COMMERCE
Droits d'entrées , de sorties et autres,
La population est la même depuis cent ans.
Les fonds ou donations pour l'entretien des pauvres ont varié et se sont accrus de cent manières à un degré immense. Le nombre des mendiants va toujours en augmentant , et la plupart de ces gueux sont jeunes, forts et vigoureux. Les ouvriers sortent; ils vont remplir Amsterdam, oii l'on comptait, en 1765, plus de douze cents tailleurs de pierre de ces contrées , et d'autres our vriers à proportion. La multitude des ordonnances sur le commei-ce de'toume les étrangers de ce pays. Ce sont eux qui fouiiiissent aux Hollandais les pierres pour leurs digues.
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Jurisprudence et Procédure.
En matière de commerce , nul procès en règle à Amsterdam , si la somme n'excède pas 3oo florins; au dessous l'afifaire se décide dans la chambre des bourgmestres et par devant deux commissaires. Pour une somme considérable, Tafiaire est portée à récherinage^ dont l'appel est rare. Ces institutions sont les mêmes en AngleleiTe. En France nous avons notre juridiction consulaire.
Dans ce pays-ci les affaires de commerce suivent la procédure commune et ses longueurs ruineuses, n n'y a nulle loi en vigueur contre les banqueroutiers irauduleux, ni ailleurs, je crois. La suppression des lieux privilégiés devrait être suivie d'un adoucissement à la sévérité des lois contra les commerçants en faillites.
En. Angleterre, un commerçant, quarantedeux jonrs après sa faillite annoncée, produit un ëtat fidèle de ses affaires; s'il n'est que malheureux, il n'y a point de prison, on lui alloue au contraire cinq pour cent de la valeur de ses effets, si, les frais prélevés, ils suffisent pour rendre à ses créanciers lo schellings par livre sterling. 11 ' est vrai qne cette indulgence ne peut aller audelà de 300 livres sterling. Si le produit net des biens rapporte au créancier la schellings 6 deniers par livre sterling, le débiteur a 7 livres 10 schellings pour cent , jusqu'à concurrence de
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a5o livres sterling. Si les créanciers touchent i5 schellings par livre sterling, le débiteur obtient dix ponr cent jusqn'à la somme de 3oo li- Tres sterling. Il n'y a point de contraintes à moins qu'on ne découvre des effets cachés pour lo livres sterling. Si le recel était de 30 livres sterling, il serait traité comme crime de félonie sans bénéfice de clergé. Si les biens ne penvent rendre au créancier 10 schellings par livre sterling, le débiteur est à la merci des commissaires^ qui peuvent lui accorder une remise; mais cette remise ne peat excéder 5 livres sterling pour cent. Si dam la suite le débiteur se relève , les créanciers mA recours contre lui ^ à moins que ses effets , lors de sa iàillite, ne leur aient produit i5 schelUn^ par livre, ou les trois quarts.
Cette jurisprudence est pleine d'hiunanité ; cependant elle n'a lieu que du cooseotement des quatre cinquièmes des créanciers.
Ces lois ont été corrigées en 1746 par un acte public , sous le titre de an act for amending the latfs relating to baiiikrupaj il en est encore un, pour le soulagement des débiteurs insolvables, sous le titre de a bill for relief of iuaûivtmt debtera.
Il n'y a guère plus d'un siècle que les prenàncs dames du .pays ne portaient que des tabliers et
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des mouchoirs de Cambrai, fabciqués dans la contrée. Celles de l'e'tat au dessous s'habillaient de toiles superfioes. lies autres de toiles bleues , les joarS ouvrables; les fêtes elles se mettaient en toile blanche de Cambrai ou en batiste. I^s hommes étaient vêtus de drap ou camelot ouvré sur les lieux. U ne reste plus rien de cette simplicité. Est-ce tant pis? est-ce tant mieux? Les sentiments sont ici divisés 'comme partout ailleurs.
Au reste, je ne connais guère de contrée qui ait fourni davantage à un luxe ruineux que celleei. On prétendait que celui de France avec ses soieries et ses modes, que celui d'Angleterre avec 668 drapa^ et que celui de la Hollande avec ses épiceries , n'en approchaient pas. On conçoit qu'il s'agit de la manufacture de dentelles. Dans la seule ville de Bruxelles , il y avait plus de vingt mille ouvrières en dentelle, c'est-à-dire presque le tiers^es habitants. C'était la même chose dans la plupart des autres villes. Des enfants de l'âge de six ans étaient employés à ce travail, qui leur Ëmmissait de quoi subsister.
