CHAPITRE Vm
DifFérence générale et locale dans Forigine des langues.
X OUT ce que j ai dit jusquici convient aux lan- (;ues primitiveâ en général , et aux progrès qui résultent de leur durée, mais n explique ni leur origine , ni leurs différences. La principale cause -qui les distingue est locale, elle vient des climats où elles naissent , et de la manière dont elles se -forment; c'est à cette cause qu'il faut remonter pour concevoir la différence générale et caractéristique qu'on remarque entre les langues du midi et celles du nord. Le grand défaut des Européens est de philosopher toujours sur les origines des choses d'après ce qui se passe autour d'eux. Us ne manquent point de nous montrer les premiers hommes , habitant une terre ingrate -et rude , mourant de froid et de faim , empressés à se faire un couvert et des habits ; ils ne voient •par-tout que la neige et les glaces de l'Europe , «ans songer que l'espèce humaine , ainsi que toutes les autres, a pris naissance dans les pays chauds, et que sur les deux tiers du globe l'hiver est à peine connu. Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi; mais, pour étudier l'homme , il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d'abord. observer les difFérences , pour découvrir les propriétés.
SUR l'origine d-es langues. i85 Le genre humain , né dans les pays chauds , s étend de là dans les pays froids; cest dans ceux-ci qu il se multiplie , et reflue ensuite dans les pays chauds. De cette action et réaction vien* nent les révolutions de la terre et l'agitation continuelle de ses habitants. Tâchons de suivre dans nos recherches Tordre même de la nature. J entre dans une longue digression sur un sujet si rebattu qu il en est trivial , mais auquel il faut toujours revenir, malgré qu'on en ait , pour trouver l'origine des institutions humaines.