A MADEMOISELLE JODIN, a Vabsotie
ai fiTTÎeT 1768.
J'ai reçu , mademoiselle , et votre lettre et celle qui servira à arranger votre compte avec M. Dnmolard , et votre certificat de vie et la procuration très-ample que vous m'accordez pour traiter de vos afiàires, et la lettre de ia,ooo francs snr MM. Tonrtoo et Baur. Comme cette lettre est à un mois et demi d'échéance , cela me donnera le temps de me retourner et de préparer un em-
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l^oi sûr de votre argent. Vous êtes bien plus sage que je ne vous croyais, et vous me trompez bieu agréablement. Je savais que le cœur était bon ; pour la tête, je ne pensais pas que femme au ^ monde en eût jamais porté sur ses épaules une plus mauvaise. Me voilà jras^nré sur l'avenir j quelque chose qui puisse vous arriver, vous avez pourvu, pour vous et pour votre mère, aux besoins pressants de la vie. Je verrai M. Dumolard incessamment. Je souhaite que notre entrevue se passe sans aigreur; j'en doute. Je ne prononce rien sur la droiture de M. Dumolard, mais je ne puis faire un certain cas d'un homme qui divertit k, son propre usage un argent qui ne lui apparu tient pas. Ninon, manquant de pain, n'aurait pas fait ainsi. Je me hâte de vous tranquilliser. Hâtez-vous de me repondre sur les propositions que je vous fais au nom de M. Milreski, chargé de former ici une troupe. Je me sers du mot propre, et vous savez, par le cas que je Êiis des grands talents , en quelque genre que ce soit, que mon desseinn'est pas de vous humilier. Si j'avais l'ame, l'organe et la figure de Quinault-Bufresne, demain je monterais sur la scène , et je me tiendrais plus honore de faire verser des larmes au méchant même, sur la vertu persécutée, que de débiter dans une chaire, en soutane et en bonnet carre, des fadaises religieuses qui ne sont intéressantes que pour les oisons qui les croient.
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354 GORRESPONDANCB. — 176a.
Votre morale est de tous les temps* de tons les peuples, de toutes les contrées; la leur change ceut fois sous une très-petite latitude. Prenez donc une juste opinion de votre état; c'est encore on des moyens d'y réussir. Il'£iut d'abord s'estimer soi-même et ses fonctions. Il est difficile de s'occuper fortementd' une chose qu'on méprise. J'aime mieux les prédicateurs sur les planches que les prédicateurs dans le tonneau. Voyez les conditions que l'on vous propose pour la cour de Pétersbourg. Pour appointements» 1,600 roubles, valant argent de France 8,000, Irancs ; pour aller, mille pistoles* autant pour revenir. On se fournit les habits à la française, à la romaine et h la grecque ; ceux d'un costnrae extraordinaire se preiineat au magasin de la cour. On s'engage pour cinq ans. Il y a carrosse pour le service impérial seulement. Les gratifications sont quelquefois trèsfortes, mais il faut, comme partout ailleurs, les mériter. Qu'aussitôt ma lettre reçue vous m'instruisiez de vos desseins , et que M. Mitreski sache s'il doit ou ne doitpas compter sur vous. Au casque les 8,000 francs et le reste vous conviennent, faites deux lettres , à huit jours de ,date l'une de l'autre , dans l'une desquelles vous demanderez plus qu'on ne vous oflre, et dans la seconde vous accepterez les offres qu'on vous a foit ; envoyez-les toutes les deux à la fois. Je ne produirai d'abord que la première. Surtout expliquez-vous clairement; ni
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CORRESPONDANCE.— i^eft. 355
M. Mitreski ni moi n'aTODs rien pu comprendre aux précédentes. Bonjour, madeiuDiselle , vons Toilà en bon train; persistez^ je £erai , poar l'avancement de TQ» affaires ici , tont ce qui dépendra de moi.
ïO A MADEMOISELLE JODIN, a Dresde.
Ne vous arrêtez à Strasbourg que ie moins que TOUS pounreey mademoiselle , vos affaires de«iandent ici votre présence. J'ai reçu tout ce que vous m'avez envoyé. Je vous &is passer ces deux lettres «qui vous auraient attendue ici trop longtemps. Je laisse en repos le Dumolard , avec leq«^ vous serez la maîtresse d'en user comme il vous plaira. Le Gelbaur n'ira pas en avant sans m'avoir vu. J'espère qu'après demain au plus tard votre argent sera placé. Je li'ai pu faire plus de diligence^ parce que les rentes viagères sur le roi étaient fermées' quand j'ai reçu vos fonds. J'ai laissé en l'air votre poursuite contre lA cour de Saxe. Ce n'est pas que je n'aie bien pressenti vos vues , mais je crains que vous ne fassiez en ceci une fausse démarche, peofr^re une felie qui vous attirerait à Paris un traitement encore plus fi~ ckenx. qu'i Dresde. Il ne faudrait qu'une plainte
de l'anjbassadear à la conr de France. Vous n'avez pas bien pesé' les choses. Ce n'est pas mauvaise ToloDte de la part de madame Diderot, ni aucpn éloignement à tous obliger en tout; mais son avis, qui me paraît bon, était que tous logiez un mois en hôtel garni ; que là tous de'posiez vos effets , et que tous nous donniez le loisir de chercher un appartement qui tous convienne; parti forcé par le moment , le terme de Pâques étant passé. Je tous écris à la hâte , je suis désolé de votre aventure; mais vous arrivez, nous nous verrons et nous consulterons sur vos affaires. Bonjour, mademoiselle. Un mot encore; ce n'est pas s'annoncer favorablement aux comédiens français que défaire liaison avec Ofrène, qui s'est sépare d'eiu mécontent; Songez à cela , portez-vous bien , et arrivez.