Les Anglais, les Français et les autres nations ont tâché d'avoir cette manufacture ; on a tout mis en action pour débaucher les ouvrières ; je ne doute point que nombre d'elles ne se soient laissé corrompre. Pourquoi la &brique exportée n'a-t-eUe pas l^ussi ? Serait-ce qne le goût et la
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perfection (Tune manufacture quelconque ne se peuvent soutenir que par la multitude et la concurrence des fabricants ? Serait-ce que les ouvriers éparpillés restent sans émulation et s'abâtardissent? Serait-ce que les bons ouvriers restent, et qu'il n'y a que les médiocres et les maur vais qui s'expatrient? Je serais assez disposé à le croire. Les ouvriers de Lyon n'ont rien fait qui vaille.
La science du commerce est très-etendue. Je voudrais bien savoir pourquoi , entre tant de professeurs publics dans toutes les contrées, il n'y en a nulle part aucun qui donne des leçons de cihomerce; le commerce a pourtant ses éléments, sa théorie et sa pratifpie. II me semble qu'une école de commerce, où la jeunesse se rassemblerait, donnerait occasion au génie de se reconnaître. Si je fonde jamais une chaire dans la capitale, ce sera une chaire de commerce, à la nomination des plus célèbres commerçants. La préférence entre les concurrents sera donnée à celui qui a'nn commercé long-temps avec succès.
Absurdité dans l'administration des Pays-Bas autrichiens.
Ce n'est pas la seule qne l'on connaisse ; mais quand on est .capable de celle-ci, il n'y en a pas qu'on ne puisse commettre. On ne veut pas aug-
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meoter la paie des troupes pour épargner une dépense qui tombait autrefois toute entière à la charge du fisc de Vienne. Pour cet effet on tient le pain au plus bas prix^ et pour empêcher ce prix d'augmenter, on défend l'exportation des grains j la denrée la plus importante du pays, pu on ne la permet que quand le blé est presque tombé en non-valeur; c'est-à-dire qu'on arrête aittant qu'il est possible les progrès de l'agriculture , qu'on perpétue les friches , qu'on s'oppose à la multiplication des bestiaux et des engrais , et qu'on fait plus de mal au milieu de l'abondance qu'il n'en résulterait de la stérilité. Cependant on sort beaucoup de blé ; mais c'est par monopole, permission tacite ou privilège exclusif. Supposons que ce privilège soit accordé à madame Nettine j que faitelle? Elle use de sa concession , dans toute son étendue, et gagne beaucoup à la quantité qu'on lui a permise. Elle en ajoute par fraude ime beaucoup plus grande, et je l'en loue, car elle sert son pays, en s' enrichissant.
Le ducat de Hollande faut 5 florins de Hollande, et 6 florins justes de Brabant, d'où l'on voit que le florin de Hollande est de i5 sous plus fort que celui de Brabant. L'impéralrice-reine ne tire point d'argent des Pays-Bas: on lui envoie en dentelles et tapisseries le surplus, de l'imposition et des revenus; les charges acquittées ainsi, tout l'argent reste dans les provinces.
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Je toacbe au tertae de mon Toyage ; ma cnrio' site dimiane à mesure que le désir de reroir les miens s'accroit^ et je dirais prescpie que je suis attiré vers eux eu raison inverse du carré des distances, et que le sentiment même est soumis à la loi de Newton. Il n'y a presque pas une de ces Tilles qui forment la frontière des Pays-Bas autrichiens 'et Jrançais, qui ne soit condamnée à être dévastée tons les quinze à vingt ans.
Anvers est une grande ville qui fut autrefeis fort célèbre. Elle est située & la droite de l'Escaut, dans une belle plaine, à quinze lieues de l'Océan. La rivière est si profonde, qu'elle peut amener de gros bâtiments jusque sous les murs; la mei" la fait hausser de donze pieds. C'est la corde d'un arc que forme la cité. Il y avait une citadelle bâtie avec tant de simplicité, ^'on en apercevait à peine l'élégance, et avec tant d'élégance, qu'on n'en soupçonnait pas la force. Alexandre Famèse, en i5d4, jela un pont à Ordam, oà l'Escaut a deux mille quatre cents pieds de lai^e.
Cest & Bruxelles que je trouvai un marcbaixl de vins hollandais, nommé Van Keulen. U «Tait été appelé dans cette ville par la mort de son fils, qui avait eu la tête fracassée contre un mur, en
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conduisaat à la campagne des femmes de plaisir, dans un cabriolet attelé de deux chevaux fougueux qui prirent le mors aux dents , et qu'il ne put jamais modérer. Je pris cet homme en pitié j je lui inspirai du goût , il se chargea de notre dépense, et me déposa à La Haye , k très-peu de &ais. A Anvers, lorsque nous filmes sur le point de nous mettre à table, cet homme, debout, la tête découverte, se mit à faire la prière tout haut. Je lui demandai quelle était sa religion , il me repondit que la religion n'y faisait rien; mais que la probité, qui en est indépendante, était tout. Ce propos me plut, je loi présentai m£s deux mains, il les prit et me les serra. 11 entendait très-bien le français, mais il le parlait mal; ainsi je fis tous les frais de la conversiltion. il m'apprit, comme il put, en traversant les dunes^ sur le territoire d'Aûvers, que l'impératrice-reine en encourageait le défrichement, en accordant la propriété du fonds, et vingt-einq ans d'exemption de tout impôt.
