vingt mille : ainsi, pour les quatre mille navires, la quantité d'un milliard deux cent quatre-vingts millions de livres pesants, qui, à raison de 6 florins courant de notre monnaie par mille livres, produit un capital de 7,680,000 florins courant du Brabant. Qu'est-ce que cela en comparaison de ce qui s'en consomme en Angleterre? Pour la seule ville de Londres il en faut au delà de six cent mille caidrons, le caldron à trois mille livres de poids d'Amsterdam, et à 30 schellings le caldron. Si ces villes exportaient en Hollande seulement un quart de ce que les Anglais en importent, ils emploieraient à ce transport, depuis leurs fosses
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, jusqu'à leurs rÎTières et canaux, vingt-six mille six ceut quatre-Tingt-huit chariots à raison de trois tastes ou quatre caldrons par voiture; ce qui fournirait à la cai^ison de deux mille de leurs navires , qui ne portent l'un dans l'autre que 4o lastes, ce qui rendrait 1,930,000 florins; mais pour cet effet il Êiudrait que ces caldrons pussent être donnés à i florin ou 1 5 sous par mille moins que n'en demandent les Anglais y dont le charbon est plus estime'.