II.— A MADEMOISELLE JODIN, A Dresoe
Vous ne me persuaderez jamais , jamais, mademoiselle, que Vous n'ayez pas attiré vousmême le désagrément qui vous est arrivé sur la route. Quand on veut être respectée des autres, il faut leur en donner l'exemple par le respect qu'on se porte à soi-même. Vous arez commis une
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CORHESPONDANGE. — 1^68. SSy
autre ïndiscrëtion> c'est d'avoir d<Hmé à cette aventure de la publicité' par une poursuite juridique. Ne conceTez-Tons pas que c'est uue oouTelle objecttoD que vos ennemis ne manqueront pas de vous faire , si , par des événements qu'il est impossible de prévoir , vous étiez malheureusement force'e à revenir k votre état ? £t puis vous vous réclamez de moi dans une circonstance toutà-fait scandaleuse. Mon nom |H'ononcé^evantan juge nepeutalors donner meilleure opinion devons et nepentquennireàk bonneopinion qu'on a de jnoi. J^ai touché les aoo livres de votre pension sur le roi. M. de Van-Eycken a payé le billet tiré sur lui, et M. Baur a accepté la lettre de change que vous savez. J'ai donc entre mes mains une bonne somme d'argent dont je disposerai comme il -vous plaira. J'ai aussi le portrait de M. le comte et la copie du vôtre. Surtout , made^ moiselle , ne parlez point de cet argent à madame votre mère. La pension que vous lui avez assignée lia sera exactement payée; mais si elle me savait Tin fonds,' dissipatrice comme elle l'est, nous en serions perpétuellement harcelés, et bientôt il vous resterait peu de chose. J'attends toujours qu'on eipédie le contrat de vos rentes viagères constituées sur le roi. Gela ne peut plus guère souffrir de délai. L'hôtesse de l'hôtel de la rne Saint-Benoît prétendait obliger votre mère à rester trois mois, il y a eu un procès que nous
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S58 CORaESPOnDANCE. — 1768.
stvoos gagne. Soyez sage , soyez honiiéte , soyez douce; une injure répondue à une ÏDJure faite sont deux injures^ et l'on doit être plus boBteuxde la {première que de b secoode. Si tous ne tra- Tailfez pas s»ns relâche à modérer la violence de votre caractère, voua ne peulrez vivre avec qui ^«e ce soit, vous serez mallieurense, et personne ne pouvant trouver le bonheur avec vous,, les sentijnents bs plus doux qu'oa aura conçus pour v<his s'éteindront, et roo s'éloignera d'une belle iiirie dont on s'ennuiera d'être tourmenté. Bçuz anunts qui s'adressent des propos grossiers s'avilissràt tous deux. Regardez toute querelle comme un commencement de rupture. A force de détacker d«sTUs d'un câble, quelque fort qit'il soit, il faut qu'il se rompe. Si vous avez eu le baobevr de captiver un homme de bien, seote^-en tout le prix; songez que la douceur, la patience, la seosibilité sont les vertus propres de la femme , et que les pleurs sont ses véritables armes. Si vos yeux s'allument , si les muscles de vos joues et de votre cou se g<Hiflent, si vos bras se raidissent, si les accents durs de votre voix s'élèvent, s'il sort de votre bouche des propos violents , des mots désbaméles, des injures grossières ou non, vous n'êtes j^ns qu'une femme de la halle , une créature hidense h voir, hideuse à entendre, voos avesrenooicé aux qualités aimables de votre sexe, pour prendre les vices odieux du notre. Il est in-
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COBRESPOHDANCE.— 1768. SSg
digoe d'un galant homme de frapper une femme^ il est plus mal encore à une femme de mériter ce châtimeDt. Si vous ne devenez pas meilleure , si tous vos jours continuent à être marqués par des folies, je perdrai tout l'intérêt que je prends i tous; présentez mon respecta M. lecomte,&ites son Iwnheur puisqu'il se charge du vôtre.