CHAPITRE X
formation des lances du nord.
A la longue tous hommes deviennent semblables, mais Tordre de leur progrès est différent. I^ans les climats méridionaux, où la nature est pit>digue , les besoins naissent des passions ; dans les pays froids, oii elle est avare, les passions naissent des besoins , et les langues , tristes filles de la nécessité, se sentent de leur dure origine.
Quoique rhomme s'accoutume aux intempéries de lair, au froid, au malaise, même à la faim , il y a pourtant un point où la nature succombe : en proie à ces cruelles épreuves , tout ce qui est débile périt; tout le reste se renforce; et il n y a pomt de milieu entre la vigueur et la mort. Voilà d'où vient que les peuples septentrionaux sont si robustes : ce n est pas d abord le climat qui les a rendus tels; mais il na souf' fert que ceux qui Tétoient , et il n est pas étonnant que les enfants gardent la bonne constitution de leurs pères.
On voit déjà que les hommes^ pins robustes ^ doivent avoir des organes moins délicats; leurs voix doivent être plus âpres et plus fortes. D'ailleurs , quelle différence entre les inflexions touchantes qui viennent des niouvements de Famé aux cris qu arrachent les besoins physiques ! Dans
SDR l'origine Des langues.- 207
ces afFreux climats où tout est mort durant neuf mois de Tannée , où le soleil n échaufie lair quelques semaines que .pour apprendre aux habitants de quels biens ils sont privés et prolonger leur misère , dans ces lieux où la terre ne donne rien quà force.de travail., et où la source de la vie semble être plus dans les bras que dans le cœur, les hommes, sans cesse ofcupés à pourvoir à leur subsistance , songeoient d peine à des liens plus doux : tout se bornoit à l'impulsion physique; Foccasion faisoit le choix, la fiacilitc faisoit la préférence. Loisiveté qui nourrit les jpassions fit place au travail qui les répritee ^ avant de soïiger â vivre heuçeux, il falloit son ger à v;ivre. Le beyin mutuel unissant les gommes bien mieux quQ le sentiment n auroit fait , la société ne se fori^a que par Imdustriej le continuel danger de périr ne permettoit pas de se borner à la langue du geste , et le premier mot ne fut pas chez eux, aimez-moij mais , aidez moi.
Ces deux termes , quoique assez semblables , se prononcent d'un ton bien différent : on n avoit rien à faire sentir ,|On avoit tout à faire entendre; il ne sagissoit donc pas d'énergie, mais de clarté. A iaccent que le cœi^r ne fournissoit pas on substitua..des articulations forte» et sensibles ; et s il y eut dan.8 la forme dfi langage quelque impression naturelle , cette impression con-t tribuoit encore à sa dureté.
£q effet , les hommes septentrionaux ne sont
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pas sans passions , mais ils en ont d'une autre espèce. Celles des pays chauds sont des passions voluptueuses , qui tiennent à Tamour et à la mollesse : la nature fait tant pour les habitants , qu'ils n ont presque rien à fairç ; pourvu qu un Asiatique ait des femmes et du repos , il est content. Mais d^s lé nord, où les habitants consomment beaucoup sur un sol ingrat , des hommes soumis à tant de besoins sont faciles à ii^riter ; tout ce qu on fait autour deux les inquiéta : commp iis ne subsistent qu avec peine, plus ils sont pauvres, plus ils tiennent au peu qu'ils ont; les approcher, c'est attenter à leur vie. De là leur vient ce tempérament irasciUe si prompt à se tourner en fureur contre toiU ce qui les blesse: ainsi leurs voix les plu^ naturelles sont celles de la colère et des menaces , et ces voix s accompagnent toujours d articulations fortes qui le$ rendent dures et bruyantes.