Je trouvai dans la voiture de Bruxelles une f^mme anglaise qui partageait également son séjour entre Londres et Paris , et à qui les deux langues étaient également fomilières; ell^ était vive , spirituelle et peu scrupuleuse. Je lui de* mandai dans laquelle de ces deux langues elle était la plus chaste. — Ma bouche ea anglais, me dit-elle, et mes oreilles en français. — > Ce qu'elle
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peiisait de dos mœurs et de celles de ses compatriotes. — La corruption est égale dans les deux capitales; mais plus grossière k Londres. La société des femmes est plus dangereuse en France pour une femme, et la société des hommes plus dangereuse en Angleterre pour les hommes. — Dans laquelle des deux villes elle se plaisait le plus à vivre. — A Paris.
Gueverin est un bureau où l'on visite très-scmpuleusement les voyageurs. On nous demanda, selon l'usage , si nous n'avions rien ^i fiit sujet au droit; une jeune fille qui s'en allait à Spa chercher le débit'de gaze', de dentelles et autres colifichets de femme, répondit que non. On ouvre les malles, et on les trouve pleines de marchandises qâi deviennent contrebande quand on ne les déclare pas : on la saisit, et la voilà toute éplorée. J'avais gardé mon sang-froid au milieu de cette scène tumultueuse; je m'adressai au chef du bureau, et je lui dis : Doucement, monsieur, s'il vous plaît ; et où avez-vous appris qu'on s'adressât
k la femme lorsqu'il y avait un mari? Alors
je me mets à crier à tue-téte à un jeune homme qui précédait la voiture publique à pied : Eh ! arrivez donc, monsieur, on s'empare ici de tous ieseflèts de votre femme.... Le jeune homme me comprit à merveille ; il parle avec fermeté aux commis et à leur chef; son discours était conséquent au titre que je lui avais donné. Nous nous
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joignons tous à lui. U s'offreàpajierlesdnHls. Le chef du bureau, après avoir rêvé un momeat, dît; Cçlftiao paraît juste. l«s droits des marchandises sont appre'ciés et paye's selon le tarif. Nous remontons en voiture, et nous continuons notre route. Ce qii'il y a de plaisant, e'est que ce mariage intpromptu réussit, et que le jeune homme pVit le ton d'époux, cpii ne déplut peint à la jeune mai^ chsode, qu'il suivit k Spa.
Neus T(^là i Valepciennes, oh j'allai voîf use mauvaise statue de Louis xv, de Sailly; elle est courte et semble porter i;tn quartier de rocher sous son bras gauche. S'il eût pensé que Valenciennes était la dernière ville de France, il eût fait un monarque défenseur de son pays; il lui eût relevé la tête, Êxé tes regards vers la contrée ennemie, et pesé la main sur son cimeterre.
L'aubergiste, vieille femme et bonne fbmme, me dit en pleurant qu'elle-avait été saignée la veille, à soixante-dix-neuf ans, pour le premier chagrin qu'elle eût eu de sa vie. ,
Je vis de petits enfants s'agenouiller dans la rue pour j^^fiTOIF 1^ IwnÂâiction d'un prêtre qui
Cambrai, qu'on ne nomme pas sans.se rappe- OEuTKiB ntums. 3t
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522 VOYAGE DE HOLLAHDE.
1er qne ce fut le siège épiscopal de Féoelon , fut entouré de murs^ mais non fonde par Charlemagne. L'Escaut le traverse presque en entier.
Péronne.
Féronne fut le berceau de la ligue, et passe pour être le grenier de Paris. On y voit le tombeau de Charles-le^imple , qui mourut dans cette ville, prisonnier d'Hubert, comte de Vennandois. Il s'y donna, sous Henri ui, un combat entre les ligueurs, commande's par d'Aumale, et les royalistes, commandés par Longueville. lia Somme passe à Péronne.
Ro/e, Senîis, Paris.
Passons vite à Roye et à Senlis, puisqu'il nous reste assez de jour pour arriver h^ Paris.
Mais voiU , je crois , ma fenuue et ma fille qui viennent au devant de moi. Ah! qu'il est doux, mes amis, de se trouver entre les bras de ceux qui nous sont chers, après en avoir été séparé si long-temps !
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