DES ÉDITEURS. U
au temple de la sagesse. S'il arrête nos regards sur le tableau d'une immoralité affligeante , c'est pour rehausser l'éclat des vertus; il nous fait sentir le prix de la première de toutes, une volonté forte qui nous fait régner sur nous-mêmes, et nous rend souverains de nos cœurs. En effet , lorsqu'on lit cet ouvrage , en se comparant involontairement àRameau, on ne peut se défendre d'un sentiment de plaisir, on joait de sa propre estime , et on goûte la satisfaction de se voir placé bien au dessus de l'homme à ce point dégradé. Mais d'où vient notre supériorité et son avilissement? Diderot nous l'apprend : C'est que nous avons pris l'heureuse habitude de résister à nos penchants, que nous avons sa plus souvent que Rameau nous combattre ei nous vaincre j tandis qu'il a toujours été dominé , .^traîné par ses inclinations vicieuses; c'est que nous avons été nos maîtres , tandis qu'il est toujours demeuré son propre esclave. Frappés d'nne utile épouvante , à l'aspect de l'abjection où tombe la nature humaine qui s'abandonne , noue sentons vivement le prix de notre unique appoi moral , de cette volonté ferme, qui seule nous défend, nous élève et nous soutient. Diderot nous eût fait moins d'impression s'il eût prononcé moins fortement les traits hideux de son bizarre héros. Mais il savait qu'en fait de préceptes , c'est peu d'éclairer , il faut émouvoir, et que l'éloquence doit être uae/orce en même temps qu'une lumière.
De cette utile peinture l'auteur tire ce double avantage, qu'il nous enseigne à la fois à être sévères avec nous-mêmes , et indulgents pour les autres. En nous
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ï AVERTISSEMENT
faisaat connaître qu'ooe volonté forte nons sondent senle à une certaine hauteur morale , en nous dévoilant ainsi ce ressort qui est le mobile de l'honnête dans nos cœurs , il nous apprend à ne pas trop accabler dfi nos mépris ceux qui , moins à blimer qu'à plaindre , ignorent ce secret ; ceux qui ne veulent point assez, parce qu'ils ne savent pas assez qu'il ùiatvouloir. Leur abjection n'est plus à nos yeux que le malheur de leur ignorance : et puisqae lenrs fautes nous apprennent à mieux valoir qu'eux , et à garder les avantages qu'ils ont perdus, il est juste que, pour prix de cette instruction salutaire, ils obtiennent de nous indulgence et pitié. '
On ne saurait donner trop d'éloges au soin que prend l'auteur d'adoucir l'impression d'éloignement et de dégoût qu'un être avili risque toujours d'inspirer. Avec quelle habileté il nous représente Rameau plein de connaissances profondes dans son art, éloquent lorsqu'il en développe les principes , doué à cet égard du* goût le pins exquis et de la plus rare pénétration ! par-là il nous distrait , et nous soulage. Noos sentons qu'un être si éclairé sur le beau eût été capable du bien; nous aimons à voir qne tout ne soit pas dégradation dans une ame humaine ; qne l'homme qui s'abaisse par sa conduite , se relève par ses talents, que du moins le jour soit dans sapensëe, tandis que la nuit est dans son cœar.
Si, de ces remarques sur le fond de l'ouvrage , nous passons à des observations de détail sur sa forme, que de beautés nous trouverons encore à remarquer! quel enchaînement dans le dialogue ! Ceux qui croi-
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