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gradent et s abaissent,! les fleuves charrient , îa^ mer se comble et s etead , tout tend insensiblement au niveau :. la main des hommes retient cette pente et retarde ce progrès ; sans eux il seroit plus rapide , et la terre seroit peut-être déjà sous les eaux. Avant le travail humain , les sources , mal distribuées , se répandoieat plus inégalement , fertilisoient moins la terre , en abreuvoient plu& difficilement les habitants. Les rivières étoient souvent inaccessibles , leurs bords escarpés ou marécageux : Fart humain ne les retenant point dans leurs lits, elles en sortoient fréquemment , s extraiFasoient à droite ou à gauche, changeoient leurs directions et leurs cours, se partageoient en diverses brandies ; tantôt oa les trouvoit à sec, tantôt des sables mouvants en défendoient lapproche ; ellé^ étoient comme n existant pas^, et Ton mpuroit de soif au milieu des.eaux.
Combien de pays arides ne sont habitables €fae par les saignées et par les canaux que les hommes ont tirés des fleuves ! La Perse presque entière ne subsisté que par cet artifice : la Chine fourmille- de peuple à laide de ses nombreux canaux; sans ceux des Pays-Bas, ils sëroient inondés par les fleuves , comme ils le sëroient par la mer sans leurs digues. L'Egypte , le pks fertile psEiys de la tei^re, nest habitable que par le travail humain : dans les grandes plaines dépourvues de rivières et d(fet le sol n^ pas assez de pente, on na d'autre ressource que les puits.
SUR l'origine des langues. 2o3 Si donc les premiers peuples dont il soit fait mention dans Fhistoire n habitoient pas dans les pays gras ou sur de faciles rivages ,ce n est pas que ces climats heureux fussent déserts ; mais c est que leurs i^on\^reux habitants, pouvant scipas* ser les uns des autres , vécurent plus long-temps isolés dans leurs familles et sans communication : j;nais dans les lieux arides oix 1 on ne pourvoit avoir de leau que par des puitfi , il fallut bien se réunir pour les-creuser , ou du moinft s'ac-* corder poqr leur us^ge. Telle dut être l'origine des sociétés et des langues dans les pays chauds. *
Là se formèrent lespremiers liens des familles^ là furent les premiers rendez-vous des deux sexes. Les jeunes filles venoient chercher de leau pour le ménage, les jeunes hommes venoient abreuver leurs troupeaux. T^à , des yeux accoutumés aux mêmes objets dès lenfaoce commencèrent d en voir de plus doux. Le cœur s émut à ces nouveaux objets , un attrait inconnu le rendit moins sauvage, il sentit le plaisir de netre pas seul. Leaù devint insensiblement plus nécessaire , le bétail eut soif plus souvent : on arrivoit en hâte , et Ton part oit à regret. Dans cet âge heureux où rien ne marquoit les heures , rien n obligeoit à les compter : le temps n avoit d'autre mesure que Tamusçiaient %t lennui. Sous de vieux chênes , vainqueurs des ans , une ardente jeunesse euhlioit par degrés sa fiérocité : on s apprfvoisoit peu-à-peu les uns avec les autres; en s'efforçant de se faire entendre ,.qa apprit à s expliquer. Là
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se firent les premières fêtes : les pieds bondis^ soient de joie, le geste empressé ne suffisoitplus, la voix Taccompagnoit d accents passionnés; le plaisir et le désir , confondus ensemble , se faisoient sentir à-la-fois : là fut enfin Je vrai berceau des peuples ; et du pur cristal des fontaines sortirent les premiers feux de Famour.
Quoi donc ! avant ce temps les hommjes nais- 8oient*ils de la terre ? les générations se succédoient-elles sans que les deux sexes fussent unis, et sans que personne s entendit ? Non : il y avoit des familles , mais il n y avoit point de nations, il y avoit des langues doinestiques, mais il ny avoit point de langues populaires; il y avoit des maDÎages, mais il ny avoit point d amour. Chaque famille se suffisoit à elle-même et se perpétuoit par son seul sang : les enfants , nés des mêmes parents, croissoient ensemble, et trou- ' voient peu-à-peu des manières de s expliquer entre eux : les sexes se distinguoient avec l'âge; le penchant naturel suffisoit pour les unir, linstinct tenoit lieu de passion,, l'habitude tenoitlien de préférence , on devenoit mari et femme sans avoir cessé detre frère et sœur (i). Il ny avoit
(i) Il fallut bien que les premier! hommes épousassent leurs sœurs. Dans la simplicité despreipièresmcEurSîCet usage se perpétua sans inconvénient tant que les famiU^* restèrent isolées , et même après la réunion des plus an- ^ ciens peuples ; mais la loi qui Fabolit n'est pas moins sa- . crée pour être d'institution humaine. Ceux qui ne la regardent que par la liaison qu'elle forme entre les famille»
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là rieû d assez animé pour dénouer la langue , rien qui pût arracher assez fréquemment les accents des passions ardentes pour les tourner en institutions : et Ton en peut dire autant des besoins rares et peu pressants qui pouvoient porte|r quelques hommes à concourir à des travaux communs ; Fun commençoit le bassin de la fontaine, et lautre lachevoit ensuite , souvent sans avoir eu besoin du mc^dre accord, et quelquefois même sans s être vus. En un mot, dans les climats doux , dans les terrains fertiles , il fallut totite la vivacité des passions agréables pour commencer à faire parler les habitants : les pre-^ mières langues , filles du plaisir et non du. besoin, portèrent long-temps lenseigne de leur père; leur accent séducteur ne s effaça qu'avec les sentiments qui les avoient fait naître , lors<^ que de nouveaux besoins , introduits parmi les hommes , forgèrent chacun de ne songer qu à lui-même et de retirer son cœur au-dedans de lui.
n'en yoient pas le côté le plus important. Dans la familiarité que le commerce domestique établit nécessairement entre les deux sexes , du moment qu'une si sainte loi cesseroî^t de parler au cœur et d'en imposer aux sens , il n'y auroit plus d'honnêteté parmi les hommes , et les plus effroyables mœurs causeroieat bientôt la destruction du |;eare humain.
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